Anne-Marielle Wilwerth, La haute couture de l’infime, illustrations de Marc Bergère, Waulsort : Bleu d’Encre Editions, 2025.

Anne-Marielle Wilwerth, La haute couture de l’infime, illustrations de Marc Bergère, Waulsort : Bleu d’Encre Editions, 2025.


À l’écoute de ce qui l’entoure, réceptive à la beauté du monde, à ses grâces et à ses dons, Anne-Marielle Wilwerth tente ici de capter les étincelles du vivant, d’interroger ce que d’habitude notre attention néglige, d’approcher ce qui n’a pas de visage.

Alignons nos altitudes

pour sublimer

l’ici

en ce qui se vit

C’est que le réel est autre, changeant, multiple, irréductible aux savoirs constitués et aux dogmatismes en tous genres ; c’est que le monde dans sa forme donnée n’est pas le seul monde possible ; c’est que la vie est transitoire, n’a pas de réalité permanente et que rien n’existe tel que nous le pensons. Partant de là, l’auteure tente ici d’interroger l’indicible, d’approcher l’invisible réalité sensible, de déjouer les faux-semblants et en définitive, de renouer des liens avec le réel fulgurant.   

Ce qui scintille
entre les êtres
ne brise le silence
que pour occuper le bleu

On est ici en présence d’une poésie qui évoque le mystère et l’essence secrète des choses ; on est ici en présence d’une poésie qui porte en elle l’impossibilité du langage à approcher le monde dans sa réalité ; on est ici, enfin,  en présence d’une poésie qui fait l’éloge de la lenteur, de l’infime et d’une forme de silence, qui n’est pas vécu comme l’absence de bruit, mais comme  écoute attentive, sensibilité, ouverture à tous les mouvements du cœur et du corps.

Jamais la pluie

ne parle ni du passé

ni de l’avenir

Seul notre esprit baptise

ses invisibles

Bref, à travers ce  beau livre rehaussé des magnifiques illustrations de Marc Bergère, Anne-Marielle Wilwerth n’a de cesse  de traduire la subtilité et l’intensité du présent, de mettre au jour la part d’inconnu qu’il y a dans le monde et plus encore en nous voire de remettre la beauté et la lumière au centre de notre être. 

Lorsque l’on souffle les bougies 

du doute

on fait remonter la lumière

des abîmes

Anne-Marielle WILWERTH, L’accordéon du silence, Le Cormier, 2017

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Désir d’île


Pour diverses raisons qui tiennent sans doute à la singularité et à la solitude, les îles ont toujours requis les poètes. En l’espèce, Ouessant ne fait guère exception quand elle se retrouve au centre du recueil que lui a accordé Anne-Marielle Wilwerth. Textes denses, rangés en strophes de quatre vers au début, un peu plus longues au milieu, comme le ressac de la mer qui va et vient. Tout au long du parcours, inévitables ou surprenantes, les images océanes égrènent leur présence prégnante. Les illustrations de Pascale Lacroix apportent une touche de fraîcheur supplémentaire à ce parcours appuyé sur les illuminations et l’apaisement : non, on n’a pas « maraudé en vain / dans le vaste verger marin ».

A lire: Anne-Marielle WILWERTH, L’accordéon du silence, Le Cormier, 2017; 100 pages, 20 €

©Paul Mathieu