Une chronique de Pierre Schroven
Pierre-Jean Foulon, En danger d’écriture, Thuin : Editions du Spantole, 2026.
Méditer la liberté, c’est s’inscrire dans le mouvement du devenir, dépasser nos abstractions et nos idées toutes faites. À travers ce petit livre élégant regroupant cent aphorismes marqués en chiffres romains, Pierre-Jean Foulon pose un regard lucide sur une époque où la pensée se mue de plus en plus en lieux communs, où la bêtise, la hâte et le divertissement nous empêchent de percevoir notre nature voire d’exprimer notre désir réel.
Ainsi, à travers ces petits jets de prose poétique aussi cinglante que caustique, le poète s’interroge sur le statut de l’art et des crises qu’il traverse, rend visible le lien qui nous unit à la nature et pose la question de savoir si, dans un monde capturé par le capital, l’écriture et le langage sont encore en mesure d’exprimer les choses authentiques de la vie ; mieux, il met ici au jour une forme de savoir qui dépayse, fustige la raison, déjoue les faux-semblants et bouscule le poids mort de l’institué.
En bref, si à travers ce livre, Pierre-Jean Foulon exprime ses doutes face à la triste ordonnance du monde comme il va, il nous rappelle également que l’art en général et la poésie en particulier demeurent, plus que jamais, des fenêtres ouvertes sur l’inconnaissable beauté du monde.
Dans le cœur des orages comme dans celui des poètes, fonctionnent de dangereux alambics distillateurs d’immenses nuits sauvages
La vivisection du corps et des pensées d’un poète plonge le lecteur en un précieux malaise existentiel
Méfie-toi de ton maître lorsque, dans le déferlement de ses consignes, il t’ordonne de renoncer à tes passions
Les seigneurs de la raison revêtent leur armure quand paraît un prophète annonciateur de merveilles
La chute en des cavernes peuplées d’ombres détruit à tout jamais la possibilité de croire aux idées pures
