Paul Nicolas, La Fabrique d’une Minorité   Les Jummas, Éditions  l’Harmattan.

Chronique d’Alain Fleitour 

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Paul Nicolas, La Fabrique d’une Minorité   Les Jummas, Éditions  l’Harmattan.

01 02 2018

Une minorité opprimée, une communauté dont on ne parle pas, ou du moins, dont on ne parle plus depuis 1987, une colonisation planifiée, hier de l’avis de la tutelle anglaise des tribus sauvages à isoler, aujourd’hui c’est au Bangladesh, que les Jummas tentent de survivre.
Que peuvent un million de bouddhistes Jummas face à la majorité musulmane du Bangladesh de plus 150 millions d’habitants!

Le livre de Paul Nicolas ne se limite pas à tirer une sonnette d’alarme, ou à écrire le récit d’un génocide selon les mots de Danielle Mitterrand ; » affirmant en octobre 86, Les Hills Tracts sont une région du Bangladesh, où se déroule un drame, c’est tout simplement un génocide. »
Paul Nicolas agrégé de géographie, a consacré 30 années de sa vie, à cette réalité des Jummas, il a soutenu en 2017 une thèse de doctorat, pour leur rendre hommage. A 70 ans celui qui fut un premier de cordée exemplaire, livre plus qu’un mémoire, une indispensable réflexion sur les mécanismes qui conduisent à fabriquer une minorité qui devient une proie si elle n’est pas protégée.

« La Fabrique d’une Minorité », pourrait être considérée comme un pamphlet à l’égard des Britanniques, et des Pakistanais, qui ont créé les conditions d’une persécution admise voire naturelle, de leur colonisation, une occupation de terres qui allait de soi. La minorité sauvage selon les Britanniques, expliquerait l’idée d’un peuple rétif au développement selon les Pakistanais.
C’est bien plus qu’un coup de sang. Paul Nicolas, a voulu rendre une copie propre, conduire une recherche n’écartant aucune hypothèse, conduire un travail de terrain, vérifier, disséquer, éviscérer, confronter toutes les données historiques ou les recensements comme un juge d’instruction impartial, se mettant en équilibre instable, tel le grimpeur qu’il fut, aller chercher l’élément tangible quel qu’en soit le prix.

Dès 1948, Muhammad Ali Jinnah refuse d’accepter les peuples des collines ( Hills Tracts) comme une communauté distincte des Bengalis. En 1975 un coup d’état militaire instaure la République islamique du Bangladesh.

« les peuples des collines ont été désignés, suspectés de ne pas avoir été de fervents nationalistes , les voilà exclus par ce que non musulmans et habitant une zone frontière, page 97. Les Jummas sont acculés et pour certains refusant la soumission, c’est le début de leur rébellion.

« Entre 1971 et 1982, 400 000 colons se sont installés dans les Hill Tracts. L’armée leur fournissait des armes et le gouvernement des terres , du bétail et même une allocation, page 99. »
l’islamisation des territoires est mise en place par le régime, le chant des muezzins couvre l’espace sonore, des centres culturels sont édifiés avec des fonds Saoudiens. Édifiant!
« Militaires et colons s’attaquent aux valeurs culturelles et religieuses des jummas. »

Cependant le fond du problème n’est-il pas ailleurs, quelle motivation se cache derrière cette façade religieuse, et ce depuis près de deux siècles.

En particulier, la conjugaison d’un regard condescendant porté sur les populations des Hill Tracts par les “dominants” couplé avec le désir d’accaparer les richesses de leur territoire, explique les dérives récentes, la guerre des religions est venu cimenter et faciliter l’actuelle hégémonie.
Le contrôle de ces territoires pour des raisons stratégiques, en est l’ultime motivation..

Si sous la pression internationale le traité de 1997 a mis un terme aux luttes armées entre les Jummas et l’armée bengali, il faudra dénombrer plus de 11 000 morts.

Tout n’est pas réglé.

Les travaux de Paul Nicolas sont connus, et leur richesse démontre bien un mécanisme de violence qui peu à peu a justifié l’hostilité, puis le génocide.

Ce récit ajusté de 150 pages préfacé par Devasish Roy, est une voix qu’il faut écouter et lire, d’une étonnante actualité, et sans artifice.

Paul Nicolas a accueilli un des 72 jeunes jummas venus des camps de réfugiés en Inde. Ce jeune jumma est maintenant intégré dans sa nouvelle famille d’où il suit les travaux de Paul et partage ses enthousiasmes et ses craintes.

Le sort des 72 jeunes arrivés en 1987 en France fait l’objet d’un autre livre dont il sera question plus tard.  Á suivre…

Vannes, le  31 juillet 2018

©Alain Fleitour 

 

MARILYNE BERTONCINI – L’anneau de Chillida, poèmes. (Ed. L’Atelier du grand Tétras – 80 pp.)

Chronique de Xavier Bordes

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MARILYNE BERTONCINI – L’anneau de Chillida, poèmes. (Ed. L’Atelier du grand Tétras – 80 pp.)


Nourrie d’une culture gréco-latine toujours sourdement présente et qui intemporalise ou dé-situe ce qui serait parfois du quotidien, la poésie de Marilyne Bertoncini est pour moi fort singulière. Si singulière, à vrai dire, que je m’y égare à la façon d’un Ulysse naviguant d’archipel en archipel, chaque fois abordant à une profusion d’images, pour la plupart inspirées par l’Europe méditerranéenne.

Pour ce qui concerne le titre, le rapport au peintre et sculpteur basque Eduardo Chillida (décédé en 2002), il ressaisit un symbole emprunté des puissantes formes d’acier courbe forgées par l’artiste, parmi lesquelles j’imagine qu’il y aurait une sorte d’anneau de Moebius figurant le cours de la vie, dont la boucle lors de la mort se refermerait sur l’instant de la naissance, ainsi que l’imaginait un autre poète du sud, Joe Bousquet. Ce schéma de la « palingénésie » déjà présent chez Zénon ou Héraclite, apparaît à l’époque contemporaine chez un Pierre Oster, avec le concept repris comme titre de « La Grande Année ». Certes je ne connais pas l’exacte réalité, dans l’oeuvre de Chillida, de cet anneau mythique (ou a[g]neau mystique?), cependant sa présence occulte court sous la suite des poèmes, par exemple avec la « phalène », si du moins il s’agit bien de ce papillon nocturne attiré par la lumière, que l’on voit tourner indéfiniment autour des lampes. Mais on trouve encore d’autres allusions à l’anneau de la vie – et aux « trois anneaux de souvenance » dignes de Lacan et des Borromeo (M. Bertoncini a un étroit rapport  à l’Italie) -, certaines moins directes mais évidentes, par exemple le retour symétrique : «  Qui tient le rameau d’or repassera le temps   – en son parcours inverse », le soleil est appelé « Roue Solaire ». Ou encore, à travers cette suite expressive d’images qui, dans un poème, éternisent le présent :

Qu’importent l’oiseau, le poisson –

tu baignes dans le soleil

le ruisseau poursuit sa chanson

 

et l’in / stant coule comme le miel

dans le tonneau des Danaïdes

où s’enrubannent vers leur source

les fleuves morts sous les miroirs.

 

Figures de la mémoire, figures du reflet et du miroir, abondent : ce recueil de poèmes est un riche dédale « enrubanné » de sensations où dans un songe intemporel, le lecteur se perd et se retrouve avec délices. Et précisément sa dernière section s’intitule « Labyrinthe des nuits ». Les poèmes, troublants, s’y disent « écriture solaire de la mort », tout en étant regard magique, enchanté, « œil d’or » sur le temps circulaire : on ressent certaines interrogations comme des échos à celles de Nerval (« Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Byron ? »), lui-même « habité » d’anciennes présences venues du passé légendaire. « Suis-je Actéon encore ? » demande Maryline Bertoncini. Le poème se présente alors comme une sorte de mode de mise en échec de toute forme de Fin, le temps du mythe – du « rameau d’or » – étant le contraire du temps linéaire, sans retour, de la science.

Probablement est-ce là l’une des composantes du charme de ces poèmes, qui ne se donnent qu’à la longue, par pâtis lumineux et constellations, à l’image de l’injonction du premier texte du poème lui-même, qui commence ainsi :

 

Ferme les yeux, puis

presse l’index sur tes paupières pour créer l’indispensable

      brasillement de mimosa d’arrière-plan.

 

Aussitôt après, vient la transition vers « l’espace intérieur », et donc la multiple mémoire poétique à la fois personnelle et culturelle, héritée, tout autant qu’issue d’une vie strictement individuelle… De cette « mnémomimosaïque », la fresque des émotions imagées défile avec une folle rapidité, selon une espèce de gymnastique mentale à laquelle il est utile de s’entraîner par relectures. À l’anneau du livre correspond la circularité de la lecture indéfiniment recommencée, inépuisable comme « l’entretien infini » de Blanchot : et cela nous conduit entre autres à des moments comme celui-ci :

 

Meute de mes années repaissez-vous de moi

 

J’ai de mon sabot d’or fait jaillir les étoiles

ma danse vagabonde organise le monde

et la gloire où me mène l’amble de mon pas

   illumine le gouffre où me porte la Roue Solaire….

 

Moment où l’écriture de Marilyne Bertoncini semble prêter sa voix silencieuse, comme hypostasiée, à la poésie elle-même, manifestement non sans une intense volupté qu’elle s’efforce de nous faire partager.

©Xavier Bordes (Paris – Oct. 2018.

 

Thierry Radière, Le Manège, Roman, Éditions Tarmac, 122p, 15€, 2018

Une chronique de Lieven Callantb0188f_19a00e45a771422fb426a52b763e401c~mv2_d_1507_2584_s_2


Thierry Radière, Le Manège, Roman, Éditions Tarmac, 122p, 15€, 2018

Un roman que j’ai lu d’une seule traite parce qu’il rassemble les caractéristiques chères à Thierry Radière. Les thèmes abordés sont la recherche d’une identité, les liens filiaux et les liens d’amitié, l’amour conjugal, la famille et la folle routine du quotidien qu’on peut s’amuser à perturber. L’histoire évoque une réalité tangible, dans laquelle il est facile de se retrouver, de se reconnaître. L’auteur y puise son inspiration pour construire des personnages qui lui ressemblent ou font partie de son univers proche. Un univers où les livres, la lecture et l’écriture ont une place importante à côté de l’amour que l’auteur réserve aux siens. La lecture, l’intérêt pour les livres et leurs contenus impliquent un rapport à la vie différent car se crée l’habitude de se questionner et de se remettre en cause. Ces remises en cause impliquent que l’on tisse un lien avec l’autre avec les autres qui soit basé sur un désir réel et profond de le comprendre ou de chercher à le faire. Le personnage principal, Jean-Marc est un homme qu’on sent impliqué dans la vie des autres, de sa fille Nina mais aussi de son épouse qui vient d’apprendre la vérité longtemps cachée par sa famille de ses origines. Son père naturel était un Tzigane et elle cherche à savoir qui était ce père fantôme. 

Jean-Marc travaille dans une médiathèque en tant que bibliothécaire, si ce travail le met en contact avec les livres, il regrette toutefois de ne pouvoir en lire plus et de ne pas établir avec ses collègues de travail d’autres liens que ceux strictement professionnels qui consistent à ranger et trier les livres. 

Tous les mercredis, il emmène sa fille Nina faire des tours de manège. Ces moments d’échanges sont appréciés tant par l’enfant que par le père, des moments de jeux et de rêves. Le manège devient comme un symbole, un axe magique qui redistribue l’énergie, le rêve, un axe autour duquel migre la vie, ses questionnements, ses parties de plaisir et de découvertes mais aussi les moments plus pénibles et sombres quand on sent que la roue tourne, à tourné et que la chance et le bonheur sont des valeurs qui fluctuent. L’enfant ne peut pas toujours rester sur le manège. La vie n’est pas que jeux.

Jean-Marc se lie d’amitié avec le forain Paulo. Ce qui a attiré le forain vers ce père, c’est le fait qu’il soit le seul à lire parmi tous les parents qui attendent autour du manège. C’est comme si Jean-Marc contrairement aux autres parents qui restent dans l’admiration de leurs bambins était le seul à offrir un réel partage, un réel engouement pour le jeu et le plaisir de faire quelque chose qu’on aime. C’est comme si Jean-Marc participait à quelque chose de précieux et de lumineux alors que les autres parents se limitaient à rester des spectateurs de ce bonheur.

Paulo écrit des poèmes et qu’importe s’il n’a pas été longtemps à l’école et dit ne pas savoir très bien écrire. Thierry Radière en profite pour déclarer que la poésie n’appartient pas qu’aux érudits et aux universitaires, elle est aussi du côté des gens simples et sans prétentions, elle est de notre côté, à vous, à moi, à n’importe qui. Les raisons qui motivent le forain n’ont vraiment rien à voir avec les motivations et les ambitions des « grands écrivains » puisque c’est son fils de cinq ans qui l’a désigné comme roi des poèmes alors que pour la première fois de sa vie, Paulo avait remporté la fève, trophée d’une galette des rois. La poésie se situe bien là et fait définitivement partie de ce monde imaginaire et imagé de l’enfance. Les poètes sont des enfants. La vie un carrousel. Accepter les changements, renoncer à s’enliser est un défi permanent que les personnages de ce roman relèvent admirablement. 

La poésie sous ses diverses formes et celles aussi que l’on rencontre chez l’autre qu’on aime est au coeur de ce livre. La poésie est bien plus que des mots, elle est un espoir, une manière de vivre, une façon de guérir ses blessures. Le principal message de ce roman réside en ce pouvoir retrouvé, ce pouvoir renouvelable qu’elle offre à ceux et celle qui lui réservent une place et se défont des préjugés. 

Thierry Radière est un des auteurs régulièrement publiés par Traversées. Dans le N°88 on peut lire une de ses nouvelles « Le rôti de porc » 

 © Lieven Callant

CHIEN-LOUP de Serge Joncour  Editions Flammarion ( 477 pages – 21 € )  Rentrée littéraire 2018 Août 2018

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CHIEN-LOUP de Serge Joncour  Editions Flammarion ( 477 pages – 21 € )  Rentrée littéraire 2018      Août 2018


Roman élu 2ème au palmarès annuel de Livres hebdo, des romans français de la rentrée préférés des libraires.

Félicitations pour cette reconnaissance largement méritée.

Coup de coeur d’Isabelle Charkos, libraire dont voici la chronique.


C’est sans aucun doute le roman le plus nature, le plus sauvage de Serge Joncour.

En 2017, Franck et Lise louent un gîte dans un recoin perdu du Lot, près du village d’Orcières, tout en haut sur le plateau.

Il est producteur de film pour le cinéma et accro aux réseaux, son téléphone est  pour lui son second cerveau.

Elle, Lise, a été actrice mais a décidé de laisser cette vie derrière elle.

 

Sur ce plateau, la civilisation urbaine, citadine est absente : pas de télévision, pas de téléphone et bien sûr pas de réseau. Inutile de secouer son portable pour chercher les barres…il n’y a pas d’internet, pas «  d’amis » par centaines auxquels se connecter… Il n’y a que vous dans cette maison avec la nature autour, la forêt à perte de vue…

 

Un véritable naufragé : « Franck se sentait perdu. Dans cet environnement inédit, il ne savait quoi faire ni où se mettre.

 

C’est ainsi que se voit Franck qui regrette ses villégiatures passées au bord de la piscine d’un hôtel 3 étoiles ou dans une de ces villas louée à un prix d’or pour les vacances où les connaissances défilent, leurs amis, dit-il !!!

 

Lise a réussi à convaincre son mari de l’accompagner pour trois semaines, rien qu’eux deux ( histoire de se retrouver dans leur couple et de se reconnecter à l’essentiel pour Lise c’est- à-dire la nature sauvage).

Et question sauvagerie ça commence fort avec ce chien si imposant, si étrange, si protecteur aussi …que l’on ne perçoit pas s’il s’agit d’un chien ou d’un loup.

 

D’où vient ce sentiment de sauvagerie, de drame imminent qui émane de cet endroit qui n’existe même pas sur Google earth !!!

Rendez-vous compte !!!

Peut-être d’une autre histoire d’hommes et femmes et de fauves.

Une autre histoire qui s’est produite tout juste un siècle et 3 ans plus tôt… Dans ce même lieu, cette combe et cette petite montagne.

Août 1914, le tocsin sonne. La guerre est en marche et les hommes sont appelés : Ne restent que les femmes, les enfants, les vieillards, les accidentés et… au village d’Orcières un dompteur et ses fauves à qui le maire propose cette vieille maison inhabitée là-haut sur le plateau pour  l’y loger lui et ses fauves.

A partir de ce moment tous les fantasmes sont dans la tête des villageois. Qu’il tombe des trombes d’eau à noyer les récoltes ou qu’il fasse si chaud que la terre soit impossible à labourer, c’est à cause de l’Allemand… parce qu’en plus de l’effroyable cortège animal qui l’accompagne c’est un dompteur allemand qui ne veut pas abandonner ses tigres et ses lions. Ces fauves qui rugissent si fort la nuit que les bêtes s’affolent dans leurs étables, que les chiens « tellement impressionnés » n’aboient même plus, et que les gens en cauchemardent et se réveillent en sursaut.

Cette histoire que tisse Serge Joncour à un siècle de distance est-elle finalement toujours la même ? Celle de l’amour, de la défiance, de la convoitise et de la beauté époustouflante de la nature sauvage ?

Il vous faudra en passer par la lecture de CHIEN-LOUP pour répondre à cette question.

 

©Isabelle Charkos

Entretien avec Serge Joncour à l’occasion de la parution de CHIEN-LOUP

Entretien avec Serge Joncour à l’occasion de la parution de CHIEN-LOUP, élu 2ème au palmarès annuel de Livres hebdo, des romans français de la rentrée préférés des libraires.

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Félicitations pour cette reconnaissance largement méritée.

Éditions Flammarion   Rentrée littéraire 2018     Août 2018

Propos recueillis par Nadine Doyen

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Dans une interview, Pierre Lemaître disait avoir mis 18 mois et 2500 heures pour achever Les couleurs de l’incendie, vous voilà au rendez-vous après deux ans. Avez-vous comptabilisé le temps que CHIEN-LOUP a nécessité et avez-vous travaillé avec la même cadence? Le titre s’est-il imposé comme une évidence ?

Serge Joncour: Je l’ai commencé il y a 25 ans. Ce titre, s’est imposé, de lui-même. 

 

L’écrivain national déclare ne « jamais écrire dans les cafés »,ayant à assurer le  « service après vente » des précédents  romans à travers la France, pouvez-vous travailler dans un train, comme David Foenkinos ?

Serge Joncour: Quand j’écris un roman j’y pense sans arrêt, obsessionnellement. Je ne pense qu’à ça, ou presque. Je prends donc des notes et y travaille en permanence.

 

 Vous avez commis un roman ample, touffu, ambitieux, d’un beau tonnage. Avez-vous dû, comme pour le précédent, vous résoudre à rogner, laisser des pages de côté ?

Serge Joncour : Oui j’enlève toujours à la fin. 

 

Pour vous « écrire, c’est comme une traversée ». 

Comment fut-elle pour ce nouveau roman ?

Serge Joncour : Agitée, car il  n’était pas toujours simple d’écrire en même temps deux histoires différentes, se déroulant sur deux époques. C’est en somme deux romans, en un seul. 

 

Vous dites ne pas faire de plan et suivre vos personnages, une fois lancé ?

Ne craignez -vous pas d’être vampirisé par l’un ou plusieurs d’entre eux ?

Serge Joncour : Non, c’est comme dans la vie. Il faut doser ses relations, avec les uns et les autres, et repousser ceux qui deviennent envahissants, aussi bien que faire parler ceux qui se taisent. Il faut être assez directif et souple à la fois avec ses personnages. Les respecter cela dit. 

 

Le bandeau représentant un détail d’un tableau de Félix Vallotton , intitulé La malade surprend. La maladie de Lise est certes évoquée mais assez discrètement. Avez-vous participé au choix ?

Serge Joncour: Je participe de loin à ces choses- là, car cela correspond à la période où il s’agit avant tout de finaliser son texte plus que la couverture du livre. Mais cette image m’a plu.

 

Philippe Jaccottet déclare dans des notes de carnet : « La difficulté n’est pas d’écrire, mais de vivre de telle manière que l’écrit naisse naturellement ». Cette assertion fait écho à l’écrivain national qui répond à une lectrice : « Il faut donc vivre avant d’écrire ? Comment/ Dans quelle mesure votre vécu a -t-il irrigué Chien Loup ?

Serge Joncour : En tout. Je suis toujours bien caché derrière mes personnages, hommes ou femmes, je leur donne ou leur prête beaucoup de moi -même, sans que cela se voie. L’important c’est qu’ils existent, qu’ils aient l’air d’exister pour de vrai.  

 

Vous avez affirmé dans un tweet du 30 mai 2018 :

« Les écrivains sont des paysagistes d’atelier. J’en connais peu qui écrivent au coeur même des forêts. ». Or le paysage de grands espaces, à ciel ouvert comme  chez les « « nature writers » tient la vedette. Vous qui dépeignez la nature avec précision, que ce soit la forêt de Marzy dans L’écrivain national ou celle du Lot dans Chien-Loup, ce village d’Orcières …, avez-vous des photos sous les yeux ou ce décor est-il suffisamment familier pour qu’il soit gravé en vous ? 

Avez-vous écrit ce roman plus à Paris que dans votre fief du Lot ?

Serge Joncour : Je vais dans ces collines deux ou trois fois par an. Et quand j’y suis, je n’en sors pas. Parfois, j’y retournais, pour me souvenir des bruits, des sons que l’on entend en fonction de l’heure, des animaux qu’on voit passer la nuit. C’est un bain de silence aussi. Et quand je suis en ville, écrire à propos de ces décors, me permet de m’y replonger. Comme en rêve. Un rêve dirigé. 

 

Pour Woody Allen : « quand le coeur dirige la tête, le désordre suit », un tel  dérèglement se retrouve chez vos protagonistes. On pense à Dora et l’écrivain national et dans Chien-Loup, c’est Joséphine qui ressent cette même attraction incontrôlable, cette aimantation qui la dirige vers le dompteur. Au-delà du désir, vous abordez la question d’aimer quand on a perdu son conjoint, tout en déclarant : «  Toutefois, l’amour n’est jamais simple… ». Vivre à l’écart semble mieux réussir à Lise et Franck !

Serge Joncour :Je ne sais pas tout de mes personnages. Ils ont leur vie , leur intimité. Je suis pudique. Je les laisse vivre en dehors de moi, dès lors je ne suis pas le mieux placé pour répondre à ce genre de question. Je sais juste que dans la vie, on a beaucoup de certitudes par rapport à l’amour, et que la vie, d’elle- même se charge de nous en faire changer !!

 

Vous avez mis en confrontation animaux et humains, ce qui rappelle la scène de REPOSE-TOI SUR MOI dans laquelle Ludovic a

«  méchamment bigné »  le chien de Kobzham, « l’a salement amoché ». Le sang coule déjà.

On dirait que la violence qui était tapie explose dans Chien-Loup. 

Serge Joncour : Ah peut -être. Mais les animaux, les chiens en particulier peuvent être violents. Quand ils chassent, ou attaquent, quand ils se jettent sur les vélos à la campagne; souvent je vois cela, ils se jettent sur les vélos, alors qu’au fond, ce sont des chiens sympas. Mais par moment je ne sais pas ce qui leur prend ! Les chats c’est pareil, quand je les vois se battre, entre eux, ou bien jouer avec un mulot, avant de le croquer. La violence est en eux, tapie, un peu comme un animal, en nous… 

 

Ici Chien-Loup se taille la part du lion. Mais la présence du chien était déjà notée dans L’amour sans le faire, avec Rix . Son ambivalence déjà soulignée dans Repose-toi sur moi avec l’épagneul : « sous sa mine joueuse et sa bonhomie ce chien-là n’attendait rien d’autre que la permission de tuer. »

Vous montrez aussi dans vos tweets votre intérêt pour la cause animale, quelle est votre proximité avec les chiens ? 

Serge Joncour : J’en connais plein, qui sont à proprement parler des copains. Certains des amis. Sans compter les animaux que j’ai eus. Mais j’aime bien savoir que tel ou tel chien, là-bas, vit sa vie, et dans trois mois je le retrouverai, un chien de la famille, ou bien d’un voisin, et l’on repartira pour des heures de balade. J’ai beaucoup de copains-chiens.

 

Dans le roman précédent Ludovic suit un documentaire animalier.

Votre idée de mettre des félins en scène était-elle déjà en germe ?

Serge Joncour : Non, mais je tenais à montrer que les animaux sont très présents, y compris en ville. Paris vient de découvrir qu’il y avait des rats, un peu partout en bas, en même temps qu’il y a des corneilles et des goélands, j’ai toujours été attentif à cela, d’autant que je vois moins de moineaux et de pigeons, mais en ville j’entends souvent les corneilles, il y a toute une composition animale qui se redistribue sans cesse. J’ai toujours eu, même en ville donc, la sensation de vivre dans un monde animalier, peut-être même d’habiter un peu leur planète, car sur cette terre, les animaux sont bien plus nombreux que les humains, et bien mieux représentés. 

Merci infiniment pour avoir pris le temps de nous offrir ces réflexions sur la genèse de CHIEN-LOUP d’autant que vous avez un emploi du temps surbooké avec les télés, la presse, les salons ( Nancy, Manosque, Le Mans, St Étienne…), les rencontres en librairies et médiathèques.

Bon vent à CHIEN-LOUP qui caracole en tête des ventes, roman  sauvagement addictif, époustouflant, envoûtant, prégnant. Virtuose.

Du suspense. L’incontournable de la rentrée à LIRE absolument !

 

Des phrases cultes :

« Il y a des  paysages qui sont comme des visages, à peine on les découvre qu’on s’y reconnaît. »

«  Si l’on dit des voyages qu’ils forment la jeunesse, les lectures font bien plus, elles apprennent à envisager le monde depuis mille points de vue dispersés. »

 



PS :  Lire sur le site de la revue Traversées les chroniques de Fleitour et de Nadine Doyen sur CHIEN-LOUP de Serge Joncour.

 

Service de presse n°53

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Traversées a reçu :

Les recueils suivants :

 

  • Alexandre Ritter – Allées et venues entre deux mondes – Europe/Amérique latine

 

Coordonné par Constanza Alzamora et Daniel-Henri Pageaux

L’Harmattan, 2018, 251 pages

Avec l’entrée d’Alexandre Ritter dans la collection « Classiques pour demain », celle-ci trouve pleinement sa justification. Un poète de vingt-quatre ans, né à Mexico, au sein d’une famille équatorienne et vénézuélienne, ayant vécu à Caracas et vivant aujourd’hui à Paris, vient prendre place dans une liste longue de noms prestigieux, aux côtés d’autres pour lesquels le temps n’a pas encore pleinement accompli son devoir de reconnaissance.

On lira le présent volume comme un premier bilan: il porte sur six recueils de poésie dont les deux derniers ont été écrits en français et publiés en France. Coordonné par Constanza Alzamora, mère du poète, et par le responsable de la collection, Daniel-Henri Pageaux, il offre un ensemble d’études et d’hommages ainsi qu’un long entretien qui permettra au lecteur d’accompagner « la naissance d’un poète »

Pour une lecture plus approfondie, Giuseppe Bellini, grand spécialiste des littératures hispaniques et hispano-américianes, se montre sensible à une méditation qui plonge dans « les catacombes de la pensée ». Luis Alberto Crespo, poète, critique, ambassadeur du Venezuela à l’Unesco, part à la recherche de « l’écriture poético-réflexive de cet homme-enfant », tandis que Victor Bravo, écrivain, essayiste, professeur à l’Université de los Andes, souligne la préoccupation éthique du jeune poète et son « sens épique de l’être ». De son côté, Lupe Ramazo, romancière et essayiste équatorienne, fixée à Caracas, retrace de façon précise et émouvante la trajectoire d’un poète qui est aussi son petit-fils.

D’ores et déjà, Alexandre Ritter compte deux lecteurs prestigieux: le poète Adonis dont le jugement élogieux est rappelé et celui du regretté José Saramago, prix Nobel de Littérature, qui offre tout à la fois un jugement de synthèse et aussi un pari sur l’avenir.

    • L’année poétique, poésie

Frédéric Marcou

Atramenta, 2018, 109 pages

    • Au fil du labyrinthe ensoleillé, poésie

Michel Dunand

Jacques André éditeur, collection Poésie XXI2018, 69 pages

« Une élégance et une humilité presque orientale. On en ressort ébranlé. » (Serge Maisonnier)

« On est ici en présence d’une poésie qui sublime l’émotion, colore le monde, dénonce les limites du langage et de la visibilité tout en nous donnant l’amour de la vie: on est ici en présence d’une poésie qui nous permet de percevoir le réel dans sa totalité vibrante et d’ouvrir l’histoire de notre esprit à la lumière fragmentée de la métamorphose. » (Pierre Schroven)

« Un trouble certain que Michel Dunand ravit au silence, afin d’implanter la méditation et la couleur autour des mots. » (Jean Chatard)

« Dunand dans la lignée des Segalen, Bouvier, Orizet, nous entraîne dans ses lieux de fulgurance. » (Marie-Christine Masset)

    • BB12, poèmes

Anne-Sophie Malice

Chloé des Lys, 2018, 55 pages

    • De la main à la chute, poèmes, avec des illustrations de l’auteur

Marine Gross

Le Citron Gare

1, rue des Couvents à 57950 Montigny Les Metz, France

http://lecitrongareedtions.blogspot.fr

    • De sang, de nerfs et d’os, poèmes

Patrice Blanc

Le Contentieux, 2018, Toulouse

« De sang, de nerfs et d’os », le tout dernier recueil de poèmes de Patrice Blanc révèle une nouvelle fois son goût pour l’hémoglobine poétique. En effet, son premier livre « Le sang du jour » publié en Belgique en 2004 flirtait déjà avec des couleurs carmines. Il se la joue pour votre plus grand plaisir parmi les aurores surréalistes du XXIème siècle. A déguster surtout sans aucune modération.

Patrice Blanc demeure avec cet ouvrage l’un des plus grands poètes de sa génération.

    • Echos du vent à ma fenêtre, poèmes

Eric Chassefière

Alcyone, collection Surya, 2018, 62 pages

Dans ce nouveau recueil, à nos yeux le plus réussi, Eric Chassefière adopte la forme de la prose poétique qui lui réussit à merveille. Echos du vent à ma fenêtre est construit « en vitrail »: une structure maîtresse sur laquelle viennent s’enchâsser un certain nombre de poèmes dans lesquels on retrouve sa thématique essentielle: méditation, descente en soi dans – et par – la nature. Tout bruit d’un silence habité qui nous mène à une forme de contemplation, d’espace intérieur où tout respire et se dilate pour notre plus grand bonheur: celui d’être.

Silvaine Arabo

    • La Foule Divinatoire des Rêves, poèmes et dix-huit dessins

Catherine Gil Alcala

La maison brûlée, 2018, 113 pages

« Des parlotes infraliminales dans les rayons du soleil,

un incendie mental traverse l’essaim des âmes

tournoyantes qui s’écroulent sur la terre.

 

Le sol de l’appartement est recouvert d’insectes.

Une femme parle aux insectes

qui viennent tous dans sa main.

 

Les vibrations de sa voix induisent

un phénomène mimétique.

Elle s’humecte la peau d’une morsure indicible.

 

Un scorpion se dissimule dans l’ombre. »

Extrait

    • Fragments (5), poèmes

Gérard Paris

Illustrations de Laurence Izard,

Bleu d’encre, 2018, 43 pages

« Eclats taillés dans l’éponte du sens…

Un truand térébrant: jusqu’à l’os…

Engonce, écartelé, crucifié de l’intérieur…

Le dedans: une tapisserie aux multiples motifs…

De métamorphoses en anamorphoses: l’île subtile…

ça creuse, ça fore en moi: vrillé, je me tasse sur moi-même…

En filigrane l’intime bariolé… »

Extrait

    • Le funambule des labyrinthes, roman

Jean-Paul Deller

Image publique, Editions Romans Vrais, 2018

« Ma nouvelle gestation se fait coma et rend le temps ambigu. Ejecté, expulsé de la matrice chaude et fracassée de ma voiture, j’évolue plusieurs semaines dans un monde étrange, foetus cassé et fiévreux, accouché mais toujours nourri par le cordon ombilical d’une poche suspendue. Etendu, pas encore re-né dans le berceau blanc d’un lit d’hôpital.

Je m’abandonne à des heures parturientes qui ne s’écoulent pas en larmes de joie.

Mais contrairement au sommeil utérin classique, le mien est déjà peuplé d’histoires… »

Le manuscrit, plusieurs fois travaillé, a longtemps noté PAUL DEL. Ce psudonyme dénonçait mes mutilations visibles et secrètes. Lui, ce double tourmenté, a voulu l’écriture réparatrice. Or, le livre finalisé, je le signerai JEAN-PAUL DELLER. Oui, cette substitution laborieuse m’a permis sa traversées pour atteindre une nouvelle complétude.

Ecrivons. Ecrivons pour aimer.

« J’ai réappris à me voir debout. A sculpter

Je suis revenu

Ce bonheur, je veux le partager avec vous.

Comme moi, vous êtes funambules des labyrinthes. Si vous tombez, toujours quelqu’un sera là pour vous réapprendre à danser sur le fil de la vie. »

    • Manifeste oblique – ne danser que l’inconnu, poèmes

Michel Cassir

L’Harmattan, Levée d’ancre, 2018, 100 pages

… est-ce poésie ou du moins ce qui nous enchante

lorsque tombe l’ombre étrange sur nos épaules

 

recueillons pépites en flammes ce soir à Santiago du Chili

qui a cédé ses mines aux broyeurs d’aube

tambour subtil à la diable cheveu à pointe de fourche

rénover l’air main de l’air au fruit des entrailles

L’auteur revendique cette danse charnelle et soeur de l’invisible qu’est l’arbre de vie dans son ampleur. 
Ce texte n’est une injonction ni contre la raideur ni contre la droiture, il va dans le sens de la courbure de l’arc imprévisible mais souhaitée déjà dans le subconscient. De l’éblouissement à la cible et vice-versa.

 

Michel Cassir impose de recueil en recueil une poésie incontournable, non seulement au regard de la poésie francophone mais aussi de la poésie tout court. De ses origines égyptiennes et libanaises, auxquelles se conjuguent ses appartenances française et mexicaine, l’auteur tire un substance essentielle qui rend sa conscience planétaire.

    • Manuel pour dire au revoir, petits textes en prose

Gwenola Breton

Dessins de Thibault Pétrissans

Bleu d’encre, 2017, 111 pages

« Echassier

Etre en robe, c’est un peu comme être en bois ou en joie non? Une fois sur deux c’est râpé! A y regarder de plus près, un rien nous rendrait léger; Pas de maître en la matière, dequoi sommes-nous fait? Un peu d’eau sous les baisers que la nature nous fait Semble garder la mémoire des vallons par lesquels elle est passée. Elle chante pour les Tristes et les damnés les traîtres et les Echassiers. C’est une visiteuse elle ne cesse d’aller. Monter monter sur une échelle pour rompre le sort et les digues et le secret des grandes marées. De quoi sommes-nous fait un peu de fil pour s’accrocher aux branches un pue d’herbe sur les mollets Rester alerte de tout côté. Un rien nous rendrait léger. »

Extrait

    • Le Nouveau Messie, roman

François Harray

Traverse, collection Lentement/Couleur livres, 2017, 124 p.

Editions Traverse, 86/14, avenue Paul Deschanel à 1030 Bruxelles, Belgique.

www.traverse.be

Editions Couleur livres, 4, rue André Masquelier à 7000 Mons, Belgique.

www.couleurlivres.be

Gabriel est un tamponné de la vie incapable de dire non… Son besoin d’amour est insatiable! Une prophétie délirante va faire de lui… le Nouveau Messie.

Ce handicap va le confronter à des situations incongrues pouvant déraper jusqu’aux plus extrêmes compromissions. Là où les frontières de la morale s’estompent jusqu’à la fange.

Jusqu’où va-t-il accepter de s’écraser? Va-t-il pouvoir conjurer cette prophétie dont il est victime?

    • Passagers, poèmes illustrés

Ludovic Flamant

Images de Jeroen Hollander

Esperluète éditions, 2018

Un voyage en métro. Des passagers, absorbés dans leurs pensées ou leurs discussions. Ludovic Flamant observe ceux qui l’entourent et s’amuse à imaginer leur vie: d’où viennent-ils? Où vont-ils? A quoi pensent-ils? L’auteur est fasciné par la diversité des gens que l’on croise quelques instants. Toujours pudique et délicat, le narrateur esquisse les portraits et laisse à chaque passager suffisamment de mystère pour que le lecteur puisse rêver. Les planches de Jeroen Hollander viennent ponctuer ces portraits. Plans de métro, lignes urbaines qui s’entremêlent, se croisent, s’arrêtent. Ses images font penser aux chemins de vie qui se croisent, tentative de géographie des trajectoires humaines.

Ludovic Flamant dédie ce livre aux victimes de l’attentat du 22 mars 2016 à Maelbeek.

    • Sans ajouter une ride, poésie

Claude Wind

L’Harmattan, Poètes des cinq continents, 2018, 101 pages

Ecrits au fil des jours avec le mystère pour ligne de vie, ces poèmes suivent le cours de ce qui, depuis l’aube des hommes et des choses, se répète dans une infinie variété de formes, d’aspects, de visages, d’horizons. Le poème voudrait recueillir la part de lumière et d’ombre qui nous est laisée à voir et à entendre de ce jeu sans cesse changeant du Même. 

Claude Wind vit en Alsace où il écrit des poèmes, des texte à dire et à chanter depuis les années soixante-dix du siècle dernier.

    • Sans équipage, poésie

Claude Raucy

Dessins de Jean Morette

Bleu d’encre, 2017, 52 pages

 

  • Sans (re)père, poésie

 

Aurélie Coquelet

Chloé des Lys, 2017, 23 pages

 

  • Sérénade à la vie, poésie

 

Bernadette Gérard-Vroman

Chloé des Lys, 2018, 55 pages

Un regard sur cette terre, sphère à deux inconnues: la vie et la mort.

La vie, un chemin sur lequel Bernadette Gérard-Vroman avance, en écrivant, à la découverte de soi, à la découverte des autres, lors de ses rencontres, partages, moments qu’elle privilégie.

La mort et ses questions inexorables et l’amour, incontournable.

Ce qui la caractérise est sa sensibilité et la force dans les mots que revêt sa plume, qui, comme l’amour et la paix, vers lesquels ils tendent, sont les symboles de l’edelweiss, qui la représente.

Une poésie qui se libère de plus en plus des contraintes, comme un envol entre terre et ciel, comme un écho à la Terre.

 

  • Trémor, poésie

 

Athane Adrahane

Préface de Marcel Moreau

 

  • Une eau faite chair, poésie

 

Monique Thomassettie

Monéveil, collection Passage, 2018, 67 pages

 

  • Les voluptés de l’ailleurs, prose et poésie

 

Félix Labetoule

  1. Gaillard, 2018, 187 p.

Que serait la vie sans la possibilité de vivre également dans l’ailleurs, qu’il soit géographique, artistique, littéraire, philosophique ? En prose poétique dans la plupart des textes, l’auteur nous invite à des escapades entre émotion et raison.

Plus de vingt personnes ont également proposé leur histoire de l’ailleurs à l’imaginaire de l’auteur, multipliant ainsi les occasions de partage avec la lectrice ou le lecteur.

Les revues suivantes :

 

  • Art et Poésie de Touraine 232 et 233 – printemps et été 2018

 

Nicole Lartigue

10, rue du Clos Prenier à 37540 Saint-Cyr-sur-Loire, France

www.artetpoesiedetouraine.com

 

  • Le bibliothécaire 1 et 2-2018, janvier à juin 2018

 

Association des Bibliothécaires belges d’expression française

Michel Dagneau

rue de Bruxelles, 87 à 1470 Genappe, Belgique

dagneau.michel@live.be

 

  • Bleu d’encre 39, été 2018

 

Claude Donnay

rue Alexandre Daoust, 46, à 5500 Dinant, Belgique

claude.donnay58@gmail.com

 

  • Comme en poésie 74, juin 2018

 

Jean-Pierre Lesieur

730, avenue Brémontier à 40150 Hossegor, France

j.lesieur@orange.fr

http://pagesperso-orange.fr/jean-pierre.lesieur

 

  • Debout les mots 70, juillet à septembre 2018

 

La maison du livre

28, rue de Rome à 1060 Bruxelles, Belgique

www.lamaisondulivre.be

info@lamaisondulivre.be

 

  • Eclats de rêves 63, 1er semestre 2018

 

revue littéraire semestrielle

Martine Oulès

14, rue de la Glacière à 81600 Gaillac

 

  • Le Gletton 504 à 506, avril à juin 2018

 

Mensuel de la Gaume et d’autres collines

Joseph Collignon

28, rue Saint-Martin à 6740 Villers-sur-Semois

secretariat.gletton@gmail.com

www.legletton.be

 

  • La lettre des académies

 

Palais des Académies, 1, rue Ducale à 1000 Bruxelles, Belgique

 

  • Le non-dit 120, juillet 2018

 

Michel Joiret

Avenue Emile Van Becelaere, 24b, bte4 à 1170 Bruxelles, Belgique

m.joiret31@gmail.com

 

  • Nos lettres 26, juin 2018

 

Association des Ecrivains Belges de langue française

Anne-Michèle Hamesse

Chaussée de Wavre, 150 à 1050 Bruxelles, Belgique

a.e.b@skynet.be

www.ecrivainsbelges.be

 

  • Plumes et pinceaux 141, juin 2018

 

Nelly Hostelaert

rue du Temple, 39 à 7331 Baudour, Belgique

franz.nelly@yahoo.fr

 

  • Portique 111, juillet à septembre 2018

 

Chris Bernard

Mairie, 8, place de la Mairie à 84110 Puyméras, France

http://portique.jmdo.com

cris.ber@laposte.net

 

  • Reflets Wallonie-Bruxelles 56, avril à juin 2018

 

Joseph Bodson

109, rue de la Mutualité à 1180 Bruxelles, Belgique

joseph.bodson@skynet.be

www.areaw.org

 

  • Septentrion 2-2018

 

Arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-Bas

Luc Devoldere

Murissonstraat, 260 à 8930 Rekkem, Belgique

www.onserfdeel.be

www.onserfdeel.nl

www.septentrionblog.onserfdeel.be

 

  • Soleils & cendre 124, juin 2018

 

Isabelle Ducastaing

1bis, impasse Anatole France à 84500 Bollène, France

www.soleils-et-cendre.org

solicend@orange.fr

 

Le « tungstène que le serpent ne pourra jamais transpercer »*

Une note de lecture de Daniel ILEA

Sanda VOÏCA, Trajectoire déroutée, poèmes, éditions LansKine, Nantes, 2018.

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Le « tungstène que le serpent ne pourra jamais transpercer »*


 

C’est dans l’enfance baignant dans le soleil noir de la mélancolie que la mère plonge à la recherche de sa fille, du « bleu royal » (ou baume) de la Poésie. Ce « bleu royal », le même que celui du tungstène, traverse le livre et le monde ; c’est aussi celui de la ceinture, nœud sur l’estomac, autour de la taille, enveloppant également le cœur de la mère (p. 18) ; celui de l’eau claire et froide, avec laquelle la mère s’identifie, d’une baie (p. 65) ; celui du bien-aimé lui-même (p. 20) ; celui de l’air, du ciel, du jour.

 

Le ventre est ambivalent : c’est le ventre béni de la mère, d’où la fille est sortie, mais c’est aussi celui de la fille, devenu le siège de sa maladie mortelle : « Qu’il y ait donc une flèche / avec deux pointes, / une à chaque bout. / Qu’elle s’amollisse / jusqu’au serpent. / Qu’il entre dans mon ventre / tantôt froid / tantôt chaud – / celui d’Eve même. / Qu’il crève le ventre » (p. 35). 

Et, pour se battre contre ce ventre maudit, ce traître, il faudra : « Lier une flèche à peine existante / à une alouette de mon enfance » (p. 36). Autrement dit, cette fille, flèche qui a fait long feu, à peine existante (juste une vingtaine d’années !), devrait être (re)liée à l’enfance de la mère afin de pouvoir, cette fois-ci pour de bon, reprendre son envol d’alouette vers le « bleu royal », vers le Soleil.

 

L’amour infini engendre/rejoint la solitude infinie, jusqu’au déchirement, jusqu’au « découpage-dépeçage » (p. 56) du corps de la mère. La souffrance assèche, solidifie, « pétrifie » – d’où besoin d’arrosage, de la pluie de ses yeux, besoin de devenir elle-même « nuage » (p. 9) qui crève et se déverse sur la terre-tombe, pour que la fille là-dessous remonte et reverdisse. La mère se métamorphose « en cœur alourdi », qui « coule vers la terre, / devient un pis / et il nourrit / de ses gouttes immenses / couleur bleu-ciel / – ou bien royal ? » sa « fille enterrée » (p. 66). Mais la fille aussi essaie de rejoindre sa mère, de remonter en tant que souffle vibratoire : « La fille disparue jeta une cordelette / blanche éclatante / flottant à portée de main / inatteignable. / Que faire d’elle ? / Elle ceint mes jours. / Mes mots se faufilent / toujours près d’elle. / Fière si par le hasard / la corde vivante / les a touchés » (p. 39).

Et cela continue : suite aux tentatives de la fille, la mère réagit fortement : « Plusieurs fois par jour / la fille revient / s’empare de moi / grappin à plusieurs crochets qui / s’enfoncent dans ma chair / me soulèvent très haut / et me lâchent : / je me défais en morceaux. / Quand je me réarticule / je mets la fille disparue / dans mon échine » (p. 17). Ou, encore et toujours : «  Les souvenirs de la fille disparue : / couvertures de tout temps / suspendues dans l’air / pour tenir sous le froid / du jour imminent. / La douleur ronge / les crayons / les feuilles / mon clavier. / Son piano aussi. / M’en extraire : / injonction futile et permanente / mais structurante : / je suis celle qui s’extrait / de MON jour / et de SA nuit » (p. 23).

 

Dans toute cette gigantesque tentative de se rejoindre : « Elle flotte / Je flotte / Nous traversons les airs / les terres / les chemins battus et inconnus. / Nous ne sommes jamais / à notre place » (p. 46). On est en pleine guerre, on dirait qu’il ne pût y avoir qu’une « paix ensanglantée » (p. 44).

Or, voici que, pour un instant, la roue d’Ixion cesse de tourner ! Et cela pour que la mère-poétesse, descendue aux Enfers, tel Orphée, puisse la ressusciter à travers ses chants.

C’est l’instant même de ce livre – qui cesse d’être une « trajectoire déroutée », devenu le « tungstène que le serpent ne pourra jamais transpercer ».

©Daniel ILEA Juin 2018.

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*. Cf. Sanda VOÏCA, Trajectoire déroutée, poèmes, éditions LansKine, Nantes, 2018.