Tous les articles classés dans : In memoriam

Un chêne s’est abattu

Un chêne s’est abattu Francis Chenot i. m. (Petitvoir 6 mars 1942 – Huy 13 juillet 2020) Dans le profond de la forêt d’Ardenne, un chêne s’est abattu qui a laissé une grande clairière de vide et de lumière. Il avait pour nom Francis Chenot. Marquée par l’évidence et l’effacement, tissue de silence et issue de solitude, toute son œuvre s’est accomplie dans le cheminement discret de ceux qui arpentent les mots en profondeur, mais pour qui, un comble pour un taiseux, écrire est d’abord cri. Au gré d’une vingtaine de recueils, toujours à arpenter ses Chemins de doutes, Francis Chenot dans sa perpétuelle errance n’avait cesse de Bûcheronner le silence. Il tenait bien de ces bois obscurs où Verlaine voyait briller les yeux des loups dans l’ombre. On en revient toujours à ses lieux d’enfance et de fougères, écrivait-il dans le Post-scriptum au principe de solitude. Du coup, le poète se référait volontiers à l’Ardenne, ce pays qui sait le prix du pain. Il se voulait rivé au minéral, arrimé au schiste et au sol …

Décès de Francis Chenot

Francis vient de nous quitter. Vaincu par le crabe ! Un ami s’en est allé. Je ne trouve pas les mots pour te saluer et dire la tristesse qui m’habite. Le silence seul… Merci pour tout ce que tu m’as apporté. Christine te pleure aussi. Hasta la vista, amigo… Patrice Breno Décès de Francis Chenot Article paru sur le site Le Carnet et Les Instants Le poète Francis Chenot était, avec Francis Tessa et Rio di Maria (décédé le 23 mars 2020), l’un des fondateurs de la Maison de la poésie d’Amay. Né le 6 mars 1942 à Petitvoir (aujourd’hui commune de Neufchâteau), Francis Chenot est l’auteur d’une vingtaine de recueils poétiques et de plaquettes. Son écriture était marquée du sceau du silence et de l’économie de mots – deux traits qu’il reliait volontiers à son Ardenne natale. Co-fondateur de la Maison de la poésie d’Amay, Francis Chenot a créé les éditions de l’Arbre à paroles et a longtemps dirigé la revue L’arbre à paroles. Il a également été rédacteur en chef de la revue bimestrielle Une autre chanson. …

ELOGE DE LEÏLA MENCHARI

Chronique de Mustapha Saha ELOGE DE LEÏLA MENCHARI. La décoratrice Leïla Menchari s’est éteinte le 4 avril 2020, victime de la monstrueuse hécatombe. Les vitrines flamboyantes d’Hermès, œuvres d’art incomparables, l’immortalisent. L’artiste est née le 27 septembre 1927  dans une famille tunisienne émancipée, d’un père avocat francophile et d’une mère féministe pionnière. Pendant son adolescence,  elle rencontre à Hammamet Violet et Jean Henson, amateurs d’art et mécènes, qui l’invitent dans leur villa plantée d’arbres fruitiers, de plantes aromatiques, de fleurs odorantes. Elle découvre les couleurs pulsatiles, les senteurs subtiles, les émotions tactiles. Elle côtoie les prestigieux invités, Luchino Visconti, Man Ray, Jean Cocteau… « Mon premier voyage a commencé au pied de deux escaliers de pierre. C’était un endroit extraordinaire sentant le citron et le jasmin, un jardin à la fois anarchique et construit, une jungle folle avec des paons, des daturas énormes, une longue allée et un bassin sur lequel flottaient des nénuphars bleus. Je n’avais jamais vu de fleur poussant dans l’eau. Je suis entrée dans la rareté par ce chemin-là… C’est dans …

Un bateau s’en va

Chronique de Paul Mathieu Un bateau s’en va En mémoire de Luis SEPÚLVEDA llanuras levantadas por las olas,forman la piel desnuda del planeta Pablo NERUDA, Canto general Au milieu des brouillards du Pacifique sud, du côté de l’île de la Désolation, un bateau a pris le large. Il s’appelait Luis Sepúlveda. Emporté par l’épidémie de coronavirus, il s’en est allé dans des conditions étranges comme un autre grand Chilien, Pablo Neruda, en septembre 1973, s’en était allé dans d’autres circonstances hallucinées, celles du coup d’état de Pinochet.  Que l’on ouvre cet hommage par une métaphore de bateau n’est pas le fruit du hasard quand, dans ce trajet, la mer joue un rôle essentiel : J’ai grandi au Chili, un pays avec cinq mille kilomètres de côtes. J’ai du mal à vivre sans avoir le murmure de la mer dans les oreilles. La mer c’est comme une invitation à embarquer, à changer d’horizon. Amoureux du large, l’écrivain aimait à souligner qu’entre Valparaiso et Hambourg, où il a vécu pendant quatorze ans, existait un lien très fort puisque …

BONNE ROUTE, LOUIS

BONNE ROUTE, LOUIS Ce dimanche 19 avril 2020, notre ami Louis DELORME nous a quittés nous laissant des montagnes d’écrits, de peintures, de sculptures, sans compter ses  »recensions » à la fois fines et profondes que chacun garde en souvenir. Claude Luezior, poète franco suisse, bien connu de toutes les revues de poésie de qualité, et qui avait noué un lien fraternel avec Louis, nous avait présentés l’un à l’autre car il avait deviné en nous une fibre semblable qui nous a permis de tisser ensemble nos mêmes passions durant quatre années d’amitié.  »Mon frère en poésie », comme le dit son épouse Michèle, a écrit une foison de textes, Louis était un œil, une oreille, un cerveau et une écriture toujours en alerte, ses mille et un textes le prouvent. Mais, pour ma part, je dirais que les poèmes de Louis les plus beaux sont, à côté de ceux qui révèlent son amour sincère de la nature et des humains, incontestablement, ceux écrits à son épouse, ceux faisant allusion à leur bonheur. Ils respirent l’attachement véritable, …