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Patrick Joquel

Nous arpentons d’anciens chemins muletiers. Bordés d’oliviers échevelés. Les restanques résistent, pierres ser­rées. Les maisons ont lâché leurs tuiles. Rêves envolés. Terres désertées. Les vallons ont repris leurs cavalcades sauvages. Silencieuses. Nous n’y croisons personne. Pas même une ombre. Les rires des cueilleurs sont trop loin­tains. Perdus dans un temps obsolète. Les ronces défen­dent souvent les accès. Cherchent à couvrir le sentier. Nous y abandonnons des lambeaux de toile et de peau. Marcher nous dénude. Marcher nous remet au monde. libres et neufs. Dans une joyeuse nonchalance *  Il semblerait que je ne réussis plus très bien à ralentir la Terre. Pourtant je m’applique à garder le nez en l’air. A regarder les nuages (ça ne manque pas cette saison). Ou les petites perfections du jour. La vie fonce et me traverse. J’en suis toujours étonné *  La pleine lune ouvre le bal des mimosas. Petits grains à croquer le bleu formidable d’ici. Leurs galaxies crues et par grappes broutent la lumière. Notre petit soleil y chauffe ses yeux. On respire un peu plus léger. …

David FOENKINOS

J’attrape mon cœur C’était peu après les attentats du 11 septembre. Et c’était surtout après une nuit bien alcoolisée. Ou peut-être que c’était le contraire. Je ne suis pas bon en chronologie des événements. À part pour déshabiller une fille. Ça, je sais qu’il faut toujours commencer par le bas. C’était d’ailleurs sûrement ce qui s’est passé la veille, puisque je me réveille près d’une fille. Une fille aux seins littéraires. Enfin, quand je dis seins littéraires, je pense best-seller. Une fille aux seins Marc Lévy si vous préférez. Je n’ai plus la moindre idée de qui elle est. Faut dire aussi que je ne suis même pas foutu de me souvenir dans quelle ville je suis. Elles se ressemblent toutes, avec leur Zara et leur Mac-Do. C’est bien simple : plus je voyage, plus j’ai l’impression d’être chez moi. Même si chez moi, c’est aussi vague que le temps où je n’avais pas de succès. Je suis une putain de star, je me dis parfois, tout en sachant que rien ne changera à rien, que …

Serge Joncour

Retrouver un inédit, fouiller dans ses archives pour retrouver un fragment de texte, une pépite, une de ces phrases avec élan qui viennent comme ça d’une traite, fulgurances d’intuition sur deux trois pages dont on ne fait rien après. Quand on fait un roman, tout ne rentre pas, tout ne sait pas rentrer, alors il y a des pages entières écrites comme ça, qui restent échouées là, archivées par bonheur grâce à l’ordinateur, alors qu’avant elles se perdaient dans le silence de la nuit des pages non publiées, ces merveilleux espaces où les idées vivent seules. Un inédit pour la revue Traversées, ce serait peut-être l’occasion de saluer, de dire merci, comme ça, à des présences qui sont là, des lecteurs qui ne font pas que lire, des lecteurs, des lectrices souvent, qui au-delà de simplement aimer un livre à un moment, donnent l’envie de le faire partager. Un livre, une fois qu’il est publié est bien seul face à son lecteur, alors la vraie chance pour ce livre, c’est quand le lecteur, une fois …

Jacques Izoard

Brûle-pourpoint Et voici qu’un léger lilas sort de l’ombre et me plonge dans un air plus fluide et léger. Mais je demeure moi-même malgré noire nuit nocturne et l’indéfinissable désir et l’attente infinie. Avec nos doigts trempés d’air nous nageons sous l’eau, nous déplaçons la neige et creusons terre et vertige, tout le corps devient léger, puisque nous parlons à voix basse. Juin halète, allaite et attelle nos mots aux vaines rumeurs. Et je te dis que tu rêves à d’anciens tambours bleus qui te trouaient tympans faisant frémir ta nudité. Paru dans le N° 53 Hiver 2008 – 2009

Extrait 4 n° 58 Printemps 2010

Nadine Doyen A la rencontre d’Albert Strickler Nadine DOYEN : Les mots poésie, poète ont déjà fait l’objet de multiples définitions. Pourriez-vous nous livrer les vôtres ? Albert STRICKLER : A vrai dire, je n’ai pas de définition précise ! Si j’accepte de temps à autre d’en livrer une, il m’arrive de la nuancer très vite, voire de la contredire. De toute façon, je préfère parler de l’Etat de Poésie tel que l’évoque Georges Haldas et m’abstiens toujours de réduire la poésie à la seule écriture du poème et à l’écriture tout court ! Autrement dit, je privilégie une certaine manière d’être au monde que je traduis en écrivant, étant entendu que je me sens autant poète dans le Journal que dans le poème. La distinction poésie / prose me paraît peu importante. Seule compte à mes yeux celle qui sépare le poétique, quelle que soit donc la forme d’expression, du prosaïque ! […]