Stephen Blanchard, À la lisière des enfantements, Éditions France Libris, préface de Patrice Breno Dijon/Orthez, 2018, 55 pages

Chronique de Claude Luezior

Stephen Blanchard, À la lisière des enfantements, Éditions France Libris, préface de Patrice Breno Dijon/Orthez, 2018, 55 pages, I.S.B.N. : 978-2-35519-696-6

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En première de couverture, l’auteur annonce une prose poétique. À juste titre, car il s’agit avant tout de phrases structurées, linéaires. Le texte se lit de manière fluide, telle une source.

D’un autre côté, le verbe, centré parmi les silences de la page, est libéré de sa ponctuation (les espaces entre les vers faisant office de respirations), mis à la verticale : nous voici formellement en poésie. Ce d’autant que le propos est souvent scandé : j’ai posé mes vers (…) / j’ai risqué ma vie (…) / je voudrais (…) / je m’en voudrais (…)

L’architecture est donc structurellement en prose mais la chair du texte est bien poétique : le frottement des mots aux interstices de la langue, leurs étincelles entre les failles du rêve, le façonnage des images sont essentiellement de nature artistique.

Lieu de libération entre prose et poésie, lieu de rencontre entre conscient et subconscient aux confins de mondes parallèles, l’écriture ainsi fécondée devient cri vital / de / la délivrance,

Car l’on n’est pas sans connaître les bouillonnements de Stephen Blanchard, non seulement dans ses incessantes activités associatives (rencontres, spectacles, festivals, jurys, vie littéraire) mais aussi éditoriales (revue Florilège, l’Aero-Page) qu’il tient à bout de bras avec une constance et une générosité hors du commun.

Le présent opuscule, magnifiquement introduit par une illustration de Paul Journet et agrémenté d’un zeste d’humour par Arfoll, nous conduit ainsi au cœur du chaudron où prend vie la créativité du chaman en ses fumerolles langagières. On est également sous le chêne du druide qui parle à la première personne, célèbre la nuit de ses brûlots et de ses incandescences. Le poète, fertilisé par les songes, n’est-il, d’une certaine manière, le ventre sacré d’une gestation pour autrui ? Ne porte-t-il la parole singulière d’une gésine en devenir ?

Je viens d’un autre monde

à la lisière des enfantements

face à l’écho furtif

des âmes souveraines

N’allez toutefois croire à la superbe d’un mage hors du temps. Le propos n’est ni hiératique, ni arrogant mais avant tout intimiste : Je traîne sur le pavé / mes rêves illusoires / comme un grand sac à refrains ou bien je vis dans le soupçon / d’une aube / l’invisible osmose / d’une étreinte / qui ne vient pas  ou encore je sais / qu’il faut vieillir / dans la lassitude / des jours / sans lendemain.

C’est la recherche perpétuelle d’une condition humaine dans les plis de l’ombre :

les éclats de lyre

j’écoute

dont la résonance

m’invite chaque jour

aux matinales de l’aube

où même les saules

ne pleurent jamais

Attitude humble, s’il en est. Comme le souligne Patrice Breno dans son élégante préface : Stephen Blanchard a la poésie dans la peau, dans le cœur et dans la tête. Son recueil est une manière de communion à mi-chemin entre les calices de la prose et de la poésie. Aux lecteurs de mesurer / la partie magique / de ses errances.

©Claude Luezior