JEAN-LOUIS BERNARD, CE LOINTAIN DE SILENCE, Editions Encres Vives, Octobre 2018.

Chronique de Nicole Hardouin                           

JEAN-LOUIS BERNARD; CE LOINTAIN DE SILENCE ; Editions Encres Vives, Octobre 2018.

                                       Le chemin secret va vers l’intérieur. Novalis

Comme le feu est dans le bois, le mot se tapit dans le silence.. Pour Jean-Louis Bernard le silence est la langue primordiale de l’ère adamique, c’était le temps illustre / où nous buvions le philtre / des lunes montantes. Le  poète en garde toute la saveur, toute la nostalgie.

Il écoute, traduit ce silence  en mots chandelles pour laisser glisser le rêve aux yeux clos et libérer l’urgence de l’accord des harpes nocturnes, où l’amante de porcelaine clouée à la barque d’errance est inatteignable, fragile et sœur du loup et de la ronce.

Le poète, alchimiste du silence, dans l’incandescence de ses mutations brûle la mer, naissent des marées de mots qui en flux et reflux envahissent sa page blanche, son athanor secret.

L’auteur adepte de la « la langue des oiseaux », la partage en transformations successives, laboure le champ / chant de l’intériorité, apparaît alors, entre souffre et soufre, entre or et plomb, l’entrée du chemin, la voie avec tous ses dangers, et ses métamorphoses.

L’écriture tourbillonne au-delà des berges proscrites dans un silence où floconne un soleil noir, ou passe un collier d’ambre : et de regret, fruits pendus aux ailes de l’abîme.

Ses mots, encore noyés de silence, naissent entre soupirs et éclats de lune noire, entre source et miroir, sertis d’une solitude, qui contemplent le vertige obscur / de l’exil et son archaïque légende.

Tout comme l’ombre est l’envers de la lumière, le silence aux mains de pluie est le sourcier de l’immuable. Tant de bruits se sont estompés, tant de paroles se sont tues et qui pourtant vibrionnent, ventent, écument en attente, demeurent encore entre épines et asphodèles, sous un mascaret de brume.

Ne serait-ce point le corps et la voix du Silence que le poète troue avec des lèvres suturées .pour aller / vers ce désert latent / où tout s’efface ?

J.L Bernard boit l’eau lunaire, il y puise l’énergie des forces obscures, orée des songes et des sources / amoncelés / sur nos chemin d’enfance, quelque chose qui, peut-être s’apparente au Savoir de l’origine, là où les dieux et les hommes dialoguent, là où la béance du souffle / écoute l’imminence en vendangeant ses cendres contre la nervure rouge d’une plume funambule/ sur la moire du chemin.

©Nicole Hardouin

Service de presse n°54


Traversées a reçu :

Les recueils suivants :

  • Abécédaire d’un coeur rebelle

Dorota Walczak

L’oeil ébloui, collection poésie, 2018

www.loeilebloui.fr

Murmures en confitures. Confitures en myrtilles.

Myrtilles mythiques de tes mots mystérieux.

Mystère de tes mots, de mes mots.

Mémo de la confiture sur tes lèvres.

Mémo des mots en myrtille.

Abécédaire d’un coeur rebelle témoigne de la fascination de l’artiste pour la langue française. Ces mi-poèmes mi-histoires – espiègles, sensuels, drôles ou sérieux – sont nés d’une rébellion face à la difficulté d’exprimer le monde et soi-même dans un langage personnel et dans une langue étrangère.

Les dessins réalisés à l’encre avec un bout de branche de groseillier font partie intégrante de ce voyage incongru à travers les lettres et les êtres.

  • Alors la nuit délivre la nuit des livres, poèmes

Jeanne Champel Grenier

France Libris, 2018

  • Cahier de songes, textes en prose

Gérard Le Goff

Encres vives, Encres blanches, 2018

  • Cathédrale boraine, poèmes

Remo Pozzetti

Préface de Joseph Bodson

Le Non-Dit, 2018

lenondit.revue@gmail.com

www.lenondit.eu

« Un poème qui ne ressemble à aucun autre poème, un hymne national qui est celui de toutes les nations, parce qu’il vient de dessous la terre, là où tous les hommes sont parfaitement égaux, sous le fardeau de leurs croix toutes pareilles.

Profondément religieux, de cette religion vraie que l’on ne trouve plus que chez ceux qui ont la force encore de blaphémer, de se révolter, témoins de Jéhovah, bâtisseurs de cathédrales. »

Joseph Bodson, extrait de la préface

  • Dans ce monde et dans l’autre, poèmes

Michel Santune

Editions Les presses littéraires, collection Florilège, 2018

Prix de poésie 2018 Yolaine & Stephen Blanchard

  • Le dieu des pierres, roman

Lorenzo Caròla

Traverse, 229 pages

« Je me suis levé et j’ai enfoui mon nez dans sa barbe, non sans une certaine appréhension, pour vivre l’instant le plus intensément sensuel de nos rencontres, le prélude et le final auxquels j’aspirais toujours avec une subtile trépidation. Lors de nos accolades, dont il n’était pas avare, je profitais de ce court contact pour la renifler avec délice. A chaque fois, je repensais à cette périphrase qu’enfant j’avais lue dans la « Chanson de Roland », et qui désignait Charlemagne comme « l’Empereur à la barbe fleurie ». »

« C’est parce qu’il coïtaient que nous existons », dit Pascal Quignard dans son essai Le sexe et l’effroi. A la fois acte procréateur et nécessité narcissique, le récit de l’apprentissage de la sexualité d’un père – architecte au long cours en Afrique – à son fils – le narrateur – dans les bordels de Naples à la fin des années 1940, est relaté ici, au moment du passage de ce dernier à l’âge adulte, au hasard d’un naufrage rocambolesque entre le fleuve Niger et le désert du Sahara.

Un roman d’initiation, d’aventure, d’amour et une écriture en subtiles vagues…

  • Hors de moi – Parole, poèmes

Daniel Simon

Traverse, 2016, 43 pages

« Quand on est « hors de soi »,

la parole souvent seule nous porte,

de son parfois suffit.

Des glossolalies, des gloussements,

des cris, des hurlements,

une voix de la profondeur,

de l’autre scène,

une voix singulière

qui met en forme une matière qui flottait

qui s’immiscait mais ne se déclarait pas.

Hors de moi

et vous allez m’entendre

Hors de moi

et vous allez voir. »

  • L’intercepteur de fantômes, récit

Daniel Fano

Traverse, 2018, 106 pages

B. Palmer est de retour à Bruxelles après plus de trois décennies d’absence! Tout ce qui a disparu entre-temps, c’est fou! Il cherche à  retrouver quelques personnages qui ont marqué sa vie ancienne. Un monde perdu réapparaît fugitivement dans une société vouée à la fabrication de l’oubli et à la falsification des faits: le Bruxelles des ultimes avant-gardes artistiques et littéraires, avec notamment la revue Luna-Park et le Théâtre Laboratoire Vicinal. Une évocation dépouillée de toute nostalgie, de toute condescendance, où pointe l’ironie caractéristique d’un auteur fort singulier.

  • Intravagues, poèmes

Christian Cavaillé

L’Harmattan, Levée d’ancre, 2018

Poèmes qui s’immergent dans les combes sombres, les zones incertaines parsemant nos intervalles et font surgir des nuées indistinctes quelques éclats où

durent bruitent boxent

arythmiques lueurs

impairs insolubles

dans l’air du temps

Ils font droit à l’insistance de choses vagues en tous sens pour exhausser le pouvoir de mots diseurs-voyeurs

des choses blessantes

aux doijts douces

à voir comme

fleurs de ronciers

des choses en

mots armés des ombres

ces mêmes choses et

tant d’autres en

ton absence

  • Langue interdite – langue a-mère

Marie-Josée Desvignes

Alcyone, 2018, 40 pages

« Une voix dans la nuit

accroche tes sanglots

au manteau des poètes

et court dans leur nuit voler la volupté;

la lune est sa complice,

ses conquérants tes frères,

fils et filles du ciel, oiseaux de volupté,

redonnez à l’esprit des lieux

la couleur de leurs cris…

*

Nommer la parole absente

au seuil des souvenirs

dire le rien dire le tout.

Plus que jamais

continuer

entreprendre un chemin de vérité

qui mène à toi à l’insu des autres;

une larme coule au fond de ma gorge

et ma main pleure

sous l’étreinte

écarte les restes de ta nuit. »

Extraits

  • lumière, doucement, poèmes

Marian DRĂGHICI

Traduction du roumain et postface de Sonia Elvireanu

Préface de Michel Ducobu

L’Harmattan, 2018, 114 pages

Cette longue litanie déchiquetée a été écrite par un stupéfiant poète. Les métaphores superbes l’attestent, ainsi que l’incroyable liberté dans l’expression de la révolte et de la désespérance. Qu’aurait pu écrire cet homme s’il n’avait pas autant souffert, qu’aurait-il fait de sa liasse de feuilles blanches s’il ne s’était pas jeté dans le brasier du rêve et des fantasmes pour oublier cette qu’il a aimée passionnément et entièrement perdue? Corps et rire, lumière douce et soie de ses yeux. Le poète a vécu ce rêve d’aimer follement une femme. A la mort de celle-ci, il ne lui reste plus que le rêve fracassé, affreux, délirant, traversé par des images morbides, fantasmatiques, gavées d’alcool et du poison de la mémoire impuissante. Le récit, éparpillé en quelques poèmes aux titres saugrenus, se déroule au rythme des réveils et des crises aiguës de lucidité, au mépris de la logique et de la cohérence. Ce qui importe pour ce naufragé de l’amour et de l’espoir, c’est de résister encore, par le seul pouvoir des mots, à sa propre destruction.

Extrait de la préface, Michel Ducobu.

  • Les nombreuses étendues ouvertes de la mer – Voyage au cercle polaire arctique

Françoise Delmez

Illustrations de Claire Ducène

Préface d’Olivier Terwagne

Traverse, 2018

http://editionstraverse.over-blog.com

En 2017, Claire Ducène et Françoise Delmez ouvrent une caisse contenant les souvenirs d’une croisière effectuée en 1929 par Léon Losseau sur les mers de Norvège. En 2018, elles s’envolent pour Oslo, gagnent Bergen en train et embarquent sur un navire en direction du nord et de la frontière russe. Durant leur périple, elles tâchent, en suivant les traces presque effacées des pas de Léon Losseau, de retrouver la source des émotions ressenties lors de l’ouverture de la caisse. Françoise Delmez révèle aujourdhui le journal fragmentaire de cette aventure, par-délà les genres, le temps et l’espace.

  • Notes découpées du Japon

Textes de Benoît Reiss

Encres de Junko Nakamura

Esperlète, 2018

esperluete.editions@skynet.be

www.esperluete.be

Un Français installé au Japon y enseigne sa lanque à des Japonais passionnés par les complexités de la conjugaison française. De son regard d’étranger, admiratif et étonné, curieux et séduit, il observe les gens, la nourriture, la nature.

Avec une écriture dépouillée, contemplative et sans artifice, Benoît Reiss décrit quelques moments de cette vie, framents découpés dans le continu de l’existence, autant d’instantanés qui racontent la beauté et la poésie des « petites choses » du quotidien nippon.

Les encres de Chine de Junko Nakamura, entre paysages exotiques et détails ordinaires, ponctuent ce récit et habitent l’espace entre ces « notes découpées », qu’elle rassemble d’un trait de pinceau.

  • La passion selon Saint-Mars, roman

Gérard Adam

Depuis la fermeture de la carrière qui le faisait vivre depuis la nuit des temps, Saint-Mars s’est assoupi à l’ombre de sa fameuse église romane, bercé par les joutes oratoires que se livre un duo d’inséparables, Stanislas le curé polonais et l’instituteur Socrate, athée de choc.

Un soir, une algarade éclate entre les joueurs de cartes et les derniers jeunes du bourg. Les uns et les autres se mettent au défi de monter pour la prochaine fête de Pâques une représentation de la Passion du Christ. Encore faut-il un candidat pour le rôle de Jésus. Et c’est là qu’entre en scène « l’étranger », pour une aventure qui va métamorphoser en profondeur tous ses protagonistes.

Gérard Adam renoue avec la verve pseudo-régionaliste du « Saint et l’Autoroute » pour continuer à piocher dans les interrogations qui sous-tendent son oeuvre d’agnostique à l’enfance imprégnée de religion chrétienne.

M.E.O., 2018

  • La plume traversière, poèmes

Jeanne Champel Grenier

France Libris, 2018

www.jeannechampelgrenier.com

  • La présence de l’aube, poèmes

Laurence Chaudouët

Alcyone, 2018, 62 pages

La poésie pour moi est une intime traversée d’un monde jamais entièrement révélé. C’est une exploration, et jamais une fin. La poésie n’est jamais faite, mais toujours à faire. Son monde n’est jamais donné, mais toujours dévoilé. Écrire le poème, c’est entrer dans une recherche – et ce que je recherche avant toute chose, c’est la présence. D’où le titre de ce recueil: « La présence de l’aube ». L’aube, comme un éveil au plus calme, au plus intense aussi: et cet éveil, je voudrais que le poème me le donne, le donne au lecteur, le lui prête plutôt, pour qu’il le porte vers d’autres mondes, d’autres lieux, d’autres expériences.

Laurence Chaudouët

  • Le rire du jeune crocodile – Une enfance au Congo belge de 1950 à 1960 – Récit d’une odyssée

Jean-Marie Dubetz

Traverse, 192 pages

Aux temps paisibles de la Colonie, un peu avant l’indépendance de ce qui va devenir le Congo RDC, un petit garçon voit le jour à Coquilatville sur l’Equateur.

Une barge accoste et le voyage de l’enfant peut commencer, entouré de ses parents et de son grand frère. Fermement, son père tient la barre. Cette histoire de vie et de voyage, d’initiation et de révélations se déroule d’Elisabethville (en amont) à Moanda (en aval).

Le rie du jeune crocodile délivre tout au long de l’odyssée de la descente du fleuve le rite de passage de cet enfant avant de prendre « le grand Bateau des blancs » qui l’emportera définitivement en Belgique.

A l’image de l’immense serpent offert par son père au zoo de Léopoldville, le petit Jean-Marie assistera étonné à la mue progressive du pays qu’il devra soudainement quitter pour devenir, comme il le vécut à l’époque, un réfugié en Belgique.

Le rire du jeune crocodile donne à lire une expérience singulière dans le bruissement des voix collectives. Les questions d’alors prennent forme dans la mémoire du narrateur, à près de soixante ans de distance, dans une perspective de reconnaissance d’une histoire plus vivre que jamais.

  • Le silence d’entre les neiges, poèmes

Sonia Elvireanu

Préface d’Isabelle Poncet-Rimaud

Postface de Denis Emorine

L’Harmattan, 2018, 131 pages

Recueil de la douleur et de la quête, de la vie encore, de la recherche « enivrée par l’amour » de l’être aimé disparu dont on veut garder l’épaisseur, les mots de Sonia Elvireanu laissent le lecteur bouleversé, traversé d’amour et de détresse, baigné de la lumière soyeuse de cette écriture. Une écriture à l’éclairage tamisé où le blanc, le bleu et le pourpre absenté créent un arc-en-ciel, lien entre ciel et terre, visible et invisible, vie et mort, présence et absence. Brûlure du silence qui attise ou apaise, « signes glissés » de l’absent dans les « écorces » du monde, Sonia Elvireanu étourdie de douleur continue son chemin dans un temps « renversé ». L’âme, le corps, le ciel, l’éternité ont changé de sens. Désormais, il faut donner nom aux souvenirs pour que le réel « prenne corps ». Il y a, dans cette souffrance infinie, une certaine douceur que seul permet l’amour véritable, comme une berceuse secrète qui caresse l’âme au creux de l’être, se nourrit chaque jour d’une présence pressentie, ressentie.

Extrait de la préface, Isabelle Poncet-Rimaud.

  • Trémor, poèmes

Athane Adrahane

Préface de Marcel Moreau

Chloé des Lys, 2016

Les trémors sont des secousses, des vibrations, des frissons. Nous sommes parcourus par une infinité de vibrations. A ces différents tremblements de corps, j’ai voulu laisser libres mots et remonter aux profonds foyers qui font parler, chanter, danser. Se découvrir alors volcan, rivière, femme en colère, petit enfant solitaire en rêve d’une meute solidaire…

La parole poétique se fait ici sismogrpahe, viable libération des puissances dormantes.

chloedeslys@scarlet.be

www.editionschloedeslys.be

www.athaneadrahane.be

www.anomaltribu.com

  • Un été immobile, roman

Claude Donnay

Chaque matin, sur une plage déserte en bordure d’Ambleteuse, Armelle vient nager. Et au risque de passer pour un voyeur, Jésus-Noël, « l’homme orange, l’homme safran, l’homme soleil », l’observe au lieu d’écrire ces articles et ce livre pour lesquels il a pris pension chez Mireille, la cuisinière-bibliothécaire, aussi appétissante que les menus qu’elle lui concocte.

Jusqu’au jour où Armelle disparaît, léguant à l’inconnu le journal intime de sa mère, dont chaque page est comme un caillou blanc de petit Poucet pour l’inciter à retrouver sa trace.

Une quête dans laquelle Jésus-Noël s’embarque en compagnie de Mireille pour tenter d’arracher l’objet de sa fascination au diabolique docteur Eli…

M.E.O., 2018

  • Le voisin de la cité villène, roman

Elodie Wilbaux

Entre 1985 et 1994, dans la Cité Villène, des enfants ont été abusés par un pédophile. Devenus adultes, pour se libérer du silence qui les étouffe, ils portent plainte. La narratrice, compagne de l’un d’eux, rapporte heure après heure les détails du procès. Elle démonte le mécanisme qui conduit les jeunes victimes à se sentir coupables et leurs proches à s’aveugler. Un témoignage d’autant plus éprouvant qu’il fait remonter une souffrance enfouie, elle-même ayant été, jeune fille, victime des agissements d’un professeur pervers narcissique.

M.E.O., 2018

meo.editions@gmail.com

www.meo-edition.eu

Les revues suivantes :

  • Le Bibliothécaire n°3/2018, juillet à septembre 2018

dagneau.michel@live.be

  • Cabaret n°26, été 2018

Les voyageuses

  • Cabaret n°27, automne 2018

Le retour du gang des Lyonnaises

www.revuecabaret.com

  • Comme en poésie n°75, septembre 2018

La fabrique du poème

j.lesieur@orange.fr

http://pagesperso-orange.fr/jean-pierre.lesieur

  • Poésie sur Seine n°98, septembre 2018

http://www.poesiesurseine.com

poesiesurseine@gmail.com

  • Rose des temps n°30, janvier à avril 2018

parole.et.poesie@gmail.com

www.flammesvives.com

Traversées – Catalogue 2018-2019

Pour se procurer les ouvrages, veuillez envoyer un courrier électronique à: TRAVERSEES@HOTMAIL.COM

TRAVERSÉES C/O PATRICE BRENO 

FAUBOURG D’ARIVAL, 43

B-6760 VIRTON (BELGIQUE) 

0032(0)63/57.68.64 – GSM : 00-32-497442560 

E-MAIL:TRAVERSEES@HOTMAIL.COM

Translation « Au Dernier Jour, » (« On the Last day »), by Xavier Bordes

stephanie papa

My translation the poem « Au Dernier Jour » (« On the Last Day ») by Xavier Bordes was published in the newest edition of World Literature Today. The poem was originally published in the collection À jamais, la lumière, by Gallimard in 2001. It was a privilege to translate this piece by Bordes, an exceptional French poet.

Voir l’article original

Michel BÉNARD, D’encre et de lumière, Éditions des Poètes français, Paris, 2018

Chronique de Claude Luezior


Michel BÉNARD, D’encre et de lumière,  Éditions des Poètes français, Paris, 2018

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Coup sur coup, on entre dans ce livre par une préface puis une postface de Nathalie Lescop-Boeswillwald et Christian Boeswillwald, remarquables orants d’une grand-messe en poésie, comme si Adam et Eve nous ouvraient la porte d’un Paradis. Le ton est donné pour un parcours cabalistique des origines jusqu’au cosmos.

C’est que Michel Bénard est bien connu dans les milieux artistiques pour ses portes, collages et tableaux non figuratifs, dont les clés en polychromie se nichent dans notre imaginaire. En contraste, mais avec une même verve, l’auteur exprime ici, avec ses mots ô combien figuratifs, l’essence même d’un monde pétri de transcendance.

Il est l’infatigable célébrant d’un Amour Éros mais aussi Agapé tout à la fois extérieur, voire charnel : Femme effleurement de l’acte suprême (…) Me voici mendiant / Du miel sacré de tes lèvres et intérieur : Femme souffle précurseur / Jamais très éloignée des tourments de l’enfer. Tête dans les étoiles, sous les stèles du ciel, mais également pieds dans la glaise humaine, Michel Bénard revêt ses habits de Grand Prêtre au Temple d’Amon pour parer ses lignes de la déchirure d’une prière, de trirèmes perdues mais aussi d’une quête de ses racines.

Le poète, tel un bâtisseur, a fait ses choix : chaque page est une offrande sans titre individuel (bien qu’elle soit répertoriée par ses mots premiers dans la Table des poèmes en fin de volume) : chaque braise allume l’oraison suivante. Tout vers se revêt d’une majuscule en son début mais la verticalité du texte garde la charpente d’une construction prosaïque, avec sa ponctuation propre. Bien que non versifié, l’ensemble conserve une homogénéité, un style, une cohérence sans doute hérités de hautes traditions poétiques. Plus proche des maîtres d’enluminures que de plasticiens déjantés, cette écriture nous relie à un monde byzantin brûlant de ses feux et de ses ors :  divine luminosité / Se déposant / Parcimonieusement / Sur la Sainte Face / D’une icône. On sait d’ailleurs que plusieurs livres de Bénard sont parus en version bilingue français-roumain.

Tel un calice en orfèvrerie, chaque espace célèbre l’amour et le divin qui s’entrecroisent, dialoguent. se complètent et s’enchevêtrent en subtile connivence. Foisonnance de l’intraduisible, le parcours est initiatique, ésotérique, empreint d’une dimension jouissive et esthétique. L’écrivain enchante tantôt par sa fragilité, sa vulnérabilité, tantôt par les effleurements d’âmes à l’affût et les jachères de l’esprit. La poésie n’est-elle, de tout temps, la langue des dieux ? Chorégraphies complices / Nos silences se mesurent / À l’aune enluminée / Du destin de nos écritures.

Oui, Michel Bénard est cet officiant du temple (…) Pour le grand voyage initiatique, tout à la fois foetus en prière et poussière d’étoiles.

©Claude Luezior

Fabienne Jacob, Un homme aborde une femme, Buchet Chastel (15€ – 181 pages) Rentrée littéraire – Août 2018 –

Chronique de Nadine Doyen

Fabienne Jacob, Un homme aborde une femme, Buchet Chastel (15€ – 181 pages) Rentrée littéraire – Août  2018 – 

PRIX ERCKMANN-CHATRIAN

Fabienne Jacob décrypte les relations Hommes /Femmes avant l’ère du « hashtag me too » et passe en revue maintes rencontres en France, mais aussi à  l’étranger. La rue, le supermarché étant des lieux favorisant la promiscuité.

La narratrice évoque des pans de son parcours qui l’ont marquée depuis l’enfance jusqu’à son statut de femme. Sa vision est peut-être dénaturée, venant d’être « plaquée », situation qu’elle ne manque pas de rappeler.

La fille de l’Est, documentariste, s’intéresse à la façon dont les hommes draguent, au pouvoir de séduction: « jeu cruel ou hasard miraculeux, qui tient ainsi à l’approche du mystère de l’autre, à cette volonté de le dénuder pour en apprécier la vérité. », déclare Julien Bisson dans la préface du recueil de 11 nouvelles parues l’été 2018 dans Le 1.

Son premier souvenir ? Un contact violent, comme « une intifada », cible d’un garçon armé de cailloux (sur le chemin de l’école). Elle aurait pu en être traumatisée, elle préfère lui pardonner et y voir l’appel de quelqu’un de seul.

Quant à « P’tit pot de colle », la narratrice retrace le « drôle duo » qu’ils formaient en primaire, et évoque leurs retrouvailles quand elle retourne au village d’enfance où elle se métamorphose en « anguille immémoriale ».

Étudiante, elle a croisé un pervers exhibitionniste, par une journée de brume, dans un cimetière !

Fabienne Jacob ausculte les corps, leurs désirs. Elle revisite sa vie en communauté, à vingt ans, quand « la sève montait à l’assaut des corps ».

Elle décline une variation sur la voix, comme celle du professeur avec qui elle a noué une liaison adultère/clandestine à l’âge de 21 ans. : «  une voix méconnaissable. Un râle d’animal, on dirait. Le fruit de ses entrailles ».

Elle se souvient du regard pénétrant de cet homme croisé sur un pont « une pénétration profonde », « un acte fondateur » déterminant. « Une épiphanie ».

Une situation qui convoque une scène de « Sur la route de Madison ».

L’écrivaine souligne l’importance du code vestimentaire féminin et défend le droit à se vêtir comme bon nous semble. Les robes trop affriolantes, les jupes trop courtes, note-t-elle, émoustillent et provoquent sifflements et harcèlement dans la rue.

L’auteure tient à revendiquer sa liberté de porter des robes.

On se souvient des manifestations pour la jupe.

N’est-elle pas, elle-même » habitée par une curiosité malsaine : « tenter de percer l’énigme sous la robe », quand elle réussit à avoir un entretien avec une ex-nonne ?

Elle se remémore un été en Sicile où « les mots d’une langue étrangère sont des cailloux » et où la chaleur contraint à s’habiller léger, ce qui attise le regard.

Elle a gardé en mémoire, amusée, quelques exemples de la façon dont certains hommes l’ont abordée, soulignant leur accroche inventive ! (« Vous avez de beaux pieds »! Pensait-il lui proposer une séance de réflexologie ?! )

Mais chez son amie Farida, elle découvre une autre façon de draguer: sur les sites de  rencontres dont le concept de Teddy par géolocalisation. Va-t-elle oser le tester ? .

Au village natal, ce sont les confidences de Kirsten qu’elle récolte. Pour cette femme  libre de soixante-six balais, l’âge n’est pas un obstacle à la séduction.

La narratrice aborde la question de comment survivre/rebondir après une rupture d’autant que cela a été violent pour elle. Elle analyse l’impact de cette phrase couperet : « Je n’ai plus d’élan pour toi » et s’étonne de sa réaction de sidération qui l’a plongée dans un état d’anesthésie émotionnelle.

Sa consolation, elle confesse la trouver dans les phrases inspirantes et énergisantes qu’elle consigne sur le grand tableau blanc de son bureau. (« Vivre comme une Russe ». «  Arrêter de penser aux signes ».)

A moins que ce soit au rayon d’un supermarché où les solos se reconnaissent qu’elle  croise un homme qui lui plaise et qu’elle ose le suivre et l’aborder.

En évoquant ce fléau subi par les harceleurs (insultes,frôlement, mains baladeuses, « parole crue, offensante, vile »), il convient de ne pas banaliser ces pratiques scandaleuses, mais d’en parler et de sensibiliser autrui. C’est à un ami qu’elle confie sa détresse et elle fera de son conseil un viatique : « arrêter d’attendre ».

Elle revient sur l’épreuve douloureuse de vider la maison de ses parents, « tâche d’autant plus colossale », qu’elle ne peut plus compter sur l’ex.

Et derrière cette porte « le vide et le silence » qui convoque un flot de souvenirs.

Dans ce récit,« Fabienne Jacob alerte sur le harcèlement tout en appelant à conserver la rue comme un territoire de séduction et d’observation ». (1) Toutefois, place au respect et à la délicatesse.

Si elle a découvert l’imparfait du subjonctif avec celui qui l’appelait Niemandsrose, on peut rappeler la déclaration de Jean Cocteau : « Le verbe aimer est difficile à conjuguer, son passé n’est pas simple, son présent n’est qu’indicatif, son futur est toujours conditionnel ».

Elle signe un roman touchant à l’intime où chacun, chacune peut se retrouver dans le parfum de féminité qui s’en dégage. Deux mots clés : « élan et attente ».

Laisser vous « pécho » (2) par l’auteure, et dirigez votre élan vers son roman !

©Chronique de Nadine Doyen

(1) ( entendu à  LGL, La Grande librairie)

(2) pécho= séduire