Poèmes de Xavier Bordes

Poèmes de Xavier Bordes sur RCF

émission présentée par André TARDY

41F7R1C9WML._SX323_BO1,204,203,200_

https://rcf.fr/embed/1974554
https://rcf.fr/embed/1975842
https://rcf.fr/embed/1976924

Ce poète contemporain , né en 1944, est un spécialiste de musique et de poésie grecque.
Son 1er recueil poétique date de 1979. Nous écouterons quelques poèmes  extraits de son ouvrage de 1998, « Comme un bruit de source », aux éditions Gallimard  qui lui valut le prix Max Jacob.

Hommage à Nissrine SEFFAR, peintre qui laisse littéralement les sols traverser sa toile …

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Laissez parler tous ceux que le silence effraie,
(Allons, ne dites rien de ce qui impressionne !)
Venez à nous Nissrine avec votre œuvre bonne,
Et montrez-nous ces sols que le monde effaçait.

Et ces toiles de lin que vous partez étendre
Sur ces lieux de douleur et sur ces trottoirs fous
(Où le pire des hommes leur donna rendez-vous)
Dépliez-les pour nous sur ces cimaises tendres.

Si l’on vous comprend bien, ces dégâts , ces prodiges
(Que vous copiez avant qu’ait séché le malheur)
Ces empreintes sauvées de faits dévastateurs,
Sont comme un tocsin plat qui sonne et vous oblige.

C’est place Tien-An-Men qu’on vous rêve penchée
Passant votre rouleau sur le relief à perte
De deux mètres carrés des dalles recouvertes
(Pour boire leur relief et pour devoir trinquer)

Alors que vos amis surveillent la police
(Et s’embrassent un peu pour faire diversion)
Et pendant qu’on les happe et les mène en prison,
Vous roulez votre toile aux mille marques lisses.

Vous rejoindrez bientôt le plus proche atelier
Pour rehausser de mousse et de pâte acrylique
Ces traces de la Bête immonde et magnifique
(Que rassemble sous lui le tapis qui priait)

Un sol est la patrie la plus superficielle et basse,
Mais aussi la partie plus physique et fidèle,
Des crimes qu’on colmate en un jeu de marelle,
(Et du  plâtre et du lait jetés dans la crevasse)

Reproduire la fièvre équivaut à prendre acte,
(Rien n’est plus militant, malgré les apparences,
Que copier le proscrit par simple transparence)
Et le meilleur et vous avez passé ce pacte.

Car décalcomanie, c’est prière railleuse
(C’est l’histoire d’un sol laissée aux géologues,
Mais un sol de l’histoire pris aux idéologues !!),
Et votre geste est beau, révérence rageuse.

Car après tout le sol n’était qu’un corps faillible
(Un photographe aveugle que votre toile étreint)
S’il fut dans le passé le support des destins,
L’artiste retouchable attend vos doigts terribles.

Et nous, nous attendons votre étonnant courage
Et d’artiste et d’Arabe et de femme et d’amie
Sans hypocrite ardeur ni subtile anarchie,
(Tant vos efforts ont fait l’admirable ménage !)

Votre art est sans intrigues, œillades  ni querelles
(Aucun facile appel n’en salit la vitrine)
Votre toile est un sol qui pour nous se démine,
C’est un haut de planète et c’est un bas de ciel.

Même un « corps mort » jeté dans le débarcadère
(Bouée de peau larguée dans nos naufrages gris)
Est, Nissrine, assuré d’une seconde vie
Si vous êtes sa Muse et sa maroquinière.

Et nous vous admirons de restaurer l’honneur,
De réparer le tort et d’éponger le mal,
D’aller jusqu’à vous faire agent collatéral
Du contact infernal (en solidaire ardeur)

L’absence d’horizon est sans désespérance,
(Vous le décalqueriez s’il venait jusqu’à vous !),
Et l’incréé peut-être est ce que nous avoue
Votre tendre ferveur exilée dans la France.

Il n’y aura jamais, c’est vrai, de Mer Promise,
Mais la manne inviolée mourant dans les tiroirs,
Les miettes de famine, le plancton de miroir,
Se rassemblent enfin dans votre œuvre insoumise.

©Marc Wetzel


Visiter le site de  Nissrine SEFFAR

La lumière et l’Alphabet Sur « Hector et Andromaque, 1924 » de Giorgio De Chirico

chronique de Miloud KEDDAR

27188859202_a0dbc21ace_b
Hector et Andromaque, 1924, Galleria Nazionale d’Arte Moderna, Rome

La lumière et l’Alphabet
Sur « Hector et Andromaque, 1924 » de Giorgio De Chirico


 

Quelle vérité de l’un et de l’Un ? Quelle vérité cette lumière d’un ciel voûté sur nos ombres ?  Nous, ayant été n’étant plus et nos gestes suspendus, et, là, l’effacement de nos corps et seule l’œuvre de nos mains et de nos mots à demeurer sous la lumière. Cette lumière que ne reçoivent plus nos yeux et pourtant toujours lumière ! Par quel biais quel ordre avons-nous reçu et avons-nous perdu ?

Regardez, là, mes amis, nos ombres s’allongent, nous avons laissé nos fuites se faire, s’accentuer quand il fallait réunir et voilà nos gestes défaits. Hector revient et Andromaque a l’œil cave (le regard caverneux ?). Andromaque entre l’époux et le fils, entre le Père et le Fils, l’époux en carton en papier froissé et le fils précipité ? Andromaque, que veux-tu, nos arrières sont sans vie et nos vies sans relief. Cassandre le savait-elle, quand le ciel s’était assombri ? Hélène se retire, et toi, Andromaque, d’un regard ou d’acceptation ou de déchirure et de fatalité, Andromaque tu restes une mère et aux autres semblable…

Nos ombres s’allongent et la muse a un livre ouvert sur le rien de l’Alphabet. Platonicienne ? Je ne le crois pas ! La muse est la vie que le poète ne célèbre plus ou à laquelle il ne trouve plus grâce. Nous avons voulu, ou sans le vouloir, précipité la chute et avec nous les vivants ! Nous avons par nos gestes entraîné les autres et notre lieu de vie et de prière, la Terre, n’est plus que poussière et tapis de viscères, et nous, maintenant des gisants !

museinquietante
Les Muses inquiètantes, 1922, Courtesy galleria, Bologne

Dans « Hector et Andromaque, 1924 (cat. 41) »*, les deux chevaux au fond se refusent et se cabrent, rejettent l’asservissement. Andromaque, prends exemple sur ces « chevaux de Troie », rejette et refuse le carton papier froissé ! De Cassandre sois proche ! Une nuée, à gauche où je regarde, se dessine qui n’est pas un donjon ou une tour mais de la lumière, car l’habit, que veux-tu Andromaque, ne cachera pas le visage et les yeux qui sont le dehors et le dedans. La muse n’est plus humaine ou si elle l’est encore, elle n’a pas sa tête – toute sa tête – sous l’orage qui décide, et l’ombre qui n’a plus nom et la lumière venant manquer.

Andromaque, muse, parle et sois souveraine, ouvre ton sein à la bouche assoiffée qui demain dira les louanges, dira l’Alphabet ! Ton sein est lumière, une lumière pour la bouche qui s’est longtemps tue et manquait de lait et bouche bâillonnée. Cassandre, le sais-tu, traverse l’Ici par le delà et l’en dessous et Hélène mène la Cité vers la toute grâce.

(La Muse* de Giorgio est une buse à l’aile blessée, une buse ou muse qui ne chante plus, une bise qui est comme le vautour qui hante le rêve et les jours du poète et du peintre !)

Andromaque, mère souveraine, si tu veux, ouvre l’oblongue et brise l’oblique, ça t’est permis et que vienne l’ordre à tes poursuivantes et qu’elles chantent ! Les pays sont redevables au lait, à la poitrine de nourriture et de paroles. Hector est mort, le fils est cloué, le ciel pardonne ! Andromaque, viens et prenons du risque et s’enlèvera le bâillon à nos bouches, aux femmes et à l’écriture.


*note : allusion est faite à la peinture « Les Muses inquiétantes ».
Repère :« Hector et Andromaque », 1924, Galleria nazionale d’Arte moderna, Rome.
« Les Muses inquiétantes », 1972, Courtesy galleria, Bologne.

©Miloud KEDDAR

« Le devenir de l’homme » Sur Cranach l’Ancien et Jean-Michel Basquiat

Chronique de Miloud KEDDAR

« Le devenir de l’homme »

Sur Cranach l’Ancien et Jean-Michel Basquiat



Lucas Cranach l’Ancien

Cranach-AdamEve-Besançon

L’Adam et Eve ou le dernier repas de l’ange ? L’homme, Adam, l’Adam qui ne mange pas va à la guerre, dirais-je pour paraphraser Léo Ferré. L’arbre du côté d’Adam éclaire Adam dans « Adam et Eve » de Cranach l’Ancien. Eve est du côté sombre. Elle n’a, je vous dis, pas besoin de lumière extérieure, elle rayonne par elle-même. (Eve est belle d’une beauté féminine, Adam est beau d’une beauté masculine). Eve accepte de manger. Une pomme dans chaque main, la pomme dans sa main droite a couleur pain. Eve ne redoute pas la mort, elle se sait porteuse du devenir et quelle mort pour qui enfante ? Accepter la mort simplifie le geste. Adam ne mange pas, la pomme dans sa main gauche a couleur sang : refuse-t-il la mort, lui maintenant ange déchu et le sachant ? Questionne-t-il Eve : « Est-ce cela la vie, il semble demander, et son doigt est déterminé dans la presque hésitation qu’est la vie ? ». Par le geste d’Adam, Lucas Cranach l’Ancien accomplit l’acte philosophique. Par le geste assuré d’Eve, l’acte poétique. Cranach l’Ancien en peignant son « Adam et Eve » a-t-il pensé à la « Cène » ? On est en droit de se le demander. Faisons un détour, voulez-vous : il y a, j’ai relevé, une ressemblance frappante entre « l’Adam » de Cranach et le « Christ (jaune) » de Jackson Pollock dans « Crucifixion ». Ne retrouve-t-on pas le Christ dans Adam ? On peut dire que les deux peintres se sont posé la même question : « Est-ce le dernier repas de l’ange, Adam, Le Christ ? ». et nous, ne devons-nous pas, là ils nous invitent, accepter notre condition ?

Par son « Adam et Eve » Lucas Cranach l’Ancien (Lucas Müller) nous dira aujourd’hui ; « Adam, nous le voulons toujours dans la lumière. Eve du côté sombre ». La femme ? On l’oublie ou l’écarte ou la soumet, on la voue à des tâches secondaires. Nous ne mettrons pas la femme à droite de Dieu, hier comme aujourd’hui. Mais Eve est une eau dormante, elle marche malgré la tempête. Un jour, bon gré malgré, la femme trouvera la place qui lui revient, elle sera partie prenante dans le devenir des hommes, partie prenante dans le choix du devenir !

Jean-Michel Basquiat

d5729537a

Basquiat, briser la coquille ? Regardons le Christ de Jean-Michel Basquiat, il n’est pas consommable (ceci est mon corps, ceci est mon sang !), le Christ de Basquiat est consumable. Le temps l’a lu, l’a travaillé soumis, usé. Le temps l’a mortifié « squelettisé ». Ce Christ est « Crisis X » et Crisis X est

ce qui ne se définit pas, donc « inconnu ». Il peut être personne et nous à la fois, puisque concernés. Et voici les Écritures. Elles sont nôtres sans l’être : indéfinissables, tout comme nous ! Et de toutes pièces inventées et à nous Basquiat les impose. Éveillant un manque de vérité quand cette dernière est notre réalité. Et Basquiat ? Il se sait Dieu-Diable qu’a vaincu la vie et qui pourtant œuvre pour la vie (la vie en son strict droit !). Le Crisis de Jean-Michel Basquiat ne semble-t-il pas vouloir nous dire : « Je meurs sur la croix pour donner sens à ma vie, je suis mortel. Faites comme moi et la vie aura tout son sens ». Le Crisis X nous dit peut-être aussi : « Donnez un crayon au peintre au poète et demandez-leur de parler de l’infini. Le peintre tracera l’infini en commençant par un point, le poète par un mot, une lettre. L’infini (l’Éternel), s’il a un début, n’est pas infini ! L’infini est chimère, simple pensum, idée théorique et saugrenue, l’Infini est Chimère ! ».

Reniant l’infini, Basquiat se dépense de tempêtes en brûlures. Reniant l’infini, il tente de revenir à la coquille créatrice (non dans son corps d’adulte mais « celui » de l’enfant). Il repousse le temps ou le rebrousse à contretemps. Il froisse l’échelle : l’aujourd’hui ne suit pas toujours l’hier ; il peut se lier à l’avant-hier. Et quel hier pour demain ? La coquille ! Elle n’est pas pour Basquiat une simple rêverie mais de la tempête qu’il faut briser par de la tempête. Et toute la vérité de ce « rebrousse-temps » est la recherche du liquide « séminale ». De quel trouble, je suis ? De quelle guerre, suis-je ? Et Basquiat va aller au liquide là où le liquide s’évanouisse dans l’abîme de tout liquide. Peut alors naître l’être, se solidifier, accomplir. L’Être de Basquiat est porteur d’une échelle. On habite un bâti pour se bâtir ! Jean-Michel Basquiat qui veut briser la coquille pour le liquide séminale savait-il que toute naissance est un « rejet » ? Accueille le corps mâle, le corps femelle le rejette puisque corps étranger, non compatible. L’union qui en résulte est une guerre. Le corps rejeté reste toutefois demandé (désiré) puisque la guerre doit continuer. Le marteau, l’enclume ! Cela aurait été aisé pour Basquiat l’idée de rejet, salvatrice pour qui brûle la vie et de la vie. La vie refuse la mort, non l’être, et Basquiat avait de l’être ; il était dans le devenir de l’être, Basquiat en notre devenir !

Notes :

Lucas Cranach l’Ancien, « Adam et Eve », 1508-1510 (Collection Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon)

Jean-Michel Basquiat, « Crisis X », 1982 (Succession Jan Krugier)

Enregistrer

La collection Poésie/Gallimard fête ses 50 ans!

Présentation

calendrier

Présentation 1Présentation 2

Présentation3

Présentation4

Présentation5

Présentation6

Présentation

EBAN – « Hommage 100 peintures. » Annie Roth éditeur. 3ème trimestre 2015. (28×23 – 103 pages)

Michel Bénard

EBAN – « Hommage 100 peintures. » Annie Roth éditeur. 3ème trimestre 2015. (28×23 – 103 pages)

EBAN hommage

« C’est l’enfance qui retient la mémoire de l’homme. » MB

EBAN est un artiste dont la démarche n’est en rien anodine. Elle plonge profondément ses racines dans l’humus de la mémoire, des sources originelles, étirant ses ramifications entre une Asie que l’on a quelque peu oubliée aujourd’hui et une vieille Europe qui parvient difficilement à protéger son identité face aux turbulences venues d’une mondialisation effrénée. Faut-il s’en réjouir ? Probablement pas, c’est pourquoi EBAN au travers des multiples facettes de son art poursuit son objectif d’éveilleur et d’humaniste C’est toute l’expérience et le parcours d’un jubilé créateur que nous propose EBAN. Son œuvre contient l’image d’une ancienne Indochine qui s’est déjà sublimée et qu’il effleure du bout du pinceau avec toutes les couleurs du ciel et de la terre déposées sur la palette. Depuis son enfance en terre vietnamienne jusqu’à l’aboutissement d’un principe et d’un art révélateur maîtrisé, socle sur lequel s’érige toute une vie.

« N’oublie pas d’où tu viens ! » (1)
EBAN 4
Une œuvre où il grave de la coulée d’un pinceau de soie les empreintes et les nuances de ses rêves. Le grand écrivain et prix Nobel, Gao Xingjian, ne dit-il pas : « Ton pays est dans ta mémoire, il est une source dans les ténèbres. »
En effet, EBAN est intimement convaincu que « La mémoire est source d’énergie » et que « Seule la mort peut l’envahir. » (2)
Ainsi son dernier ouvrage « Hommages 100 peintures. » est un engagement en ce sens, sorte d’hymne et appel aux racines. Une nécessité viscérale de faire ressurgir les souvenirs du passé, particulièrement ceux de l’enfance qui se déroule à l’ombre d’une grand-mère protectrice et bienveillante.
Les chemins de l’existence s’effacent peu à peu avec le temps, une vie c’est à la fois beaucoup et bien peu de choses et le meilleur moyen que possède EBAN pour pérenniser cette réalité du rêve et du temporel, est son extrême et sensible talent de peintre.
Une coulée d’encre canalisera sa colère, une goutte de couleur ouvrira son âme.

« Seule la colère silencieuse peut se déverser sur le papier blanc. » (3)

Son pèlerinage mémoriel, sorte de parcours informel commence à la pointe du pinceau, où l’enfance est là rassemblant ses songes aux lueurs d’un lampion en papier de riz, l’image d’une grand-mère tendre et attentive revient fidèlement. Mais avant de poursuivre le chemin un arrêt s’impose en mémoire et « Hommage » à cette femme pour en admirer le magnifique portrait annamite au regard profond et déterminé, visage que porte cette beauté patinée des êtres marqués par l’âpreté de la vie, visage aguerri à l’adversité, au charisme pénétrant et encore plus engagé, plus armé pour ce combat humain permanent. Ce n’est plus de la vie dont il s’agit, mais de survie ! Ainsi dans son sillage exemplaire nous pouvons poursuivre notre voyage.

EBAN hommages-100peintures-

Un village s’endort sous un ciel rose et pourpre, une branche de bambou ploie sous la caresse du vent. Le regard plonge sur les paysages flottants de la Chine. L’enfant est prêt pour un voyage sur la jonque au milieu de la baie de Ha Long.
Les géants minéraux et végétaux se découpent dans les brumes poétiques. Une barque de pêcheur glisse sur l’une des plus belles baies du monde. Quel artiste n’a pas rêvé de lui lancer un défit de la maîtriser sur le grain du papier à dessin ?
Da Nang apparaît soudain, puis Hué avec sa rivière aux parfums et sa pagode céleste. Ninh Binh est là, toute embellie de fleurs et de lotus, le ciel devient mauve, les images s’effacent.
Hanoï ouvre la porte de son Temple de la littérature où se consument les bâtonnets d’encens, de son palais d’été, la cathédrale a résisté au souffle de l’histoire, elle est toujours là.
Puis soudain se dessine la maison des origines, celle du peuple des Êdes où un regard et un sourire sont toujours présents en «  Hommage » à l’ainée bien aimée.
La route de Buon Ma Thuot est longue et variée, lac, bambous, pagodes oubliées, ciel tourmenté, plantations de café. Ho Chi Minh ville sera le terme de ce voyage au cœur des arbres centenaires et des marchés flottants de Can Tho.
A ce stade nous ne sommes pas dans l’illusion, mais dans les réalités d’une expérience raisonnée. Dans les nuances colorées et le graphisme d’un paysage se déroulent tous les souvenirs d’une vie.
Un signe, une tache, une ligne résument chaque élément du puzzle de l’existence. Ce sont des fragments de lumière qui s’ouvrent sur le monde. Le réveil d’une source endormie, l’envol d’oiseaux migrateurs s’orientant vers le Nord, un arbre qui s’enracine dans le passé.
Sous le pinceau d’EBAN les paysages livrent leurs essences, présentent toutes leurs densités.
Notre artiste force l’admiration par sa maîtrise graphique, l’encre, le pigment, la nuance, vont à l’essentiel. Des signes calligraphiques vibrent sur les clairs obscurs, la poésie résonne en complémentarité, sorte d’enchainement de l’impression à la narration esthétique.
L’œuvre toute épurée qu’elle soit résume l’acte créateur !

« Des pensées et des images qui ont traversé mes rêves…/… » (4)

« La peinture est rentrée au cœur de mon monde…/… » (5)

EBAN tente de restituer une vie à ses sujets, de les habiller d’une âme.
Peindre les paysages de son enfance d’une manière parfois abstraite est aussi une manière de cautériser ses blessures en mémoire de ce si beau pays qui a tant souffert par l’avide folie incontrôlée des hommes.
Mais pour EBAN la notion de beauté redevient vite une nécessité naturelle.
Quant à être artiste ou poète pour lui, c’est déjà revendiquer son besoin d’amour, d’humanisme et d’oser encore croire en l’homme, c’est tendre tout entier vers son devenir, loin des aveuglements de l’extrême, des fanatismes régressifs et des ignorances obscurantistes.
L’art est un long chemin de silence qui donne à l’homme les clés d’accès à sa métamorphose.

(1) Extrait de – Par Chemins – 2009.
(2 & 3) Extraits de – Hommage- 2015.
(4 & 5) Extraits de – Empreintes de rêves- 2008.

©Michel Bénard