Ombres et forêt chez Catrine Godin

Je n’approche pas la lumière, pas plus que je n’approche quoi que ce soit. Je l’épie pendant qu’elle glisse et coule en ruisseaux sonores, tandis qu’elle peint les cheveux fous d’un lichen pâle, un îlot dense de mousse piquetée de tiges rouges où s’insinue, ondoiement vert à peine plus sombre, une ramure de pervenche, ses yeux clairs. La lumière révèle le diaphane d’un élytre d’insecte gracile, un miroitement d’écaille. Bleu-noir, il semble une lettre d’un alphabet antique, échappée sauvage de je ne sais quel encrier. L’insecte danse, fait des signes enroulés de pétale qu’il enfuit prestement derrière le long fuseau vertical et rêche d’un corps, immobile.

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L’édito de Patrice Breno

La revue « Traversées » s’est vêtue de nouveaux apparats et le travail continu de toute l’équipe tend à ce que vous, lecteurs, vous ayez entre vos mains un objet désirable, convoité, qui se laisse caresser, feuilleter, dorloter…

Une fois n’est pas coutume ! Ce numéro sans dossier aucun se veut le reflet de ce que nous avons reçu et retenu comme s’avérant représentatif d’une écriture fluide et contemporaine, qui se laisse voguer au gré de la lecture et sur laquelle il faut revenir pour en apprécier tout le suc …

Né en 1943 en Roumanie, Horia Badescu a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages de poésie, de romans et d’essais dans plusieurs pays. Archibald Michiels est docteur en philosophie et lettres à l’Université de Liège. Né en 1961 au Maroc, Patrick Aveline est dessinateur industriel. Daniel Leduc est né à Paris en 1950 et a publié nouvelles et poèmes qui ont été traduits dans une dizaine de langues. Né en 1954, Alain Helissen a collaboré à une cinquantaine de revues et est également chroniqueur dans différents périodiques littéraires. Je ne dévoilerai pas l’identité de l’anonyme si ce n’est qu’elle nous vient de la Provence belge. Né en 1961 à Chateauroux, Pascal Batard est régisseur et éclairagiste de spectacle. Professeur de lettres, Jean-Michel Bollinger vit en Aquitaine. Salome Molina Lopez – les habitués de « Traversées » connaissent son écriture – nous vient d’Albacete (Espagne). Emmanuelle Ménard, professeur de français à Bruxelles, écrit depuis plus de vingt ans. Né à Cannes en 1959, Patrick Joquel lit, écrit principalement de la poésie et aime partir à la rencontre des lecteurs. Jacques Demaude, né dans le Borinage belge, est traducteur et connaisseur émérite de la poésie allemande. Salvatore Sanfilippo nous vient de la ville médiévale de Crest. Hélène Soris, française, sur son blog, nous propose poèmes, haïkus, photos et peintures. Matthieu Gosztola a publié ses poèmes dans une centaine de revues littéraires. Michel Bailleux vit à Arlon (Belgique) et écrit depuis près de 25 ans. Nicolas Panabiere nous vient de Rivesaltes. Soit 17 auteurs tous différents mais unis dans le même souci de vous rendre vos lectures plus agréables.

Cette stupeur, d’Ile Eniger

Écrire, ce soir, est une douleur. Une aiguille fine plantée dans mon poignet, que le regard ne saisit pas. Le nœud des noirceurs serre les mots. Dehors, la gorge des neiges resplendit mais sa beauté ne touche pas mes doigts. Je ferme ma journée où le froid plante ses banderilles. Cette douleur. Une inquiétude de racine blessée corrode la sève. Dépossédé de sa volée d’oiseaux, un minuscule basculement des feuilles fait trembler l’arbre. La vie en alerte écoute une peur environnante. L’amour toujours en danger. Cette stupeur qui n’absorbe ni révèle mais bat comme une horloge, comme un cœur qui s’éparpille. Ce soir une épine fine écrit dans mon poignet, d’une tristesse impénétrable. Infime trouble sur l’équation du bonheur. Cette aiguille plantée au dedans. Sentiment impossible à dire. Les mots me servent de remise, d’appentis ou refendre la douleur. Fermant les volets sur la nuit, un air glacial prend mon visage. J’écris que l’hiver est revenu, il n’avait pas fini son travail.

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L’étreinte, de Corinne Pluchart

Tu dis l’étreinte et puis la peau. La disparition de l’aube et de l’autre. Le ruissellement du sel à ta chair fragile, l’encombrement pesant des jours d’après.

Et puis… l’instant du soir entre l’étoile et l’ombre, l’immobile silence dans le dérangement des minutes arides. Ta main passée le long du temps, pressée contre l’emplacement de l’autre, les mots inutiles.

Tu dis la chair contre l’absence du nom et puis…. l’opacité fiévreuse des doigts sur l’invisible. La nuit bâclée par d’autres mémoires, les draps à peine vivants dans la montée du jour.

Tu dis l’étreinte et puis la peau…….et tout ce qui se tait dans l’indécise aurore.

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