Cette stupeur, d’Ile Eniger

Écrire, ce soir, est une douleur. Une aiguille fine plantée dans mon poignet, que le regard ne saisit pas. Le nœud des noirceurs serre les mots. Dehors, la gorge des neiges resplendit mais sa beauté ne touche pas mes doigts. Je ferme ma journée où le froid plante ses banderilles. Cette douleur. Une inquiétude de racine blessée corrode la sève. Dépossédé de sa volée d’oiseaux, un minuscule basculement des feuilles fait trembler l’arbre. La vie en alerte écoute une peur environnante. L’amour toujours en danger. Cette stupeur qui n’absorbe ni révèle mais bat comme une horloge, comme un cœur qui s’éparpille. Ce soir une épine fine écrit dans mon poignet, d’une tristesse impénétrable. Infime trouble sur l’équation du bonheur. Cette aiguille plantée au dedans. Sentiment impossible à dire. Les mots me servent de remise, d’appentis ou refendre la douleur. Fermant les volets sur la nuit, un air glacial prend mon visage. J’écris que l’hiver est revenu, il n’avait pas fini son travail.

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