Valentine Goby, L’île haute, Actes Sud, ( 21,50€ – 268 pages), Août 2022

Une chronique de Nadine Doyen

Valentine Goby, L’île haute, Actes Sud, ( 21, 50€ – 268 pages), Août 2022


Blanc, vert, jaune, ce ne sont pas les couleurs d’un drapeau, ni celles d’une équipe de football, mais les titres des trois grands chapitres du roman de Valentine Goby.

C’est dans un décor impressionnant, « un squelette de paysage », que l’enfant de 12 ans débarque à Chamonix pour rejoindre sa famille d’accueil ( en 1943). Mais après les heures de train, il faut encore traverser un tunnel à pied ( pour dépasser l’avalanche). «Le noir les aspire », « une frange de stalactites » les dominent.

Dépaysement total, fascination devant la Montagne, Les Aiguilles rouges, un décor imposant qu’il ne cesse de contempler. Valentine Goby  le décrit avec un tel brio, que le lecteur est à son tour hypnotisé par cette immensité de blanc. Blanc d’où se détachent les boules rouges du sorbier : « fruits d’églantiers comme des bonbons givrés, drupes du sorbier des oiseleurs surmontés de hauts chignons de neige… ».

On s’étonne au début du changement de nom du garçon: Vadim doit se glisser dans la peau de Vincent Dorselles, au point qu’il répète son nom d’adoption. Mais ne dévoilons rien. Observons son adaptation chez ces inconnus qui l’accueillent, un couple de fermiers bienveillant.

On suit le parcours initiatique au fil des saisons, les multiples surprises de ce jeune garçon asthmatique. Il nous émeut à associer Chamonix avec les gâteaux éponymes.Tout est nouveau pour lui : depuis la brique pour chauffer le lit, les animaux de la ferme, jusqu’au cabanon en guise de WC. On devine son attachement à sa famille par son rituel du soir : embrasser le médaillon qui contient les portraits de ses parents et de son frère.

Une fillette de 10 ans, Moinette, se charge de l’initier aux gestes essentiels du quotidien, aux tâches à effectuer dans la ferme. Il l’imite. Il apprend à sevrer un veau. Il se laisse apprivoiser, lui, « le garçon-vampire », l’urbain, le « monchu ». 

Il s’approprie un nouveau vocabulaire : « malotte »,  « cousse », « vrêt », « pèle »,  « veillon »… Son champ lexical se trouve enrichi, tout comme celui du lecteur !

Moinette est sous le charme de sa voix mélodieuse. Elle abuse de son innocence, lui ferait gober n’importe quoi ! Par contre il trouve délicieuse, l’endive, qu’elle lui fait goûter, tout étonné de constater que l’on puisse faire pousser « ces petits obus blancs aux pointes jaunes jaune pâle » dans une cave ! De même il se régale de la fricassée croustillante de cuisses de grenouilles, pourtant réticent à accompagner Moinette  dans cette  « mission nourricière ». Louis, le papy, lui fait découvrir le gaillet, aux goûts de citron… A ses côtés, il laboure, étale le fumier.

On assiste à son éveil à la sensualité… née de son contact avec Blanche quand elle le maintient contre elle lors de son apprentissage à skier. Comme il est troublé d’avoir aussi entrevu son corps dénudé. !

Moinette a conçu un refuge à l’écart sur l’île haute juste pour elle et Vincent, mais ce dernier est plus aimanté par une autre jeune fille, Olga. Les corps masculins ne le laissent pas indifférent, quand ceux-ci se dénudent à la belle saison, lors des travaux des champs.

À l’école, son maître est son allié, il l’initie à la pratique du ski. Quand l’instituteur présente Vincent, originaire de Paris, cela lui permet de parler de la capitale et de sonder les élèves sur leurs connaissances. Paris « est une autre planète » pour Moinette ! 

La première lettre de sa mère fait le lien avec la capitale, « les phrases nouent des guirlandes molles autour des épaules du garçon», toutefois il n’est pas pressé  de répondre  à la lettre de sa maman malgré l’incitation pressante de Blanche . 

Quand il convoque le souvenir de la figure maternelle, elle devient un prénom, Sophie, comme si une distance s’était installée entre eux. De plus, « Paris, c’est Vadim, quelque fois un regard en arrière peut te changer en pierre ». Il convoquera de nouveau Paris pour répondre aux questions d’Olga et endosse alors le rôle de « Prince Vincent Dorselles des Batignolles » !

Sa rencontre avec l’aveugle Martin est une autre source d’enseignement. On sait combien les sens d’un mal voyant sont exacerbés. Vincent découvre l’écriture braille que Martin a apprise dans un institut pour aveugles. Il s’attache à son chien Whisky, joue avec lui, se couche même contre son flanc.

Avide de savoir, il lui réclame des listes de mots dont il se gargarise : pour la forêt, pour la montagne, pour la vallée, pour ce qu’il y a sous la neige. Toutefois, il sera confronté à une expression énigmatique : « le col est ouvert », avant d’apprendre que Blanche a été emmenée en luge à l’hôpital pour y accoucher.

Dans le premier chapitre Blanc, le froid nous transperce mais l’écrivaine réussit, par sa plume poétique, à transmettre au lecteur l’émerveillement de Vincent devant la beauté de la nature. On imagine « les pampilles de glace qui frangent les bords des fenêtres».

Le printemps arrivant moins vite, la neige résiste, Vincent convoque les couleurs de cette saison à Paris.  Il continue à enquiller « les premières fois ». Pour Vadim, c’est le vert tendre, les jonquilles au pied des platanes ou sa première taupe …

La nature, il a appris à l’appréhender par la peau, comme un aveugle. Egalement par les narines ( odeurs des conifères, de soupe, de gâteau de pommes de terre et de poires…), les oreilles ( cliquetis d’insectes, pépiements d’oiseaux, borborygmes du torrent, le son des clarines…) et par les papilles ( amertume du pissenlit).

Vincent connaît ses premiers émois amoureux avec les baisers d’Olga, dont « la langue avait un goût de chanterelles » ! C’est alors qu’une « faim neuve lui a foré l’abdomen ». Le voilà confronté à la jalousie de Moinette . Va-t-il réussir à se rabibocher avec celle qu’il a snobée ? Vincent se retrouve entre hommes depuis l’hospitalisation de Blanche, son inquiétude va crescendo, ponctuée par une litanie de « Elle n’est pas rentrée quand…». Le mystère de son absence s’épaissit. Le bébé existe-t-il ? Il voudrait que la nature reverdissante, que les champs saturés de fleurs attendent le retour de Blanche.

Très vite, le jaune accapare le paysage. «On sent monter l’odeur de cire qui annonce les journées chaudes ». Vincent découvre avec stupeur le phénomène des « gazés », ce que le maître nomme « nymphose ». Les anciens y voient un châtiment du ciel, ce que l’instituteur réfute. Les nouvelles de sa mère, Sophie Pavlevitch,  se font rares. Il se sent orphelin, quand le maître leur fait fabriquer un objet pour la fête des mères. Et il se sent toujours orphelin et étranger. 

Lorsqu’il accompagne l’abbé Payot, ils tutoient la frontière suisse. Vincent prend conscience du mot, remarquant une ligne de barbelés. La franchira-t-il ? 

Grâce aux bribes distillées avec parcimonie, ( pour contexte, la disparition de familles Juives), on reconstitue les informations sur celle de Vadim. Dans l’almanach de 1942, qu’il consulte avant de dormir, sont consignés les multiples travaux effectués. En marge du calendrier, on note une référence à la rafle du Vél d’Hiv du 18 juillet.

Valentine  Goby signe un roman multi sensoriel, traversé d’une explosion de couleurs, plein d’empathie pour son héros qui doit s’adapter à sa nouvelle identité et apprivoiser les paysages de Haute Savoie. On retrouve les constantes de l’écrivaine : le corps, le handicap, la solidarité. Son écriture cinématographique, visuelle, incarne les mouvements des protagonistes ( travelling, plongée, contre-plongée…).

Sa plume poétique, ses comparaisons « gourmandes » tissent des paysages dignes de grands peintres comme « Friedrich ». Paysages d’une beauté époustouflante.

© Nadine Doyen

Geneviève Brisac, À l’amie des sombres temps,  Lettres à Virginia Woolf, NIL éditions, Août 2022, ( 118 pages- 16,90€)

Une chronique de Nadine Doyen

Geneviève Brisac, À l’amie des sombres temps,  Lettres à Virginia Woolf, NIL éditions, Août 2022,   ( 118 pages- 16,90€)


Certains écrivains sont conviés à passer une nuit dans un musée de leur choix, d’autres sont invités  à écrire la lettre qu’ils n’ont jamais écrite ! C’est le cas pour la collection « Les Affranchis », chez NIL.

Adresser des lettres à une écrivaine disparue, Virginia Woolf, c’est être certaine de ne pas recevoir de réponse. C’est donc le défi que s’est lancée Geneviève Brisac en 18 missives. Que souhaite-t-elle lui confier ? Double but.

Tout d’abord, elle veut lui témoigner sa gratitude pour l’avoir « si souvent » sauvée, contrairement à Hervé Guibert ( qu’elle parodie), qui n’a pas eu la chance d’être sauvé par son ami Bill. Assertion étonnante quand on sait que V. Woolf, « personne trop souvent dite folle », s’est suicidée. Secondo, elle la considère comme « une visionnaire » et espère grâce à elle, comprendre le chaos du monde actuel. Elle évoque son passé, sa volumineuse correspondance, ses livres .

Dans la première lettre, l’écrivaine plante le décor de son écritoire, sorte de rituel d’écriture : une photo de Virginia Woolf, quelques jonquilles, un pot à crayons et un carnet bleu. Dans la Lettre deux, l’auteure relate une anecdote et montre comment un film  peut être prescripteur si un zoom a été effectué sur un livre. The Hours met en exergue Mrs Dalloway, que l’admiratrice considère comme un «  feel good book » et dont elle analyse les qualités.

Ensuite, elle s’interroge sur la formule d’entête à utiliser pour commencer sa lettre,  renonçant à utiliser « jinny » comme sa famille. Elle lui fait part de ses rencontres à venir et lui donne ensuite un compte rendu détaillé des journées en son honneur. Celle de Guéret, intitulée « Sur les grands chemins avec Virginia Woolf », est même accompagnée d’une photo, assez étrange. Présence d’un aréopage de chercheurs, d’écrivains, de professeurs…, bravant la pandémie dont Agnès Desarthe, coautrice de V.W.  « Le monceau d’insanités, de propos à vomir » entendu n’a pas entamé son amour et son admiration à son encontre.

L’aficionado fait références à plusieurs ouvrages de la Britannique dont « On being ill » (1), dans lequel cette dernière considère qu’ « être malade, c’est comme être amoureux ». Geneviève Brisac lui confie qu’avoir fait l’expérience de la maladie l’a rapproché d’elle. Les heures sombres auxquelles elle fait allusion, ce sont celles de la pandémie mondiale qui a décimé des millions d’êtres humains. Et de se remémorer « le frisson glacé » qui l’a parcourue à cette annonce qui se traduira par des mois de huis clos, de claustration, de confinement. Avec cinémas, théâtres, cafés fermés, faillites.

La démarche de l’écrivaine à relater à la disparue ce qui s’est passé depuis mars, rappelle celle de Vassilis Alexakis, qui écrivait à sa mère pour lui commenter ce qui avait changé. Rares sont les lettres datées, mais elle informe sa destinataire que la guerre est revenue en Europe,  en Ukraine, qui justifie son emploi des «  heures sombres », de « dark times », expression formulée par Hannah Arendt. Elle cite également Svetlana Aleksievitch, lauréate du Prix Nobel de la littérature 2015 : « la guerre qui jamais n’eut un visage de femme ».

Pour remercier son interlocutrice, ce sont des fleurs qu’elle désire offrir : « envoyer des fleurs est une marque de gratitude ». Chaque fois qu’elle passe le seuil de la boutique du fleuriste, le flot des couleurs l’assaillit, les odeurs l’étourdissent et elle se répète une phrase de Mrs Dalloway. Elle sait gré à Virginia de ne plus avoir honte de « parler des escapades du côté des fleurs ». Christian Bobin, lui aussi, fait remarquer que « l’on a toujours l’air idiot quand on parle de fleurs ». Pourtant « c’est oublier leur armée libératrice ». (2)

L’admiratrice ne manque pas de lui écrire le 25 janvier, jour de son anniversaire. Elle la couvre d’éloges, elle, devenue l’étendard du combat héroïque des féministes. En fustigeant Nabokov, ce « masculiniste », elle dénonce la violence sexiste. N’est-ce pas à elle que l’on doit la formule : « une chambre à soi » ?

Tout en lui témoignant de son affection, de son amitié, l’écrivaine se permet de lui adresser quelques reproches. Elle la rassure quant à sa notoriété posthume, elle est toujours lue, elle est au centre des rencontres de  Chaminadour.  Elle énumère les grandes figures littéraires qui se réfèrent à elle, à ses livres cultes ( Orlando), dont Nathalie Sarraute, Annie Ernaux, Alice Monro…

Et cerise sur le gâteau, elle est le rayon de soleil des  participant(e)s aux conférences, aux rencontres en librairie (comme celle de Dax). C’est une standing ovation à retardement qu’elle est désireuse de lui offrir. Son élan va jusqu’à  « serrer dans les bras », les yeux embués de larmes, celle qui a su « exalter la beauté de la vie, la force de la vie ».

Geneviève Brisac, indéniablement habitée par Virginia Woolf, partage sa passion et sa fascination pour cette communauté lumineuse de Bloomsbury, remplie de génies.

Dans La marche du cavalier, elle faisait déjà référence à la romancière anglo-saxonne. L’autrice confesse consigner des passages, les apprendre par coeur. Elle lui avoue avoir pleuré en lisant son journal et regrette sa décision d’avoir renoncé aux enfants.

En annexe de cet opus, elle insère l’entretien imaginaire publié dans le Monde en 1982, dont elle a retrouvé des lambeaux, et se souvient d’une réponse particulièrement marquante sur la définition de la vie, «  ce grain de raisin irisé »: « c’est une bordure de trottoir au-dessus du gouffre » et sur les humains : «  des vaisseaux scellés, remplis de trésors, mais impénétrables ».

Par cet opus épistolaire, Geneviève Brisac décline une ode au pouvoir de la lecture et s’acquitte avec talent et conviction de sa dette envers celle qu’elle admire, dont les ouvrages ont eu un effet thérapeutique sur elle, « mieux qu’un médecin, qu’une drogue ». Ce qui rappelle l’ouvrage de Régine Detambel : « Les livres prennent soin de nous ». En même temps le lecteur curieux trouvera une invitation à se plonger dans les écrits cités. 

©Nadine Doyen


(1) : On being ill , traduit par Elise Argaud

(2)  Le muguet rouge de Christian Bobin

 Hélène Honnorat, Sois sage, ô mon bagage, Editions Yovana ( 158 pages – 25€)  Version illustrée par Luis Hurtado, septembre 2022

Une chronique de Nadine Doyen

 Hélène Honnorat, Sois sage, ô mon bagage, Editions Yovana ( 158 pages – 25€)  Version illustrée par Luis Hurtado, septembre 2022


Hélène Honnorat a été bien inspirée de proposer une version illustrée de son ouvrage paru précédemment en 2020, dont le titre est inspiré par Baudelaire. En ouvrant cet opus, vous risquez d’être tenté de prendre connaissance des illustrations très colorées de l’artiste Luis Hurtado qui pimentent le livre. Ceux qui fréquentent la gare Saint-Lazare reconnaîtront la sculpture d’Arman. Sur le pont-couvercle d’un bateau, Albert Londres note que par la magie des étiquettes les valises révèlent leur provenance. On est intrigué par cette aviatrice américaine Amelia Earhart, penchée hors de la carlingue d’un avion, qui bombarde un paquebot à coups d’oranges. Sorte de signal MayDay !

On s’émerveille devant la capacité du sac fourre-tout en tapisserie de l’iconique Mary Poppins, au mot magique, « superlong » ! La nurse y range un ensemble hétéroclite : une patère pour son chapeau, un miroir, une plante, un disgracieux lampadaire, des chaussures… Certaines illustrations sont très suggestives, d’autres aiguisent la curiosité et invitent à se plonger dans la lecture pour en appréhender le sens.

L’auteure se livre donc à un vaste panorama des façons de voyager selon les époques sous le signe de Mercure, le dieu des voyageurs. Certains voyagent léger, d’autres ont eu besoin de porteurs en grand nombre ! Allez-vous vous reconnaître en Sisyphe ou Icare ? L’auteure oppose « les minimalistes » aux « maximalistes ». 

On découvre les exigences de la reine Victoria  qui avait besoin de son propre lit lors de ses déplacements ! ( ce qui mobilisait «  une suite de soixante à cent personnes »!) L’écrivaine a consulté maintes sources ( voir l’ample bibliographie)  et nous fait croiser des voyageurs, des aventuriers des plus éclectiques ou excentriques. Elle décrypte le sens des mots, leurs origines : bagage, « du vieux français bagues », « laie », qui a donné la layette et renvoyait à un coffret servant de « caisse d’emballage ». 

Elle a articulé son inventaire en 7 parties dont le chapitre « partir est une fête » qui plonge le lecteur dans l’euphorie des départs et « la volupté des premiers préparatifs » ! Elle  balaye toutes les sortes de contenant et livre sa vision de ce mystérieux objet qu’est le bagage : « Acolyte festif, vacancier complice de fugues amoureuses, de passions interdites, ou misérable ustensile, pesant, signe de rupture, d’exode, de guerre… ». Le bagage, sorte de « foyer », de  « double » ! Pour Hélène Honnorat,  les bagages sont « des objets aussi fantastiques que les  boîtes musiciennes, les lanternes magiques ou la lampe d’Aladin. »

Les bagages se sont adaptés aux modes vestimentaires ! Pas facile de transporter les crinolines, les chapeaux ! Hélène Honnorat s’interroge sur qui fait les valises, les malles, et les réceptionne. Avec humour, elle se demande si l’époux de la célèbre aventurière Alexandra David-Néel lui préparait son sac.

Pour satisfaire ceux qui emportaient leur bibliothèque, Vuitton a inventé  ( en 1911) une malle capable de contenir les 29 volumes de l’Encylopaedia Britannica, ainsi que la malle-bibliothèque ! Vive l’invention de la liseuse, des tablettes, mais les réfractaires vénèrent toujours l’objet livre.

Les femmes coquettes ont vu l’avènement du vanity-case, « croisement d’une cage de déplacement pour chat et d’une glacière de camping »! Elles vont pouvoir transporter leurs divers flacons, leurs produits de beauté ( l’incontournable cold cream), leurs parfums.

Quand se développe la tendance au «  pique-nique », les mallettes, malles débordent  «  de porcelaine fine, d’argenterie.. ». Par exemple, la panoplie du maharaja de Baroda se compose d’un lunch-case et d’un tea-case ! ( bien pratique lors de ses chasses au tigre à dos d’éléphants, illustration à l’appui). Une note d’humour quand sont évoquées les provisions alimentaires pour trois jours des personnages de «  Trois hommes en bateau » de Jerome K. Jerome. Une expédition qui convoque tout récemment celle relatée par Philibert Humm dans Roman fleuve.

La voyageuse décline son tropisme anglo-saxon, pour les adeptes des déguisements, citant des femmes comme l’américaine May French Sheldon, en route pour cartographier le  lac Chala, en 1871. L’illustration la représente dans une tenue d’apparat ( « tunique de soie brodée de pierreries »), avec un baudrier d’où pend une épée et un poignard destiné au décolleté.

On a plaisir à croiser  une pléthore de personnalités ( Malraux, Morand, Michaux, Cendrars, Chatwin, Jane Austen, Lawrence, Eco ( et son saumon), A. Londres…, impossible de tous les citer)  ainsi que des auteurs contemporains comme Sylvain Tesson, Franz Bartelt. On frissonne à l’idée que l’on pouvait entendre glapir un ou plusieurs passagers clandestins au-dessus de sa tête dans un avion ! Pratiques révolues.

C’est d’un autre clandestin  dont il est question, quand nous est révélé la cavale de Carlos Goshn ! Comment a-t-il pu survivre dans cette malle ! Des secrets sont dévoilés. D’autres faits divers sont évoqués, comme « la tonitruante affaire baptisée Air Cocaïne » !

La globe-trotteuse dispense quelques conseils pour faire sa valise de façon efficace, méthodique, mais cela implique de consentir à quelques exercices sacrificiels ! Les valises à roulettes sont décriées par certains. Depuis l’invention de «  cette immonde chose », en 1970, la nuisance sonore est insupportable, « hachant les nuits citadines ».

L’écrivaine, qui a beaucoup voyagé, confie aimer arpenter le globe en solo et glisse à la fois des souvenirs personnels et de savoureuses anecdotes exhumées de ses nombreuses lectures. Hélène Honnorat signe un livre divertissant, dense, d’une grande richesse, doté d’un double intérêt. Il suscite l’envie de lire les ouvrages cités ( d’y faire des escales!) et de voyager ! 

©Nadine Doyen

Philippe Vilain, La Malédiction de la Madone, Robert Laffont, ( 172 pages –19€)

Une chronique de Nadine Doyen

Philippe Vilain, La Malédiction de la Madone, Robert Laffont, ( 172 pages –19€)

Rentrée littéraire Août 2022


Pupetta, « Petite Poupée », l’héroïne napolitaine de Philippe Vilain incarne parfaitement cette célèbre citation de Gelück : « On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille » !

La sienne est peu recommandable : un père contrebandier qui fait des séjours en prison, profession « camorriste », un oncle meurtrier, des cousins délinquants. Comment va-t-elle assumer un tel héritage ?

L’auteur des « Mille couleurs de Naples » nous plonge dans la réalité napolitaine par la précision de ses descriptions de la ville : «  horriblement belle, indécente et négligée, belle de sa saleté ». : « un dédale de ruelles sombres, animé par un ballet incessant de paniers accrochés à une corde..). Une « beauté cruelle », vue de prison ! Il souligne le peu de liberté accordée aux filles, sous l’emprise du patriarcat.Que peut espérer une jeune fille ? Un bon mariage ?

Pour Pupetta, âgée de 18 ans, peu de perspective d’avenir, sinon travailler dans l’entreprise de son paternel ( qui la fait trimer dès 5h du matin effectuant les corvées contrairement à ses frères !) et destinée à « l’élevage  intensif d’une marmaille ». Elle ne manque pas de répartie quand ses frères s’opposent à elle. Ce qu’elle redoute, c’est un mariage forcé.

Sa vie bascule en 1954, alors âgée de 20 ans, sa silhouette plus élégante, ses courbes harmonieuses lui font remporter un concours de beauté. Ce qui la fait rêver à un destin à l’instar de Sophia Loren. La remarque de l’auteur : «  Comment aurait-elle pu deviner que la tragédie commençait à se profiler ? », intrigue le lecteur.

Pupetta tombe amoureuse de celui dont l’influence l’avait promue Miss Rovigliano, un certain Pasquale Simonetti, alias le Colosse. Liaison que la famille de la jeune femme n’apprécie guère en raison de ses liens avec la mafia, un univers criminel. Mise en garde de sa mère Titania, insistant sur les risques d’une vie chaotique.

La jeune Miss se place sous les auspices/ sous la protection de la Madone,( bien que guère bigote)  et l’implore quand elle redoute d’être enceinte. Les portraits très détaillés permettent de se faire une idée des deux protagonistes masculins. Le père de Pupetta, Vincenzo Maresca, est un homme autoritaire, bourru, qui éduque « à la dure, avec la religion pour guide ». Quant au colosse, pour briguer la main de sa fiancée, il se montre très généreux, invite la famille  Maresca dans les grands restaurants.

On assiste aux essayages de la future robe de mariée, ce qui donne un aperçu de la mode du moment. Que choisira-t-elle, d’autant que sa mère trouve qu’elle ressemble  « à une grosse meringue » ? Puis, on participe à la cérémonie du Jour J, sont conviés pas moins de 500 invités. À noter que les camorristes professionnels ne tombent pas la veste, « armés jusqu’au cou ». Émotion vive lors de l’échange des anneaux à l’église.

On plonge dans les pensées contradictoires qui s’emparent de la jeune mariée, elle sent sa complicité avec Anna se déliter, sa cousine avec qui elle aimait deviser sur la mode. Un vrai maelstrom qui ne fera que s’amplifier.

On suit son installation dans l’appartement « sans âme », au « luxe désuet » que Simonetti a acheté. L’auteur nous offre une  visite guidée complète et ne lésine pas sur les détails concernant l’ameublement ! On imagine la vue splendide qui s’offre aux occupants : « sur une mer de toits de couleur Sienne ». Immeuble sis dans «  le centre populaire de Naples, Forcella ». On séjournera avec Pupetta et ses frères dans la ferme des Manganella, « au milieu de terres fertiles, adossées au Vésuve ». Lieu où elle peut espérer trouver la plénitude afin de mener à terme sa grossesse.  De nouveau le romancier brosse un magnifique portrait de femme puissante, celui de Pina,  « une petite matrone mutique », « courageuse », très dévouée, multi active à la ferme, du matin au soir. Elle initie sa protégée aux travaux agricoles, lui inculque des notions de botanique. 

Mais à ce niveau de la narration, difficile d’en dévoiler plus. Toutefois c’est en novembre 1968 que sa vie prend un autre tournant. Un rebondissement de plus. La Malédiction de la Madone prendra-t-elle fin ? On ne quitte pas Naples sans avoir croisé les diseuses de bonne aventure, sans avoir un aperçu de la justice, de la police corrompue, des conditions carcérales, ainsi que des rites religieux, des messes du dimanche, des processions. Dans ce genre de cortège, cohabitent « des anonymes de clans opposés », sortis « des beaux quartiers comme des bas-fonds ».  Philippe Vilain a déjà décliné des motifs de l’amour dans ses romans précédents, abordant les thèmes de la jalousie, de la différence d’âge, de l’infidélité. 

Dans ce récit, le romancier a voulu explorer un thème universel et intemporel : l’amour qui a soif de vengeance, quitte à se faire justice lui-même. Il souligne que « la vengeance engendre la vengeance » Il questionne notre conscience : Et nous, qu’aurions-nous fait dans de telles circonstances? Comment aurions-nous réagi ?  Une série d’interrogations clôt le roman : Et « si c’était à refaire…. » ?

Un texte émaillé d’expressions en Italien : «  storia meravigliosa », «Ma sei spazzo », « malavita », « Piccola »,  ce qui donne envie d’apprendre la langue. La longueur de certaines phrases, truffées d’énumérations ( 7 à 12 lignes,) n’est pas un obstacle, la lecture reste fluide, car les chapitres sont courts.

Les sens sont mis en éveil par les nombreuses odeurs distillées: certaines prégnantes de brûlé ou de goudron, d’autres appétissantes comme le fumet de gibier, par la multitude de bruits perçus : « rumeur klaxonnante et assourdissante », « ramadam continuel », « un air d’une chanson culte Marina », des bruits de vaisselle…. , et aussi par la variété des saveurs ( tomates savoureuses, les farandoles de babas gorgés de rhum, «  des sfogliatelles crémeuses »…).

Le romancier multiplie les références à la météo : « la chaleur liquéfiante », soleil qui dépoitraille la ville, crame les âmes, « air lourd et orageux » et surprend par ses fulgurances poétiques : « Le trajet était si beau, la béance de l’obscurité enguirlandée de lumières. »

Philippe Vilain  nous plonge dans les milieux mafieux, bien armés, et dangereux, que le lecteur préférera côtoyer dans les pages d’un roman où ont lieu un mariage et deux enterrements. L’auteur a su draper avec brio un fait réel pour livrer une fiction haletante et restituer la vie napolitaine selon les quartiers et les saisons. Son amour inconditionnel pour la ville est palpable. Il reste au lecteur à enfourcher une Vespa rouge pour se perdre dans Napoli, personnage à part entière,«  une mamma étouffante, qui enlace et ne laisse plus partir, qui protège et tue, expie et châtie, mais n’abandonne jamais les siens. » Ciao ! 

© Nadine Doyen

Claudie Hunzinger, Un chien à ma table, Grasset, ( 20,90€ – 283 pages)

Une chronique de Nadine Doyen


Claudie Hunzinger, Un chien à ma table, Grasset, ( 20,90€ – 283 pages)

Rentrée littéraire septembre 2022  PRIX FEMINA 2022

Félicitations à l’écrivaine !


Arrêt non pas sur image mais sur le titre : « Un chien à ma table » du roman 2022 de Claudie Hunzinger. Ce titre a pour référence le film de Jane Campion, « Un ange à ma table », apprend-on en lisant le journal 2021 d’Albert Strickler, bien informé. (1)

Le tableau d’ouverture est grandiose, d’une beauté stupéfiante. On imagine la narratrice devant sa maison, à la tombée de la nuit, contemplant la montagne se parer de violet de plus en plus intense. Situons cette maison où Claudie Hunzinger a écrit Les Grands Cerfs (2) : en pleine forêt, dans un coin retiré, paumé même où elle peut croiser une vache, une biche… et des «  survivors » (dont elle se méfie) sur le GR5.

Ce qui explique que la romancière soit attentive à la végétation l’environnant et à sa mutation : « campement de digitales, frondes de fougères ». Un univers qui abrite tout un monde invisible. Cette plongée au coeur de la nature rappelle pour le décor et la rencontre fortuite Chien-Loup de Serge Joncour. Et de s’interroger, tous les deux, sur la provenance de l’animal, sur ses maîtres.

Dans les deux romans, on assiste à l’apparition de l’animal, depuis l’ombre mouvante jusqu’au portrait très détaillé de cette silhouette canine. 

Revenons à cette apparition providentielle qui surgit devant Sophie, la narratrice, double de l’écrivaine. Elle surnomme cette petite chienne, à la chaîne brisée, qui semble avoir été victime de violence, « yes ». Leur complicité est un vrai phare pour le lecteur. Yes, devient une source de joie, le sésame d’une nouvelle existence. Mais si Yes est vive, son humaine n’est pas si leste à la suivre et chute parfois, car elle sent son corps la lâcher. Quand son genou « crie », elle lui rétorque: « Ferme-la ».

On suit le quotidien du couple que la narratrice forme avec Grieg, un homme usé, «  dépecé par l’âge, gris froissé ». Un ancien berger qui ne bouge plus, dort tout habillé, lit à satiété. Un compagnon qui ronchonne car il subodore ( à juste titre) que ses paroles serviront de terreau à la romancière ! 

Ainsi elle consigne la teneur des jours, des saisons, et les évoque avec brio.

La présence de Yes convoque les souvenirs des chiens précédents. Cette chienne est aussi le trait d’union entre Sophie et Grieg, deux êtres aux tempéraments opposés. Scène touchante, de voir le trio dormant dans le même lit : «Une tanière ça unit les humains et les bêtes ». Quand Yes dort, elle surveille son sommeil et s’interroge sur les rêves des animaux. La perte de l’ânesse Litanie, avec qui elle faisait «  la paire » est si douloureuse que la romancière a besoin d’évoquer leur osmose, « sa main sur son pelage » : «  Nous nous augmentions l’une de l’autre ».

Le récit met en lumière la relation amoureuse des deux protagonistes, leurs mots affectueux  ( Biche, Fifi, Cibiche), leurs gestes de tendresse, le désir qui peut encore surgir.  « Il n’est pas question que l’amour/ vienne à manquer », chante Sophie, fan de Dominique A, comme Brigitte Giraud ! Chanson qui scelle leur promesse de fidélité.

Même Yes manifeste son bonheur d’être témoin de leurs baisers de leurs étreintes.

Ce couple qui a choisi de vivre à l’écart, reste toutefois au courant de l’actualité,  consultant deux journaux en ligne et la presse apportée par le facteur. D’où les réflexions sur l’état du monde, sur la dégradation des forêts qui entourent Le Bois-Bannis (qui n’est autre que la région de Bambois où Claudie Hunzinger a observé les cerfs à l’affût, expérience relatée dans Les Grands Cerfs).

Même si ce monde « est troué, rétréci, sali », la narratrice veut encore croire à l’existence de « merveilles entre les mailles rongées » et se gorger de beauté.

L’artiste plasticienne dénonce la manière dont Plantu a traité Greta Thunberg après son passage dans une émission télé. Et cite cette maxime : « L’écriture peut naître d’une révolte, devenir un engagement, une protestation ». 

Claudie Hunzinger développe par ailleurs une longue analyse de l’écriture. Pour elle c’est comme « assembler une bécane à partir de n’importe quoi, on s’accroche à elle, on roule, on est libre. On peut prendre des chemins interdits ». Elle justifie son emploi de l’imparfait ainsi : « J’aime ce qui d’être perdu me déchire. Je suis un fantôme racontant les souvenirs d’un monde qu’il a connu. » 

Un style caractérisé par des phrases limitées à un mot :« Trots.»,« Respirations. » ou à des séries d’adjectifs : « Souverain. », « Délabré. », Insolent. ». 

Par des comparaisons inattendues : « Au loin la mâchoire des Alpes bleue et la prairie ocre clair ressemblant à une bête coincée entre ses dents ». 

Une narration émaillée de références musicales ( Yes a l’oreille sensible au son d’harmonica!), truffée de références littéraires ( citations de Corneille, de Thomas d’Aquin : « Sicut palea. On s’en fout ».), et cinématographiques ( Cassavetes, Campion, Truffaut…) Des titres en italiques ( Anna Karenine), en anglais ( Leaves of grass), Grieg chante en anglais : It’s not dark yet, but it’s getting there.

Ce roman permet une immersion « into the wild », offre une forme de méditation appelée « shinrin-yoku » au Japon, un bain de forêt. Suivre Sophie, c’est marcher dans son « île en montagne », emboîter le pas de celle qui « se sent bien dans les marges et les broussailles », lors de ses promenades avec Yes. C’est prêter attention à l’environnement ( sons, couleurs, odeurs), nos cinq sens en éveil. C’est être témoin des mutations. C’est savoir observer une pie-grièche s’ébrouant. Avec enthousiasme, on chemine dans ce décor dans lequel Sophie «  ne fait plus qu’un avec la nature », au point de se croire « un être composite avec une truffe de chien, des cheveux de ronces, des yeux de mûres écrabouillées, des joues faites de lichens, une voix d’oiseau ». Elle s’est ensauvagée et éprouve de la compassion pour la forêt.

Avec le trio, le lecteur partage le repas frugal de Saint-Sylvestre dont une compote de myrtilles qui leur donne une langue bleue , « gothique ». Pas de champagne dans les réserves de leur « hôtel Shining » ! Mais la lueur d’une bougie vacillante.

Quel plaisir également de contempler le spectacle unique, «  rarissime de l’alignement de Saturne et Jupiter.. » qui s’offre à eux, au crépuscule !

« Le monde devenu une sorte de théâtre », « le monde est une perfection », pour Sophie.

Telle une botaniste, nourrie de ses lectures de guides, elle apporte des connaissances sur les lichens, les colchiques. Elle s’émerveille de « prendre un flash de jaune en pleine figure ». Elle s’attarde sur le devenir d’un bouquet de fleurs et dépeint sa métamorphose au fil des jours jusqu’à son agonie. Miroir de la décrépitude humaine.

La conscience écologique est manifeste dans leur façon de vivre ( trois éléments essentiels : le feu, l’eau, le bois), dans le constat de la disparition d’espèces rares.

Elle est témoin des mutations des arbres.

 Ils voient « l’air déglingué », « le désert monté à leur porte » avec « une poussière dorée, presque orangée » déposée sur le rebord de la fenêtre par le sirocco. 

On devine que Sophie aurait envie de dénoncer ( à l’instar de Benoît Duteurtre) ces viandards, ces «bouffeurs de biche » qu’elle épie, tapie sous un épicéa, lors de leur sortie d’une auberge gastronomique. 

L’écri-vaine nous glisse ce conseil de La Fontaine ( pourquoi en anglais?) : « Enjoy deeply the very little things , qui fait écho aux « riens somptueux » d’Albert Strickler.

On est happé par la succession de tableaux naturalistes qui défilent en toile de fond  où évolue un couple aimant, perclus par l’âge, dont le naufrage de la vieillesse est apprivoisé  par la compagnie de la petite chienne Yes. Elle les revigore et leur apporte de la gaieté par son extravagance, sa folie joyeuse. Toutefois Sophie refuse de se résigner devant l’impitoyable aujourd’hui. Elle incarne une forme de résistance.

L’écriture reste sa raison de vivre pour conjurer la mort. On se délecte de cette prose poétique, riche, où on respire la terre, la forêt, le velours de l’instant et on s’extasie devant la beauté du pré « aux reflets vert amande. Puis rose. D’un rose venus du cosmos, un rose extraterrestre. »

Un récit touchant, à la veine autobiographique, ouvert vers les ailleurs, vers le dehors que le double de Claudie Hunzinger désire de façon démesurée. Sur un air de Dominique A, A comme Amour.

Laissez-vous ensauvager dans cette communion avec la nature, en émule de Thoreau, attisez vos cinq sens pour percevoir les sons, les odeurs, les bruits, la musique.

Adoptez cette propension à l’émerveillement de l’artiste plasticienne, véritable botaniste, qui excelle à magnifier les paysages qui l’entourent. 


(1) Page 490 du  Journal 2021 d’Albert Strickler- Collection Le Chant du merle : Comme le souffle d’une étoile filante,  éditons du Tourneciel

(2)  Prix Décembre 2019

©Nadine Doyen