James NOËL – La migration des murs – Galaade 2016

Chronique de Marc Wetzel

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James NOËL – La migration des murs – Galaade 2016


« C’est au pied du mur qu’on reconnaît le son des mots » (p. 128)

« La prolifération des murs, la pluralité

des murs est un fait singulier qui

exige un interrogatoire express de

tous les propriétaires du monde,

tous les propriétaires, petits et

gros Pluralité des murs, attention

fait singulier » (p. 16)

« La civilisation des murs est arrivée

à sa fin Pour que les murs

redeviennent viables, ils doivent

tomber » (p. 12)

D’abord, il y a le paradoxe (« migration des murs ») du titre, car migration, c’est déplacement massif de résidence, c’est changement de séjour ; et mur, c’est obstacle installé, c’est auto-immobilisation. Un mur qui migre ne devrait être qu’un éboulement, une avalanche. En tout cas, un mur nomade, un mur qui part s’établir ailleurs, perd (et donc trahit) sa triple fonction – de protéger, de porter, de contenir. Une digue voyageuse ne serait qu’une vague de plus parmi celles qu’elle était censé briser !

Ensuite, il y a l’ambivalence (native, indépassable) d’un mur. Si tout mur est stable (car consistant), impartial (car insensible, impassible) et cohérent (car homogène, d’apparence une dans sa continuité nécessaire), tout mur est aussi unilatéral, borné (il ne délimite qu’en séparant, il ne protège qu’en excluant), est inhospitalier, inerte (un mur

artificiellement végétalisé le prouve spontanément inhabitable ; quand un muret bourgeonne, c’est qu’il menace ruine !), est enfin imparfait, vulnérable, fragile (son inévitable exposition au réel même dont il défend le dégrade, l’assemblage qui le forme dilue entropiquement son ordre) : le meilleur et le pire d’un mur se maçonnent l’un l’autre ! « Solidité sordide » (p. 19) résume James Noël.

Il y a enfin dualité d’une part des murs anciens, des murs de toujours, artisanaux, pré-technologiques, à texture et finalité traditionnelles : rempart, clôture, palissade, remblai, paroi, façade – comme l’étaient nos « ruches de pierre » (Alain) urbaines des tribunaux, des temples, des théâtres, des halles, des gymnases : murs locaux (ils n’agissent que là où ils sont), stationnaires (au garde-à-vous fonctionnel), obstructifs (obstacles normalement infranchissables, ou fixant les conditions de leur franchissement, comme le mur du son, la poterne ou le portique), tactiques (ils savent arrêter, filtrer, surplomber, soutenir, isoler, mais ne sont cheval de Troie d’aucune arrière-entreprise) ; d’autre part, des murs contemporains, qui (ce que fait voir James Noël) sont, à l’inverse, globaux, mouvants, contagieux et stratégiques : ils sont appareillés, numérisés, interactifs, programmables, et parfois même oscarisés, – murs-drones, murs-leurres, murs-hordes, murs-spots ou de seconde intention, murs furtifs, murs intelligents . Tous les flux matérialisables sont devenus murs potentiels, et tous les murs rationnels sont devenus portatifs (selon la volatilité de leurs propriétaires, selon la micro-compartimentation des réseaux sociaux, selon la tarification maffieuse du saute-mouton des frontières, selon le palais des glaces des étreintes et des guérillas virtuelles, selon les formidables pressions expropriatrices qui harcèlent les hommes …), comme le suggère sévèrement et mystérieusement notre auteur :

« Il existe une nouvelle migration

beaucoup plus forte que celle des

flux qui poussent le sang à bouger

les lignes dans tous les sens des

hémisphères Une migration en dur,

qui massacre le champ libre du cœur

à coups de barre de fer » (p. 44)

James Noël raconte et dévoile, le premier peut-être dans ces termes, la « prospérité » proliférante, « l’omniprésence omnivore » et déréglée, « l’invasion » mercenaire, l’arrogante moderne distributivité des murs. Bref, au double sens (détroussement et envolée) du mot, la propriété c’est le vol des murs. Voilà, peut-être, la difficile et formidable intuition du recueil.

Notre haïtien archéologue des murs présents est un intellectuel, acteur, éditeur, conférencier, mais avant tout poète : un esprit, donc, inspiré, généreux, délicat ; mais aussi une âme imprévisible, obscure, agitée. Une fécondité toujours menacée de se perdre dans l’immensité de ce qu’elle déploie et se s’aliéner à l’intensité de ce qu’elle révèle. Mais c’est comme ça : chez le vrai poète (il l’est), les métaphores sont décisives, mais en contrepartie, bien sûr, les décisions restent métaphoriques ; l’engagement poétique reste, par principe, interne à la parole : même les plus nobles des actions réelles de soins, de reconnaissance, de développement, d’émancipation, ne sont pour le travail poétique que vulgarité d’intendance, historiquement vitale, certes, socio-politiquement pertinente, mais nécessairement secondaire pour l’écrivain, et son seul responsable privilège : être un front qui chante … la perfection des choses inexactes ! (comme disait Maldiney).

Et inexactes, oui, les choses le demeurent parfaitement dans le chant tendu, difficile (le vertige brouillant logiquement la clarté de l’appel), risqué (car irrattrapable), et radical (le mot est juste ou rien ; s’il vient à rater sa formule, non seulement le poète a parlé pour ne rien dire, mais il n’aura pas parlé du tout !) de James Noël. Ainsi :

Pour exprimer l’idée que les murs sont des conglomérats de sensations sans sensibilité, il écrit :

« Les murs ont des odeurs, mais

les murs n’ont pas d’aisselles » (p. 39)

Ou la nette idée que le droit est comme un mur de la propriété, qui ne valide que ce qu’il restreint, ou n’impose que par contrainte la liberté même qu’il fonde,

« Les propriétaires, petits et gros, pèsent

très lourd sur le dur marché des

murs Dès l’enfance de l’équerre, ils

ont posé la première pierre, ils sont

arrivés ensuite à imposer les murs

comme seul horizon indépassable » (p. 29)

Ou la belle idée que la rationalité, même lorsqu’elle s’applique (règle, compas, fil à plomb) aux choses mêmes – pour les construire ou les valider, est elle-même trop formelle, trop contractuelle, trop intemporelle d’origine, pour partager leur vie et comprendre leur sort,

« Qui a dit que l’équerre était l’enfance

des instruments Un instrument

marqué à ce point au millimètre

saurait-il avoir une enfance ? » (p. 31)

Ou l’étrange idée qu’un mur, n’étant jamais abattu pour lui-même (en soi, son inerte et longiligne front de taureau n’intéresse ni n’indispose personne !), mais toujours seulement pour ce qu’on lui fait enclore, défendre ou supporter, accuse, bombardé, la capricieuse culture de faire à sa place payer son anodine infrastructure,

« Les murs tombés sous le coup

des bombes accusent le bois et les

meubles d’être coupables du grand

feu qui se propage de l’intérieur

comme une vocation » (p. 90)

Ou l’audacieuse idée que les murs, normalement inhumains (et ayant le droit de rester tels!) l’ont mauvaise de crouler sous les graffiti où des hommes complaisants déversent ce qu’ils voudraient que montre le miroir de leur âme ; tout le street-art n’est qu’une trace de rouge à lèvres du narcissisme collectif,

« Les mots sur les murs sont stratégie

fine pour leur donner une couche

d’humanité Tous ces bétons en

rangs serrés, qui portent un mot

comme s’ils parlaient avec une

main sur le coeur » (p. 74)

Ou encore la dérangeante idée – s’il s’agit bien de ça ici – que le kamikaze (le tout-venant des bombes humaines, le suicidaire téléguidé de la jugeote) n’est qu’un mur à roulettes et à clous, avançant tuer les raisons de vivre qu’il ne peut saisir,

« Dernière nouvelle Une catégorie

de murs entre dans une forme de

radicalisation. Et dire que c’était trop

dur d’aborder le problème, même

d’un point de vue superficiel . Mettre

des cœurs en cage depuis des siècles

pour mieux les sauter à la dynamite

La mort en pleine ceinture pour

une explosion qui génère cassure

après cassure » (p. 58)

On le sait : l’innovation exponentielle est comme un fâcheux mur du sens, qui referme (donc claque) toujours plus de portes derrière lui qu’il n’en fraie et aménage devant. Ainsi les murs mêmes de la nouveauté – murs Big-Datesques de l’information, murs héréditaires de l’argent, murs polluants du dérèglement atmosphérique, murs narcissiques du bien-être coaché, murs gémeaux des oeillères de jute des fanatiques et des loups de satin des esthètes … justifient l’amère simplicité d’une remarque de la postface :

« On aurait souhaité faire seulement de la littérature, mais dehors l’air est barricadé de toutes parts, c’est tout juste si le royaume des borgnes et des aveugles n’exige pas un permis, un passeport pour avoir de droit de respirer. L’homme avance entre essoufflement et étouffement. L’omniprésence omnivore des murs le place dans une impasse. Ce livre est un appel, une invitation à l’escalade » (p. 128)

Cette poésie âpre, fine et tourmentée, me paraît enfin avoir trois rares qualités :

Elle n’est jamais manichéenne : James Noël moque les murs et loue les ponts (p. 124), mais nuance toujours : il y a des ponts mortels (une épidémie en gagnera l’autre rive plus aisément qu’à la nage ; un pont sur l’Achéron ne mènerait que plus sûrement dans les Enfers), comme il y a des murs vitaux (nul ne murmure contre un mur anti-bruit ; et le mur anti-épidémie a sauvé la Drôme de la peste provençale de 1720) . Ce que notre poète dénonce, et même méprise, ce ne sont pas les maçons des murs (car ils les assemblent pour vivre, et un jour seront leurs plus compétents déconstructeurs ! p. 112) mais bien leurs architectes, les adeptes du pouvoir anguleux, les créditeurs de l’équerre facile, les chorégraphes aussi de leurs hypocrites entrechats :

« Certains murs marchent sur la

pointe des pieds, d’autres s’érigent

même en voyeurs en leur manière

de faire la courte échelle … » (p. 122)

Ensuite, l’idéal spirituel semble bien celui-ci : les murs humains, quelle que soit leur utilité extérieure, sont destinés à finir en nous, à y être jugés, dilués (en tout cas recyclés), car, même ce dont en nous nous devons nous protéger (comme les pulsions fatales et les fantasmes ruineux), nous devons toujours pouvoir y accéder. L’emmurement personnel, c’est l’autisme ; les cloisons inamovibles du moi font la psychose, la forclusion. Contre cela, l’humour (qui est le tremblement d’esprit par lequel le cerveau se révèle seul organe apte à se moquer tendrement de soi) et la lucidité (qui, même roborative, montre comment le cerveau et la vérité savent respectueusement se faire l’amour) suffisent, comme le dit le contraste de ces deux passages :

« Pas la peine de chatouiller les murs

Ils n’ont aucun sens de l’humour Par

contre, les murs adorent qu’on leur

pisse contre Allez comprendre » (p. 42)

et

« Quelque grand que soit un mur,

il est conduit à faire faillite en

nous, à s’effondrer dans un de nos

moindres tremblements intérieurs

Toutes proportions gardées, les murs

ont la vie dure Il est de toute urgence

de les porter comme inquiétude,

au mieux comme métaphore » (p. 30)

Reste, insiste l’auteur, à savoir au nom de quoi, face aux murs, n’être plus leurs dupes. Car leurs concepteurs en ont, bien sûr, fait des imposteurs (comme incendies se flattant d’éclairer, pandémies feignant de divertir ou barbelés prétendant décorer, les murs disent instruire là où seulement ils intimident, et jouent les rebelles là où ils ne résistent… qu’au beau, au juste ou au vrai !). La forte et franche réponse de James Noël semble celle-ci : pour retrouver sur nous-mêmes la bonne, l’objective, l’authentique distance, la hauteur infinie du ciel suffit – ciel qu’il ne convient alors pas de murer en ou par Dieu. C’est ce que nous disent ensemble trois passages, à la sarcastique intransigeance, nous enjoignant de n’imiter des murs que leur résolu agnosticisme :

« Aux yeux des étoiles, les murs et

les gratte-ciels sont des géants aux

pieds d’argile Les étoiles, ça roule

des reins et cille des yeux dans une

migration hautement lucide… » (p. 107)

« Les murs de la chapelle Sixtine

sont des murs comme les autres

Il n’y a pas de mur plus sexy, plus

métaphorique qu’un autre Tout est

dans le revêtement et dans les pans

de la réalité des murs Les murs de

la chapelle Sixtine sont des murs qui

ont une foi solide en leur propre

existence …» (p. 98)

« Les crucifix font souvent l’affaire

des murs, qui ne demandent pas

mieux pour soigner leur profil

Blanchiment de la conscience

Blanchiment de la foi dans la chaux

vive Blanchiment des crimes contre

l’humanité Meurent des peuples à

genoux sous prétexte de prier » (p. 110)

L’évident génie littéraire et spirituel de l’Haïtien James Noël (38 ans, et voici déjà un chef d’œuvre) adoucit ainsi, ou en tout cas illumine, les temps qui viennent.

©Marc Wetzel

PHILIPPE VEYRUNES : À qui sait attendre (Éd. Les Presses Littéraires) et : La gare levantine (préface de Claude Mourthé, Éd. Le Castor Astral / L’Atelier Imaginaire, Prix de poésie Max-Pol Fouchet)

Chronique de Claude Luezior

PHILIPPE VEYRUNES : À qui sait attendre (Éd. Les Presses Littéraires) et : La gare levantine (préface de Claude Mourthé, Éd. Le Castor Astral / L’Atelier Imaginaire, Prix de poésie Max-Pol Fouchet)


J’aime les hortensias dans des jardins anglais où les ombres d’Agata Christie ondulent en silence. Parfaitement découpés, autrefois qualifiés de mortifères, on les trouve à l’heure qui sonne dans les halls des plus grands palaces, en attendant je ne sais quel transsibérien ou quelque TGV, tant ce genre reste vivace dans nos esprits contemporains. Ainsi me paraît le bouquet de nouvelles À qui sait attendre de Philippe Veyrunes. Chacune d’entre-elles recèle une intrigue ciselée, onirique mais cohérente, avec des personnages rapidement familiers et au devenir si incertain que je me suis pris, parfois, à jeter un coup d’œil sur la dernière page, telle une mère s’assurant avec crainte de ses propres enfants. Le lecteur n’a-t-il tous les droits dans cet univers régi, j’allais dire manipulé par un conteur omniscient et qui joue avec nos nerfs ?

Avec un art consommé du paradoxe et du rebondissement inédit, celui-ci trame dans un premier temps et en quelques lignes une situation dans laquelle on s’attache à des protagonistes apparemment de bon aloi. Rapidement, certains nous révulsent : petits et grands crimes ne sont pas loin. Scènes policières sans police, hortensias sans jardiniers : l’imaginaire prend le pouvoir, la vengeance est aux aguets. Du grand suspens, avec une froideur narrative à la Hitchcock. En noir et blanc, pour qui sait attendre… une chute (au sens littéral du terme car, contrairement à maints romans ou séries, celle-ci semble demeurer impunie) qui va nous ébranler plutôt que nous assouvir.

Preuve s’il en est que le jardinier de ces intrigues a su, de son sécateur, aiguiser nos fibres à vif.

***

Pour ma part, j’affectionne encore davantage La gare levantine. Du même auteur ? À peine croyable… Janus a donc deux faces. Car l’on est passé des cauchemars savamment ourdis à un jardin enchanté. Portant certes épines et sans aucune mièvrerie, les roses embaument ici ma

cervelle à l’heure fragile, la divine éphémère. Et mon crayon de souligner les images qui foisonnent, les textes en billets d’amour : Je vous ai précédée, par le grand escalier de verre, dans le grenier tapissé d’étoiles. En habit de velours et masqués de blanc, les violonistes font cercle. Encore ! Monde poétique, vénitien, parfois oriental où vos yeux d’émeraude volaient aux bonzes des lueurs pâles, où la nuit d’été… se balafre de longs éclairs, où s’enrubannent les jeunes filles clandestines, où violoneux et marchands de poupées… s’inclinent vers vous, tout en mots surannés et en barbe fleurie.

Itinéraire du rêve. Itinéraire des mots. On feuillette, on goûte, mastique, murmure. Dans l’ordre ou le désordre, on mord dans une madeleine de Proust ou butine dans l’inconscient d’Éluard, dans une corolle de Fombeure. Sueur dorée sur l’épiderme d’un poète. Lire, relire le mystère, cueillir ce gui avec la serpette d’un druide, étaler le baume encore tiède tout droit issu d’un chaudron où mitonnent des alchimies.

Cette prose-nectar a été couronnée par le prix de poésie Max-Paul Fouchet. En fin de volume, dans sa lettre à Guy Rouquet, fondateur de ladite prestigieuse distinction et de l’Atelier imaginaire, Veyrunes définit son rapport à la poésie comme une alliée, une compagne discrète et définitive sur le chemin de la vie … La poésie n’est pas nécessaire à la vie de l’esprit, elle est sa vie même…

Rappelons que Philippe Veyrunes fut également lauréat de l’Académie française. Diantre ! Mais quand donc des « grands » éditeurs s’approprieront-ils un auteur de cette trempe ?

©Claude Luezior

« Moment Génétique et Crucifixion , Pollock, Newman, Tal-Coat »

Chronique de Miloud KEDDAR

« Moment Génétique et Crucifixion , Pollock, Newman, Tal-Coat »


Jackson Pollock

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Jackson Pollock, ‘‘Crucifixion’’ 1939-40

Le Christ chez Pollock est jaune et au-dessus des autres christs. Il a, bien que solaire, les yeux bandés et la bouche bâillonnée. Le Christ de Pollock ne regarde plus, il n’a plus besoin de parole aussi. Il doit ouvrir les bras pour accueillir. Il embrasse la terre ou fait l’ordre dans son monde et au Ciel. Il se doit d’être l’Un et le Multiple, de jaune ou de bleu, de rouge ou de noir, il est le « ciment » entre les êtres. Pour la vocation d’unir (de réunir) il n’y a plus besoin de mots mais de Main (la main guérit et élève et la main prouve –c’est un corps !- quand le mot approuve seulement). Il semble que Jackson Pollock ne veut pas d’un Christ qui soit la Parole. Plutôt une main. La paume de la main qui donne qui sauve. Le Christ est Prométhée, il n’est –nullement- une parole, car la parole est « trop » humaine et d’un « je » confondant ou de confusion. Elle annonce et renonce quand ce n’est pas une parole qui « dénonce ». La Main, merci, donne les fruits, ouvre l’horizon qui est Corpus.

Barnett Newman

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Barnett Newman Barnett Newman – Genetic Moment 1947. Art Experience NYC

Newman et le « Livre », 1947. Deux traits solaires. Ces lignes qui unissent le ciel et la terre. Il fallait ici aussi une Main, et c’est la ligne de droite, jaune, qui a cette fonction –de prise- (de conscience ?) quand le trait ou ligne de gauche tente d’asseoir le Verbe. Et quelle manifestation au plus haut, le cercle ? cercle doublé de lumière ? Le peintre qui dans le passé se limitait à l’agencement des formes et des espaces, le voici qui parle ! Il rétablit l’Ordre, pour ne pas dire « il remet de l’ordre » dans le monde. Car il n’y a jamais eu de désordre si ce n’est un ordre perdu par l’Homme ! C’est le Livre qu’ouvre Barnett Newman, la Genèse comme livre. Et Prométhée tente de prendre la parole au risque de recréer le désordre. La parole crée le désordre, n’ayant pas de corps « consumable ». Mais et alors quelle forme doit accompagner la parole, quelle gérance ou ingérence (entre le « a » de l’origine et le « e » sans voix) et pour quel geste du peintre à la prise de parole du peintre ?

Pierre Tal-Coat

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Pierre Tal Coat – Le Saut 1955-56 huile sur toile 146 x 146 Collection Adrien Maeght ©

Nous ne nous séparons jamais de notre ombre : le jour, elle nous suit ou nous la suivons, la nuit rentrons –nous nous encastrons dans notre ombre ! La parole suit le geste, les mots les formes –l’image en peinture. Pierre Tal-Coat le savait qui interrogeait dans « Le Saut » la lumière derrière l’ombre, le verbe-homme. Par le saut nous poursuivons l’ombre qui est le bien puisqu’elle nous révèle et nous guide vers la connaissance de soi, du corps, bien que connaissance jamais complète ! L’Art présente-t-il l’homme à « l’homme-son-ombre » ? Le temps précède l’acte (le procède) et l’acte précède la parole. Dans « Le Saut », l’homme n’a plus le temps pour la parole, il court là. Pour mieux dire (et voir) : un pied et le même pied derrière. Lequel est nous, lequel notre double ou notre ombre ? car l’un a toujours été l’ombre de l’autre, dans toute figuration, dans toute écriture ! Prométhée chez Pierre Tal-Coat n’offre plus le fruit au peintre et au poète, ni la parole ni la forme …

A l’homme le soin de recréer l’horizon, ligne, relief et tonalité où la parole peut s’unir au geste et au geste s’ouvrir, et s’ouvrir à nous, Être et Ombre ! A l’homme de renouer avec l’ordre du monde, lier son « jeu » au « je » du monde et non le « jeu » du monde à notre « je ».

©Miloud KEDDAR


Notes :

Jackson Pollock, « Crucifixion », 1939-1940, Gouache sur papier, 54,6 x 39,4 cm, Courtesy Gagosion Gallery.

Barnett Newman, « Genetic Moment », 1947, Huile sur toile, 96,5 x 71 cm, Fondation Beyeler Riehen/Bâle.

Pierre Tal-Coat, « Le Saut », 1955-1956, Huile sur toile, 146 x 146 cm, Collection Adrien Maeght, Saint-Paul de Vence.)

Christophe Carlier, Ressentiments distingués, Phébus ; (174 pages – 16€)

Chronique de Nadine Doyen

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Christophe Carlier, Ressentiments distingués, Phébus ; (174 pages – 16€)


Christophe Carlier, distingué par le Prix du premier roman pour L’assassin à la pomme verte renoue avec le suspense.

La citation de Mirbeau qui ouvre le récit a de quoi vous glacer et suffit à donner le ton : « Il y a des dos, dans la rue, qui appellent le couteau ».

Voici le lecteur confiné sur une île peu accueillante par sa configuration : « Récifs, falaises ». Une île encore plus hostile quand la saison des pluies s’installe, que le vent hurle, « se plaint », que « les flots sont plus violents ». Une île anonyme, à elle seule, « un personnage unique, minéral, envoûtant », « un caillou », « un rocher ravitaillé par les corbeaux ». Qu’elles soient grecques ou bretonnes : « Même beauté, même déchaînement les soirs d’orage », « même étouffement ».

On sent la scission entre l’insulaire, au « caractère trempé » et les nouveaux installés. Comme leur mentalité diffère ! Les gens de la terre ferme dont le gendarme, peut-on compter sur eux ?

Que peuvent faire les habitants dans ce huis clos sinon s’y ennuyer, traquer un fait divers, épier ses voisins ? Les lieux publics deviennent leur camp de base.

Au café, un écrivain peut collecter des brèves de comptoir comme Jean-Marie Gourio Pour Christophe Carlier, c’est un poste d’observation qu’il affectionne. (1)

C’est donc au café La Marine que se côtoient toutes les strates qui composent la population de l’île et que circulent toutes les rumeurs.

La dernière en date est l’existence d’un corbeau qui envoie une pluie de cartes, d’abord « acidulées, ensuite plus assassines, « pleines de fiel ». A chaque nouvelle victime,la sidération. Et chacun de deviser, de suspecter un tel ou une telle. Mille interrogations taraudent les habitants. On jase, on conjecture. Puis une pause.

De nouveau « des messages brefs, cinglants, calligraphiés », « de plus en plus

hostiles »,véhiculant des accusations. Il serait temps que la gendarmerie s’empare de ces cartes, les décrypte. Ce travail d’analyse incombe à Gwenegan. Il scrute les clients du café qu’il croise. A l’affût de leurs tressaillements, il tente de débusquer leur part sombre, de dresser un portrait robot. La psychose gagne les habitants, ils se sentent cernés « par le vieil ennemi invisible et maléfique. Le couvre-feu s’instaure « naturellement ». La tension atteint son paroxysme, l’auteur employant un champ sémantique autour de la mort : glas, crime, assassin, oiseau de malheur. « La malédiction est en marche ».

Le voile sur ces mystères successifs se lève dans la deuxième partie du roman,tout s’éclaire alors. Quelle jubilation pour le corbeau de jouir d’une telle « emprise » sur l’île ! Le narrateur radiographie les pensées et actions du volatile.

Des drames surviennent. On continue à s’interroger.

Pour l’un d’eux, doit-on tisser une corrélation entre la carte du corbeau reçue par Mateo et la décision de celui-ci? Le « vilain oiseau » avait-t-il conscience de l’impact que pouvaient générer ses phrases sur un être fragile ? Surtout quand « elle était incisive comme un rase-légumes ». Sa plume n’ est-elle pas « plus efficace qu’un parapluie bulgare » ? Quant à Gabriel, le facteur, ne risque-t-il pas d’être accusé d’« auxiliaire de la mort » ?

La force romanesque de Christophe Carlier est multiple : c’est d’avoir planté un décor qui au fil des pages devient oppressant avec ces corbeaux dans les champs, voletant, « plus arrogants qu’à l’ordinaire » qui font écho au corbeau « humain » qui « affûte son bec ».

C’est d’avoir multiplié les envois de cartes, ce qui génère une montée en puissance de l’effroi parmi les insulaires. Leur stupeur va crescendo face à ce corbeau infatigable.

C’est d’avoir distillé un rebondissement en ressuscitant, par une lettre, la noyée Carole ! Et cette main retrouvée par les pêcheurs qui draine tous les curieux au port !

C’est d’avoir ajouté « une corneille » en pendant du corbeau qui, à son tour, est plongé dans les hypothèses ! Qui donc est en train de l’imiter ? L’aurait-il identifié ?

La saveur des descriptions réside dans l’attention aux détails : Gislaine, aux « yeux clairs bordés de cils roux », les métaphores et les comparaisons : « l’horizon ressemble à un trait de fusain, épais, régulier ».La poésie s’invite avec les vagues qui se défont « dans un ourlet de blancheur » ou « l’horizon ressemble à un trait de fusain, à une rature géante ».

Comme l’épeire dans sa toile captive,le talent de Christophe Carlier est de tenir en haleine son lecteur qui se pose aussi ces multiples interrogations qui jalonnent le récit, l’enquête stagnant. L’auteur n’est pas seulement un portraitiste hors pair, il excelle dans l’art du suspense. Le mot phare de cette « histoire époustouflante» est mystère. Le narrateur déroule un imbroglio de vies, dont certaines vont être prêtes à basculer.Il distille à petite dose : ironie, bassesse, rancoeur et met au jour les non-dits, les liaisons clandestines. Il confie au hasard le choix de ses cibles.

L’écrivain glisse ses réflexions sur maints sujets. Il déplore le déclin de l’orthographe. On devine, en filigrane, une certaine nostalgie face à la disparition des échanges épistolaires au profit des mails. L’écriture n’est-elle pas une projection de notre personnalité ? Le volatile a « donné à sa correspondance le tombé impeccable d’une nappe damassée, à ses phrases l’éclat des couteaux en argent ».

Au fil des romans, un style se confirme : une succession de courts paragraphes, une unité de lieu et d’action, une galerie de personnages dont l’auteur entrelace les destins.

Le monde du dessinateur Sempé n’est pas loin. (2)

Christophe Carlier signe un roman « HHH »:haletant, hallucinant, horrible pour l’épilogue. Impossible au lecteur, pressé de débusquer le corbeau, de lâcher ce récit original qui a séduit aussi Amélie Nothomb.

©Nadine Doyen


(1) : Le roman précédent Singuliers

(2) : Christophe Carlier admirateur de Sempé lui rend hommage dans Happé par Sempé.

Les Incontournables de 2 016 de Patrick Joquel

Les Incontournables de 2 016 de Patrick Joquel


patrick-joquel
http://www.patrick-joquel.com

Poésie


Titre : Dépaysés
Auteur : Alain Boudet
Illustrations : Marion Broca
Editeur : Soc et Foc
Année de parution : 2 016

Un nouveau recueil d’Alain Boudet. De la joie en perspective. On ouvre avec gourmandise et les images de Marion Broca accueillent le lecteur avec légèreté, douceur et sérénité. En écho à ces poèmes répartis en quatre parties.
Alain Boudet est un flâneur, à l’affût des petits bonheurs du jour. Il les contemple avec un sourire et les écris… ça parait si simple qu’on en oublie le travail d’écriture. De l’idée au poème, du temps et de l’énergie, de la méditation, des essais de mots jusqu’à ce que le poème fuse, étonne et réjouisse.
L’écriture renouvelle l’être et le monde alentour.

Toute cette joie de vivre reste attentive aux douleurs de vivre. Qu’elles soient proches ou lointaines. Le poète n’a pas que des cailloux lisses en poche pour jalonner son chemin de Petit Poucet rêveur dont l’auberge est à la Grande Ourse ; il a aussi des gravats. Ceux d’Alep, en ce qui concerne ce livre. Un poème sur une ville meurtrie ne la re construira pas, certes ; mais il témoigne d’une solidarité, d’une prise en compte. On vit avec ces échardes, qu’on le veuille ou non, les dire et les partager, ça compte bien quelque part, sinon à quoi bon ?
Un poème, ça compte bien quelque part, sinon et depuis le temps que les poèmes nous accompagnent ils se seraient évaporés.
*
Il peut bien peu
le temps qui passe
Nous avons du bleu
Il peut neiger
il peut faillir
affabuler s’affoler
s’affaiblir s’affaler
et falsifier le vent des rêves
Nous avons
nous avons du bleu
nous avons du bleu dans nos poches.
© Alain Boudet – Petite suite bleue pour Lila dépaysés soc et foc

http://www.soc-et-foc.com/CAT_detail.php?id=112&PHPSESSID=d19f0dbdc87e274124d5cf6c415a70f1
*
Titre : Lame de fond
Auteur : Marlène Tissot
Editeur : La Boucherie littéraire
Année de parution : 2 016
J’ai ouvert le livre et dès le premier texte j’ai été happé. Jusqu’au bout. Sans halte. Sans pause. Connivence des vécus même si chacun demeure unique bien sûr. Surprises régulières des phrases, des images, des sentiments. Je sais déjà que je lirai et relirai ces pages, histoire de savourer des moments comme celui-ci (il faut bien en choisir un pour cette chronique, ne pas tout dévoiler mais donner envie) :
La paupière grise du ciel. Le chant des baleines de parapluie. Le dos rond des frissons sous la caresse du pull. Ce petit surplus de douceur qui aide à franchir les jours de pluie. Ici, on parle de grain. Ailleurs de folie.

Ces bonds du langage sur les ressorts de sens des mots, ces sensations. C’est vivifiant. Comme cet air du large qui vient de l’Ouest sur le dos du gulf stream et qui baigne le livre. Marlène Tissot nous emmène à Cancale, avec elle, respirer les marées, de se renouer, à la recherche non d’un passé sclérosé, antiquité de musée aux souvenirs, mais d’un passé fondateur ; d’une de ses vies. Car nous vivons plusieurs vies et parfois le besoin de les rassembler nous taraude jusqu’à, comme ici, traverser la France pour remettre sa main dans la sienne.

Un livre autour de la perte, autour du voyage, pèlerinage géographique d’un retour à une des origines mais aussi quête intérieure.
Décidément ce nouvel éditeur La Boucherie littéraire surprend à chaque fois !
http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/
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Titre : poèmes taillés dans la pierre
Auteur : Patrick Dubost
Editeur : La Boucherie Littéraire
Année de parution : 2 016

Voilà une démarche d’écriture qui me plait, qu’il m’est arrivé d’expérimenter aussi. En résidence d’écriture dans la Chartreuse Notre-Dame-des-prés de Neuville-sous-Montreuil, Patrick Dubost se met en silence. Il entre dans le silence de la Chartreuse, le grand silence ! Il se met à l’écoute. De tous ses sens. Se pose ici ou là. Déambule dans les couloirs, le cloître… Il vibre. Il devient le point d’accueil de chaque pierre, chaque herbe, chaque animal de ce lieu poli par le temps. Il reçoit les chants évaporés au fil des liturgies, surprend les ombres cligner de l’œil.
Les mots se déposent sur le papier, comme un goutte à goutte dans les cavernes. La géographie du poème épouse aussi les lieux : poèmes triangulaires. La voix prend le temps de la résonnance des salles : des espaces où peuvent rouler les échos, s’installer des silences.
Le poème interroge à la fois l’espace et le temps du lieu comme l’espace et le temps de l’homme qui écrit.

Un livre à lire et à s’imprégner pour accompagner le jour au pas des vivants.
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Titre : BBêtes
Auteur : Sophie Braganti
Dessins : Victor Lanneau
Editeur : Gros Textes
Année de parution : 2 016

Voici un bestiaire signé Sophie Braganti. Un bestiaire plutôt tourné vers les petites bêtes, les insectes y ont une grande place. Ils ont souvent des noms à titiller autant la langue que l’imaginaire et Sophie Braganti ne s’en lasse pas. Elle vole autour des mots, joue avec eux comme le moustique avec notre sommeil. Elle nous tire de notre léthargie de lecteur passif à grands coups de claques inventives, drôles et percutantes. On se dit après lecture que décidément la langue offre encore de belles Terra Incognita et il est bon que les poètes en soient les explorateurs insatiables.

Les dessins de Victor Lanneau sont d’une précision de toute beauté, envoutants. Souhaitons lui de rencontrer d’autres propositions chez le même éditeur ou d’autres…
http://grostextes.over-blog.com/
https://sophiebraganti.wordpress.com/
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Titre : Quotidiennes pour lire
Auteur : Georges Cathalo
Editeur : La Porte
Année de parution : 2 016

Fidèle au format de ses quotidiennes, Georges Cathalo s’interroge ici sur ce qui pousse à lire, à lire et à lire encore… ce qui pousse à écrire, écrire et écrire encore… et sur ces mots mystérieux qui nous inventent, nous tiennent et nous révèlent. De petits bijoux ciselés sur ces thèmes et qui poussent à la réflexion. J’en verrai bien quelques-uns en poème affiche dans les bibliothèques ou autres lieux (et dans ce cas dans des lieux un peu incongrus pour un livre…).
Les éditions de la Porte 215 rue M.Bodhuin 02 000 Laon, tirent artisanalement à 200 ex. Un miracle, un bonheur et un indispensable. Merci à Yves Perrine.

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Titre : Le chuchotis des mots
Auteur : Chantal Couliou
Illustratrice : Charlotte Berghman
Editeur : Les Carnets du Dessert de Lune
http://dessert-de-lune.123website.be/
Année de parution : 2 016

Un livre promenade. Des poèmes courts. Un plein d’images au fil de la lecture. On commence la ballade à l’école (Chantal Couliou est enseignante en primaire). Des instantanés de cour, de classe, d’émotions. Un regard plein d’empathie sur les enfants, plein d’humour sur les objets de la classe, les mouettes de la cour. C’est frais, apaisant et poignant.
On continue la promenade au bord de l’océan, à l’intérieur des terres. Une Bretagne que Chantal Couliou aime et qu’elle écrit à petites touches, à petits chuchotis. Puis on passe en ville. La ville aussi est vivante, comme l’école. Ce serait trop simple de ne trouver de la poésie que dans les vastes espaces naturels, non, Chantal s’applique à la dénicher au quotidien. A fixer sur le papier ces petites palpitations qui nous ramènent à l’essentiel, à ces petites haltes dans la course, ces brèves jubilations qui aèrent le cœur et l’esprit.
Lire Chantal Couliou, c’est apprendre à vivre sans bruit, à guetter le fragile, l’éphémère. Lire Chantal Couliou à l’école, c’est permettre aux enfants de découvrir qu’il existe un autre monde que celui des écrans et tout aussi, sinon plus, magique.
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Titre : Sous les fleurs de la tapisserie
Auteur : Marlène Tissot
Illustrations : Somotho
Editeur : Editions Le Citron Gare
Année de parution : 2 013

Est-ce qu’on guérit un jour de son enfance ? De nombreux poètes écrivent ainsi pour dire, comprendre, apprivoiser et que sais-je les cicatrices indélébiles que tes mots ont autrefois laissé sous ma peau. Ici, c’est de la mère dont il s’agit.
Certains demeurent par moments ou tout le temps cet enfant blessé, terrorisé : j’ai sept ans pour l’éternité et je pleure des rivières.
Une manière de résister aussi au monde des grands qui fige les rêves.
Cette résistance au monde adulte et bien pensant on la suit de poème en poème. La lecture tient en équilibre sur un fil
C’est juste la frontière entre mon imagination  et la réalité qui devient de plus en plus mince.
On connait tous cela. On se reconnait alors dans ces brisures de miroir. Ces instants fugitifs où l’on s’échappe, où l’on croit que… où on est ailleurs et autrement que son petit bout de gras quotidien.
Une écriture fine, juste et précise.
Un livre « Un livre prix CoPO 2015 ».
http://lecitrongareeditions.blogspot.fr/


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BD

Titre : Rouge Petite Princesse Punk
Auteur : Johan Troïanowski
Editeur : Makaka
Année de parution : 2 015
Rouge gagne ses lettres de noblesse dans un magnifique album cartonné grand format. On y retrouve la palette colorée de son auteur, son univers magiquopoétique tout en légèreté, rêverie et bonté. C’est bourré de références discrètes, petits clins d’œil bien agréables à surprendre. Chaque livre s’inscrit ou devrait s’inscrire dans une histoire, celle des livres, Rouge y réussit parfaitement.
Un tome 2 est en préparation… Un personnage et un auteur à suivre !
Un univers particulier, ça change des convenus.


Album

Titre : C’est fermé
Auteur : Duval Mc
Illustrations : Caroline Dalla
Editeur : L’initiale
J’ai croisé cet album au festival de Mouans Sartoux. Un peu avant l’ouverture. J’ai éclaté de rire. C’est rare qu’un album me donne cet éclat là. C’est drôle, simple et efficace. Je l’ai amené en classe. Succès. Dès que je le ramène chez moi, les élèves le réclament.
Bref, c’est excellent !

http://linitiale.fr/pages/3-collections/l-agreable.php#main

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Titre : C’est pas ça
Auteur : Duval Mc
Illustrations : Caroline Dalla
Editeur : L’initiale
Année de parution : 2 016

Comment le conteur s’embrouille… une salade, des hésitations… C’est drôle et sympathique. Ça fonctionne bien. Un livre, c’est pas forcément ennuyeux ni prise de tête et les histoires, c’est pas toujours des histoires. Un peu de fraicheur, ça irrigue les neurones.
A mettre dans toutes les bibliothèques jeunesse et autres bcd de la maternelle au primaire.
http://linitiale.fr/pages/3-collections/l-agreable.php#main
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Titre : Le chemin d’Antonin
Auteur : Catherine Leblanc
Illustrations : Audrey Pannuti
Editeur : éditions L’initiale
Année de parution : 2 014

Antonin n’a qu’une idée en tête (on la découvrira en fin d’album, y aller, et il y va d’un bon pas. Ce garçon a aussi un cœur énorme, il rend service à tous ceux qui lui demandent. Il ne sait pas dire non…
Une petite fable qui vient à point pour montrer au lecteur que si rendre service est  agréable et bon, savoir se centrer ce qui est important pour soi l’est également. S’aimer permet d’aimer.
Au quotidien c’est une question d’équilibre.
Un petit livre à lire en classe dès le ce1 et au-delà, histoire d’amorcer une réflexion commune et/ou personnelle.

http://linitiale.fr/pages/3-collections/philo-et-citoyennete.php#main


Roman
Titre : Empreinte digitale
Auteur : Patrice Favaro
Editeur : Editions Thierry Magnier
Année de parution : 2 016
Le George O’, un bar de quartier comme on n’en fait plus… dans ce futur proche qui ressemble déjà à notre présent. Un bar sans vidéo surveillance (pour votre sécurité), sans agent de sécurité ; juste un endroit où le patron vous appelle par votre prénom : Ramzi, un étudiant, par exemple dont les horizons se rétrécissent dans la première nouvelle de ce recueil de quatre (pour votre sécurité)…
Le patron prend sa retraite, le temps passe… le George O’ devient un squat, sorte d’ilot de résistance, militant, équitable et bio ; café philo et poésie… puis la Police le mure. Comme ça, c’est fini. Paris est quadrillé par des drones de surveillance à reconnaissance faciale.  Tout va bien, on continue la lecture : souriez, vous êtes filmés.
Le temps passe encore et la mémoire du monde s’informatise à tout va. Le bar du quartier rouvre ses portes sous le nom du G.O. et on va suivre l’ascension d’un jeune homme doué… Les ponts entre le passé papier et le présent numérisé sont rares mais existent encore sous contrôle, bien sûr. Les villes commencent à se terrer sous bulles : réchauffement et dérèglement climatique…
Et on approche de la fin de ce livre que tout cdi et toute bibliothèque offriront à lire aux lecteurs de tous âges tant les questions soulevées sont actuelles. Un livre à ranger sur la meme étagère que 1984, farenheit 451 de Ray Bradbury , Liv3 de Christian Grenier etc.
http://www.editions-thierry-magnier.com/9782364748071-l-patrice-favaro-empreinte-digitale.htm
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Titre : La tour de l’étoile
Auteur : Emmanuelle Delafraye
Editeur : éditions du Jasmin
Année de parution : 2 016

Un autre monde. Un enfant. Un oncle. Et le va et vient de l’un à l’autre. Avec une quête à trois épreuves. De l’océan. Tous les ingrédients et la fiction prend le lecteur. Un voyage initiatique d’où le héros (et le lecteur) sort grandi !
Une histoire, « j’aime qu’on me raconte des histoires » m’avait dit un jour un ado à Montreuil. Emmanuelle raconte une histoire et nous embarque à bord de l’Hirondelle des Mers ! Laissez-vous embarquer à votre tour !
Un beau cadeau à faire ou à se faire en prévision des après-midi d’été.