Tous les articles classés dans : Chroniques de Xavier BORDES

Petit Éloge du Bleu – Zéno Bianu (Coll. Folio, Gallimard.)

Une chronique de Xavier Bordes Petit Éloge du Bleu – Zéno Bianu (Coll. Folio, Gallimard.) Dans ce petit livre, léger d’une centaine de pages, lourd de culture et de réflexions gaiement sérieuses, cédant à la facilité je dirai qu’on n’y voit que du bleu : sous prétexte d’ordre alphabétique structurant, Zéno Bianu, avec son habituelle et éclectique vivacité, décline toutes les variations qui lui chantent sur le thème du « bleu », thème qui touche forcément un natif le la Côte d’Azur tel que moi ! Il convoque à cet effet les références culturelles les plus diverses, écrivains, musiciens, peintres évidemment, etc. au cours de pages qui sont un festival où le clin d’oeil de connivence et de poésie, où la culture contemporaine, côtoient l’histoire de la pensée, et le Quattrocento y voisine avec Coltrane, le Zen, Rimbaud, la métaphysique, Wang Weï, la philosophie, la science-fiction, dans un optimiste et primesautier parcours en zigzag sous l’égide illimitée du Bleu, cet « emportement céleste » dont le peintre Yves Klein fut un des ardents promoteurs ! Du reste, ce merveilleux livre, qui tient …

Paul Valet – La parole qui me porte et autres poèmes (NRF – coll. Poésie/Gallimard)

Une chronique de Xavier Bordes Paul Valet – La parole qui me porte et autres poèmes (NRF – coll. Poésie/Gallimard) Ce n’est pas sans respect, et donc timidité, qu’on évoque la figure littéraire du poète Paul Valet, né Grzegorz Swzarc en 1905 en Ukraine), pianiste venu étudier auprès de Vincent D’Indy, polyglotte, licencié est Lettres, médecin français (doctorat en 1934), chef Résistant des FFI de Haute-Loire. Tous ses proches gazés par les Nazis. Il prend vers quarante ans le nom de plume « Paul Valet » pour des raisons intimes, qu’il voilera d’une explication moyennement convaincante, selon laquelle il se voulait « valet de la poésie ». On peut suggérer qu’en réalité, avec une pointe d’ironie, « valet » est la troisième personne du verbe latin « valere » : « Il est en pleine forme, il va bien, il survit (etc.)». Ou peut être phonétiquement « Paul valait » ?… Bref, ce nom en tout cas, tel qu’il est, témoigne d’une formidable humilité de la part de ce personnage de poète surdoué. Une humilité qui n’était pas feinte, et qui malgré l’estime que lui ont porté la …

Paul Mathieu – D’abord un peu de jour – (Ed. Estuaires – Hors-série n° 8 – 94 pp.)

Chronique de Xavier Bordes Paul Mathieu – D’abord un peu de jour – (Ed. Estuaires – Hors-série n° 8 – 94 pp.) Un recueil de poèmes qui frappe par sa qualité de papier, et d’impression, avant de surprendre par le contenu poétique, une longue et intéressante méditation, dans une écriture qui doit tout à l’oralité « prosodique ». L’auteur s’y donne sur le ton du « on », s’y anonymise, afin d’être tout près du quotidien, et de détecter dans son cheminement des éclairs de poésie, pareils à ces lueurs dont les flaques d’eau, après une averse qui aurait rénové notre sensation du paysage, balisent une tranquille promenade. Il s’ensuit pour le lecteur une sensation où fusionnent sérénité et intimité. Aux détours du discours poétisant, surgissent à foison de simples trouvailles d’expression, qui chaque fois incitent à la réflexion, au constat songeur : « Tiens, Paul Mathieu me fait apercevoir ceci, je n’y aurais pas pensé… » Si bien que l’on avance de page en page comme vers un but profilé, toujours à venir, mais qui durant le trajet nous dispense des …

William Cliff – Le Temps, suivi de Notre-Dame – poésie (Le Table Ronde, éditeur.)

Chronique de Xavier Bordes William Cliff – Le Temps, suivi de Notre-Dame – poésie (Le Table Ronde, éditeur.) La poésie de William Cliff est d’une configuration particulière : d’une part elle joue avec la versification classique, plus ou moins rythmée et rimée, jeu subtil et souvent assorti d’humour. Sa seconde caractéristique est que cette poésie renoue avec l’ancienne tradition narrative, que les poèmes monnaient en une succession de stations, un itinéraire, ici celui du temps d’une vie décliné au JE. Car William Cliff n’hésite pas à assumer la première personne. Il raconte un passé toujours présent grâce au langage, dont il empoigne fermement la restructuration mémorielle, avec une note de fine distanciation, comme s’il n’était pas dupe de soi tout en se réenchantant de consigner ces moments de son existence avec un côté pittoresque, vigoureux, voire picaresque parfois, qui témoigne d’une grande attention aux gens qu’il a pu rencontrer, et qui ont participé à ses aventures, en particulier amoureuses d’amours homosexuelles. Pour Cliff le corps humain est important. Plus généralement, il faut donc aimer, non sans …

Frédéric Jacques Temple – La chasse infinie (NRF – Poésie/ Gallimard)

Chronique de Xavier Bordes Frédéric Jacques Temple – La chasse infinie (NRF – Poésie/ Gallimard)  Dans ce recueil semi-anthologique, on découvrira toutes les variétés de « chasses infinies » auxquelles la riche vie de ce poète multiple et fameux s’est adonnée, depuis approximativement ses dix-huit ans. On a l’impression qu’il a tout « bourlingué », tout vu, rencontré tous les plus fameux auteurs ou artistes, fait toutes sortes de métiers selon les lieux ou les aventures, et si son préfacier Claude Leroy évoque à son propos le nom de Cendrars, entre autres, c’est que la parenté d’esprit entre les deux écrivains est patente : cet élan vital qui les pousse à « étreindre le monde » ; élan dont l’oeuvre témoigne, mais que je crois fondé sur une réalité plus sûre chez Temple que chez son ami, lequel fantasmait volontiers sur ses souvenirs de baroudeur. Temple en outre délivre l’image d’un formidable vivant, optimiste, épicurien même, et ses poèmes ont le côté « sécurisant » de qui a surmonté les péripéties de l’existence et se retrouve, à presque cent ans, encore vent-debout contre ce qui …