Serge Joncour

Retrouver un inédit, fouiller dans ses archives pour retrouver un fragment de texte, une pépite, une de ces phrases avec élan qui viennent comme ça d’une traite, fulgurances d’intuition sur deux trois pages dont on ne fait rien après. Quand on fait un roman, tout ne rentre pas, tout ne sait pas rentrer, alors il y a des pages entières écrites comme ça, qui restent échouées là, archivées par bonheur grâce à l’ordinateur, alors qu’avant elles se perdaient dans le silence de la nuit des pages non publiées, ces merveilleux espaces où les idées vivent seules. Un inédit pour la revue Traversées, ce serait peut-être l’occasion de saluer, de dire merci, comme ça, à des présences qui sont là, des lecteurs qui ne font pas que lire, des lecteurs, des lectrices souvent, qui au-delà de simplement aimer un livre à un moment, donnent l’envie de le faire partager. Un livre, une fois qu’il est publié est bien seul face à son lecteur, alors la vraie chance pour ce livre, c’est quand le lecteur, une fois qu’il a refermé l’ouvrage, a envie de ne pas en rester là. On ressent cela parfois, après une lecture forte, ce désir de le dire autour de soi, d’inviter les autres à aller voir. C’est généreux, c’est humain, c’est vital surtout. C’est  à partir de là que le livre n’est pas qu’une affaire d’intimité, mais qu’il ouvre à l’autre. Un livre c’est une conversation que nous tient curieusement un volume qu’on tient affectueusement entre les mains, qu’on emmène avec soi, par la main, dans son sac, avec lequel on prend le train, et parfois même avec qui on se couche. Ce n’est pas rien un livre, pour un temps ça peut même être ce que l’on a de plus proche, pour un temps !

Alors, que ces quelques lignes me servent pour rendre hommage à ceux qui font ce don là, non pas seulement de lire un livre, mais d’en parler après, de le faire circuler, de le répandre, de lui donner vie, que ce soit au travers d’un article, d’une revue comme Traversées, d’une recommandation à une amie, un ami, que sais-je, ce sont eux les passeurs, un livre est comme la roue d’un moulin, sauf que ce n’est pas l’eau ni le vent qui le fait tourner, mais les mains, et les bonnes volontés. Merci à elles. Merci à vous. Merci d’éviter que certains livres ne fassent la traversée… qu’en solitaire !!!

Voir aussi l’entretien avec Littera où l’on parle de cet inédit.

Un commentaire

  • Que serait un livre s’il restait cloîtré, enfermé derrière la barrière de nos souvenirs?
    Le livre refermé, il nous prend l’envie d’en parler. parfois, nos lectures alimentent nos écritures, et les mots deviennent mots de passe, ouverture vers de nouveaux univers qui se nourrissent mutuellement.
    Je ne saurais jamais assez remercier les nombreux auteurs qui accompagnent mes nuits, et me laissent avec l’envie d’écrire, lorsque l’aube point aux fenêtres ouvertes de notre humanité.
    Merci, Serge Joncourt: nous devons apprendre aussi l’humilité de notre condition de lecteur, d' »écriveur », de passeur.

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