Hedwige Jeanmart, Blanès, Editions Gallimard-  RENTRÉE LITTÉRAIRE SEPTEMBRE 2014

 RENTRÉE LITTÉRAIRE SEPTEMBRE 2014

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  • Hedwige Jeanmart, Blanès, Editions Gallimard, 18,50 €, 2014.

 

« Et si on allait à Blanès ? C’était mon idée. Je l’avais lancée le samedi 10 mars, vers onze heures, après mes deux cafés, consciente de ce que je disais et du fait que je le disais pour lui faire plaisir, sans soupçonner une seconde que cette phrase serait celle qui me ferait chuter tout au fond du gouffre. Pourtant des phrases, j’en ai dit ». Ainsi commence l’histoire de celle qui va devoir en ajouter encore afin de maîtriser sa descente aux enfers de ce qu’on nomme du mot valise : amour.

 

L’invention fictionnelle, son biais permettent une fabulation plus vraie que le réel. Elle montre comment l’initiation amoureuse peut virer au chaos. Le tout dans une tentation suicidaire d’un côté, stimulante de l’autre. Le roman permet à la fois de lutter contre l’effacement de ce qui tue et de s’insinuer dans un nécessaire renoncement. La maison des souvenirs est progressivement remplacée par celle de l’être une fois exposées circonstances et déconvenues. L’amour est donc mis à nu mais loin des poncifs sentimentaux ou romantiques. Il n’est plus ce qui règne en partage.

 

De fait le roman lorgne moins sur le passé qu’il ouvre (presque) des perspectives d’avenir même si à la fin on le retrouve tel un épouvantail fait pour repousser ses semblables plus que les oiseaux. Si bien que « Blanès »  possède une forme d’éternité dans un corpus froid, nerveux, rapide sans goualantes ni  volupté. L’auteur  joue entre ordre et désordre, relique et image impensée. Le lecteur se laisse emporter en une sensation de vertige pour la pure émergence. Rien d’autre pour tout dire sinon ce mouvement.  Se perçoivent des aveux : ils ne sont pas pour autant synonyme de confession. Hedwige Jeanmart sait  ce que valent leurs monnaies de singe. C’est pourquoi la romancière écrit non  pour supporter l’existence mais pour la soulever. Elle invente afin de corriger le temps plus ou moins revenant.

 

©Jean-Paul Gavard-Perret