Philippe Besson, Un certain Paul Darrigrand, Éditions Julliard, Janvier 2019 (19€ – 216 pages)

Chronique de Nadine Doyen

Philippe Besson, Un certain Paul Darrigrand, Éditions Julliard, Janvier 2019 (19€ – 216 pages)

Philippe Besson poursuit dans la veine autobiographique en relatant une autre tranche de vie : sa période estudiantine à Rouen puis à Bordeaux de 1988 à 1989.

Dès le début, l’auteur s’adresse à son lecteur (« Que je vous dise »), l’impliquant dans une certaine proximité avant de se livrer de façon intime.

Si Michel Houellebecq dénigre la ville de Niort, de Bordeaux, à l’époque, il garde le souvenir des « façades couleur corbeau », « des eaux boueuses de la Garonne ».

Le déclic de ce roman ? Une photo retrouvée, sans date, mais qui remonte à décembre 1988.

Photo prise dans un de ses lieux de prédilection, l’île de Ré, île des jours heureux et des souvenirs qui rendent l’écrivain nostalgique. Le romancier se remémore ces courtes vacances où est née sa liaison avec « un certain Paul Darrigrand » , « boucles brunes, peau claire, immaculée », vingt-quatre ans, son aîné de trois ans. Quelques minutes suffisent parfois à tout faire basculer, surtout quand « un regard insoutenable », « un sourire inoubliable » et charmeur vous foudroient.

Il revient sur leur première rencontre, un frôlement, un coup de foudre, tel un « éblouissement ».

Il nous plonge au coeur de leurs retrouvailles épisodiques : étreintes fugitives, urgence des corps. Il nous confie toutes ses interrogations sur leur idylle. L’entomologiste des coeurs décrypte les moindres paroles, les moindres gestes de son amant, taraudé par l’incertitude. Il sonde la fiabilité du « sentiment », du désir de Paul. Vit-il « un simple adultère ou une vraie histoire ? » Quant à lui, le voilà aimanté : « Il y a des gens comme ça, on ne peut s’empêcher de penser à eux, de les désirer ».

Paul éprouve-t-il vraiment de l’amour, tout en étant marié à Isabelle ? La culpabilité va les ronger.

Philippe Besson s’épanche, faisant le constat qu’il tombe toujours sur un partenaire inaccessible, dont la situation les contraint à s’aimer en cachette, à « faire gaffe ». Ils ont leurs « 5 à 7, comme dans les pires vaudevilles ». Il n’avait pas réalisé que Paul était bisexuel, mais Paul l’informe de son « ambivalence ». Désireux de savoir pourquoi il cherche à le revoir, il est stupéfait d’apprendre que Paul a été troublé par son intelligence et encore plus décontenancé quand il lui avoue que « c’est irrésistible, l’intelligence ».Mais son amie Nadine, sa « meilleure alliée », qui ne voit pas d’avenir pour cette relation, tient à le mettre en garde, voulant lui éviter de souffrir : « tu vas morfler… ».

Et si on a en mémoire l’injonction de la mère du narrateur (1) qui espérait le voir cesser ses mensonges, force est de constater qu’ils ont perduré, dans la relation avec Isabelle, la femme de Paul. « Je peux facilement tromper mon monde », rappelle-t-il.

Le narrateur brosse un autoportrait sans complaisance du jeune homme qu’il était avec ses « lunettes de myope, son absence de charme, peu mature, futile,farouche, mal dégrossi… ».

Par contre on note qu’il est toujours le fils obéissant, le bon élève exemplaire qui continue à réussir brillamment.(DESS de Droit du travail en poche à 22 ans). Fan de Goldman qu’il écoute en boucle.

La lecture a comblé sa solitude, le quotidien morne des cours. Grand lecteur de Duras, d’Hervé Guibert, de littérature étrangère. Il rend un discret hommage aux librairies qu’il a fréquentées avant d’y revenir pour signer. (Mollat de Bordeaux et L’Armentière de Rouen).

Pour rassurer sa mère, il consent à passer un check-up, c’est alors qu’une anomalie de sang est décelée. Pas facile de suivre en même temps les cours et le traitement nécessaire. Il va vivre un moment douloureux, mais bien entouré, il surmontera les contraintes.

Il nous émeut quand il nous fait partager les affres de l’attente de son premier résultat, puis du second, celui du test HIV. Et si lui aussi était atteint ? Comment en parler à Paul ?

Philippe Besson saisit l’occasion pour décliner sa gratitude envers le personnel médical.

Imagine-t-on cette époque où il n’y avait pas de portables pour écouter une voix aimante, réconfortante dans son lit d’hôpital ? Dans cet épisode, l’écrivain explore la relation patient/soignant ainsi que celle du malade avec son entourage. Avec le recul, c’est avec poésie qu’il relate sa traversée au long cours comme sur « un bateau ivre ». Le lecteur quitte ce navire qui « a tangué sur des eaux houleuses, dans un décor d’apocalypse », avec la nausée et secoué ! Soulagé d’apprendre sa guérison mais bouleversé par le poignant message qu’il glisse à sa mère.

Pendant la période de la maladie où il a tutoyé la mort, il se sent double. Celui qui est « insouciant, amoureux », et l’autre « soumis, anxieux ».

L’ évocation de son ami disparu, Matthieu, renvoie à l’ouvrage « Patient zero » (2), dans lequel Philippe Besson évoque « cette saloperie » qui lui a ravi ses amis proches. « Chaque annonce, le plus souvent au téléphone, est une crucifixion ». Matthieu, aux « yeux verts en amande » lui a inspiré son personnage Vincent de l’Étoile dans En l’absence des hommes.

Quand le travail de Paul le conduit à Paris, une question le taraude : l’éloignement va-t-il sonner le glas de leur relation ? L’évolution de leurs liens, au lecteur de la découvrir.

Chez Philippe Besson, on retrouve des thèmes récurrents : la dépendance, le manque, la morsure de l’absence, les amours malheureuses, secrètes et impossibles et la frustration qui en découle.

Pour insister sur certains mots, phrases, il les met en italique : « parade amoureuse », « corps somatique», « inévitable ». L’aveu de Paul : « je refuse que tu meures » montre son attachement.

Il apporte un éclairage nouveau sur ses romans précédents et montre comment ce qu’il a vécu a irrigué ses fictions tout en transposant la réalité. « Un écrivain joue en permanence entre vérité et mensonge, sur une ligne de crête. Qu’on écrive des romans ou de l’autofiction, on emprunte toujours à sa vérité intime », confie-t-il dans une interview.

En toile de fond, le récit embrasse les évènements qui ont secoué le monde : en 1988 l’explosion de l’avion sur Lockerbie, « l’affaire Judith Barsi ». En Juin 1989, la finale de Roland Garros « entre dans l’histoire » tandis qu’à Pékin , sur la place Tiananmen, un jeune homme fait face aux chars.

La bibliothèque Mitterrand est en projet. A la radio, on passe « Man in the Mirror » de M. Jackson.

Dans ce roman empreint de nostalgie et de gravité où Eros et Thanatos se côtoient, l’auteur convoque ses souvenirs de jeunesse et se livre sans filtre avec sincérité et sensibilité.

Un livre qui aurait pu s’intituler : « Et rester vivant » si ce titre n’avait pas déjà été pris par Jean-Philippe Blondel. Comme Annie Ernaux, Philippe Besson est soucieux de laisser une trace. Pour lui, « écrire témoigne qu’on n’oublie pas ». S’il trouve que les mots lui manquent pour traduire son ressenti, il réussit parfaitement à nous émouvoir, à susciter notre empathie et à nous donner envie de lire ou relire les romans mentionnés.

Une fois refermé, souvenez-vous, lecteur, que « Tout est dans les livres. Tout » !

©Nadine Doyen

(1) Dans Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson, Prix du roman Psychologies 2017 ; Julliard

(2) Patient zéro de Philippe Besson – Incipit (12€)

Christophe Carlier, L’eau de rose, Phébus, janvier 2019, ( 233 pages – 18€)

Une chronique de Nadine Doyen

Christophe Carlier, L’eau de rose, Phébus, janvier 2019, ( 233 pages –  18€)

A ne pas en douter Christophe Carlier a une prédilection pour les îles.

Dans Ressentiments distingués, il campait son intrigue dans une île battue par les vents, cette fois il nous embarque pour une île des Cyclades (dont il tait le nom), à la fin de l’été où Sigrid, écrivaine, entreprend de rédiger une « romance ».

Mais peut-on appliquer une recette?

Pour Serge Joncour, ce n’est pas un cake, il n’y a pas de recette.

Sigrid, telle une cuisinière, a son plan pour mitonner son histoire «  Prendre une idée en l’air. L’enfourcher comme un cheval sauvage qui se cabre avant de s’élancer »,« privilégier les amorces aguicheuses ». Pour personnage : choisir « une femme jeune et jolie, prête à souffrir pour être heureuse ».

Pourra-t-elle mener à bien son récit ?

Comme dans L’assassin à la pomme verte, Christophe Carlier met en scène toute une galerie de personnages, « une cohorte étrange », en vacances à la Villa Manolis. Comme dans Ressentiments distingués, les personnages se croisent lors des repas ou sur la terrasse, s’observent, conversent, s’espionnent même, d’autres s’apprivoisent, tombent amoureux !

L’auteur confirme son talent à croquer ce microcosme réuni dans cet «  hôtel anachronique ». Parmi les estivants Sigrid remarque deux Anglaises, un couple de pharmaciens, un archéologue contemplatif, un amateur d’insectes.

Mais celle qui l’hypnotise sur le champ, c’est cette « jeune fille en noir », gothique, à l’allure de «  Sylphide », « yeux clairs, peau diaphane, traits harmonieux », à la « grâce énigmatique », «  à la voix sûre ».

Une Italienne, cantatrice arrivée plus tard, apporte une diversion avec le vol de son émeraude. Leandros, le plagiste bronzé, émoustille les jolies baigneuses.

Des liaisons se nouent, souvent éphémères, parfois adultères, mais qui contribuent à resouder un couple ancré dans l’ennui, la lassitude.

Leurs journées de farniente ( plage, baignade, sieste, excursions) sont ponctuées  par le rituel de l’apéro en compagnie du perroquet de Manolis. Ce volatile qui, lui aussi, observe «l’étrange zoo » humain qui l’entoure, le protégé de Sigrid, aurait pu être croqué par Sempé !

L’auteur ausculte en particulier la relation amoureuse de ses deux protagonistes Sigrid &Gertrude. Sigrid a-t-elle succombé à un coup de foudre ? La voilà obsédée, habitée par cette inconnue qui la fascine par ses tenues excentriques, qui lui donne l’impression de jouer un rôle. Pourquoi une telle attirance, une telle aimantation ? Elle scrute le moindre de ses gestes, toujours aux aguets pour capturer l’apparition de « l’aimée », pour s’en approcher, pour l’amadouer.

La présence de cette femme mystérieuse, magnétique, intrigante, dont elle sait si peu, a cette vertu merveilleuse de transcender le moment, de transfigurer le lieu, ce que Bobin traduit pas « l’enchantement simple ».

Un dîner ensemble qui ne se prolonge pas puisque Gertrude prend la tangente  plonge Sigrid dans un vrai maelstrom. La voilà taraudée par cette fuite inexpliquée, ressentant la morsure du manque : « Son absence est douloureuse comme une piqûre de guêpe ». Pourquoi s’est-elle évanouie soudainement, se demande aussi le lecteur.

L’auteur dissèque au jour le jour la passion dévorante de Sigrid pour «  sa merveille, son fer de lance, son idole ». Deux facettes cohabitent. La romancière vampirisée par Gertrude, à qui elle voue une dévotion insensée, un amour fou, mais à sens unique, « redevient une adolescente ». De l’autre Sigrid, adulte, qui tente de se raisonner devant l’absurdité de cette attraction incontrôlable. Comment sortir de cet envoûtement ? Se libérer de cette emprise ?  

La jalousie la tenaille de voir l’aimée, déjà si courtisée, flirter avec le plagiste.

Pour Mario Rigani Stern «  Chaque événement de notre vie est lié à d’autres faits qui consciemment ou non, dans l’écoulement du temps, s’enchaînent et se rattachent à des personnes et à des lieux », et d’ajouter que «  l’endroit où l’on a passé une période sereine demeure dans la mémoire ».

Pas surprenant que Sigrid convoque des souvenirs heureux d’il y a quinze ans, sous le soleil grec : entre alors en scène Clara, cette fillette qui l’avait adoptée, se plaisait  à l’accompagner dans la découverte de l’île. Complices inséparables.

Même si elles s’étaient quittées sans échanger d’adresses, Clara avait caressé l’espoir de la retrouver. Sa vie nous est retracée, à 16, 18, 20 ans. Suspense.

On suit donc Sigrid dans sa solitude de romancière, de femme amoureuse qui cède aux avances de Gertrude, un abandon, une fusion, les corps se fondent.

Une tornade qui exacerbe leurs sens. Un embrasement. Le masque tombe.

Une révélation de Gertrude provoque une onde de choc chez Sigrid, « un séisme » et sidère le lecteur. Quel impact cet aveu aura -t-il sur sa vie ?

En parallèle, on assiste à la rédaction du début du roman de Sigrid comme si on  en était le premier lecteur. Une love story qui réunit Priscilla et Robert, qui se connaissent depuis l’enfance, se sont aimés à l’âge de l’insouciance, se sont perdus de vue, puis retrouvés pour finir par célébrer leurs noces prochainement. La narratrice s’intéresse aux liens entre ces fiancés chez qui le désir de s’appartenir ne semble pas réciproque. Elle distille du suspense en annonçant le plan nocturne de Priscilla ! Serait-elle nourrie par F.Cheng pour qui «  La passion charnelle reste la plus haute forme de quête spirituelle » ?

Si on retrouve Priscilla métamorphosée, épanouie après sa «  nuit d’amour », d’étreintes, la réalité est consternante, Cupidon ayant mélangé les cartes !

Un twist de la narratrice va créer des rebondissements en chaîne.

La romancière en vient à superposer la fiction et la réalité. Attendait-elle comme L’écrivain national (1) «  que la vie lui serve des idées » ?

On plonge dans ses interrogations, dans ses fantasmes. Est-elle victime des hallucinations dues à l’excellent pain au pavot de l’hôtel quand elle croise le diable?

Le choix d’une romancière comme protagoniste permet à Christophe Carlier de montrer combien la lisière réalité/fiction peut être poreuse. Quand Sigrid passe par la phase d’invisibilité comme si elle avait endossé le manteau d’Harry Potter, quand elle se transporte dans le temps, dans l’espace, fait un saut à son domicile parisien, elle agit comme si elle était un personnage de roman et disposait d’un super pouvoir sur lui.

Le récit prend des allures hitchcockiennes même si ce ne sont pas des corbeaux, ni des moustiques qui envahissent le site paradisiaque ! Cette invasion de papillons devient un vrai cauchemar, et oblige les pensionnaires à se cloîtrer.

Les objets jouent un rôle particulier : Sigrid se confie à son miroir ou à ses trois amulettes, Priscilla se confiait à son ours. Le médaillon que porte Gertrude,

«  prénom en forme de malle aux trésors », intrigue. Les jumelles achetées permettent à Sigrid, «  la fiancée illégitime , « des heures extatiques de contemplation dévote et d’adoration morfondue » tout comme la photo prise de l’élue.

Dans ce récit est soulevée la question du lieu d’écriture, variable selon les écrivains. De toute évidence, cette île grecque ( que l’auteur ne nomme jamais) n’a pas nourri suffisamment Sigrid. Ne faut-il pas laisser du temps pour que cela infuse ? N’a-t-elle pas réussi à trouver la condition d’ascèse nécessaire ?

Pourtant sa rencontre avec Gertrude a irrigué l’épilogue de son roman.

Comme le fait remarquer une lectrice dans L’écrivain national (1) : «  Tout part donc du réel ? Il faut donc vivre avant d’écrire ? »

Quant au point final, pas facile de savoir si l’histoire est définitivement achevée, Sigrid y revient à deux reprises et nous bluffe par sa pirouette finale.

Ce roman est traversé par de nombreuses références mythologiques, mais rappelons que l’auteur a commis un essai intitulé : Des mythes à la mythologie.

Mais aussi par des références cinématographiques ( Lubitsch), littéraires ( Manon Lescaut).

Le narrateur titille notre sens olfactif. Divers parfums s’exhalent : de cire, de sel, d’eau de rose, de jasmin, d’eau de Cologne, odeurs des pins.

Tel un peintre, il offre de multiples tableaux . Paysages variés de l’île brossés avec précision : «  le littoral âpre, sauvage, déchiqueté », «  une côte ourlée de récifs » ou une crique aux eaux turquoises ; « la mer rosissant sous le soleil couchant »,  la beauté de la nudité de l’amante révélée dans la toile magnifique «  Gertruda desnuda » ; massifs de bougainvilliers roses et mauves .

L’écrivain souligne la guerre des genres, s’offusquant de voir la littérature sentimentale considérée comme «  un genre mineur », sous -estimé, pourtant prisé par les lecteurs,taclant au passage ces « auteurs qui campent à la télévision ».

Christophe Carlier signe un roman gigogne, avec l’histoire en cours de rédaction, «  ce work in progress, imbriquée dont il déroule le making of, ce qui permet de voir comment la propre vie d’une écrivaine peut irriguer son écriture.

Il explore la relation filiale, les affres sentimentales, la complexité des intermittences du coeur, livrant des passages empreints de sensualité.

On retrouve avec plaisir son art consommé du portrait, nourri par une observation hors pair de ses semblables. Son esprit facétieux entrelace les destins des estivants dans le huis clos de la villa Manolis au décor suranné et aborde la question de la sérenpidité. Il tient en haleine avec le vol de bijou, le secret de Clara, l’énigme du médaillon, le mystère des chambres visitées.

Sous la plume de « la cuisinière » Sigrid, l’auteur a mitonné un roman, baigné de lumière, émaillé de touches roses, servi par une langue riche, soignée, précise, poétique, sous les auspices des dieux, le souffle du meltem et la protection de l’oeil bleu grec ! Une couverture chic pour voir la vie en rose !  « Charming » !

( 1) L’écrivain national de Serge Joncour

©Nadine Doyen

Martin Suter, Le cuisinier, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, préface inédite de Serge Joncour (8,90€ – 302 pages),Christian Bourgeois éditeur, signatures Points

Chronique de Nadine Doyen

Martin Suter, Le cuisinier, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, préface inédite de Serge Joncour (8,90€ – 302 pages), Christian Bourgeois éditeur, signatures Points ISBN : 9 782757 874912

On pourrait s’étonner de voir le nom de l’écrivain Serge Joncour associé à ce roman de Martin Suter qui nous immisce dans les coulisses d’un restaurant quand la brigade est au fourneau et aborde la thématique de la cuisine ayurvédique, moléculaire.

Mais pas si étonnant si on a en mémoire la panoplie littéraire que l’auteur a décliné dans la revue Décapage (1), consacrant un chapitre sur « Les livres et la cuisine ». D’ailleurs il ne cache pas sa préférence pour « les auteurs qui aiment manger. »

Il confie avoir été plongé, enfant, au coeur du métier de restaurateur par ses parents, et a ainsi baigné, comme le héros du roman, Maravan, dans les exhalaisons de cuisine, fumets. Odeurs qui convoquent les souvenirs d’enfance pour le protagoniste.

Le livre passe par l’odeur, affirme Serge Joncour, dans une émission.

Le Cuisinier de Martin Suter en est la preuve.

D‘où vient la passion de cuisiner de Maravan, ce jeune réfugié Tamoul, demandeur d’asile, que Martin Suter met en scène dans son roman ?

Si en Suisse, il est contraint d’accepter une place de commis, relégué à la plonge, aux découpes de légumes ou à la manutention, il a hérité du savoir faire d’une grande tante et acquis une expérience de cuisinier au Sri Lanka. Pays qu’il a quitté pour fuir la guerre, mais sans perdre le contact avec sa sœur et Nangay, sa grande tante malade à qui il envoie de l’argent pour lui permettre de se soigner.

On suit d’abord Maravan chez Huwyler, où sa dextérité est remarquée.

Un récit rythmé par les gestes de manipulation d‘un arsenal d’ustensiles («  tawa »), par le ballet d’actions diverses, bien rodées, il déverse, ajoute, mixe, oint, pétrit, laisse reposer, découpe en rubans ou en petits coeurs, râpe, étale, fait réduire, injecte du ghee, congèle et  innove. Ça mijote, croustille ou explose dans le palais.

« Lorsque l’on goûte la cuisine de quelqu’un, l’on peut deviner, si ce n’est sa personnalité, du moins les relations qu’il entretient avec les produits, donc avec les saisons, le monde auquel il aspire, la vie qu’il cherche à offrir. », déclare Ryoko Sekiguchi. (2)

Maravan rêverait d’avoir un restaurant, de créer une start up : « Maravans catering ». Andrea, ex-serveuse dans l’établissement huppé où tous deux travaillaient avant d’être congédiés, est prête à investir pour ce concept. Elle qui avait décelé son talent « sous l’ongle du petit doigt », vu le spécialiste du curry à l’oeuvre.

Vont-ils réussir dans leur challenge de repas à domicile sous le label : « Love food », alors que la crise économique se profile (en 2008) ?

Le Love Menu dont Maravan a le secret se révèle aphrodisiaque au point de faire tomber les deux convives dans les bras l’un de l’autre même si le partenaire n’est pas de la même orientation sexuelle. Expérience vécue par Andrea, lesbienne. Puis testée par Esther, sexologue qui, convaincue, leur adresse des couples désireux de stimuler leur libido , d’éveiller le désir, d’ « imprimer un nouvel élan à leur relation ».

La nourriture comme lien, prélude à l’amour, aux vagues de plaisir.

L’allusion d’Esther, quant à la connotation sexuelle de son bouquet d’arums blancs convoque les photographies de fleurs de Robert Mapplethorpe d’une étonnante puissance érotique.

Leur entreprise connaît des hauts et des bas, comptant sur le bouche-à-oreille. Opiniâtres, ils se lancent des défis. Parmi leur clientèle, une galerie de personnages haut placés, d’autres aux activités suspectes, tous cherchant la discrétion. Suspense.

L’écrivain ausculte la relation complexe du trio : Maravan /Andrea/ Sandana, aborde l’homosexualité (Andrea/ Makeda) et les liaisons extra-conjugales. Mais lève aussi le voile sur le mariage arrangé par les parents dans la culture hindoue, ce que Sandana, rebelle, refuse. Il dénonce la hiérarchie rigoureuse, le despotisme du chef (à cause du « culte des stars ») et son machisme dont Andrea et Maravan ont été victimes.

Martin Suter a l’art de créer un décor envoûtant, exotique, émaillé de termes hindous, nous initiant à tous les rites («  puja, méditation », « pottu » sur le front), aux nombreuses fêtes. Il soulève la question de l’exil, de l’intégration. Pas facile pour Maravan de s’adonner à ses prières chez lui, « à la lueur de la dîpam ». Le choc des cultures, le contraste des tenues : « punjabi », « sarong »,  « sari », « tibeb brodé ».

La diaspora tamoule, installée en Suisse perpétue les traditions, ce qui donne l’occasion à Maravan de fournir des pâtisseries, confiseries ou « le pachadi aux fleurs de nîm ».

Et l’auteur de faire saliver le lecteur à l’évocation des mets concoctés par Maravan, « gourou de la cuisine érotique » : « mothagam, chappatis, espumas, injeras…».

Une vraie jouissance en bouche. Délicieusement fondant.

Qu’il décrive les intérieurs, le travail de Maravan en cuisine, la tenue vestimentaire ou le physique des personnages, il ne lésine pas sur les détails les plus infimes.

L’argent, nerf de la guerre, sorte de fil rouge. Deux classes sociales se côtoient, d’un côté celle capable de s’offrir des restaurants réputés, celle qui vit dans des « penthouses gigantesques », et de l’autre cette communauté tamoule, entassée dans des immeubles gris.(banlieue)

L’argent qui permet de se procurer « un rotovapeur », ustensile magique et indispensable pour Maravan. Mais aussi l’argent pour soutenir la lutte des LTTE, que deux Tamouls réussissent, sous la pression, à extorquer à Maravan (3).

En parallèle l’auteur radiographie la situation des banques, pointant l’évasion fiscale et les affaires occultes comme les exportations d’armes. Avec les fréquents allers -retours  entre la Suisse et le Sri Lanka, il démontre l’horreur, la sauvagerie de la guerre et dépeint des scènes touchantes entre Maravan et sa sœur, tous deux en pleurs, à l’annonce des drames.

Tout en campant le récit en territoire helvète, véritable melting pot, les termes anglais sont de mise : « joint venture, outfit, catering , « business-plan », « fifty-fifty », « I absolutely worship you», « hoppers », « cheers ».

En toile de fond, le récit qui court de 2008 à avril 2009 embrasse la crise financière, économique (dépôt de bilan, chômage), les soubresauts d’un monde violent avec le conflit des Tamouls au Sri Lanka (guerre civile), la coupe d’Europe de football (dont la Suisse avait été éliminée), la campagne des élections américaines et la victoire d’Obama. Cette vaste fresque du monde suscite l’admiration de Serge Joncour, car même si tout romancier caresse un projet ambitieux, « bien peu y arrivent », fait-il remarquer.

Ce qui fait l’originalité et « la richesse de ce roman-monde », comme le souligne Serge Joncour dans sa préface, c’est qu’il combine plusieurs genres à la fois « roman social, visionnaire, satire géopolitique et même thriller ». Martin Suter signe un roman dépaysant, exquis, quelque peu sulfureux, débordant de sensualité (cf la couverture), aux multiples senteurs (santal), arômes et saveurs (gingembre, réglisse, cannelle, coriandre…), qui a «  le goût de la vie : amer, sucré, acide, frais et épicé ».

Il met en exergue l’art de cuisiner, synonyme de « métamorphoser », pour le virtuose Maravan qui « grandit entre poêles et casseroles » et savait dès cinq ans « préparer des menus entiers  ». Un récit qui ne manque pas de piment !

«  La cerise sur le gâteau » ajoute Serge Joncour (4), ce sont les recettes offertes en annexe « qu’il n’est pas interdit d’essayer » !

©Nadine Doyen

(1) Revue Décapage 55, automne hiver 2016 – Flammarion

(2) Nagori de Ryoko Sekiguichi – P.O.L

(3)LTTE :Tigres de Libération de l’Îlam tamoul/Liberation Tigers of Tamil Eelam

(4) Dernier roman de Serge Joncour : CHIEN-LOUP, Prix LANDERNEAU 2018, Éditions Flammarion

Fabienne Jacob, Un homme aborde une femme, Buchet Chastel (15€ – 181 pages) Rentrée littéraire – Août 2018 –

Chronique de Nadine Doyen

Fabienne Jacob, Un homme aborde une femme, Buchet Chastel (15€ – 181 pages) Rentrée littéraire – Août  2018 – 

PRIX ERCKMANN-CHATRIAN

Fabienne Jacob décrypte les relations Hommes /Femmes avant l’ère du « hashtag me too » et passe en revue maintes rencontres en France, mais aussi à  l’étranger. La rue, le supermarché étant des lieux favorisant la promiscuité.

La narratrice évoque des pans de son parcours qui l’ont marquée depuis l’enfance jusqu’à son statut de femme. Sa vision est peut-être dénaturée, venant d’être « plaquée », situation qu’elle ne manque pas de rappeler.

La fille de l’Est, documentariste, s’intéresse à la façon dont les hommes draguent, au pouvoir de séduction: « jeu cruel ou hasard miraculeux, qui tient ainsi à l’approche du mystère de l’autre, à cette volonté de le dénuder pour en apprécier la vérité. », déclare Julien Bisson dans la préface du recueil de 11 nouvelles parues l’été 2018 dans Le 1.

Son premier souvenir ? Un contact violent, comme « une intifada », cible d’un garçon armé de cailloux (sur le chemin de l’école). Elle aurait pu en être traumatisée, elle préfère lui pardonner et y voir l’appel de quelqu’un de seul.

Quant à « P’tit pot de colle », la narratrice retrace le « drôle duo » qu’ils formaient en primaire, et évoque leurs retrouvailles quand elle retourne au village d’enfance où elle se métamorphose en « anguille immémoriale ».

Étudiante, elle a croisé un pervers exhibitionniste, par une journée de brume, dans un cimetière !

Fabienne Jacob ausculte les corps, leurs désirs. Elle revisite sa vie en communauté, à vingt ans, quand « la sève montait à l’assaut des corps ».

Elle décline une variation sur la voix, comme celle du professeur avec qui elle a noué une liaison adultère/clandestine à l’âge de 21 ans. : «  une voix méconnaissable. Un râle d’animal, on dirait. Le fruit de ses entrailles ».

Elle se souvient du regard pénétrant de cet homme croisé sur un pont « une pénétration profonde », « un acte fondateur » déterminant. « Une épiphanie ».

Une situation qui convoque une scène de « Sur la route de Madison ».

L’écrivaine souligne l’importance du code vestimentaire féminin et défend le droit à se vêtir comme bon nous semble. Les robes trop affriolantes, les jupes trop courtes, note-t-elle, émoustillent et provoquent sifflements et harcèlement dans la rue.

L’auteure tient à revendiquer sa liberté de porter des robes.

On se souvient des manifestations pour la jupe.

N’est-elle pas, elle-même » habitée par une curiosité malsaine : « tenter de percer l’énigme sous la robe », quand elle réussit à avoir un entretien avec une ex-nonne ?

Elle se remémore un été en Sicile où « les mots d’une langue étrangère sont des cailloux » et où la chaleur contraint à s’habiller léger, ce qui attise le regard.

Elle a gardé en mémoire, amusée, quelques exemples de la façon dont certains hommes l’ont abordée, soulignant leur accroche inventive ! (« Vous avez de beaux pieds »! Pensait-il lui proposer une séance de réflexologie ?! )

Mais chez son amie Farida, elle découvre une autre façon de draguer: sur les sites de  rencontres dont le concept de Teddy par géolocalisation. Va-t-elle oser le tester ? .

Au village natal, ce sont les confidences de Kirsten qu’elle récolte. Pour cette femme  libre de soixante-six balais, l’âge n’est pas un obstacle à la séduction.

La narratrice aborde la question de comment survivre/rebondir après une rupture d’autant que cela a été violent pour elle. Elle analyse l’impact de cette phrase couperet : « Je n’ai plus d’élan pour toi » et s’étonne de sa réaction de sidération qui l’a plongée dans un état d’anesthésie émotionnelle.

Sa consolation, elle confesse la trouver dans les phrases inspirantes et énergisantes qu’elle consigne sur le grand tableau blanc de son bureau. (« Vivre comme une Russe ». «  Arrêter de penser aux signes ».)

A moins que ce soit au rayon d’un supermarché où les solos se reconnaissent qu’elle  croise un homme qui lui plaise et qu’elle ose le suivre et l’aborder.

En évoquant ce fléau subi par les harceleurs (insultes,frôlement, mains baladeuses, « parole crue, offensante, vile »), il convient de ne pas banaliser ces pratiques scandaleuses, mais d’en parler et de sensibiliser autrui. C’est à un ami qu’elle confie sa détresse et elle fera de son conseil un viatique : « arrêter d’attendre ».

Elle revient sur l’épreuve douloureuse de vider la maison de ses parents, « tâche d’autant plus colossale », qu’elle ne peut plus compter sur l’ex.

Et derrière cette porte « le vide et le silence » qui convoque un flot de souvenirs.

Dans ce récit,« Fabienne Jacob alerte sur le harcèlement tout en appelant à conserver la rue comme un territoire de séduction et d’observation ». (1) Toutefois, place au respect et à la délicatesse.

Si elle a découvert l’imparfait du subjonctif avec celui qui l’appelait Niemandsrose, on peut rappeler la déclaration de Jean Cocteau : « Le verbe aimer est difficile à conjuguer, son passé n’est pas simple, son présent n’est qu’indicatif, son futur est toujours conditionnel ».

Elle signe un roman touchant à l’intime où chacun, chacune peut se retrouver dans le parfum de féminité qui s’en dégage. Deux mots clés : « élan et attente ».

Laisser vous « pécho » (2) par l’auteure, et dirigez votre élan vers son roman !

©Chronique de Nadine Doyen

(1) ( entendu à  LGL, La Grande librairie)

(2) pécho= séduire

Dominique Pagnier ; Préface de Lydie Dattas; L’arrière-pays de Christian Bobin, Les êtres, les lieux, les livres qui l’inspirent; L’iconoclaste ; Octobre 2018; (250 pages – 24,90€)

Chronique de Nadine Doyen

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Dominique Pagnier ; Préface de Lydie Dattas; L’arrière-pays de Christian BobinLes êtres, les lieux, les livres qui l’inspirent; L’iconoclaste ; Octobre 2018; (250 pages – 24,90€)

 

Cet ouvrage donne un autre éclairage sur l’oeuvre de Christian Bobin.

Dans sa préface Lydie Dattas définit le poète, comme « aérien », au « rire atomique ». Mais n’est-ce pas sa propre écriture poétique (Le livre des anges) qui a comme hypnotisé Bobin, et fut le déclic pour des partages et échanges téléphoniques ? Puis un rapprochement et la cohabitation : « Elle reste à ses côtés en raison de sa fantaisie merveilleuse et de sa chaleur hors normes ». Elle voit en lui « une sorte de soufi occidental ».

 

Dominique Pagnier s’avère un grand connaisseur de « l’ermite du Creusot », « un éminent bobinologue ». Il tisse son portrait depuis sa naissance, évoque son milieu familial (parents, fratrie), retrace son enfance « de cloîtré » (anecdote d’une fugue), ses lectures (Borges, Michaux, Poe …), ses études  après le Bac, la licence de philosophie), son expérience des « trois jours », ses premiers jobs, et détaille son entrée en littérature.

 

Les deux auteurs de ces miscellanées centrées sur Bobin soulignent le caractère « unique », « inimitable de son écriture qui « aimante les lecteurs ». Jean Grosjean avait débusqué « quelque chose de rare ».

Cet « arrière-pays » dévoile les « les êtres, les lieux, les livres qui l’inspirent », un programme ambitieux et exponentiel.

 

Des photos exhumées de l’album familial ponctuent le récit.

Ainsi la maison éventrée de la famille Bobin rappelle le passé glorieux des fonderies mais aussi la période de la guerre et des nombreux sinistrés.

On suit les déménagements successifs de Christian Bobin jusqu’à son installation, en pleine forêt, havre bucolique qui, en hiver, ressemble à la « Petite Sibérie ».

 

Au fil des pages, Le narrateur fait référence aux publications de Bobin, donnant un panorama très détaillé de son œuvre depuis ses débuts où il n’avait qu’un cercle confidentiel de lecteurs jusqu’à sa consécration.

Le très bas ,couronné de trois prix, marque un tournant. Ses écrits ont un côté «  feel good », pour leur pouvoir de « cautériser une plaie, bannir une malédiction ».

Quel parcours ensuite ! On l’invite dans des librairies, à des colloques.

Laurent Terzieff le déclame et le sublime. Il est déboussolé. Une thèse lui a même été consacrée sur la réception de ses publications par la critique. A noter qu’il est traduit en 40 langues et célébré au Japon.

Lui « l’agoraphobe », « le sauvage », se montre maintenant à la télé chez Busnel. (Voir l’émission du 10 octobre 2018 de LGL).

 

Le chapitre intitulé « sœur de lait »,consacré à Ghislaine, connue surtout des lecteurs de « La plus que vive » retrace leur rencontre, met en exergue la bonté de « cette petite fiancée nervalienne », et son sourire qui ont conquis l’écrivain, « à la dégaine russo-manouche ». D’elle, il n’a plus qu’une relique. Bobin qui a gardé son esprit d’enfant, aime la compagnie des bambins. Il a d’ailleurs pour filleule, Hélène, fille de Ghislaine.

 

Il est confronté à la maladie très jeune. Celle de son aïeule Yvonne, internée, puis de son père à qui il dédie : La présence pure.

 

La plus belle façon de connaître quelqu’un est de regarder sa bibliothèque, c’est ce à quoi s’emploie Lydie Dattas, détaillant les affinités électives du « ravi ». La poésie est omniprésente, passion contagieuse pour la poétesse, qui vient de l’univers du cirque Romanès et du monde gitan où l’on tresse des paniers en osier. Ensemble ils rendent visite à Grosjean, son mentor.

 

Le poète-écrivain « l’indéracinable cloîtré » a côtoyé, fréquenté de grandes figures artistiques et littéraires, comme Grosjean et Soulages. D’où quelques pages de sa prose, retranscrites à l’encre blanche sur fond noir. Mais c’est « un simple feutre noir qui est la flûte dont il tire les airs qui aimantent ses lecteurs ».

Il éprouve de l’admiration pour de célèbres personnalités : citons Dhôtel, Emily Dickinson (qui lui a inspiré La Dame blanche), Rimbaud,   Tranströmer, Philippe Jaccottet…  ».

 

La correspondance meuble son quotidien et l’épistolier se dit « tellement heureux de se lier à d’autres humains ». La musique de Bach ou de Django Reinhardt officie comme « médecin traitant » chez le mélomane averti. En Arvo Pärt,il a trouvé comme un frère. Admiratif de Glenn Gould.

 

Le recueil s’achève, en juillet 2017, sur la contemplation des vitraux de l’abbatiale de Conques, dont « les stries sont celles d’un râteau ».

 

Saluons la générosité de Christian Bobin qui livre des carnets manuscrits, déploie une panoplie littéraire plus intime :des inédits, des lettres. Il nous ouvre aussi son album photos. Celle de la chambre d’écriture, à l’aspect monacal, permet d’imaginer le poète rivé à sa table ou rêvant par la fenêtre. Des réflexions sur l’écriture sont distillées :

« Mon pays c’est la page blanche et elle seule. » mais aussi sur la mort. Pour lui, « l’écriture a par essence une tendance autistique. »

On retrouve la beauté de son écriture manuscrite. Comme pour « Un bruit de balançoire », « l’indéracinable cloîtré a calligraphié la couverture, redoutant voir disparaître « une main humaine qui danse »

Remercions aussi Guy Goffette son éditeur chez Gallimard.

 

Dominique Pagnier et Lydie Dattas nous offrent un ouvrage raffiné, poétique, d’une grande richesse, alliant textes et photos, émaillé de citations. Il permet de découvrir l’enfance du poète, les lectures qui l’ont forgé, les êtres qui ont compté pour lui, sa géographie intime. On partage ses tourments et ses bonheurs, ce qui suscite une mosaïque d’émotions.

Une manne prodigieuse pour ceux qui le lisent, ainsi que des suggestions de lecture pour approfondir la connaissance de ses publications.

Quand on referme l’ouvrage, on a l’impression d’avoir vraiment rendu visite à Christian Bobin et le narrateur a su si bien se couler dans le moule de celui-ci que parfois, on ne sait plus trop si on lit du Bobin ou du Dominique Pagnier. Et on s ‘émerveille dès qu’on ouvre de nouveau cette pépite littéraire pour détailler un tableau, une photo, relire ou mémoriser un fragment tant le contenu est nourrissant, passionnant, inépuisable!

 

©Nadine Doyen


NB : Derniers ouvrages des auteurs :

Lydie Dattas; Carnet d’une allumeuse; Gallimard; Blanche; 2017

Dominique Pagnier; Cénotaphe de Newton; Gallimard; 2017

Christian Bobin; Le plâtrier siffleur; éditions Poesis; 2018

Christian Bobin; La nuit du coeur; Gallimard; 2018

 

Benoît Duteurtre, En Marche ! Conte  philosophique, Gallimard  nrf , ( 204 pages – 18, 50 €), Août 2018

Chronique de Nadine Doyen

713XFZffJAL.jpgBenoît Duteurtre, En Marche ! Conte  philosophique, Gallimard  nrf , ( 204 pages – 18, 50 €),  Août 2018


Benoît Duteurtre  aime nous faire voyager, nous dépayser. Dans son roman précédent Livres pour adultes,il nous emmenait sur le Danube, sur une île grecque.

Par son injonction audacieuse d’ « En marche », cette fois, il nous embarque en Rugénie, « jeune république », « libérée du joug molduve », « candidate à l’Union européenne ». Un pays qui applique une politique « ouverte et écoresponsable ». Curieux de ce modèle de société, inspiré par le docteur Stepan Gloss, Thomas, « député du parti En avant », part enquêter.

La Rugénie, « pays du recyclage », sait vanter ses atouts mais le voyageur note les premiers paradoxes : difficultés pour Thomas à rallier la capitale Sbrytzk, puis son hôtel. Les surprises l’attendent dans cet hôtel 100 % écoresponsable : pas de serviette, juste « un petit carré de coton ».

On en vient à se demander si Thomas a choisi le bon moment pour ausculter ce pays et en dresser l’état des lieux.

On dirait plutôt que tout se dérègle, se lézarde, part à vau-l’eau .

Que penser de cet état, soucieux de lutter contre le réchauffement climatique qui prône le tri sélectif et dont les trottoirs ne sont plus que des montagnes d’ordures, d’immondices, de cageots dégoulinants ?

Que penser d’un pays qui arbore le drapeau américain, qui a opté pour l’anglais en seconde langue officielle, alors que les guides signalent la pratique de l’allemand ? D’où la difficulté pour Thomas de trouver un «  passé historique ». « Make Rugénie great » pourrait être son slogan !

On comprend l’intérêt de Thomas pour cette république qui prône « La parité sur le gazon », qui organise des championnats de la Diversité.

Le visage de la Rugénie authentique nous est conté/restitué à travers le prisme de différentes voix.

Tout d’abord, celle du professeur Stepan Gloss, « économiste philosophe, qui parle à l’oreille du président », permet de cerner ses aspirations. Dans un monologue, il y décline une ode à la nature. Son bonheur d’écouter le murmure du ruisseau, allongé dans l’herbe ou « assis sur un tabouret » rappelle la « liste des plaisirs » de Benoît Duteurtre dans le Livre pour adultes.

C’est en compagnie de la charmante guide, Kimberly, assistante parlementaire (qui lui fut tout spécialement dépêchée) que Thomas découvre la capitale.Celle-ci est peu encline à parler du passé («  terreur communiste, sexisme»).

Que penser d’un pays qui se targue d’accueillir les PMR (personne à mobilité réduite) quand on entend toutes les récriminations que Mélanie confie à Thomas qui vient de dégager son fauteuil, prisonnier d’un nid-de-poule ? Râle-t-elle, comme un bon Français ou est-ce justifié ?

Dans sa diatribe, elle peste contre les trottoirs détériorés, occupés par les cyclistes, les poussettes, ce qui n’est pas sans rappeler un chapitre de Polémiques. Ces nuisances pour les piétons avec l’invasion de trottinettes électriques ne contraignent -elles pas certaines villes à prendre des arrêtés, comme en Espagne. ?

Mélanie, installée depuis 9 ans, dresse un portrait sans concession de la Rugénie : elle se considère victime d’une annonce mensongère. Elle montre comment, avec l’arrivée de nouveaux dirigeants politiques, on a basculé d’un âge d’or à la crise, la mondialisation. Pour elle, le chaos n’est pas loin :état déplorable des écoles et hôpitaux, des prisons, chômage.

On s’attache à sa cause, et comme Thomas, on est révolté par son destin tragique.

Cela se complique quand Thomas décide de se rendre à Blumenwald, vanté comme le « plus beau village de Rugénie », tout aussi difficile d’accès, « la ligne de train pittoresque, entre fleuve et falaise » ayant été supprimée. Et de pointer une fois de plus le paradoxe : lutter contre les voitures et promouvoir la circulation routière.

On pourrait penser que dans ce village, notre globe trotter va trouver le calme en choisissant comme hôtel « Le relais du silence » où l’on converse en murmurant ! C’était ignorer que pour faire vivre l’hôtellerie, la région est « un spot pour les choppers » qui viennent faire vrombir leurs engins le weekend, (puisque c’est interdit dans leurs pays) ! L’enfer ! De quoi indigner les touristes qui se mobilisent, installent un barrage, et la tension monte entre les deux camps.

Pas étonnant que notre voyageur, désireux de connaître les us du pays, ne parvient pas à goûter le plat traditionnel, dont la prononciation est quelque peu hermétique : « chbrtch ». Avec Kimberly, dans la capitale, où il espérait tester des plats régionaux, c’est le « vegetal fooding » qui lui a été proposé. Son hôtesse lui stipulant que le gouvernement vise à réduire le marché de la viande. Et le voilà mastiquant « des biscuits compacts » !

L’obsession de Thomas de manger du « chbrtch » devient un fil rouge tout au cours de son expédition découverte de la Rugénie. En vrai touriste, il se conforme à ce proverbe : «  When in Rome, do as the Romans do ». (1).

Thomas, adepte de « poésie bucolique », va peut-être avoir plus de chance à « La Ferme du bonheur » ! Mais sa conversation avec la paysanne à « l’allure d’un animal bizarre » est édifiante. On imagine sa déconvenue !

La protection des espèces animales devient un sujet contemporain épineux qui menace l’avenir des fermiers.Thomas a en mémoire un reportage sur une autre ferme « dont les vaches produisent trop de gaz à effet de serre ». L’émissaire gouvernemental lance le cri d’alarme : « la planète est malade » et fait pression sur les fermiers démunis pour qu’ils acceptent son offre. Que va devenir ce couple présenté dans le prologue ?

Par ce récit, l’auteur rappelle aux voyageurs qu’il est préférable et judicieux de bien s’informer avant de s’embarquer dans une destination inconnue. Pour éviter les embûches, surtout vérifier la date de publication du guide, s’assurer qu’aucun conflit, qu’aucune grève ne menacent car ils pourraient tout comme Thomas en faire les frais !

Mais ce n’est pas la fin des aléas, car sourire à son prochain peut être pris pour du harcèlement et conduire à la case prison où l’on croise la brutalité du monde. Comment Thomas va-t-il s’en sortir ? Gardons le suspense.

Quel bilan Thomas va-t-il tirer de son voyage d’étude, périple éprouvant ? Ne s’insurge-t-il pas devant ce génocide des arbres, « abattage massif » ordonné par le président pour qui « la forêt vaut cher », « de l’or qui pousse en dormant ». (2)

Sur quoi débouchera sa rencontre avec Gloss, le « conseiller occulte d’un président énergique mais un peu idiot » dont il approuve les théories?

Va-t-elle être déterminante pour sa carrière politique ?

Toutes ces situations évoquées font écho à ce que chacun de nous a pu vivre en voyageant. En Rugénie, on paye en « schobitch »,mais pas de dépaysement par ailleurs car on y tweete et on y prend des selfies aussi !

Benoît Duteurtre, contempteur de notre société, à la plume caustique, signe un conte philosophique percutant et drôle, sorte de roman d’anticipation qui revêt une valeur de lanceur d’alerte, à l’adresse de nos élus, gouvernants engagés dans cette sauvegarde de notre planète. L’auteur ne veut-il pas montrer les limites d’un tel programme, trop utopiste, en soulignant les dégâts collatéraux de certaines mesures, idéales sur le papier. La périphérie peut-elle /doit-elle supporter de voir les nuisances délocalisées à sa porte ?

Suivez les tribulations de Thomas à travers la  Rugénie, véritable odyssée truffée de péripéties. Un road trip stressant pour ce pauvre voyageur, mais si jubilatoire pour nous lecteurs !

©Nadine Doyen


(1)  Traduction : Si tu es à Rome, vis comme les Romains.

(2) :Citation de L’écrivain national de Serge Joncour, Flammarion / J’ai lu.

NB : Et toujours ce plus de trouver à la fin du roman ce précieux récapitulatif des titres de chapitres.

 

Entretien avec Serge Joncour à l’occasion de la parution de CHIEN-LOUP

Entretien avec Serge Joncour à l’occasion de la parution de CHIEN-LOUP, élu 2ème au palmarès annuel de Livres hebdo, des romans français de la rentrée préférés des libraires.

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Félicitations pour cette reconnaissance largement méritée.

Éditions Flammarion   Rentrée littéraire 2018     Août 2018

Propos recueillis par Nadine Doyen

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Dans une interview, Pierre Lemaître disait avoir mis 18 mois et 2500 heures pour achever Les couleurs de l’incendie, vous voilà au rendez-vous après deux ans. Avez-vous comptabilisé le temps que CHIEN-LOUP a nécessité et avez-vous travaillé avec la même cadence? Le titre s’est-il imposé comme une évidence ?

Serge Joncour: Je l’ai commencé il y a 25 ans. Ce titre, s’est imposé, de lui-même. 

 

L’écrivain national déclare ne « jamais écrire dans les cafés »,ayant à assurer le  « service après vente » des précédents  romans à travers la France, pouvez-vous travailler dans un train, comme David Foenkinos ?

Serge Joncour: Quand j’écris un roman j’y pense sans arrêt, obsessionnellement. Je ne pense qu’à ça, ou presque. Je prends donc des notes et y travaille en permanence.

 

 Vous avez commis un roman ample, touffu, ambitieux, d’un beau tonnage. Avez-vous dû, comme pour le précédent, vous résoudre à rogner, laisser des pages de côté ?

Serge Joncour : Oui j’enlève toujours à la fin. 

 

Pour vous « écrire, c’est comme une traversée ». 

Comment fut-elle pour ce nouveau roman ?

Serge Joncour : Agitée, car il  n’était pas toujours simple d’écrire en même temps deux histoires différentes, se déroulant sur deux époques. C’est en somme deux romans, en un seul. 

 

Vous dites ne pas faire de plan et suivre vos personnages, une fois lancé ?

Ne craignez -vous pas d’être vampirisé par l’un ou plusieurs d’entre eux ?

Serge Joncour : Non, c’est comme dans la vie. Il faut doser ses relations, avec les uns et les autres, et repousser ceux qui deviennent envahissants, aussi bien que faire parler ceux qui se taisent. Il faut être assez directif et souple à la fois avec ses personnages. Les respecter cela dit. 

 

Le bandeau représentant un détail d’un tableau de Félix Vallotton , intitulé La malade surprend. La maladie de Lise est certes évoquée mais assez discrètement. Avez-vous participé au choix ?

Serge Joncour: Je participe de loin à ces choses- là, car cela correspond à la période où il s’agit avant tout de finaliser son texte plus que la couverture du livre. Mais cette image m’a plu.

 

Philippe Jaccottet déclare dans des notes de carnet : « La difficulté n’est pas d’écrire, mais de vivre de telle manière que l’écrit naisse naturellement ». Cette assertion fait écho à l’écrivain national qui répond à une lectrice : « Il faut donc vivre avant d’écrire ? Comment/ Dans quelle mesure votre vécu a -t-il irrigué Chien Loup ?

Serge Joncour : En tout. Je suis toujours bien caché derrière mes personnages, hommes ou femmes, je leur donne ou leur prête beaucoup de moi -même, sans que cela se voie. L’important c’est qu’ils existent, qu’ils aient l’air d’exister pour de vrai.  

 

Vous avez affirmé dans un tweet du 30 mai 2018 :

« Les écrivains sont des paysagistes d’atelier. J’en connais peu qui écrivent au coeur même des forêts. ». Or le paysage de grands espaces, à ciel ouvert comme  chez les « « nature writers » tient la vedette. Vous qui dépeignez la nature avec précision, que ce soit la forêt de Marzy dans L’écrivain national ou celle du Lot dans Chien-Loup, ce village d’Orcières …, avez-vous des photos sous les yeux ou ce décor est-il suffisamment familier pour qu’il soit gravé en vous ? 

Avez-vous écrit ce roman plus à Paris que dans votre fief du Lot ?

Serge Joncour : Je vais dans ces collines deux ou trois fois par an. Et quand j’y suis, je n’en sors pas. Parfois, j’y retournais, pour me souvenir des bruits, des sons que l’on entend en fonction de l’heure, des animaux qu’on voit passer la nuit. C’est un bain de silence aussi. Et quand je suis en ville, écrire à propos de ces décors, me permet de m’y replonger. Comme en rêve. Un rêve dirigé. 

 

Pour Woody Allen : « quand le coeur dirige la tête, le désordre suit », un tel  dérèglement se retrouve chez vos protagonistes. On pense à Dora et l’écrivain national et dans Chien-Loup, c’est Joséphine qui ressent cette même attraction incontrôlable, cette aimantation qui la dirige vers le dompteur. Au-delà du désir, vous abordez la question d’aimer quand on a perdu son conjoint, tout en déclarant : «  Toutefois, l’amour n’est jamais simple… ». Vivre à l’écart semble mieux réussir à Lise et Franck !

Serge Joncour :Je ne sais pas tout de mes personnages. Ils ont leur vie , leur intimité. Je suis pudique. Je les laisse vivre en dehors de moi, dès lors je ne suis pas le mieux placé pour répondre à ce genre de question. Je sais juste que dans la vie, on a beaucoup de certitudes par rapport à l’amour, et que la vie, d’elle- même se charge de nous en faire changer !!

 

Vous avez mis en confrontation animaux et humains, ce qui rappelle la scène de REPOSE-TOI SUR MOI dans laquelle Ludovic a

«  méchamment bigné »  le chien de Kobzham, « l’a salement amoché ». Le sang coule déjà.

On dirait que la violence qui était tapie explose dans Chien-Loup. 

Serge Joncour : Ah peut -être. Mais les animaux, les chiens en particulier peuvent être violents. Quand ils chassent, ou attaquent, quand ils se jettent sur les vélos à la campagne; souvent je vois cela, ils se jettent sur les vélos, alors qu’au fond, ce sont des chiens sympas. Mais par moment je ne sais pas ce qui leur prend ! Les chats c’est pareil, quand je les vois se battre, entre eux, ou bien jouer avec un mulot, avant de le croquer. La violence est en eux, tapie, un peu comme un animal, en nous… 

 

Ici Chien-Loup se taille la part du lion. Mais la présence du chien était déjà notée dans L’amour sans le faire, avec Rix . Son ambivalence déjà soulignée dans Repose-toi sur moi avec l’épagneul : « sous sa mine joueuse et sa bonhomie ce chien-là n’attendait rien d’autre que la permission de tuer. »

Vous montrez aussi dans vos tweets votre intérêt pour la cause animale, quelle est votre proximité avec les chiens ? 

Serge Joncour : J’en connais plein, qui sont à proprement parler des copains. Certains des amis. Sans compter les animaux que j’ai eus. Mais j’aime bien savoir que tel ou tel chien, là-bas, vit sa vie, et dans trois mois je le retrouverai, un chien de la famille, ou bien d’un voisin, et l’on repartira pour des heures de balade. J’ai beaucoup de copains-chiens.

 

Dans le roman précédent Ludovic suit un documentaire animalier.

Votre idée de mettre des félins en scène était-elle déjà en germe ?

Serge Joncour : Non, mais je tenais à montrer que les animaux sont très présents, y compris en ville. Paris vient de découvrir qu’il y avait des rats, un peu partout en bas, en même temps qu’il y a des corneilles et des goélands, j’ai toujours été attentif à cela, d’autant que je vois moins de moineaux et de pigeons, mais en ville j’entends souvent les corneilles, il y a toute une composition animale qui se redistribue sans cesse. J’ai toujours eu, même en ville donc, la sensation de vivre dans un monde animalier, peut-être même d’habiter un peu leur planète, car sur cette terre, les animaux sont bien plus nombreux que les humains, et bien mieux représentés. 

Merci infiniment pour avoir pris le temps de nous offrir ces réflexions sur la genèse de CHIEN-LOUP d’autant que vous avez un emploi du temps surbooké avec les télés, la presse, les salons ( Nancy, Manosque, Le Mans, St Étienne…), les rencontres en librairies et médiathèques.

Bon vent à CHIEN-LOUP qui caracole en tête des ventes, roman  sauvagement addictif, époustouflant, envoûtant, prégnant. Virtuose.

Du suspense. L’incontournable de la rentrée à LIRE absolument !

 

Des phrases cultes :

« Il y a des  paysages qui sont comme des visages, à peine on les découvre qu’on s’y reconnaît. »

«  Si l’on dit des voyages qu’ils forment la jeunesse, les lectures font bien plus, elles apprennent à envisager le monde depuis mille points de vue dispersés. »

 



PS :  Lire sur le site de la revue Traversées les chroniques de Fleitour et de Nadine Doyen sur CHIEN-LOUP de Serge Joncour.