Elodia Turki, L’Infini Désir le l’ombre, Collection Les Hommes sans épaules, Librairie-Galerie Racine, Paris, 2017

Chronique de Claude Luezior

Elodia Turki, L’Infini Désir le l’ombre, Collection Les Hommes sans épaules, Librairie-Galerie Racine, Paris, 2017, 67 pages, I.S.B.N. : 9-78-2-2430-4657-1

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Le poète, dans son dénuement, se dépouille souvent de la ponctuation, la mise à la ligne faisant office de respiration. Parfois, il sacrifie les majuscules ou, au contraire, les magnifie. Titres et tables se dissipent au gré d’enchaînements subtils. Voici qu’Elodia Turki nous propose la complicité d’un texte sans la lettre A (hors son propre nom, les première et quatrième de couverture ainsi que les pages de garde). Simple jeu ?

En fait, la contrainte librement consentie tôt s’évapore. Cette lettre A, pourtant si prégnante dans notre langue, est devenue virtuelle, telle une ombre à la fois présente et immatérielle. Comme un désir intensément palpable mais sans corps et sans trace. Désir immensément présent, envahissant, obsédant tel un amour qui taraude, privé de l’être cher : De toi je suis si près -si loin de nous- / Moi loin d’ici loin de tout en si petite vous, lors que Mes doigts écorchent le crépi des murmures (…) Pour Tituber sur les broderies du temps.

Peu à peu, l’on comprend que le maçon a renoncé au ciment : mur de pierres sèches. Que l’ombre de l’être aimé incendie Mes doigts tendre mémoire de son Infini Désir (en majuscules). Que la lettre A, tel un cri primal (dans le sens freudien) s’est faite absence, non comme un jeu ou un exercice de compagnon en mal de cathédrale, mais comme un manque existentiel devenu déchirement : je mendie le cri d’une étoile.

Rendons les choses simples : ce recueil, dont la langue est si pudique mais si riche en images, est un long cri d’amour. Il prend de plus en plus de sens à la relecture. C’est peut-être là d’ailleurs, une caractéristique de la poésie.

Le vent étourdit les feuilles les lunes les frissons

Tu restes ce mystère

cet inconnu

qui tremble en moi

l’infini désir de l’ombre

Non pas langue véhiculaire mais elle-même objet d’art, objet de mystère où se frottent et s’incendient l’une, l’autre, les pierres sèches, où se confrontent les verbes dans leur structure primitive. Comme des silences tout au fond des entrailles, tout au creux du rêve.

©Claude Luezior

Philippe Besson, Un certain Paul Darrigrand, Éditions Julliard, Janvier 2019 (19€ – 216 pages)

Chronique de Nadine Doyen

Philippe Besson, Un certain Paul Darrigrand, Éditions Julliard, Janvier 2019 (19€ – 216 pages)

Philippe Besson poursuit dans la veine autobiographique en relatant une autre tranche de vie : sa période estudiantine à Rouen puis à Bordeaux de 1988 à 1989.

Dès le début, l’auteur s’adresse à son lecteur (« Que je vous dise »), l’impliquant dans une certaine proximité avant de se livrer de façon intime.

Si Michel Houellebecq dénigre la ville de Niort, de Bordeaux, à l’époque, il garde le souvenir des « façades couleur corbeau », « des eaux boueuses de la Garonne ».

Le déclic de ce roman ? Une photo retrouvée, sans date, mais qui remonte à décembre 1988.

Photo prise dans un de ses lieux de prédilection, l’île de Ré, île des jours heureux et des souvenirs qui rendent l’écrivain nostalgique. Le romancier se remémore ces courtes vacances où est née sa liaison avec « un certain Paul Darrigrand » , « boucles brunes, peau claire, immaculée », vingt-quatre ans, son aîné de trois ans. Quelques minutes suffisent parfois à tout faire basculer, surtout quand « un regard insoutenable », « un sourire inoubliable » et charmeur vous foudroient.

Il revient sur leur première rencontre, un frôlement, un coup de foudre, tel un « éblouissement ».

Il nous plonge au coeur de leurs retrouvailles épisodiques : étreintes fugitives, urgence des corps. Il nous confie toutes ses interrogations sur leur idylle. L’entomologiste des coeurs décrypte les moindres paroles, les moindres gestes de son amant, taraudé par l’incertitude. Il sonde la fiabilité du « sentiment », du désir de Paul. Vit-il « un simple adultère ou une vraie histoire ? » Quant à lui, le voilà aimanté : « Il y a des gens comme ça, on ne peut s’empêcher de penser à eux, de les désirer ».

Paul éprouve-t-il vraiment de l’amour, tout en étant marié à Isabelle ? La culpabilité va les ronger.

Philippe Besson s’épanche, faisant le constat qu’il tombe toujours sur un partenaire inaccessible, dont la situation les contraint à s’aimer en cachette, à « faire gaffe ». Ils ont leurs « 5 à 7, comme dans les pires vaudevilles ». Il n’avait pas réalisé que Paul était bisexuel, mais Paul l’informe de son « ambivalence ». Désireux de savoir pourquoi il cherche à le revoir, il est stupéfait d’apprendre que Paul a été troublé par son intelligence et encore plus décontenancé quand il lui avoue que « c’est irrésistible, l’intelligence ».Mais son amie Nadine, sa « meilleure alliée », qui ne voit pas d’avenir pour cette relation, tient à le mettre en garde, voulant lui éviter de souffrir : « tu vas morfler… ».

Et si on a en mémoire l’injonction de la mère du narrateur (1) qui espérait le voir cesser ses mensonges, force est de constater qu’ils ont perduré, dans la relation avec Isabelle, la femme de Paul. « Je peux facilement tromper mon monde », rappelle-t-il.

Le narrateur brosse un autoportrait sans complaisance du jeune homme qu’il était avec ses « lunettes de myope, son absence de charme, peu mature, futile,farouche, mal dégrossi… ».

Par contre on note qu’il est toujours le fils obéissant, le bon élève exemplaire qui continue à réussir brillamment.(DESS de Droit du travail en poche à 22 ans). Fan de Goldman qu’il écoute en boucle.

La lecture a comblé sa solitude, le quotidien morne des cours. Grand lecteur de Duras, d’Hervé Guibert, de littérature étrangère. Il rend un discret hommage aux librairies qu’il a fréquentées avant d’y revenir pour signer. (Mollat de Bordeaux et L’Armentière de Rouen).

Pour rassurer sa mère, il consent à passer un check-up, c’est alors qu’une anomalie de sang est décelée. Pas facile de suivre en même temps les cours et le traitement nécessaire. Il va vivre un moment douloureux, mais bien entouré, il surmontera les contraintes.

Il nous émeut quand il nous fait partager les affres de l’attente de son premier résultat, puis du second, celui du test HIV. Et si lui aussi était atteint ? Comment en parler à Paul ?

Philippe Besson saisit l’occasion pour décliner sa gratitude envers le personnel médical.

Imagine-t-on cette époque où il n’y avait pas de portables pour écouter une voix aimante, réconfortante dans son lit d’hôpital ? Dans cet épisode, l’écrivain explore la relation patient/soignant ainsi que celle du malade avec son entourage. Avec le recul, c’est avec poésie qu’il relate sa traversée au long cours comme sur « un bateau ivre ». Le lecteur quitte ce navire qui « a tangué sur des eaux houleuses, dans un décor d’apocalypse », avec la nausée et secoué ! Soulagé d’apprendre sa guérison mais bouleversé par le poignant message qu’il glisse à sa mère.

Pendant la période de la maladie où il a tutoyé la mort, il se sent double. Celui qui est « insouciant, amoureux », et l’autre « soumis, anxieux ».

L’ évocation de son ami disparu, Matthieu, renvoie à l’ouvrage « Patient zero » (2), dans lequel Philippe Besson évoque « cette saloperie » qui lui a ravi ses amis proches. « Chaque annonce, le plus souvent au téléphone, est une crucifixion ». Matthieu, aux « yeux verts en amande » lui a inspiré son personnage Vincent de l’Étoile dans En l’absence des hommes.

Quand le travail de Paul le conduit à Paris, une question le taraude : l’éloignement va-t-il sonner le glas de leur relation ? L’évolution de leurs liens, au lecteur de la découvrir.

Chez Philippe Besson, on retrouve des thèmes récurrents : la dépendance, le manque, la morsure de l’absence, les amours malheureuses, secrètes et impossibles et la frustration qui en découle.

Pour insister sur certains mots, phrases, il les met en italique : « parade amoureuse », « corps somatique», « inévitable ». L’aveu de Paul : « je refuse que tu meures » montre son attachement.

Il apporte un éclairage nouveau sur ses romans précédents et montre comment ce qu’il a vécu a irrigué ses fictions tout en transposant la réalité. « Un écrivain joue en permanence entre vérité et mensonge, sur une ligne de crête. Qu’on écrive des romans ou de l’autofiction, on emprunte toujours à sa vérité intime », confie-t-il dans une interview.

En toile de fond, le récit embrasse les évènements qui ont secoué le monde : en 1988 l’explosion de l’avion sur Lockerbie, « l’affaire Judith Barsi ». En Juin 1989, la finale de Roland Garros « entre dans l’histoire » tandis qu’à Pékin , sur la place Tiananmen, un jeune homme fait face aux chars.

La bibliothèque Mitterrand est en projet. A la radio, on passe « Man in the Mirror » de M. Jackson.

Dans ce roman empreint de nostalgie et de gravité où Eros et Thanatos se côtoient, l’auteur convoque ses souvenirs de jeunesse et se livre sans filtre avec sincérité et sensibilité.

Un livre qui aurait pu s’intituler : « Et rester vivant » si ce titre n’avait pas déjà été pris par Jean-Philippe Blondel. Comme Annie Ernaux, Philippe Besson est soucieux de laisser une trace. Pour lui, « écrire témoigne qu’on n’oublie pas ». S’il trouve que les mots lui manquent pour traduire son ressenti, il réussit parfaitement à nous émouvoir, à susciter notre empathie et à nous donner envie de lire ou relire les romans mentionnés.

Une fois refermé, souvenez-vous, lecteur, que « Tout est dans les livres. Tout » !

©Nadine Doyen

(1) Dans Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson, Prix du roman Psychologies 2017 ; Julliard

(2) Patient zéro de Philippe Besson – Incipit (12€)

Michel MONORY & Michel ARBARTZ – C’est le cœur qui est grec – Une correspondance, Le Temps qu’il fait, dec.2018, 296 p., 25€

Chronique de Marc Wetzel

Michel MONORY & Michel ARBARTZ – C’est le cœur qui est grec – Une correspondance,  Le Temps qu’il fait, dec.2018, 296 p., 25€

« Je n’ai plus ce culot adolescent de me prendre pour Artaud. (Tu m’as rappelé cette anecdote : tu nous lis en classe un texte du Mômo ; je t’interromps, avec le culot de ma jeunesse catégorique : « Monsieur, ce n’est pas comme ça qu’on lit un texte d’Antonin Artaud ! ». Tu m’invites très pédagogiquement à donner ma version à l’estrade ; alors, sur le perchoir, je me balance un magistral coup de poing à l’estomac et je débite tout le texte sur un râle de mourant. Avant ton rappel, je n’en avais aucun souvenir) »

    (Arbatz à Monory, p. 63)

Voilà un livre d’une teneur singulière (la correspondance d’un maître et de son élève, se retrouvant quarante ans après leur dernier contact !), par deux êtres plus singuliers encore :

Michel Monory – 1930-2014 – professeur de lettres classiques, ayant, après une dévastatrice guerre d’Algérie, fait l’essentiel de sa carrière dans les centres ou instituts culturels français à l’étranger, Londres, Turin, mais surtout Athènes, où son amour éperdu de la Grèce survit à la cruelle et fantasque dictature des colonels !

Michel Arbatz, de vingt ans son cadet, fils d’ouvrier communiste, formé par l’autre Michel, dès ses seize ans, à la poésie et au théâtre, mais bientôt adepte (jusqu’à la case prison) d’un maoïsme radical, puis vivant, en autodidacte du sort, en Brière, dans les Cévennes, en Irlande du Nord, toutes les marges révolutionnaires disponibles à quelqu’un de sa génération. Il « zone » , bricole diverses survies, développe ses talents de chanteur, conteur et acteur (y compris en travaillant avec Armand Gatti, Jacques Lacarrière ou Jean-Louis Trintignant), invente peu à peu son métier de « phoniste » – l’équivalent, dit-il, du copiste d’après l’écriture – qui peut se résumer à la mise en voix systématique, sur tous les tréteaux du monde, depuis Villon jusqu’à Dubillard, en passant par Desnos et Brassens, du phrasé français !

Ces deux-là, qui se sont perdus de vue dès 1967, ne se retrouvent donc (par Internet) qu’en 2009. Et ils s’écrivent, pour fêter, on va le voir, leur commun « cœur grec », en croisant les anecdotes des sortes de jumeaux divergents que sont alors leurs destins.

C’est Michel Monory qui fournit et restitue la base grecque de leur pensée. La Grèce ancienne (et la Grèce éternelle, si l’on en accorde une), tient, on le sait, en quelques mots d’ordre simples et limpides : pas de justice sans courage (l’héroïsme) ; pas de joie sans beauté (la statuaire) ; pas de mesure, enfin, sans lucidité (le débat réfléchi, l’analyse critique mutuelle) – ou pour le dire plus clairement : pas de sagesse sans intelligence (sans attention, comme dit Marcel Conche, à « l’appel du réel »). Les deux Michel en sont d’accord. Lorsque les monothéismes font trembler ou délirer Dieu, lorsque le capitalisme se ruine et la mondialisation se rend inhabitable, redevenir cœurs grecs nous reste, par précaution, toujours loisible. Cela, au fond, demande peu : vaillance, rayonnement et perspicacité sont seuls ensemble requis. Qu’on imagine, par exemple, face à nos sportifs ahuris, chargés et véreux, ce que serait simplement un athlète (de corps ou d’esprit) heureux d’être fort, lucide sur le terrain comme loin de lui, maître de son exercice de vie, et sachant sobrement (s’il le faut) expliquer sa virtuosité et justifier l’intérêt d’y parvenir,  cette figure de nos jours quasi-miraculeuse serait pourtant l’ordinaire dans les beaux jours d’une vie grecque.

Mais si Monory est un érudit sensible et solide, il n’a pas l’infatigable fantaisie d’Arbatz, ni son éperdue créativité. Monory ne sait vaincre (partiellement) sa mélancolie que par sa pensée de l’art, et non, comme Arbatz la sienne, par l’art lui-même. Monory, malgré son humour et sa bienveillance, reste un homme d’institution, un calligraphe, un commentateur des styles de vie et de la vie des styles ; Arbatz au contraire, est – comme physiologiquement – un baladin, un aventurier de la voix, un metteur en vie, et lui-même un styliste, actif et aigu ! Cet homme de scène est un remarquable écrivain. Trois exemples : d’abord, à la mort du voisin Gébelin, ermite cévenol (p. 165)

« C’est ainsi que j’ai creusé, avec d’autres, la première tombe de ma vie dans le petit cimetière à l’abandon qui jouxte l’église d’Elze où aucun office n’a été célébré depuis des décennies. Marcel convoya le corps dans son cercueil sur le plateau de sa 404. Nous le descendîmes ensemble avec des cordes dans la fosse, maladroitement, tâchant, par un respect désormais inutile, d’éviter les chocs, puis nous l’avons comblée à tour de rôle. Quand tout fut fini (je ne me souviens d’aucune homélie d’un prêtre quelconque, ni d’un discours d’un d’entre nous, nous n’avions encore aucune familiarité avec la mort), quelqu’un constata soudain que nous avions enterré le corps dans le sens inverse de tous les autres défunts du cimetière. Il y eut un long conciliabule, puis nous décidâmes d’un commun accord que cette situation à contre-courant conviendrait au fond très bien pour l’éternité au « cher disparu ».  

Ensuite, quelques pages plus haut, la vie de ces (à la fois épiques et  indolents) babas ruraux est rendue ainsi :

« S‘isoler sept années durant, loin de tout (le premier commerce était à 10 km) tout en rêvant de vivre de son art, avait un côté un peu fou (complètement, après tout). C’était la lutte interne entre la musique et la maçonnerie. Les mains gonflées, les ongles cassés, la température moyenne à 11° l’hiver dans la maison. L’eau venait par hasard. Nous avions un tuyau en polyéthylène de 600m qui amenait l’eau captée plus haut du ruisseau (chacun possédait son installation de fortune). L’été, le ruisseau était quasiment à sec ; à l’automne, les pluies assuraient un bon débit, mais les feuilles mortes bouchaient l’entrée de la captation ; l’hiver, l’eau gelait dans les zones à l’ombre ; au printemps, le courant était tel qu’il emportait le tuyau. Donc l’eau arrivait par grâce. Mais cela n’empêchait pas d’admirer en hiver les féeries glacées provoquées par l’éclatement du même tuyau dans un bosquet d’arbres » .

Ou ce commentaire (p. 66) idéologiquement incorrect de son propre répertoire :

« J’ai chanté longtemps une Java marxienne, dont je ne rougis pas, et qui ne m’a pas fait que des amis à l’époque : Marx quittait le cimetière de Londres, tentait, pour se constituer un capital, de récupérer des droits d’auteur à Moscou, se faisant interner dans un asile pour « délire réformateur » et se saoulant la gueule dans ma cuisine, achevait son récit en déclarant : « Prolétaires de tous les pays, excusez-moi ».

Et l’humour, chez notre chanteur et poète, n’exclut ni beauté ni profondeur, comme (p. 142) en cette anecdote …

« … qui a pour cadre le village de Ribbeck, dans la campagne environnante de Berlin, au milieu du XIXe. Le châtelain du lieu avait plusieurs poiriers magnifiques, et à la saison du fruit, il avait coutume de se promener toujours avec quelques poires dans les poches, et d’en offrir à qui en voulait. La générosité de ce geste n’avait rien à faire avec un quelconque paternalisme; plutôt une obsession d’affirmer la gratuité des dons de la nature, et de s’en faire le simple messager. C’est du moins la façon qu’avaient les villageois d’en rendre compte. Quand le châtelain mourut, on l’enterra avec plusieurs poires dans les poches, tant cette image était ancrée dans la population. Il se passa, en moins de temps, la même chose qu’avec la noix dans la poche du guerrier médiéval (enseveli) dans l’anecdote de Char : un poirier poussa à côté de la tombe »  

Monory lui-même mourra pendant ces ultimes années d’échange. Avec lucidité (« Le naufrage est toujours au bout du voyage », p. 77), même quand les soins du cancer se font eux aussi tragiques (« Dois-je m’arrêter ? Ma main, à cause de la chimie, se contracte vite et je dois m’accrocher pour la mater » (p. 250).  

Comme en ce passage (p. 233) qui bouleverse :

« … l’esprit encore clair et non embrumé par les médecines qui m’attendent au tournant, encore « d’attaque » et combatif pour redresser l’échine penchant dangereusement, pour fréquenter, non pas courageusement, mais poétiquement, les régions de l’ombre. Réduit à peu, a paltry thing, comme dit Yeats de l’homme âgé, j’ai toujours l’impression d’avoir froid, je suis déjà las, après de brefs séjours à l’hôpital d’Antony, du « triste hôpital et de l’encens fétide », et je me tourne bien sûr vers l’azur comme Stéphane … »

Dans sa suggestive préface, Juliette Simont – qui rappelle l’étrange réalité d’un verbe au présent dans le fameux vers de Villon : Frères humains, qui après nous vivez –  nous assure (p. 14) avec raison que « tout cela – et bien plus que cela – », dans cette formidable correspondance …

«…  nous est offert avec cocasserie souvent, une lucidité sans complaisance, l’énergie joyeuse et parfois mélancolique de la vie pensante, et toujours en beauté. De ce trésor à visiter, le lecteur dressera son propre relevé et sa propre carte »

© Marc Wetzel

Eric Dubois, Chaque pas est une séquence, éditions unicité, 2016, 48 pages, 11€

Une chronique de Lieven Callant

Eric Dubois, Chaque pas est une séquence, éditions unicité, 2016, 48 pages, 11€

En feuilletant le livre, je m’aperçois que de courtes strophes de deux lignes au plus se partagent l’espace vierge des pages. C’est donc de cette manière que l’on progresse, grâce au poème, par delà les séquences qu’il offre, peu à peu, de porte en porte.

L’écriture poétique est une démarche quotidienne, elle accompagne, elle clarifie, elle éparpille, elle condense le quotidien. Parcelles de vies, épures d’épreuves, elle répartit les souvenirs, partage le temps, le résume à quelques mots. Elle choisit en connaissance de cause. Le poète vit ce qu’il écrit, poème et expérience forment une même chose. Eric Dubois écrit comme il respire.

Le poème qu’il soit bref, qu’il soit long, qu’il s’étire ou se contracte ne connait pas en soi de fin. Il est une séquence du temps, un espace dédié au souvenir, un lieu de recueillement, d’acceptation et de partage. Il est un écho, une commémoration, un assemblage, un signe, un reflet, ce qu’il reste d’une sensation. Son écriture est toujours à refaire.

Illusions, émotions, prises de conscience, lucidités, aveuglements, étourdissements,  il apparait toujours morcelé, partiellement présent, le poème. En lui se rassemblent d’autres poèmes en devenir, des absences. L’écriture, le travail poétique d’Eric Dubois se concentre sur ces aspects-là. Un travail qui n’avoue jamais sa victoire mais confronte les vérités provisoires aux silences, les affirmations aux difficultés d’être, l’engourdissement au réveil soudain, les doutes renvoient aux questionnements nécessaires et inutiles. Ce livre est un des jardins d’Eric Dubois, les mots savamment dispersés attendent patiemment de germer et d’éclore en leurs lecteurs.

Des jardins, Eric Dubois en a plusieurs, il est responsable de la revue littéraire en ligne « Le Capital des Mots », il est blogueur « Les tribulations d’Eric Dubois ». Il a déjà publié de nombreux ouvrages de poésie (qu’il m’est arrivé de commenter). Il est chroniqueur et co-animateur sur Fréquence Paris Plurielle et est très présent sur les réseaux sociaux pour défendre et diffuser poèmes et créations artistiques. L’homme est jovial, sincère et d’une grande ouverture d’esprit. Il répond toujours à mes questions avec patience et gentillesse, en toute simplicité.

Voici quelques vers éparpillés extraits du livre:

——

Le bord des choses est le coeur de l’instant

——

Que dit le langage?

Des silences des mots
et le morcellement

——

Éclat dispersé dans les cendres du vent
qui se sédimente en fines couches de doute

__

Ce texte a pour seule fonction
d’inachever

Le propos
S’il y en a

____

Que cela ne soit pas un discours
comme tant d’autres

Mais un adjuvant à l’être

——

Écrire est un sursis

La vie est un poème
illisible

——-

Chaque mot pleure
sa défaite

©Lieven Callant

Jean Giono, Regain tome 3 de la Trilogie de Pan, le Livre de Poche

Chronique de Alain Fleitour le 16/12/2018

Jean Giono, Regain tome 3 de la Trilogie de Pan, le Livre de Poche, 08/2016, ISBN :  2253004022

Je suis une nouvelle fois tombé amoureux fou de cette écriture qui vous enlace et vous agace les sens, c’est


« ce vent, page 48, qui entre dans son corsage comme chez lui. Il lui coule entre les seins, il lui descend sur le ventre comme une main ; il lui coule entre les cuisses ; il lui baigne toutes les cuisses, il la rafraîchit comme un bain. Elle a les reins, les hanches mouillées de vent. »



Clôturant la trilogie de Pan, Jean Giono nous livre avec Regain, à travers des fresques magnifiques, et ce délice de langage, une sensualité vibrante, un récit qui vous prend aux tripes, un monde qui nous invite à redécouvrir la terre, comme à flâner dans l’herbe sous le murmure du vent.


« C’est, d’abord, un coup de vent aigu et un pleur de ce vent au fond du bois ; le gémissement du ciel, puis une chouette qui s’abat en criant dans l’herbe. Voilà l’aube. Page 81. »


L’ayant lu à mon adolescence, je l’ai repris à l’occasion d’une virée autour de Manosque, j’ai retrouvé l’ambiance chaude et parfumée des collines de Haute-Provence, de ce pays balayé par les vents, doux ou ardents qui vous distillent une musique à vous donner des frissons.

Regain comme renouveau, comme une renaissance, comme une métamorphose, comme les herbes qui repoussent après la première coupe, plus puissantes alors, celles qui vont s’épanouir tout le printemps.
Le regain n’est pas seulement une image il est l’essence même de la trilogie de Pan.
Dans ce roman, nous percevons dans la première partie tout un passé qui s’éteint, un passé très lourd, où les hommes ont fini par baisser les bras devant une nature rebelle âpre, sauvage, balayée par des sautes de vents, comme des sautes d’humeur, qui dessèchent les âmes et assèchent les ruisseaux.

Mais la magie de ce roman, est de nous prendre à témoin, nous conter comment revivifier cette terre, la rendre de nouveau nourricière, imaginant une autre façon d’être et de vivre en harmonie avec elle, en la respectant, en la nourrissant jusqu’à l’épanouir.


On a parlé ironiquement d’un retour à la terre, ce n’est pas un retour, c’est la suite. Le point d’orgue des deux premiers romans de la trilogie de Pan, est de réinventer la vie. Le destin de Panturle et d’ Arsule sera de créer un art de vivre en communauté, restaurer un ordre immuable, revivifier la façon d’être avec les éléments naturels qui les entourent, le rythme de la terre vivante et perceptible par tous nos sens.


Dans « Colline » les 12 personnages et le simplet sombrent dans la peur et l’affrontement, par leur perception d’une nature hostile qui va tout emporter, comme l’affirme Janet le personnage central des Bastides Blanches. Inlassablement il prédit la fureur de la nature, le déchaînement des éléments. le vieux Janet devenu invalide, les yeux fixés sur le calendrier, annonce les futures catastrophes, leurs échéances.


Dans le deuxième roman, « Un de Baumugnes », c’est l’écoute qui devient le fil conducteur de l’intrigue, l’écoute d’Albin, son chant intérieur qui le ronge, l’écoute du vent comme une plainte que seuls les amours savent dévorer. L’écoute des bruits de la Douloire, comme celui de la flûte de Pan, va alors produire l’effet le plus extraordinaire. Pancrace, le vieux bougre de paysan, étourdi par les rumeurs de la monica et de ce chant va s’effondrer pour laisser place à ce quelque chose que l’on pourrait appeler la compréhension ou l’acceptation.

Après la fronde et la peur, après l’acceptation de l’inconnu après l’acceptation de la nature parfois rebelle, parfois prophète, que faire ? Sinon planter la vie, tailler la terre et semer les graines.

Demain un enfant, le blé, et le bon pain seront portés par la présence du Pan , appelé parfois vent de printemps, pour investir complètement la nature, et la joie entrouverte fera jaillir le regain tel l’émerveillement d’un couple d’amoureux.
Panturle l’exprime par ces mots,

« je l’ai revue je l’ai comprise, cette quête mystérieuse de l’enfant ; ce besoin qui me faisait regarder en face le coin du ciel d’où naissait le vent ».


Ou encore,

 « je l’ai comprise cette terreur, et pourquoi dans la colline, j’arrêtais mon pas, je regardais peureusement derrière mon épaule pour saisir l’étrange présence, et seul, le large dos de Lure montait du fond de l’horizon. »



L’éblouissement des gens de la terre semble peut-être puéril pour ceux qui s’imaginent encore, que la nature est belle et docile. C’est un tombereau de clichés pourraient dire certains, qui ne s’en privent pas, certains qui n’ont jamais travaillé la terre, courbés comme des paysans. Est-ce un cliché, d’exprimer

page137, « celui de s’attendrir devant le premier tranchant de l’araire, quand la terre s’est mise à fumer. C’était comme un feu qu’on découvrait là-dessous. »



Giono appellera cela, la civilisation paysanne. Face à la barbarie des temps modernes la civilisation paysanne a encore des valeurs à partager, mais pour cela, il est impératif de ne plus parler de cliché, et de cesser de dénigrer cette âpre beauté de la terre qui parfois sait onduler comme la houle de haute mer.

© Alain Fleitour

Serge Joncour, Chien-Loup à l’ombre de Jean Giono, Éditions Flammarion, paru le 22 Août 2018

Une chronique d’ Alain Fleitour,

Serge Joncour, Chien-Loup à l’ombre de Jean Giono, Éditions Flammarion, paru  le 22 Août 2018, ISBN : 2081421119 .

La Trilogie de Pan de Giono à l’ombre de Serge Joncour
(analyse croisée)

Comment ne pas percevoir qu’à travers trois récits, Jean Giono nous conduit vers la renaissance, le renouveau, le regain. Avec la dernière parution du livre de Serge Joncour cette trilogie retrouve sa cohérence et sa force pour déplier deux destins éloignés d’une centaine d’années. Mais cet écart est si peu à la dimension de l’histoire.

C’est à l’ombre de Giono que je souhaiterais aller, et montrer que le dernier roman de Serge Joncour, démultiplie les liens qui nous unissent à cette terre, une terre âpre et violente mais une terre nourricière.

Le dieu Pan habite le roman Chien-loup.


Le sujet réel de Colline, c’est la montée de la peur dans ce village isolé, où vivent douze personnes, où soudain des forces souterraines font naître l’angoisse, la terreur ; une épouvante si insidieuse que pour la faire cesser, ces paisibles villageois sont prêt à tuer Janet, celui qui annonce leurs malheurs.

Serge Joncour répond comme Janet : « La nature de l’homme est de vite oublier les catastrophes passées, autant que de ne pas voir celles qui s’amorcent ».

Nous ne sommes pas loin dans Colline du décor de Chien-Loup de Serge Joncour, ce lieu si éloigné de tout, qui vit en autarcie, attentif aux moindres vibrations de la nature sauvage. Sommes-nous dans les derniers jours de la vie de cette communauté d’Orcières, ou dans les dernières heures de la vie de Janet, ce vieillard, qui parle par grandes ruades de mots que tous écoutent sans le comprendre, ou par demis mots.

Puis dans un de Baumugnes il y aura cette autre musique, celle de la tendresse, celle de l’incitation voluptueuse à l’amour, qui rappelle la Syrinx, la flûte douce dont le souffle anime le vent de printemps, qui réveille la terre engourdie par le froid. C’est la monica d’Albin, qui touche le cœur d’Angèle, et fait trembler le vieux.

C’est l’appel que Joséphine entend : « la nuit elle était bien la seule ici à les entendre, elle était bien la seule, parce que cet air chaud tombé du soir, chargé de feulements félins, l’enveloppait de frissons troubles ». Ou encore page 161, « Joséphine sentait les caresses du vent doux sur ses mollets, elle savait que le peu qu’elle offrait de sa physionomie suffisait à échauffer le regard d’un homme ».

Et quand Franck descend dans la colline, Serge Joncour tend l’oreille : « l’environnement sonore était hypnotique, en plus de ses chaussures fouettant l’herbe et des halètements d’Alpha, une camisole de cigales lui ceinturait la tête ».


L’autre personnage de Colline incontournable et inquiétant c’est Cagou l’innocent. Il bave, son visage est huilé de salive, ses bras son corps suivent une gestuelle qui les ébranle, parfois quand il tape sur un bidon, ils lui lancent des pierres. C’est le 13 ème homme, il est en résonance avec le Simple, le gardien des moutons de Chien-Loup, à quel esprit des lieus obéit-il ? Ressemble-t-il au Dieu des bergers d’Arcadie ?

Le simple est un peu l’envoyé d’un dieu païen prêt à accomplir ses desseins, porteur de la malédiction, ou de la punition. Ainsi Giono présente cagou dans colline :
celui-là est arrivé aux Bastides il y a trois ans, un soir d’été comme on finissait de vanner le blé au vent de nuit.
Une ficelle serrait ses brailles ; il n’avait pas de chemise.
La lèvre pendante, l’œil mort, mais bleu, bleu… deux grosses dents sortaient de sa bouche.
Il bavait.
On l’interrogea ; il répondit seulement : Ga, gou, ga, gou, sur deux tons, comme une bête.
Puis il dansa, à la manière des marmottes, en balançant ses mains pendantes.
Un simple. Il eut la soupe et la paille.
Les mêmes mots, sembleraient s’écrire sous la plume de Serge Joncour.


Un double roman d’amour.


Albin est fracassée par l’amour d’une jeune fille, enlevée devant lui par le Louis, un gars de Marseille sans vergogne. Lui Albin était bloqué à la table de fer, il fallait qu’il redise je suis de Baumugnes, « j’ai en moi Baumugnes tout entier ».

Dans la lignée de « Un de Baumugnes » c’est la peur de l’étranger et la rumeur qui ronge, comme dans le village d’Orcières ! Seule Joséphine fait face à cette rumeur de l’étranger, le dompteur allemand. Une femme qui à la mort de son mari médecin défie cette peur.

« Baumugnes est le village au delà des villages, trouvant refuge dans la montagne, une terre qui touche le ciel, » p 17, pour échapper à toute incursion des religions ou croyances étrangères. Là règne la musique la monica, qui est un mélange de sifflements et d’harmonies, et ça tirait les larmes au yeux.
Dans les souliers d’Amédée il n’y a que la promesse faite au gamin. Il ne sait pas encore que la peur va le gagner, quand Clarius le père d’Angèle se dresse devant lui avec son fusil. Ce fusil qu’il brandit à chaque fois que l’on parle d’Angèle.

Joséphine ne sait pas encore que le simple l’attend, qu’un drame va venir avant de faire triompher son cœur.

Selon Ovide pan défie Apollon dans un concours musical, il donna le nom de flûte de pan à cet instrument de séduction pour rendre toute personne amoureuse. Pour Joséphine ce sont les bruissement de la nature et le feulement des bêtes sauvages qui vont la pousser vers cet homme, là-haut.

Frank c’est celui qui défie la peur des empires du numérique,
La métamorphose de Frank se met en place avec son chien Alpha, et sa lente découverte de la nature. Il tombe d’un sentier comme Panturle d’un arbre : et soudain, la branche a eu un long gémissement et s’épancha ; « il a donné un coup de rein dans son instinct d’animal jeté les mains vers l’autre branche, là-haut, mais, celle-là, c’est comme si elle s’envolait et il tombe. Il est venu un grand bruit doux, et il s’est dit, c’est le vent, c’est de là qu’il a commencé à vivre ». Arsule « avait fermé ses doigts sur la main de Penturle comme sur le museau d’un bon chiens », page 76.


Demain un enfant, le blé, et le bon pain seront portés par la présence de Pan , appelé parfois vent de printemps, pour investir complètement la maison, la joie entrouverte faire jaillir le regain, l’émerveillement d’un couple de paysans.
Panturle l’exprime par ces mots,  » je l’ai revue je l’ai comprise, cette quête mystérieuse de l’enfant ; ce besoin qui me faisait regarder en face le coin du ciel d’où naissait le vent ».

Mais Frank ne peut avoir d’enfant, ce drame, Frank le dépasse en se projetant vers ce qui fait son pain, son métier et sa passion le Cinéma.
Il entend sans cesse la phrase assassine de Travis, « t’aurais des gosses, tu pigerais », ronge chacun de ses instants, sa prise de conscience de la vraie nature du numérique, sa perception nouvelle de la violence du monde du cinéma, et de ses dangers mûrit sa vengeance.

C’est son regain sa reconquête à lui pour nous faire écouter la voix de la terre :
Vivre à un tout autre rythme,
vivre pleinement à l’abri des autres ne se peut pas
parce qu’il y a plus la moindre zone sacrée.
Il existe au moins des zones d’accalmie, coincées entre deux combats,
des zones à l’écart.

Dans les pas de Giono, Serge Joncour a créé avec Chien-Loup une véritable symphonie autour de la découverte du bonheur de côtoyer un village déserté, très haut sur les collines, à Orcières, et d’affirmer que ces lieux encore préservés, invite à des relations harmonieuses, mais aussi à instaurer entre les hommes des relations fondées sur le respect de la parole donnée.

L’éblouissement des gens de la terre semble peut-être puéril pour ceux qui s’imaginent encore, que la nature est belle et docile. C’est un tombereau de clichés pourraient dire certains, qui ne s’en privent pas, certains qui n’ont jamais travaillé la terre, courbés comme des paysans. Est-ce un cliché, d’exprimer page137, « celui de s’attendrir devant le premier tranchant de l’araire, quand la terre s’est mise à fumer. C’était comme un feu qu’on découvrait là-dessous. »

Une autre recette pour déguster Jean Giono à l’ombre de Serge Joncour, ou mieux l’inverse.

©Alain Fleitour


François Cheng, les Échos du Silence, recueil textes et photos, Créaphis, 22/11/2018, ISBN : 2354281439, 75 p.

Une Chronique de Alain Fleitour,

François Cheng, les Échos du Silence, recueil textes et photos,  Créaphis, 22/11/2018, ISBN : 2354281439,  75 p.

Trouver un livre inconnu est toujours une expérience excitante, teintée d’émotions. Avec le nom de François Cheng s’affichant sur la couverture, c’est l’impatience, qui vous invite à la lecture de cet opuscule au titre énigmatique les « Échos du Silence ».


Ce qui se cache derrière ce titre obscur? Ce sont 35 photographies du Québec prises en Mars par Patrick Le Bescont .


Publiées pour la 1ère fois en 1988, elles le sont depuis peu chez Créaphis, grâce à la complicité de la région alpine.

François Cheng a illustré ces paysages de textes courts comme des haïkus, révélant l’impression de plénitude ou de méditation qu’il éprouva au contact de ces terres perdues entre Paris et la Chine.
Des photos où François Cheng a lu des calligraphies et des vides, des silences qui faisaient échos à d’autres silences.


On retrouve la musicalité de l’écriture de cet écrivain, amoureux de notre prose, parfois il égrène au long des saisons des moments de bonheur, « aux souffles harmoniques », et à d’autres moments lui vient la mélancolie, d’un temps lointain que les nuages ravivent,

« Ah nuage un instant capturé, tu nous délivres de notre exil », page 42.


Dans ses courtes phrases, il associe des mots aux sens disjoints, la terre habillée ou une bise déchirure, qui donnent une mystérieuse puissance à ses émotions.

J’aime et me délecte de ses balancements, dont il émaille ses descriptions, « vivre désormais entre ondes et ondées, d’éclats recueillis, d’ombres dispersées ».

©Patrick Le Bescont
Patrick Le Bescont


Les photographies de Patrick Le Bescont se déplient comme des estampes anciennes, de vraies évocations de la solitude qui habitent ces territoires du Québec, un bel hommage à ces silences qui bercent nos promenades, dans ces instants échos de nos propres destins.
Magnifique!

©Alain Fleitour

Vient de paraître chez L’Harmattan
Les Fissures de l’aube d’Alain Fleitour

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