Stéphane Bern – Le bel esprit de l’histoire – Albin Michel -(323 pages – 12€)

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  • Stéphane BernLe bel esprit de l’histoireAlbin Michel –(323 pages – 12€)

Stéphane Bern, en féru d’histoire, a rassemblé citations, calembours, extraits de lettres, dialogues, de sommités du monde politique, littéraire ou artistique, françaises ou étrangères. Cet opus balaye des siècles et brasse les thèmes autour de l’actualité du moment, des liaisons clandestines. Il nous conduit dans les cours royales, en Grande-Bretagne où fleurit l’humour « British », dans les salons littéraires ou repas mondains.

La citation de Winston Churchill, en exergue, rappelle l’éloge des « tatoueurs émérites » formulée par Charles Dantzig, capables de nous graver l’esprit à jamais.

A chaque page, un résumé des circonstances précède la citation, ce qui permet de mieux appréhender la subtilité du trait d’esprit, des bons mots.

Dans une interview, Stéphane Bern explique ce qui guida ses choix. Ainsi il met en lumière l’élégance de l’un, l’insolence d’un autre, l’esprit taquin de De Gaulle, la bêtise de Mac Mahon, ou l’art de Sarah Bernhardt à « faire battre le coeur des hommes. »

On croise des anglophones, Wilde, Shaw et même la Dame de fer lors d’un repas.

Les femmes sont un tantinet égratignées. La marquise de Pompadour pour « écorcher le français ». Voltaire, les compare à des girouettes, ajoutant : « Elles se fixent quand elles se rouillent ». Le mari de George Sand menaça celle-ci de sculpter son « cul ».

Belle pirouette d’Edgar Faure à une jeune femme qui se sentait déshabillée par un regard appuyé : « Madame, je ne vous dévisage pas, je vous envisage. »

On constate que les débats à l’assemblée pouvaient être tout aussi houleux et injurieux. On découvre l’esprit caustique de Clémenceau, provocateur d’Edouard Herriot, l’humour de Churchill, mais aussi son alcoolisme. La réplique cinglante de Picasso évoque le bombardement de Guernica, son tableau étant un témoignage de l’horreur.

Talleyrand, que Stéphane Bern aime à citer, évoque la notoriété de Chateaubriand sur un ton moqueur : « Il croit qu’il devient sourd parce qu’il n’entend plus parler de lui ».

Attitude à rapprocher, selon l’auteur, à celle des « vaniteux qui adorent être dans les journaux ». On se délecte des réflexions de La Rochefoucauld et de La Bruyère.

Stéphane Bern considère ces répliques, ces vérités « intangibles et intemporelles ».

Que penser de la façon de Clémenceau d’épingler les fonctionnaires semblables à des «  livres d’une bibliothèque » : «ce sont les plus hauts placés qui servent le moins » ?

Avec générosité, l’auteur nous fait partager ses trouvailles, les commente brillamment et nous enrichit. N’oublions pas que « la culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié », selon Edouard Herriot. On est impatient de lire la suite, en sachant que l’auteur en a encore mille sous le manteau.

Stéphane Bern signe une compilation roborative, utile pour égayer des repas, sans pour autant penser comme Dumas : « sans moi, je m’y serai cruellement ennuyé ».

Se cultiver en s’amusant, que demander de mieux !

On ne résiste pas à citer, à son tour, ce vrai page turner qui attise la curiosité.

©Chronique de Nadine Doyen