Patrick Joquel

Nous arpentons d’anciens chemins muletiers. Bordés d’oliviers échevelés. Les restanques résistent, pierres ser­rées. Les maisons ont lâché leurs tuiles. Rêves envolés. Terres désertées. Les vallons ont repris leurs cavalcades sauvages. Silencieuses. Nous n’y croisons personne. Pas même une ombre. Les rires des cueilleurs sont trop loin­tains. Perdus dans un temps obsolète. Les ronces défen­dent souvent les accès. Cherchent à couvrir le sentier. Nous y abandonnons des lambeaux de toile et de peau. Marcher nous dénude. Marcher nous remet au monde. libres et neufs. Dans une joyeuse nonchalance

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 Il semblerait que je ne réussis plus très bien à ralentir la Terre. Pourtant je m’applique à garder le nez en l’air. A regarder les nuages (ça ne manque pas cette saison). Ou les petites perfections du jour. La vie fonce et me traverse. J’en suis toujours étonné

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 La pleine lune ouvre le bal des mimosas. Petits grains à croquer le bleu formidable d’ici. Leurs galaxies crues et par grappes broutent la lumière. Notre petit soleil y chauffe ses yeux. On respire un peu plus léger. On se dit que décidément l’hiver passera. Que les jours roulent leurs pollens. Nous éclairent. Nous mûrissent. C’est drôle. On les attend les mimosas. On s’y attend. Et cependant la surprise demeure intacte. Quel jaune réussi ! Et si neuf !

À Monique Dorsel ; Aussi à la mémoire d’Emile Lanc

Paru dans le n° 62, Printemps 2011, de Traversées