Une chronique de Pierre Schroven
Anne-Marielle Wilwerth, La haute couture de l’infime, illustrations de Marc Bergère, Waulsort : Bleu d’Encre Editions, 2025.
À l’écoute de ce qui l’entoure, réceptive à la beauté du monde, à ses grâces et à ses dons, Anne-Marielle Wilwerth tente ici de capter les étincelles du vivant, d’interroger ce que d’habitude notre attention néglige, d’approcher ce qui n’a pas de visage.
Alignons nos altitudes
pour sublimer
l’ici
en ce qui se vit
C’est que le réel est autre, changeant, multiple, irréductible aux savoirs constitués et aux dogmatismes en tous genres ; c’est que le monde dans sa forme donnée n’est pas le seul monde possible ; c’est que la vie est transitoire, n’a pas de réalité permanente et que rien n’existe tel que nous le pensons. Partant de là, l’auteure tente ici d’interroger l’indicible, d’approcher l’invisible réalité sensible, de déjouer les faux-semblants et en définitive, de renouer des liens avec le réel fulgurant.
Ce qui scintille
entre les êtres
ne brise le silence
que pour occuper le bleu
On est ici en présence d’une poésie qui évoque le mystère et l’essence secrète des choses ; on est ici en présence d’une poésie qui porte en elle l’impossibilité du langage à approcher le monde dans sa réalité ; on est ici, enfin, en présence d’une poésie qui fait l’éloge de la lenteur, de l’infime et d’une forme de silence, qui n’est pas vécu comme l’absence de bruit, mais comme écoute attentive, sensibilité, ouverture à tous les mouvements du cœur et du corps.
Jamais la pluie
ne parle ni du passé
ni de l’avenir
Seul notre esprit baptise
ses invisibles
Bref, à travers ce beau livre rehaussé des magnifiques illustrations de Marc Bergère, Anne-Marielle Wilwerth n’a de cesse de traduire la subtilité et l’intensité du présent, de mettre au jour la part d’inconnu qu’il y a dans le monde et plus encore en nous voire de remettre la beauté et la lumière au centre de notre être.
Lorsque l’on souffle les bougies
du doute
on fait remonter la lumière
des abîmes

