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Claude Luezior, Sur les franges de l’essentiel suivi de Écritures © 2022 Éditions Traversées, Virton, Belgique ISBN : 9782931077047, 128 pages

Une chronique de Gérard Le Goff

Claude Luezior, Sur les franges de l’essentiel suivi de Écritures © 2022 Éditions Traversées, Virton, Belgique ISBN : 9782931077047, 128 pages


Selon le dictionnaire, le terme « frange » évoque « la limite imprécise de quelque chose », autant dire une zone indiscernable. Le mot peut avoir pour synonyme « marge ». Quant au substantif « essentiel » il désigne tout ce qui paraît indispensable. Concernant le livre de Claude Luezior, ces deux éléments de langage quasi antonymes s’associent pour constituer un titre qui évoque un lieu. Pour autant, il ne s’agit pas ici de cartographier l’indéfini ou le primordial. Le lieu évoqué est celui — idéalisé — de la création (artistique, poétique et philosophique). L’acte de création seul permet à l’être humain de se situer dans l’universel et de tenter de lui appartenir. Un acte qui ne peut être rendu possible qu’avec l’apparition de l’écriture.

Dans un remarquable Liminaire, l’auteur esquisse une histoire de l’écriture. Cet acte fondateur de l’humanité se confond à l’origine avec l’art. Georges Bataille dans son Lascaux ou la naissance de l’art considère que les peintures rupestres témoignent du moment (qu’il qualifie de « miracle »), sans aucun antécédent historique (en 1955, date de parution de son livre, le site de Lascaux s’avérait unique en son genre), où l’homme parvient à transcender son animalité. L’art pariétal est aussi écriture. Sans savoir ni pouvoir la nommer, l’homme des cavernes exprime pour la toute première fois sa relation au monde en la peignant. Il laisse aussi une trace lisible que pourront s’approprier ses descendants.

La suite est une évocation vertigineuse de l’évolution de l’écriture. La parole est longtemps gravée dans la pierre, une pierre souvent tombale. En l’absence de tout rite funéraire, nous ne saurions rien des civilisations passées. « Les idéogrammes fixent la voix humaine. Pouvoir compter, figer son urgence sur le sarcophage, pierre qui mange la chair. » Puis succèdent au minéral les supports végétaux et les peaux traitées « devenues imputrescibles », se substituent aux gravelets les stylets, les pinceaux, l’usage de l’encre et des pigments, toutes pratiques qui rattachent encore et toujours l’écriture à l’art.

Tout s’accélère. « Déjà se profilent avec fracas les presses de Gutenberg, la liberté de pensée, Montaigne, Descartes, les Lumières. »

Aujourd’hui, notre société est noyée sous des informations non classées (le futile se situe au même niveau que le grave : le football, la guerre), voire même fausses ou invérifiables, toujours éphémères. Comme le notait René Char : « L’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant ». Des machines à l’obsolescence programmée déversent de soi-disant nouvelles dans nos cerveaux saturés quand « les dessins des cavernes ou ceux des pyramides ont survécu durant des millénaires […] ».

Tout au long de cet ouvrage, des poèmes au lyrisme contenu — mais non point contraint —  alternent, selon un rythme assez régulier, avec des incises en prose, typographiées en italique, qui souvent — tant par leur brièveté que par leur portée — ont valeur d’aphorismes. Une présentation qui fait songer aux répons. Le poète est sensible à un certain cérémonial.

A la lecture de cette suite, on est tenté d’inventorier diverses thématiques. Mais elles s’enchevêtrent de si subtile manière que l’entreprise s’avère vaine et ne peut épuiser la richesse d’un tel livre.

Le poète se souvient qu’on lui a enseigné Dieu concevoir l’univers en donnant un nom à chacun de ses éléments constitutifs. La langue a le pouvoir de créer. C’est le pouvoir du « verbatim » : ce qui est écrit doit exister. Aux yeux de l’auteur, cette parole divine s’est par la suite incarnée dans la poésie. C’est la parole première. Celle du démiurge. En découvrir une trace c’est s’approprier « […] un coquillage sacré / où luit la nacre / de tous les désirs ». La poésie est l’expression privilégiée des civilisations antiques. Elle se perpétue dans le roman des œuvres médiévales et persiste dans l’alexandrin des chefs d’œuvre classiques. Elle ne constitue pas pour autant une liturgie figée, ne relève pas du dogme, mais vaut « cent mille médecines / pour espérants d’une foi / sans Tables de la loi / juste l’appel d’un bonheur / d’un bonheur souche / pour extases embryonnaires ».

La poésie est une parole exigeante et lucide. Elle s’oppose au verbiage des puissants, à cette prose devenue une « novlangue » gangrenée par un anglais dévoyé (véritable jargon des affaires). Le poète a pris conscience de la délitescence de nos sociétés postmodernes : « Des ingénieurs frénétiques mettent leur génie à programmer dès son enfance la fin, si possible toute proche, de leur système. Comme si une mère s’ingéniait à cultiver les gènes de la mort dans ses propres ovules. » Le poète, lui, nomme l’essentiel pour qu’il puisse demeurer et dénonce la déshumanisation « pour rassurer / panser, sauver / aimer / sachant que la partie / sera un jour perdue ». Semblent lui donner raison ces démocraties qui chancellent, où l’on voit des citoyens lobotomisés en arriver à élire à la présidence de leur pays le cireur de chaussures d’un banquier.

Il convient de faire œuvre de résistance en témoignant pour les générations à venir « pour que survive / une manière d’essentiel / nous avons calligraphié / sur l’épiderme de nos chairs / écrouelles, cicatrices / et spasmes insensés / que l’on appelle poésie ». Mais si la poésie veut « traduire comme un combat / aux heures carnassières / pour une conscience / au-delà de l’artificiel », elle se refuse au militantisme car elle est « non pas figuration / d’une croyance / mais principe vital ».

Un leitmotiv traverse l’œuvre de Claude Luezior tel un motif musical : l’affirmation d’une joie de vivre et son corollaire l’espérance. Car l’écriture est aussi un acte de foi. Il faut compter sur un renouveau possible. « [J]e ne cesse de penser / à ces vies souterraines / qui se font sève ou ferment / et nourrissent les racines / d’anonymes herbages / ou de jonquilles éperdues ». Il faut retrouver la hardiesse du démiurge et présumer que l’amour de son prochain comme celui de la nature sont les garants d’une évolution positive. Même si la menace est là, grandissante, même si le poète sait que « [n]oire ou bubonique la peste s’est donnée du mal pour mieux faire. » Et puis, l’amour toujours, l’amour tout court. Comme lorsqu’il est invoqué avec grâce dans le texte C’est un petit moine : « car les instants d’amour / d’amour fugace et pur / il les a inventés / avant le crucifix / quand ses bras traduisaient / les gestes de la tendresse ».

Le livre s’achève avec le poème Chromatique qui fait écho au texte d’introduction Liminaire. On parle à nouveau de peinture. Dans le monde actuel. Fracassé. L’acte de peindre décrit comme un dernier sursaut de révolte. A l’instar du poète (« voici mon refus d’être ce que vous attendiez de moi »), l’artiste adresse aux dirigeants de ce monde malade une fin de non recevoir et poursuit son « combat de l’extrême / comme si le carmin / était sa dernière chance / et l’ocre / son ultime bol / de lumière / délire / d’une survie / incertaine ».

Le deuxième recueil composant le volume se présente comme un ensemble de textes courts, rédigés en prose et tous intitulés. Le titre de l’ouvrage l’indique sans ambages, Claude Luezior traite ici de l’acte d’écrire. Le ton est moins lyrique — quoique ! —, plus ironique, sarcastique même… D’emblée, l’auteur nous gratifie d’une étrange recommandation : « Ô lecteur, surtout n’écris jamais. N’avoue jamais ! Car tes mots resteront à charge. » Pour aussitôt après nous conseiller de « buriner » notre page.  Faudrait savoir ! On comprend entre les lignes — évidemment ! — qu’on ne peut se passer de l’écriture. « Les mots sont une drogue : ils nous rendent fou d’amour. » Le phénomène est contagieux. Quelqu’un avança un jour le postulat qu’il existait en France plus de poètes que de lecteurs de poésie.

S‘en suivent de savoureuses considérations sur la langue, si maltraitée de nos jours, entre les anglicismes de pacotille, les slogans publicitaires débiles, les délires inclusifs des nouveaux Trissotins et les borborygmes flatulents d’un quarteron de barbaresques abrutis.

Le poète évolue entre amertume et anathème. « Ma plume s’est cassée. Pas sûr qu’un clavier la remplace. » On songe à Philippe Sollers qui débutait chacun de ses séjours à Venise par l’achat d’une bouteille d’encre chez un immuable marchand. Un cérémonial étonnant qui touche au sacré.

Cependant quelques prophètes de malheur « prétendent que le Verbe est mort. » Selon ces corbeaux de mauvais augure, rien de l’ardeur créatrice de l’artiste pariétal ne subsisterait aujourd’hui. Mais Claude Luezior « d’un naturel optimiste » réfute ce lugubre augure et affirme : « [d]ans la complexité d’une fin de nuit, renaît le miracle langagier de l’aube. Et chantent les mots d’une oraison nouvelle. » Quoi ajouter de plus ?

© 2022 Gérard Le Goff

Claude Luezior, Un Ancien Testament déluge de violence, Liminaire et illustration de couverture de l’auteur, Editions – Librairie-Galerie Racine – Paris- VI -ème, Format 13 x 21 ½, Nombre de pages 158.

Une chronique de Michel Bénard

Claude Luezior, Un Ancien Testament déluge de violence, Liminaire et illustration de couverture de l’auteur, Editions – Librairie-Galerie Racine – Paris- VI -ème, Format 13 x 21 ½, Nombre de pages 158.


Cet ouvrage récent du Claude Luezior « Un Ancien Testament déluge de violence » est sans doute dans sa longue bibliographie une de ses œuvres la plus révélatrice, mais également la plus lucide et à n’en pas douter la plus incisive. 

L’Ancien Testament ! Nous le savions, mais c’est pour le moins sidérant, car au-delà de toutes ces horreurs divines, il s’agit bien parait-il d’un « bon Dieu » d’amour et de compassion. Cependant les révélations donnent froid dans le dos.

Il est des livres dits Sacrés ou Saints qu’il vaut mieux ne pas mettre entre les mains de certaines personnes fragiles ou avides de pouvoir, ce qui pourrait leur donner de très mauvaises idées, car, de par leurs penchants naturels, ils n’ont vraiment pas besoin de conseils douteux ou mal interprétés.

Quant à prêter serment ou jurer sur la Bible cela peut apparaitre comme une insoutenable hypocrisie et un mensonge éhonté. 

Au travers de son ouvrage « Un Ancien Testament déluge de violence » Claude Luezior ne porte aucun jugement, simplement il se place en simple observateur. Belle clairvoyance sur ces plaintes mortifères ayant poussé sur un terreau dénaturé.

Claude Luezior soulève et remet en question les aspects majeurs des livres Saints ou Sacrés, censés nous oindre des huiles de leurs sages paroles ou aphorismes, alors que le plus fréquemment ce n’est qu’un déferlement de violence, de haine, de vengeance, d’intolérance, bien évidemment le tout brodé par les fils de l’ignorance. 

Claude Luezior ne fait que souligner les points sensibles et les excès des religions, des controverses, des révélations aveugles et primaires, des drames oubliés ou détournés par les absurdités de certaines lois dites divines.    

La légende perdure, Dieu créa l’homme ! Mais à n’en pas douter il semblerait que ce soit plutôt l’homme qui créa Dieu ! Mais à qui adresser la plainte pour cette supercherie ? Cet Ancien Testament était déjà la base fondamentale de La Commedia dell Arte. Même les enfants auraient du mal à cautionner ces bouffonneries. Mensonges, délations, trahisons, incestes, sodomies, toute la panoplie du genre humain de la plus méprisable espèce.

Ici, le souffle divin n’est guère porteur d’amour, il dispense des senteurs de génocides, de terres brulées, de crimes contre l’humanité avant le nom, la grande farandole biblique s’organise, le tout cautionné par la sainte contribution des miracles inexpliqués autant qu’inexplicables.

Claude Luezior nous offre un ouvrage qui extirpe de l’ombre les esprits obtus en dénonçant les inepties des religions, sans parler des multiples duperies et arrangements des écritures apocryphes. Simple jeu de bon sens.

C’est à croire que l’histoire se renouvelle malgré l’expérience du passé et les dangers programmés. Les incohérences, les infantilisations, les grandes mascarades et bouffonneries prennent la dimension de la mise en scène biblique. Les absurdités sont pléthores.

Notre poète souligne ou ironise sur l’absurde kafkaïen des situations, les constats sont multiples et croustillants, il suffit de lire simplement cette démonstration biblique où carnages, guerres, génocides, lynchages, mise à mort ou ce besoin de juger sont toujours à l’honneur. Dieu en sa grande mansuétude est juste et bon, ses actes ne peuvent être remis en question ou gare ! Sans oublier que notre Dieu tout puissant a ses serviteurs zélés dans la lignée des Savonarole en autres où les buchers purificateurs ne sont jamais bien loin.

Inepties, controverses, aberrations sont de mises à chaque page du Saint Livre. Même sur le plan de la symbolique la plupart de ces préceptes bibliques, ne sont qu’interprétations des lois en fonction d’une cause ou d’une autre, l’ensemble se révélant être que d’inquiétantes incohérences.

Claude Luezior qui a le sens de l’humour, n’en a pas moins le sens du sacré, du mysticisme, se pose la question devant les épouvantables colères célestes : « Vous avez dit bon Dieu ? »

C’est sous cette éclairage courageux, lucide, critique, mais toujours objectif, que notre poète évoque tout le questionnement que peut soulever ce livre, ces livres prétendus Saints.

Mais avant de conclure, il me semble que tous les auteurs, traducteurs, exégètes et théologiens de tout ordre auraient dû consulter Erasme, auteur de l’ « Eloge de la folie » qui sans  doute aurait trouvé le remède et les aurait aidés à démêler tous ces imbroglios bibliques au risque lui-même d’être frappé par la colère divine.   

« Le nombre de fous est infini. » (Ecclésiaste 1, 15, selon la Vulgate.)

Un espoir cependant, tout à la fin de cet ouvrage qui comporte plus de 350 citations bibliques: Claude Luezior, qui ne prétend nullement être un théologien, distingue bien entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Perspective humaniste et de paix entre les peuples, au milieu de ces plaies d’Egypte et affres d’ailleurs : ce qui est rassurant, c’est que le premier à les avoir remis en perspective est un rebelle d’un nouveau genre, incarnation du pardon et de l’amour, le Nazaréen Jésus Christ.

Lisez ce livre « Un Ancien Testament déluge de violence » vous serez étonnés, voire bousculés dans vos convictions, mieux, d’accord ou pas d’accord avec les dits de Claude Luezior vous serez emportés dans la spirale d’une interrogation qui ne vous laissera pas insensibles.  

©Michel Bénard

René Frégni, Dernier arrêt avant l’automne, Folio no 6951, (192 pages – 7,20€), poche janvier 2022.

Une chronique de Nadine Doyen

René Frégni, Dernier arrêt avant l’automne, Folio no 6951, (192 pages – 7,20€), poche janvier 2022.

Pour stimuler un écrivain en panne d’inspiration, un libraire l’exhorte d’accepter une offre providentielle: gardien et jardinier du monastère de Ségriès, sis à neuf kilomètres de Moustiers. Job bien rémunéré. Calme assuré, paysages de Provence grandioses, des arbres centenaires, des couchers de soleil hypnotiques. Un décor de rêve pour un romancier en quête de tranquillité. 

Il reste à s’approprier les lieux d’autant que les deux silhouettes qui surgissent lorsqu’on emprunte le chemin d’accès ont de quoi impressionner, effrayer même surtout de nuit : « deux moines hideux, main droite coupée». 

« Il y a parfois des lieux qui nous mettent mal à l’aise dès qu’on y met les pieds, et d’autres qui vous accueillent, vous adoptent, comme s’ils vous attendaient. » (1)  Le voici «  rôdant nuit et jour autour des vieux murs ».

On suit son installation, son adoption d’un chaton ronronnant si fort qu’il le nomme Solex. Leur façon de fraterniser est touchante. Il fait penser à l’écrivaine Colette quand il restitue son dialogue avec cette « pelote de laine blanche » ! Il instaure un rituel matinal : saluer les « vrais gardiens du temple » ces deux moines ( tondus, vêtus d’une cape à capuche, tenant un livre dans la main gauche) dont l’un représente Bernard de Clairvaux. 

Il vaque à ses travaux d’entretien : il sarcle, pioche, bêche afin d’arracher à la sauvagerie ces murs abandonnés ; débroussaille et pour ce faire répare l’outil, taille la colonie de bambous qui a proliféré de façon incontrôlée, arrache, nettoie les abords du monastère, le jardin en terrasses et le cimetière des moines, coupe sécateur en main, ramasse le bois pour une flambée… 

Il s’interroge sur le passé du lieu ( fouille les tiroirs), fait des recherches sur les moines qui ont occupé le monastère et également sur ce mystérieux milliardaire, l’homme à la Bentley, propriétaire du domaine depuis trois ans.

Pour rompre son isolement, il se rend à Riez une fois par semaine, fait une halte chez ses amis libraires qui voudraient tant pouvoir mettre son livre en vitrine. Il croise aussi l’Indien, qui entretient la bâtisse depuis quelques années. Tous deux dépendent du même employeur. Chacun se raconte : Ok Dinghy relate son parcours, l’écrivain, alias Bernard de Clairvaux, à son tour, explique sa présence dans ce lieu. Prévert s’invite dans leur conversation! 

Il ose même s’aventurer dans le camp des gitans. Les pensait-il coupables ?

Le récit rebondit au chapitre trois, quand le jardinier effectue le défrichage du cimetière. Sa découverte macabre le sidère même si – Ce n’est pas le fémur de Rimbaud (2) ! Une totale psychose le saisit quand il retourne dans la maison de l’évêque. Soirée dans un huis clos angoissant : « Pendant plus de deux heures, il fait l’aller-retour, des fenêtres du deuxième étage à l’épaisse porte en bois », à l’affût du moindre bruit. Il se munit du tisonnier et d’un couteau de cuisine.

Le rêve se mue en cauchemar. « En une seconde tout basculait dans l’horreur. ». La compagnie de sa chatte lui apporte du réconfort dans cette nuit d’épouvante.

A-t-il raison d’épier le moindre recoin, de se verrouiller à double tour ? 

Il s’empresse d’envoyer un message à Pascal, le libraire. 

Faut-il prévenir la police ? Et si les gendarmes le suspectaient ?

Pourrait-il être inquiété ? Ne le prennent-ils pas pour un écrivain bizarre, marginal? Pourtant il est déjà passé à La Grande Librairie ! (3)

Il va trouver refuge chez ses amis, leur rend service en récoltant leurs olives.

Pendant ce temps les gendarmes enquêtent, les techniciens de l’identité criminelle sont dépêchés afin d’exhumer des indices.

Pourtant il se hasardera à revenir, tout en sombrant dans la paranoïa. Ses angoisses récurrentes se communiquent au lecteur. Le moindre bruit le fait sursauter, or « en automne, il y a toujours quelque chose qui craque, tombe, roule, éclate. Il se barricade, les ombres qu’il a vues le plonge dans l’effroi.

Le chapitre «  Confession » déclenche un vrai tsunami chez le narrateur.  L’indicible vérité lâchée lève le voile sur l’énigme qui le taraudait. 

Le lecteur aura-t-il deviné avant? 

Réné Frégni décrit les paysages sur le motif tel un peintre avec beaucoup de précisions. Sensible à leur beauté, il fustige l’homme qui saccage la planète. Ses réactions sont des plus sensées, nourries par des convictions écologiques. 

Il déplore « l’insatiable voracité et l’égoïsme des hommes qui détruisent tout, saccagent les entrailles de la terre. Ne vise-t-il pas à faire prendre conscience  que «  nous avons rendu la planète malade » ? Sorte de requiem, à l’instar de Serge Joncour dans son roman coup de poing Nature Humaine.

Sa vie monacale le rend disponible pour observer les petites merveilles de la nature comme les gendarmes, « vêtus de tuniques rouges » ou un papillon, un lézard, écouter pinsons, alouettes, corbeaux et tourterelles.

Cette aptitude de l’accueil relève d’une sensibilité exacerbée à habiter poétiquement le monde, à la manière d’Höderdlin.

Et comme il n’a pas fréquenté une femme depuis des lustres, caresser Solex, chatte « d’écriture et de silence », « aux deux billes bleues » reste un baume. Une tendresse indéfectible les relie. Auprès d’elle, ses inquiétudes s’évanouissent.

Son écriture sublime, au fil des saisons, la Provence chère à Giono.

Quand la neige vient de tomber, «la vigne vierge autour de la fenêtre forme une étincelante broderie de diamants. »

Ses descriptions des couchers de soleil sont une féerie de couleurs : « Le ciel soudain comme la gorge des pigeons. Le vert jouait avec le violet, le bleu avec le gris. Des roses extraordinaires glissaient, flambaient… ». D’autres soirs « un vin rose et violet s’étale et ruisselle dans la vallée du Colostre, inonde d’un sirop de plus en plus rouge et noir un plateau de lavande qui va se jeter dans la Durance ». La Durance, «  un corps de fille qu’il a parcouru, caressé, dont il connaît les moindres courbes …».

A l’ automne, il admire « la forêt qui s’embrase, les abricotiers qui s’entourent de cercles d’or, les allées pourpres, les flammes sur les coteaux ».

Il convoque ses souvenirs avec ses parents, sa venue à Clairvaux. Les mots tilleul  lessive, patchouli suffisent à lui livrer, avec acuité, des réminiscences de jeunesse.

On se surprend à sourire quand on croise plusieurs fois le mot «  pneu », ce mot qu’Amélie Nothomb s’est mis au défi d’employer dans chacun de ses romans !

L’auteur décline une ode aux livres : C’est par la lecture que l’Indien a engrangé ses connaissances. Il rend hommage à sa mère qui lui a lu de si beaux textes dans leur cuisine de Marseille, et aux libraires dynamiques, ces militants du livre si passionnés. Il déploie aussi un hymne à l’amitié et à l’amour. 

L’écrivain narrateur aborde l’écriture, pointe son côté « magique » à aller « chercher des débris de vie dans les replis secrets de nous-mêmes ». Il fait l’éloge de « la beauté mystérieuse des mots, de la puissance de leur simplicité ». 

Il questionne sur le métier d’écrivain, pose un regard critique et caustique sur ceux qui écrivent : « Tout le monde écrit des romans, les flics, les voyous, les anciens ministres ( on pourrait ajouter les anciens présidents!), les chanteuses qui passent deux fois à la télé pour leur décolleté » ! Lui, il écrit «pour entendre la voix de sa mère » et rappelle la situation financière des écrivains  « taris » !

René Frégni signe un roman lumineux ( mais aussi peuplé d’ombres), qui sent bon le patchouli, la lavande, le romarin, la garrigue où le rapport tactile , sensuel et auditif est aussi prépondérant. Ses envolées poétiques, ses comparaisons subjuguent. S’y ajoute le mystère avec ces « neuf mois hors du temps, de silence et de tumulte », où  le mal et le bien se sont opposés.

Un séjour qui lui a fait noircir à nouveau ce cahier resté vierge depuis deux ans et retrouver « le bonheur de faire glisser sa plume sur du papier ».

Concluons par cette belle réflexion de l’écrivain à propos de la langue (3) :

« Ce n’est pas la quantité de mots qui fait la grandeur d’un livre, c’est la grandeur de chaque émotion qui est creusée par le stylo. »  


(1) Citation extraite de Chien-Loup de Serge Joncour

(2) Le fémur de Rimbaud, roman de Franz Bartelt

(3) Dans  La Grande Librairie du 15 juin  2022, René Frégni était l’un des invités.

© Nadine Doyen

 Alen BRLEK – Théories nocturnes (Noćne teorige) – traduit du croate par Martina Kramer – L’Ollave, juin 2022, 70 pages, 15 €

Une chronique de Marc Wetzel


 Alen BRLEK – Théories nocturnes (Noćne teorige) – traduit du croate par Martina Kramer – L’Ollave, juin 2022, 70 pages, 15 €

Nous pensons à nos vies sans les penser, et tournons en rond dans leur progression même; la poésie, qui mène par principe à tout ce qu’elle sait formuler, et fait rencontrer tout ce qu’elle évoque, pourrait-elle théoriser une vie que nous nous remettrions à imaginer sans retour ?

« Tu nais puis toute ta vie tu essayes de revenir.

Le matin aux serviettes, le soir aux oreillers, aux couvertures et au rêve.

La terre mouillée sur les mains n’est pas agréable

car tout sort d’elle, sauf toi. Tu lui appartiens

et pourtant personne ne t’a appris à mourir.

Les jours changent de saveur mais tu ne changes guère de goût

ni d’allure et tu es malade, à la fin tu es toujours malade

de toi-même. Tu n’es pas assuré d’être vivant,

tu respectes les queues à la banque et les panneaux de signalisation.

Tu respectes l’inanimé pour sa présence même quand tu t’en vas.

Puis tu cèdes devant les publicités, les pilules

et les saisons,

branché à la perfusion du marketing

et tu attends de retourner dans quelque chose comme une mère » (p.25) 

 « Théories nocturnes«  … voilà bien un titre (paradoxal, ironique, provocant ?) de poète ! Car une théorie semble toujours là, au contraire, pour mettre au jour le fonctionnement d’une réalité (même pour expliquer la venue quotidienne de la nuit, il faut éclairer, et non assombrir, la mouvante interposition régulière que fait une moitié de Terre entre le Soleil et l’autre), et il fait toujours jour dans une théorie (l’articulation des hypothèses y doit être visible de l’esprit, ce qui est exposé par la raison devant constamment l’être à elle).

Une théorie conçue ou agissant de nuit, comme s’en figure notre jeune poète, n’est pourtant pas une simple facétie : même avant son sens de prise en considération intellectuelle d’une réalité, d’un corps cohérent de propositions qu’on avance pour rendre compte de ce qu’on voit s’ordonner et se dérouler ainsi ou autrement, « théorie » renvoie, dans son origine grecque, à un défilé de gens envoyés pour assister à un événement sacré, une procession de députés chargés, hors de chez eux, d’observer et de cautionner le cours d’une fête solennelle ou la consultation d’un oracle. « Théorie » est l’idée d’une sorte d‘ambassade désintéressée, faite non pour nouer un rapport de pouvoir, mais plutôt pour assumer ce qui la dépasse, pour se rendre auprès de ce qui lui échappe pour témoigner d’une volonté supérieure qui s’y manifeste, et acquérir le droit de lire le sort de tous. Avant donc d’être une troupe complète d’idées se déduisant les unes des autres, une « théorie » est un groupe d’envoyés au mystère se suivant méthodiquement les uns les autres, s’avançant vers la révélation que leur seule discipline de cheminement méritera. On y sent alors un poète davantage à sa place ou dans son élément ! « Théories nocturnes » y ajoute la marche plus périlleuse (en tout cas moins harmonieuse) dans l’obscurité, le risque de ne pas même pouvoir voir ce qu’on est venu enregistrer, et la pluralité des processions simultanément en marche vers leur vérité. En tout cas, dès la première page (éponyme) du recueil (p.11), au moins trois thèses « théoriques », ou considérations fondatrices, trois « avancées » spéculatives à la fois graves et ironiques – une logico-scientifique, une psycho-spirituelle, une historico-écologique respectivement, nous sont, poétiquement, données :

« La plus grande distance est celle de zéro à un« 

« Dieu est une cicatrice/ La peau est toujours la même » 

« En fait personne ne raconte rien d’important./ Car rien n’est important/ depuis qu’une tortue a mordu pour la première fois/ une bouteille en plastique » 

Ce qui reste d’une poésie traduite – surtout quand sa langue originale nous est si lointaine – c’est l’essentiel : une pensée qui chante. La leçon de vie d’un poète est donc toujours quelque chose comme : que ton existence se conduise comme une pensée chante ! Et il y a, sous la subtile sobriété et (parfois) l’obscure rudesse de ce jeune (né en 1988) poète, de naturelles indications morales, de nets appels à la vertu, car l’usage que la poésie a de la parole mime, en quelque sorte, celui que la vie a de sa propre humanité.

En toute poésie, d’abord, la parole se promet de trouver exclusivement ses ressources en elle même (et non, prosaïquement, comme arme, outil ou faux-nez d’autre chose : une idée, une intrigue ou une fonction), et ne trouver son appui que dans la suite « inspirée » qu’elle se donne à elle-même, dans la fécondité autonome de son propre cours. Ensuite, par le don de la surprise poétique, l’écrivain a coeur de redonner en mots ce qu’il a reçu d’eux : c’est comme bienfaiteurs de la pensée qu’il les reconduit dans ce qu’il sait faire résonner d’eux. En toute poésie enfin, même ésotérique ou nihiliste, le meilleur du mystère est comme solennellement partagé; promesse y est faite (et tenue, si le poète est, comme ici, intègre) que celui qui saura bien lire cela s’écrira mieux lui-même, formulera mieux le cours de sa propre conscience.

On n’a donc pas de mal à reconnaître, respectivement, dans les simples conditions d’exercice d’un parler poétique, trois vertus communes : loyauté, gratitude et générosité. Ou, pour le dire négativement, en poésie, la manipulation traîtresse, l’arrogance spirituelle et la sécheresse de coeur sont comme techniquement impossibles. On pourrait, avec Carlo Ossola, nommer urbanité cette cordialité tissant les liens utiles à ce qu’une parole humaine est venue faire là. Aménité sans complaisance ni astuce qui, même angoissée et perplexe, étaye noblement le bien quand il est possible et paralyse ou enraye discrètement le mal qui se croit nécessaire. Ainsi s’expriment vertus de loyauté, gratitude et générosité en trois passages comme :

« Je vous porterai les racines

même après mille labours.

Dieu est là, telle une noix,

derrière les yeux » (p.26)

« Aujourd’hui je suis un homme sans  souci

qui sait

que nous étions rêvés par les enfants des Sumériens

dans la poudre à canon du printemps.

Notre sort astral a été

écrit par

des coeurs brûlants » (p.32)

« Notre satiété n’a coupé la respiration à personne,

seul le silence s’est retiré dans de petits bruits

hors du corps et nous aimions » (p.34)

  Et ce dernier génial passage, qui semble bien les résumer tous :

« Il faut trouver l’endroit, une intention ouverte

qui ne prive pas. Comme les barrages

construits par les castors. Il faut

tendre le ventre vers le ciel, inviter dieu

à poser sa tête, à essayer de s’endormir.

Il faut renoncer aux angles droits

et à tout autre intouchable,

avec ses pouces partager le coeur à l’infini, telle une pomme,

distribuer aux enfants.

Il faut verser, comme une volée d’oiseaux dans un arbre,

les humains dans les humains » (p.43) 

 L’effort poétique de compréhension peut-il pour autant réussir ? L’avancée théorique restera « nocturne », car la pensée a beau chanter, elle rencontre presque aussitôt des choses dont elle ne peut décider. Par exemple, dit le poète, aimer – qui est vouloir le bien d’un être – consiste surtout à lui épargner ardemment le pire, à désarmer, autant qu’on peut, le pouvoir du mal sur cet être aimé. Mais quel est le plus grand mal : le vice privé et personnel (dans la surenchère passionnée des désirs) ou l’inégal traitement des prétentions (dans le dérèglement public des échanges, ou la corruption des contrats) ? Est-ce le vil ou bien l’injuste ? On l’ignore. Mais alors comment l’amour pourra-t-il s’assurer du mal à défaire ?

« je ne sais toujours pas ce qui a apporté plus de mort

l’individu ou le collectif

et s’il est possible d’aimer vraiment

sans ce savoir » (p.54)

De la même façon, complexité du monde et maturation d’une vie en lui sont-elles seulement compatibles ? La complexité force à prendre en compte des déterminismes de plus en plus divers, en interférences de plus en plus chaotiques; mais la maturité est, à l’inverse, un effort d’optimalité dans un secteur que prudence et lucidité savent de mieux en mieux isoler des autres. (« Chargé de pioches j’ai fait le geste vers l’été en moi » p. 51). Où forger alors son « été » idéal si toutes les saisons s’en mêlent et s’emmêlent ?! Même la maturité démocratique se mène une vie impossible si perfectionnement et diversité tirent par principe en sens opposés ? D’où les délicates contorsions d’une civilité se rêvant à la fois authentique et solidaire !

« Je voulais lever l’ancre, trouver un frère, lui dire

approche et tu entendras en moi la chair sauvage et silencieuse de la nuit

monter comme la grande marée. Dis-moi

comment démolir les murs, comment ensuite fabriquer un continent

une famille, comment tirer à trois-poins, comment siffler

dans une ville qui envahit tes poumons tel un cancer.

Comment fermenter enfin sans dire de sottises » (p.55)  

Alen BRLEK

C’est, comme on l’a deviné, un formidable poète, qui mérite pleinement l’attention à laquelle il nous appelle, et dont les quelques obscurités viennent de ce que la clarté lui est donnée par grâce, et que la grâce est, on le sait, une présence qu’on a moins le plaisir de construire que la joie d’intercepter. C’est comme si ce qui manquait au réel venait, dans l’esprit de ce méditatif et malicieux poète, directement donner le coup de pouce qui nous le révèle. Avec l’art merveilleusement difficile d’un visionnaire savant et nuancé, mais sans oeillères.   

Claude Luezior, Sur les franges de l’essentiel, suivi de Écritures, Éditions Traversées, 2022

Une chronique de François Folscheid

La chronique a été publiée originellement ici sur le site Le Pan poétique des muses et nous a été amicalement proposé par Claude Luezior.

Claude Luezior, Sur les franges de l’essentiel, suivi de Écritures, Éditions Traversées, 2022

Sur les franges de l’essentiel, suivi de Écritures, la nouvelle publication de Claude Luezior, au titre ample et majestueux, est un recueil de poèmes et proses au format à l’italienne, illustré en couverture d’une huile sur toile de Jean-Pierre Moulin. 

Le liminaire, d’entrée de jeu, nous happe. Par son thème (l’évolution de l’écriture), ses images hautement picturales. Son goût de silex sur la langue râpeuse des origines. Ses ombres de mammouth qui s’étrécissent dans les casses de Gutenberg et vont se dissoudre dans les tweets de l’abrutissement digital.

Puis viennent les poèmes, denses, ciselés. On retiendra, dans Clarté, cette vision de l’aube perçue comme « ce grêle espoir / dans le cambouis de failles / que j’ai crues éternelles » ; dans le poème suivant, ce « soleil (qui) émerge en majesté », comme un « monocle de feu » ;  l’émouvant (p.30) : « scarifiée par les tourments, la jeune femme a choisi un chemin de cendres […] » ; l’Orage, habité par les forces telluriques ; Racines, à la nudité âpre, au goût de sable et de rocaille ; et puis ce magnifique, aux accents persiens (p.86) : « Aux grands flots offerte, seule face à l’assaut, la lagune, telle une fiancée polie par les caresses […] »

On ne saurait clore cette succincte et incomplète énumération sans évoquer ce poème magistral qu’est Rupture, la beauté de ses images et de sa symbolique – cette flamme de l’amour enfui face à l’hostilité du monde et à l’érosion du temps : « nous serons, l’un à l’autre / ces labyrinthes de craie / quand les torches vives / devaient porter leur feu » […] « si tendre et innocente / la braise de nos nuits / restera le trait d’union / de nos chairs qui s’éteignent » […] « et dans l’eau précieuse / de tes regards en amande / restera la transparence / d’un commencement ». 

Écritures (deuxième partie du recueil), réflexion-introspection poétique sur l’art d’écrire, par sa tonalité à la fois grave et légère, ne manquera pas de faire résonance chez ceux et celles qui s’adonnent, peu ou prou, à « l’ancienne et très vague mais jalouse pratique » (Mallarmé). On appréciera notamment : Écrire, Burine ta page, Mouettes, ainsi que les savoureux Saint-Graal et Alerte

De ce corpus, une perle nous saute au visage et à l’âme – perle qui à elle seule justifierait l’existence de ce recueil :

« Écrire, c’est officier sous la voûte des étoiles, c’est chercher le gui à mains nues, sur les ramures du chêne. » (Hallucinogènes).

Mais on ne saurait prendre congé sans évoquer la préoccupation anxieuse (et encolérée) de Luezior pour les « malheurs du monde », sa violence, ses injustices. Sous la forme de petits textes en prose serrée, elle parsème régulièrement le recueil, telle une basse continue. Dans ce genre d’exercice, forcément la poésie rogne ses ailes, mais la prose fine et ciselée du poète transmute sans effort ce déficit poétique en parole universelle. 

Quoi qu’il en soit, il le sait : « Écrire est un acte dangereux : c’est une mise à nu avant l’immolation. »

©François Folscheid, 

Saumur, juillet 2022

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