Tous les articles classés dans : Chroniques de Paul MATHIEU

Éric Brogniet, Bloody Mary. Road movie pour Marilyn Monroe

Une chronique de Paul Mathieu Éric Brogniet, Bloody Mary. Road movie pour Marilyn Monroe Avec une bibliographie riche de plusieurs dizaines de recueils abondamment salués par la critique, le poète belge Éric Brogniet s‘est souvent penché sur des thèmes en relation avec les failles – si nombreuses – de notre temps, qu’il s’agisse, notamment, de dérives scientifiques (Radical machines) ou de catastrophes industrielles (Tutti cadaveri). Dans un recueil précédent, Nos lèvres sont politiques, le poète s’était déjà arrêté à deux figures féminines emblématiques de la fin du siècle passé : Semira Adamu, une jeune ressortissante nigériane étouffée par des policiers belges dans l’avion qui devait la reconduire de Bruxelles à Lomé, et Monica Lewinsky, stagiaire à la Maison Blanche à l’époque de Bill Clinton. Son nouveau recueil, Bloody Mary. Road movie pour Marilyn Monroe, s’attache cette fois à une des plus grandes légendes du cinéma américain. Une robe qui se soulève, du strass, du gloss, des paillettes, Happy birthday Mister President… autant de flashes qui résument Norma Jeane à une caricature, à une poupée de celluloïd …

Un bateau s’en va

Chronique de Paul Mathieu Un bateau s’en va En mémoire de Luis SEPÚLVEDA llanuras levantadas por las olas,forman la piel desnuda del planeta Pablo NERUDA, Canto general Au milieu des brouillards du Pacifique sud, du côté de l’île de la Désolation, un bateau a pris le large. Il s’appelait Luis Sepúlveda. Emporté par l’épidémie de coronavirus, il s’en est allé dans des conditions étranges comme un autre grand Chilien, Pablo Neruda, en septembre 1973, s’en était allé dans d’autres circonstances hallucinées, celles du coup d’état de Pinochet.  Que l’on ouvre cet hommage par une métaphore de bateau n’est pas le fruit du hasard quand, dans ce trajet, la mer joue un rôle essentiel : J’ai grandi au Chili, un pays avec cinq mille kilomètres de côtes. J’ai du mal à vivre sans avoir le murmure de la mer dans les oreilles. La mer c’est comme une invitation à embarquer, à changer d’horizon. Amoureux du large, l’écrivain aimait à souligner qu’entre Valparaiso et Hambourg, où il a vécu pendant quatorze ans, existait un lien très fort puisque …

René WELTER, Marcel MIGOZZI & LAWAND, «Célébrer vivre», Estuaires, 2018; 34 pages, 15 €

Chronique de Paul Mathieu René WELTER, Marcel MIGOZZI & LAWAND, «Célébrer vivre», Estuaires, 2018; 34 pages, 15 € Comme souvent avec le poète luxembourgeois René Welter, on est devant des poèmes très courts, très serrés: des strophes d’une ou deux lignes, des vers de deux ou trois mots. Il y a de l’épitaphe dans sa technique, du définitif. D’autant plus lapidaire en l’espèce que son nouveau recueil, «Célébrer vivre», a été rédigé avec le poète français Marcel Migozzi – un habitué de la maison – sans que rien ne permette de dire qui a écrit quoi. Les textes se répondent, se suivent, se complètent et, parfois, se nuancent légèrement. Pour le coup, le trajet est encore complété par deux peintures sur acrylique de l’artiste syrien Lawand qui apporte comme des îlots de couleur dans la lecture. Qui la prolonge aussi. Les thèmes sont graves. Mais, outre la brièveté du temps et la précarité sociale, une place importante est laissée aussi à l’amitié, à la chaleur des échanges: «même / une bûche / ne brûle / …

Anne-Marielle WILWERTH, L’accordéon du silence, Le Cormier, 2017

Chronique de Paul Mathieu Désir d’île Pour diverses raisons qui tiennent sans doute à la singularité et à la solitude, les îles ont toujours requis les poètes. En l’espèce, Ouessant ne fait guère exception quand elle se retrouve au centre du recueil que lui a accordé Anne-Marielle Wilwerth. Textes denses, rangés en strophes de quatre vers au début, un peu plus longues au milieu, comme le ressac de la mer qui va et vient. Tout au long du parcours, inévitables ou surprenantes, les images océanes égrènent leur présence prégnante. Les illustrations de Pascale Lacroix apportent une touche de fraîcheur supplémentaire à ce parcours appuyé sur les illuminations et l’apaisement : non, on n’a pas « maraudé en vain / dans le vaste verger marin ». A lire: Anne-Marielle WILWERTH, L’accordéon du silence, Le Cormier, 2017; 100 pages, 20 € ©Paul Mathieu

Disparition du poète belge Jean-Luc Wauthier

In memoriam, par Paul Mathieu Aiguilles arrêtées Disparition du poète belge Jean-Luc Wauthier Responsable du «Journal des poètes», écrivain, critique et poète, Jean-Luc Wauthier était une figure attachante des lettres belges. Sa disparition brutale vient d’assombrir le paysage culturel. Voilà encore une de ces journées de printemps qui, toute belle qu’elle fût, s’est achevée par une bien triste nouvelle: dans la nuit du 15 mars dernier, le poète Jean-Luc Wauthier s’est endormi définitivement. Né à Charleroi le 14 novembre 1950, il avait fait ses études à l’Université de Liège. Rédacteur en chef du «Journal des poètes» depuis 1993 et professeur à la Haute Ecole Paul-Henri Spaak (Bruxelles) de 1993 à 2008, il laisse une œuvre particulièrement riche: vingt-cinq recueils, des centaines d’articles de critique, des nouvelles, du théâtre et deux romans. Son dernier recueil «Sur les aiguilles du temps», venait tout juste de voir le jour aux éditions du Taillis Pré. Outre son titre significatif, cet ouvrage s’ouvre sur une reproduction d’un «autoportrait de Böcklin avec la mort jouant du violon». Et, à vrai dire, …