Service de presse n°39

 

Traversées a reçu :

Les recueils suivants :

  • Armand Niquille, artiste-peintre au cœur des cicatrices

Claude Luezior, biographie, 249 pages, éditions de l’Hèbe, Chemin du Lac 39 à 1637 Charmey, Suisse.

www.lhebe.ch

Claude Luezior fut l’élève admiratif puis devint, au cours des décennies, l’un des amis proches du peintre Armand Niquille. Maître ès vie, celui-ci lui ouvrit son monde intérieur, mais aussi ses origines, son parcours de vie, ses cicatrices à l’extrême faille de l’art.

L’un (son nom civil est Claude-André Dessibourg) devitn médecin envahi par l’écriture. L’autre, enfant illégitime au pied de sa croix, continua de visser ses Christs sur des toiles à sa démesure. Tous deux complices à la recherche d’Essentiel.

Armand Niquille est un peintre majeur, issu de rien (il signa même Nihil), mais issu d’une très grande et noble famille. Refoulé du château de son père, caillassé par les gamins de sa rue Marcello, du nom de sa lointaine alliance, ordonné artiste par un moine, farouchement solitaire, il connut Balthus et le foisonnement culturel fribourgeois où publièrent maints écrivains prestigieux, tels Claudel, Maritain, Pierre Emmanuel, Mauriac, le cardinal Journet ou Pierre Jean Jouve, pendant la deuxième guerre mondiale. Comme Claude Monet à Rouen, il peignit cent fois sa cathédrale, guettant la lumière qui s’accroche et se transforme, la couleur qui se tord et ruisselle. S’il était monté à Paris, à l’instar de Giacometti qu’il a fréquenté, sans doute serait-il reconnu comme un très grand de la peinture du XX ème siècle.

Cette biographie est basée sur maints entretiens, témoignages et documents originaux, y compris ceux de cette mystérieuse Anne qui chercha, toute sa vie, ses véritables origines pour abouter en l’atelier du peintre.

Ses nus, portraits, natures mortes, allégories et scènes mystiques ainsi que ses Fribourg prirent une place considérable dans l’espace culturel de cette ville d’art et d’histoire. Comparé à Rouault ou à Cézanne mais singulier et autodidacte, longtemps indigent, Niquille, hanté par une sorte de phobie sociale ou d’autisme Asperger, resta à rebrousse-poil des galeries, cénacles et coteries, des réseaux commerciaux et des petits fours : il ne voulait pas briller mais veillait sur sa flamme secrète.

  • Ces douleurs mises à feu

Claude Luezior, poésie ; prix de poésie 2015 Yolaine & Stephen Blanchard ; éditions Les presses littéraires ; collection Florilège ; 2015, 55 pages.

  • Cristal fragmenté

Luc Renders, recueil, 136 pages, 2013, Bruxelles.

Que faire des aspirations, des émotions qui étreignent les cœurs ? Comment tromper l’ennui dans la monotonie sinon par l’exubérance des sens, l’attraction des records, et d’explorer tous les recoins qui sont à portée de main ? Pourtant la spiritualité est essentielle pour les hommes qui ne trouvent pas dans les dictionnaires, dans les idéaux politiques, dans les structures institutionnelles, même religieuses, de réponses à leurs questions profondes sur le Sens.

Le XXI ème siècle sera-t-il toujours spirituel ? En fait, les civilisations creusent toujours des sillons dans la terre comme le font les fleuves, et ce depuis des temps immémoriaux. Peut-être, pour le siècle à venir, doit-on s’attendre à nouveau à des furies collectives comme expression religieuse pour apaiser l’angoisse de l’errance, à des révolutions sanglantes des peuples exploités pour se libérer du joug du monde financier, ou à des réveils sporadiques qui tentent d’ébranler les édifices cimentés pour éviter l’enlisement de leur conscience ?

Pour ma part, il me reste les images poétiques pour traduire, imparfaitement, le sillon que je creuse dans cette terre, tout en y cultivant les graines de Sagesse et d’Amour qui m’ont été confiées.

  • Le crocodile et la sac à main et autres poèmes pour petits et grands enfants

Dominique Gauthier, 8 pages, Clapas, collection Franche Lippée, 2014.

  • Détail d’intérieur

Basile Rouchin, poésie ; Interventions à Haute Voix ; 2015, 80 pages.

  • Dieu nous a plantés et les pierres nous regardent

Christophe Liron, 8 pages, Clapas, collection Franche-Lippée, 2014.

  • L’exil et la présence

Michel Santune, poésie, 34 pages, Orthez.

  • Fenêtres sur cœurs

Marie Bruyns, nouvelles ; éditions Traverse ; collection Lentement ; 2014, 168 pages.

« Mille façons d’aimer. Parfois, ça marche.

Une grand-mère se rebelle, des frères et sœurs se perdent ou se trouvent, un chasseur solitaire se révèle inlassable, un médecin se sauve d’une période glaciaire, une amazone, type executive woman accepte (enfin) le hasard, une Belle au Bois dormant se réveille, un vieil homme retrouve (peut-être) son amour d’enfance, un jeune Goguenard se laisse convertir à la vie de famille. En ordre dispersé, tous ces cœurs ballotés par la vie, drôles ou pathétiques, cherchent à se réchauffer.

Chaque nouvelle ouvre une fenêtre sur ces vies fragmentées de notre temps où l’amour est bancal et son désir toujours plus intense.

Marieu Bruyns a exercé comme médecin à Oran (Algérie), puis gynécologue à Bruxelles et médecin humanitaire depuis 1994. Jeune, elle pratique l’écriture « pour soi » et envoie d’innombrables lettres lors de ses fréquents voyages. Elle note, rapporte, « vole » ce que le hasard lui offre… En 2011, elle publie, chez Couleur livres, dans la collection Je, une suite de récits ramenés de « là-bas », « Le rire de Shéhérazade » (avec l’aide du Fonds national de la littérature).

  • Feu de tout bois

Jeanne Champel Grenier, poésie, 2015, 52 pages.

« J’écris toujours

Comme on écrit dans le Sud

En humant les parfums

Soupesant les rondeurs

Avec soif et tendresse

Ce besoin de douceur et de sucre immédiat

Que l’on cherche toujours dans un melon bien mûr

Dont on goûte l’espoir dès la première tranche…

Que de fruits rejetés trahissant leur promesse

Pour un seul dont on puisse conserver la graine !

J’écris aussi

Avec la peur au ventre d’un excellent fruit

Qui a mille chances de rouler dans l’oubli »

  • Illusions et autres poèmes

Michel Cassagne, 8 pages, Clapas, collection Franche Lippée, 2015.

  • Images

Charles Viquerat, poésie ; prix de poésie 2015 Yolaine & Stephen Blanchard ; éditions Les presses Littéraires ; collection Florilège ; 2015, 47 pages.

  • Mon cher ami

Christine Van Acker, roman, Les déjeuners sur l’herbe asbl, 2015, 145 pages.

L’auteure :

Christine Van Acker navigue librement d’un genre à l’autre (poésie, roman, nouvelles, théâtre…), dans un bercement doux-amer empreint d’audace, de rêveries, d’espièglerie, et de rébellion contre tout ce qui tend à nous détourner des voies de l’humanité. Elle est « drôle sans être méchante, caustique sans être cynique » aux dires de Jérôme Garcin. Bien qu’elle aime jouer avec la matière des mots, elle se méfie de ceux, nombreux à notre époque, dont on détourne le sens à nos dépens. Cette « grande oreille » réalise également des documentaires, des fictions radiophoniques, et anime des ateliers d’écriture.

Le roman :

Pour Hubert, les jours se déroulent au rythme de ses balades à cheval, dans une ancienne forge à travers laquelle ne résonnent plus les échos du labeur des ouvriers, un vaste domaine où il habite seul.

Pour Guillaume, un adolescent de la cité, le vélo sur lequel il pédale à toute allure lui permet d’aller respirer un air autre que celui de la précarité grandissante dans laquelle, lui et ses parents, tentent de survivre.

Un jour, distrait, le jeune garçon pénètre dans la propriété du vieil aristocrate.

Guillaume, le petit prince fauché, et Hubert, le contemplatif au verbe châtié, vont apporter l’un à l’autre le petit bout de planète qui leur manque.

Ici, pas de mouton à dessiner, ni d’avion à réparer, juste un cheval, quelques vaches, un chat, et une vieille bicyclette.

C’est l’histoire d’une rencontre émouvante et drôle d’un jeune garçon sans le sou et d’un vieil homme riche… qui s’apprivoiseront de très jolie façon. Enfin un peu de tendresse dans ce monde de brutes !

Le texte vous prend par la main et sans vous en rendre compte vous emmène jusqu’à la dernière page : c’est ça, la vraie magie d’un récit.

Un extrait à découvrir sur :

http://www.lesdejeunerssurlherbe.com/mon_cher_ami.html

  • La poésie contemporaine

Recueil 2015 ; préfacé par Ellen Fernex ;

Dissidences

Recueil de poèmes 2015 ; préfacé par Patrick Lefèvre

éditions Les presses littéraires ; collection Florilège ; 2015.

  • Pour quelques becquées de lumière, Journal 2013.

Albert Strickler, Le chant du monde, 2014, 434 pages.

« Lire Albert Strickler, c’est avant tout cheminer avec lui dans son errance poétique, découvrir « les idées qui l’assaillent en légion » et suivre le « chemin de joie et de surprises » qu’il a balisé avec des points « d’acclamation » !

Albert Strickler signe un ouvrage incontournable, servi par une écriture de dentelle, qui devient vite livre de chevet tant il est stimulant et peut constituer un antidote à la morosité ambiante. (…) Le lecteur ne quittera son journal que … pour y revenir constamment » (Nadine Doyen, Traversées)

« Le ressort d’Albert Strickler ? La joie. Une euphorie existentielle qui prend sa source dans la conscience de cette « incroyable précarité qui donne sa valeur aux choses » et dans cet accord avec ce qui ne se tient pas pour inutile ou vain à travers des générations, infiniment reproduites ou brisées, d’humains jetés au monde (…)

Ecrit selon une technique mixte où les aphorismes tutoient les poèmes, son journal kaléidoscopique se contracte et projette comme des bouquets d’étoiles dans un souffle de ferveur créatrice. Autant de vagues de vie pour aviser encore et toujours l’émerveillement d’être – et d’avoir, à chaque mot, tout l’univers à exprimer ». (Michel Loetscher, L’Ami hebdo)

Avec Pour quelques becquées de lumière, Albert Strickler poursuit l’aventure de son Journal au quotidien. Si ce nouveau volume est fidèle aux ingrédients qui caractérisaient ceux des années précédentes, le livre d’heures de 2013 n’en a pas moins sa tonalité et ses couleurs propres. Et celles-ci sont dominées par la figure de Commandeur du Temps lui-même. Un personnage principal qui se voit néanmoins réduit à ne plus jouer qu’un second rôle à partir de l’automne où la mort de la mère vient l’éclipser. Mais le choc de ce deuil brutal ne résiste pas longtemps à la joie irrépressible du poète qui reprend vite ses droits au service de ce perpétuel hymne à la vie que constitue plus que jamais le Journal de Tourneciel !

  • La Traversée aveugle

Roger Gonnet, poésie ; éditions du Petit Pavé ; collection Le Semainier ; 2010, 77 pages.

Les revues suivantes :

  • La braise et l’étincelle,

n°119, 15 septembre 2015

Journal bimestriel indépendant au service de la francophonie (membre de l’Union des Poètes francophones)

Arts – lettres – poésie – échos

7/2, rés. Marceau-Normandie, 43, avenue Marceau à F-92400 Courbevoie ;

yvesfred.boisset@papas.info

http://yves-fred.over-blog.com

(Annie et Yves-Fred Boisset)

  • Cabaret 

(# 15, automne 2015 : Histoires d’eau, avec Estelle Cantala, Anne Hupé, Barbara Le Moëne, Bénédicte Montjoie, Clara Regy, Muriel Sendelaire ; chorégraphie : Barbara Le Moëne).

31, rue Lamartine, F-71800 La Clayette.

revue-cabaret@laposte.net

(Alain Crozier)

  • Chronique des musées gaumais

2ème et 3ème trimestres 2015

Bulletin d’information trimestriel

Musées Gaumais asbl Société Royale – Virton – Montauban – Montquintin – Latour, 38-40, rue d’Arlon à B-6760 Virton

courrier@musees-gaumais.be

www.museesgaumais.be

(Didier CULOT)

  • Le Coin de table

n°64, novembre 2015 ; Jacques Charpentreau, Société des Poètes Français, 16, rue Monsieur le Prince à F-75006 Paris ;

lamaisondepoesie@gmail.com

Entendre la poésie : Henri Suhamy : Quelques réflexions vagabondes sur la syntaxe poétique ; Mathilde Martineau : Sarah Bernhardt « dans les nuages » ; Jacques Charpentreau : Les Parnasses de Leconte de Lisle ; Jehan-Richtus, poète des Soliloques ; Les Verbics de Michel Schmidt ;

Poèmes : Jean-Marie Alfroy ; Louise Alméras ; Daniel Ancelet ; Henri Bartoli ; Marek Battero ; Michel Beaugency ; Jean-Michel Boulic ; Michel Calonne ; Daniel Cuvilliez ; Tristan Derème ; Bernard Lallement ; Pierre Lexert ; Jean-Luc Moreau ; Georges Saint-Clair ; Robert Vigneau ; Youri ;

Chroniques : Sidoine Apollinaire et les barbares ; André Mage de Fiefmelin ; Correspondance de Pierre Louÿs et Georges Louis ; Alain-Fournier ; Sylvoisal ; Silvius, Gazette rimée : Triolets de l’automne ;

  • Comme en poésie

(n°64, décembre 2015, 84 pages A5

Revue trimestrielle de poésie

2149, avenue du Tour du lac à F-40150 HOSSEGOR

j.lesieur@orange.fr

http://perso.orange.fr/jean-pierre.lesieur

(Jean-Pierre LESIEUR)

  • Florilège

(n°160, septembre 2015 et 161, décembre 2015 ; revue trimestrielle de création littéraire et artistique ; Stephen Blanchard, Maison des Associations « Les poètes de l’Amitié », revue Florilège, boîte H1, 2, rue des Corroyeurs à F-21000 Dijon.

redacflorilege@gmail.com

  • Le Gletton

(n°471, 20 pages ; n°472-473 : Chemins de traverse : Chiny ; mensuel de la Gaume et d’autres collines)

28, rue Saint-Martin à B-Villers-sur-Semois ;

micheldemoulin@yahoo.fr

(Michel Demoulin)

  • Inédit nouveau,

n°277, novembre-décembre 2015 ; 32 pages A4 ;

avenue du Chant d’Oiseaux, 11 à B-1310 La Hulpe

0032 2 652 11 90

(Paul Van Melle)

  • Libelle

(n°270, septembre 2015, 6 pages A5 – Mensuel de poésie

14, rue du Retrait à F-75020 PARIS

pradesmi@wanadoo.fr

http://www.myspace.com/michelprades

(Michel PRADES)

  • Microbe,

n°92, le vermisseau chez les pachydermes, novembre-décembre 2015

ericdejaeger@yahoo.fr

(Eric Dejaeger)

  • Plumes et pinceaux,

N° 131, septembre 2015, Arts et poésie, Nelly Hostelaert, B-7330 Saint-Ghislain ;

franz.nelly@yahoo.fr

(Nelly Hostelaert)

  • Reflets Wallonie-Bruxelles

n°45, juillet à septembre 2015 ; organe officiel de l’Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie ; Joseph Bodson, 109, rue de la Mutualité à B-1180 Bruxelles ; articles et chroniques

joseph.bodson@skynet.be

www.areaw.org

(Joseph Bodson)

  • Rose des temps

Revue de l’association Parole & Poésie ; prix de la presse poétique 2012 de la Société des Poètes Français

(sixième année, n°22, été 2015 : René Tavernier ; Yvette Llères-Bonnaric ; Thierry Sajat ; Gérard Paris ; Nicolas Saeys ; Gabriel Eugène Kopp ; Louis Savary ; Patricia Mazur ; Jean-Daniel Girard ; Howard Mac Dulinthe ; Claude Prouvost ; Olivier Millot ; Francine Bonnemain ; Françoise Tchartiloglou ; Guy Vieilfault ; Aumane Placide ; Patrick Picornot)

12, rue Théophraste-Renaudot à F-75015 Paris

parole.et.poesie@gmail.com

(Patrick Picornot)

  • Septentrion, Arts, Lettres et Culture de Flandre et des Pays-Bas,

(44ème année, n°4, déc embre 2015 : revue éditée par l’institution culturelle flamando-néerlandaise « Ons erfdeel vzw » … beaucoup d’articles et chroniques très fouillés)

Murissonstraat 260 à F-8930 Rekkem.

+32 (0) 56 41 12 01

www.onserfdeel.be

www.onserfdeel.nl

http://septentrionblog.onserfdeel.be

(Luc Devoldere)

  • Spered Gouez

L’esprit sauvage ; n°21, Centre culturel Breton Egin Ti ar Vro, 6, place des Droits de l’homme à F-29270 Carbaix-Plouguer, sous la direction de Marie-Josée Christien

(Michel Hellequin)

La poésie ramène sa science : Basarab Nicolescu, physicien quantique et poète ; René Rougerie et la Bretagne (1926-2010) ; Une lettre inédite d’Armand Robin ; Claire Fourier, en corps à corps avec le verbe…

  • Traction-Brabant,

n°65, Association Le Citron Gare, Résidence Les Jardins de l’Abbaye, 1er étage, 12, rue de l’Abbaye à F-57000 Metz

p.maltaverne@orange.fr

(Patrice Maltaverne)

 

Osez l’aphorisme !

 

Un vocable savant pour quelque chose qui l’est beaucoup moins, l’aphorisme est essentiellement ludique. 

Comme l’on s’en doute, cela vient du grec : « aphorismos » qui signifie définition. 

Mais le sens a évolué : « courte maxime », nous dit le Larousse encyclopédique. 

« Un énoncé autosuffisant » qui « peut être lu, compris, interprété sans faire appel à un autre texte », explicite Wilipédia qui propose « sentence » comme synonyme. 

Bref, l’aphorisme est indispensable, puisqu’il ne sert à rien (ce qui, en soi, est déjà un aphorisme !)… sinon à relativiser, à vous divertir. Il a été pratiqué de tous temps. En particulier par les poètes et les philosophes. Plus près de nous, par un Prévert. Et chez nous, par les surréalistes : Louis Scutenaire dans ses Inscriptions, Achille Chavée dans ses Décoctions… Du cher Achille, «Chassez le naturel, il revient à vélo» ou «Je suis un vieux peau-rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne»… On attend les vôtres !

La revue Traversées prépare un numéro spécial consacré aux aphorismes.

Dans ce cadre, un appel à contributions est lancé : maximum 10 aphorismes par personne.

Les meilleurs textes seront publiés dans le numéro spécial de la revue Traversées consacré aux aphorismes.

Intéressé(e), vous pouvez faire parvenir vos textes avant le 30 avril 2016 à francis_chenot@yahoo.fr 

Philippe Jaenada, La petite femelle ; Julliard (714 pages – 22 €)

Chronique de Nadine Doyen

9782260021339Philippe Jaenada, La petite femelle ; Julliard (714 pages – 22 €)

Après Sulak, biographie romancée d’un braqueur plein de panache, Philippe Jaenada affiche une fascination pour les faits divers et ces êtres qui ont défrayé la presse, les médias, au point d’en faire à nouveau son personnage central.

Un titre qui impose un éclairage. Qui est Pauline Dubuisson (11/10/27 – 22/09/1963), figure marquante qui a inspiré d’autres écrivains précédemment ?

N’a-t-elle pas aussi impressionné l’adolescent Patrick Modiano quand il la croisa ?

Dans le prologue, l’auteur justifie sa gigantesque entreprise : rétablir la vérité, puisque ce qu’il a lu, entendu est « plus faux que faux », a été déformé.

Coup double, en réhabilitant quelque peu sa figure centrale, intelligente, cultivée, et belle, qualifiée par Alphonse Boudard de « surdouée sauvage ».

L’auteur retrace l’enfance de Pauline, son éducation aux côtés de son pygmalion de père. Vient sa métamorphose en une bombe « sexuelle ». La traversée de la guerre a engendré sa vocation de soigner, puis de devenir médecin. Étude reprise en 1941,bac en poche, dans un contexte peu favorable (les bombardements anglais s’intensifient ; elle est victime de la rumeur d’avoir couché avec les boches, d’un viol collectif), sans compter les déménagements successifs. Les innombrables adjectifs attribués à Pauline, titres de chapitres, sont édifiants, résumant les facettes sous lesquelles elle est perçue : de « légère, perverse, souillée, hystérique, tondue… » à « cérébrale, comédienne, simulatrice, traquée… » et même « sans coeur et méchante », tant sa vie a été chaotique. Le portrait de Pauline, « la pin-up de la fac », se complexifie de façon chorale. Sa logeuse, Eva Gérard, relate, en la trahissant, ses relations amoureuses dont celle avec le plus beau parti de la fac : « Félix Bailly ». L’auteur autopsie cette idylle et nous laisse deviner une tension croissante entre Paulette (comme elle se fait appeler) et Félix. Dévergondée, « la petite femelle » ou « plus cérébrale que sensuelle » ? Imprévisible, surtout et difficile à cerner.

Le récit se focalise sur cette liaison tumultueuse et son délitement. Félix, qui avait occulté les mises en garde de ses parents et amis va commencer à ouvrir les yeux et voir en Paulette « une demi-folle », « un démon », « une ravageuse » et même « une cinglée ». En résumé, une femme qui ne peut lui convenir « comme un couvercle à un pot ».

La tension atteint son paroxysme après la lettre de rupture envoyée par Félix et la révélation de l’existence de Monique, cachée au début. Les réactions de Pauline, son achat d’un pistolet, le flacon de cyanure, laissent préfigurer le pire. Suspense encore étant donné sa traque de Félix et les menaces proférées à son encontre.

Devenue « une épave », va-t-elle se suicider ? Est-elle capable d’éliminer son ex-amant? Ou au contraire rebondir en s’investissant plus dans son travail ? Peut-elle éradiquer son passé sulfureux avec des Allemands, son humiliation d’avoir été tondue, cause de son maelstrom intérieur, de ses non-dits ? Sa rencontre avec Bernard Legens marque un tournant dans sa vie amoureuse. Beaucoup de lettres exaltées échangées, avant de réaliser qu’elle ne l’aime pas.

Le narrateur continue à nous maintenir dans la rétention d’information. Toutefois, les mots « crime, procès » retiennent l’attention du lecteur et aiguisent sa curiosité. Puis sa logeuse, Eva Gérard fait allusion au « drame ».

Au chapitre 31, les coups de feu résonnent, Félix s’écroule. Le destin de Pauline bascule et la propulse à la case prison. Si le procès retentissant, qui débute le 18 novembre 1953, a enflammé la France, il passionne aussi le lecteur. Elle aura sauvé sa tête, mais se voit « condamnée aux travaux forcés à perpétuité ». Durant son incarcération, Pauline montre un nouveau visage : « noblesse de sentiments ».

En s’exilant au Maroc, en changeant d’identité, réussira-t-elle sa renaissance ?

N’est-elle pas « attentionnée, douce » pour les patients ? Plus attachante ?

Le récit se ramifie, Philippe Jaenada s’intéressant aux conséquences pour les parents de l’assassiné et de la meurtrière et également aux compagnes croisées en prison.

L’auteur brosse un tableau de la prison d’Haguenau où sévit « une discipline drastique ». Ce qui force l’admiration envers cette protagoniste, c’est son opiniâtreté à décrocher son diplôme de médecin, sa réussite à d’autres examens.

A travers son héroïne, l’auteur explore la passion destructrice, les intrigues de coeur, gangrenées par le mensonge, l’hypocrisie, et le statut de la femme libre qui ne veut pas être cantonnée à la cuisine. Les étudiants donnent des portraits d’elle diamétralement opposés, tout comme les nombreux témoignages recueillis pour le procès. La voilà considérée comme « une hyène », accusée d’avoir commis « un carnage de bonheur ». Serait-elle incapable d’aimer et d’être aimée ?

Philippe Jaenada, «  tapir enragé » nous livre ses constatations, ses hypothèses, ses déductions, résume les points essentiels après avoir passé au crible la presse qui a divulgué le fait divers, parfois brodé autour pour doper les ventes. Il pointe également le manque d’exactitude historique d’ouvrages antérieurs qui prétendent offrir « un récit fidèle ». Il commente le journal intime de Pauline. Les extraits des journaux d’un prêtre , d’un résistant témoignent de la violence, des exactions.

Il nous fait partager son « work in progress », ses surprises grâce à internet, « un truc dingue » lui permettant de retrouver des traces des personnages cités dans les rapports, susceptibles d’avoir connu Pauline. Il recueille les témoignages de Lucette, sa « voisine du bistrot d’en bas » qui a vu des femmes subir la tonte.

Philippe Jaenada déroule en parallèle la vie de Pauline et le contexte historique : occupation allemande, le mur de l’Atlantique, les bombardements alliés.

C’est ainsi qu’il fait allusion au tragique destin de Charlotte Salomon, en octobre 43, peintre méconnue que David Foenkinos a sortie de l’oubli avec Charlotte.( 1)

Lire Philippe Jaenada, c’est s’accommoder de sa propension aux digressions, de ses anecdotes sur sa vie (souvenirs de ses premiers émois amoureux, de son Prix de Flore, d’une réservation de table à NewYork), de ses parenthèses, distillant son point de vue ou se dévoilant : « on n’est pas de bois ». Ainsi il fait un détour par Troyes, où fut créée « la culotte Petit Bateau ». Il décline la vision des femmes chez Nietzsche, auteur qui a laissé son empreinte chez Pauline. Il livre une réflexion sur le French kiss. Il veille à glisser une note d’humour dans ses apartés pour plus de légèreté.

En bonus, un brin d’exotisme, en évoquant Essaouira, où Andrée fait son internat et d’où Julien Blanc-Gras, écrivain voyageur (3) écrit à Philippe Jaenada que « le vent de l’Atlantique nettoie ton âme pour la peindre dans le bleu de l’océan ».

Les dates, qui ponctuent le récit, renvoient parfois l’auteur à ses propres souvenirs ou à des événements du moment comme la naissance de Janis Joplin en 1943, 15 mars 1954, la publication de Bonjour tristesse, juillet 59, le décès de Billie Holiday.

Il apostrophe son lecteur tissant un rapport de complicité, sorte de « marché secret, à l’insu des personnages » pour Amos Oz. Il est inattendu de se voir proposer du coca ou une anisette, souhaiter bon appétit ou de croiser le frère de Laure Manaudou. Brigitte Bardot est mentionnée car elle a incarné une héroïne, qui emprunte des pans de la vie de Pauline, dans La vérité de Clouzot. On aurait envie de demander à l’auteur : A quand le « court traité de comparaison raisonnée entre les pâtes et l’amour » ? A quand « Le Manuel de sagesse et de tolérance de tonton Philippe » ?

Lire Philippe Jaenada, c’est découvrir un langage fleuri, des tournures inattendues : «  La malédiction se frottait les pattes », « c’est une autre paire de bas », « se brosser l’hermine ». Des comparaisons singulières : « plus triste qu’un parpaing », « mobile comme une armoire à glace », « La malédiction se frottait les pattes ».

On ne pourra pas qualifier ce roman de « flou (à la David Hamilton) », mais au contraire de foisonnant. La table des matières est une aide précieuse. D’une histoire « ordinaire » Philippe Jaenada en fait un récit extraordinairement réussi, précis, aussi captivant que Sulak, Prix d’une vie 2015 et Prix des Lycéennes de ELLE 2014.

Saluons le travail colossal, fouillé, effectué pour réunir toutes les informations contenues dans cet ouvrage de fort tonnage. La copieuse bibliographie en atteste. Quant à l’auteur, se ferait-il « l’avocat de la diablesse », en plus de nous émouvoir ?

Ne dénonce-t-il pas la misogynie de l’époque ? Au lecteur d’en juger.

Philippe Jaenada signe une excellente étude qui nous plonge, en quarante-six chapitres, au coeur de la vie de Pauline Dubuisson jusqu’à sa destinée pathétique, au Maroc, avec en toile de fond l’occupation allemande, puis la libération de Dunkerque.

Une enquête époustouflante à la hauteur de la vie cabossée de Pauline Dubuisson.

 

©Nadine DOYEN

(1)de David Foenkinos : Charlotte avec des gouaches de Charlotte Salomon, sorti en octobre 2015, collection Beaux livres, Gallimard. (296 pages – 29€)

… et aussi le roman de David Foenkinos, Charlotte, Gallimard (221 pages – 18,50€)

(2)Vie ou théâtre ? De Charlotte Salomon, Le Tripode-(840 pages – 95€)

(3) Julien Blanc-Gras, auteur de Touriste, In utero, Au diable Vauvert (192 p – 15€)

Thierry Radière, Poèmes géographiques, Le pédalo ivre, collection poésie, octobre 2015, 98 pages, 10€.

Thierry Radière, Poèmes géographiques, Le pédalo ivre, collection poésie, octobre 2015, 98 pages, 10€.

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Poèmes géographiques, au pluriel. Pourtant ma lecture m’a laissé l’impression d’un unique et long poème se lisant dans un seul et même puissant élan. Aucune virgule, seuls quelques points ponctuent le rythme de l’histoire, des histoires, vies qui se nouent et se dénouent entre les Ardennes et les Landes, entre passés et présents.

Thierry Radière grâce à la fluidité de ses textes, au naturel et à la sincérité de son style partage avec son lecteur ses géographies, ces endroits où le souvenir s’arrête pour interpeller parfois de questions insolubles la personne qu’incessamment nous tentons de construire.

Au fur et à mesure, à la manière des flux et des ondes qui font et défont une rivière, les phrases inventent leurs propres temps de pause. Nids dans lesquels la vie couve notre âme, points de repères nécessaires à la progression. Au milieu de la phrase, entre les mots liés les uns aux autres surgit un temps d’arrêt infime. Là où on ne l’attend pas, la respiration du poète et celle du lecteur s’installent le temps d’une étincelle. Subtilement, le poème instaure les lieux de vérité. Le poème se démultiplie sous l’effet des voyages dans le temps, dans l’espace que rendent toujours possible nos facultés aux rêves, à l’écriture.

Penser c’est voyager, c’est visiter ces lieux multiples qui finissent par ne plus exister que dans nos souvenirs, dans notre esprit avec la même ferveur qu’une réalité tangible et quotidienne. Les poèmes géographiques comme autant d’étapes intermédiaires dans une vie permettent la progression. L’écriture de notre vie ne passe pas que par l’abandon et l’oubli bien au contraire elle se construit grâce à la belle et sensible acceptation de ce qui nous arrive. La poésie en ses multiples lieux et aussi ceux de nos enfances, grâce à ses géographies, ses différents visages nous permet d’exister. D’être là quelque part finalement pas si loin que ça de l’enfant, de l’adolescent que nous n’avons peut-être jamais cessé d’être.

Voici quelques fragments choisis au fil de ma lecture, je ne résiste pas au plaisir de les partager afin susciter d’autres lectures des Poèmes géographiques de Thierry Radière.

« Un jour quand ils seront partis

ou que le temps aura effacé

les routes du passé dans ton coeur

alors tu pourras y revenir

sans craindre de tomber nez à nez

avec les monstres bien pensants. »

·

« nous nous reconnaissons

dans les mêmes mots qui nous vont si bien »

·

« Nous sentions notre existence

sortir de la terre et s’exposer

au soleil(…) »

·

« nos coeurs comme des chatons

abandonnés donnaient de gentils

coups de pattes au moindre

mouvement de feuille devant leurs yeux.

Dans les Landes on aurait envie

de revenir avec la mer dans son lit

et de laisser les vagues faire leur travail

avec nos rêves juste le temps d’une soirée. »

·

Thierry Radière fait partie des auteurs de Traversées puisque ses textes paraîtront dans le numéro de décembre.

Le pédalo ivre, collection poésie, Maison d’édition.

©Lieven Callant

Jean-Luc WAUTHIER nous a quittés…

Jean-Luc Wauthier

Jean-Luc Wauthier

Les plus grands poètes sont ceux qui vont jusqu’au bout d’eux-mêmes. C’est ce qu’a fait durant toute sa vie Jean-Luc WAUTHIER, cet auteur au chant de haut vol qui devait malheureusement s’éteindre en mars dernier, à Sart-en-Fagne, à l’âge de 64 ans.

À côté de son œuvre abondante embrassant avec un égal bonheur le roman, la nouvelle, l’essai, y compris des centaines d’articles, de conférences ou de textes de présentations qui lui auront permis de mettre en relief toute la richesse de notre littérature, cet ancien président du centre belge de l’Association des Critiques Littéraires se dépensait sans compter dans diverses autres instances culturelles telles que la Maison internationale de la Poésie, l’Association des Écrivains belges de langue française ou encore « Le Journal des Poètes » dont il assumait le poste de rédacteur en chef.

Membre du Fonds national de la littérature depuis de nombreuses années déjà, il était titulaire, entre autres, des Prix de la Ville de Charleroi (1975), Nicole Houssa (1976) et Émile POLAK (1986) de l’Académie, ainsi que Lucian BLAGA, décerné en 1998 par le Centre Culturel Roumain pour l’ensemble de son œuvre.

Vigneron et musicien dans l’âme, il savait tirer parti des caractéristiques de ses centres d’intérêt pour les appliquer en humble artisan qu’il était au niveau de son écriture, toujours délicate, souvent raffinée, mais sans excès, considérant celle-ci à la fois comme une nécessité intérieure et, pour reprendre une formule de S. Fumet, qu’il citait volontiers, « une faille dans la satisfaction de soi ».

Après avoir brillamment terminé sa carrière professionnelle en tant que professeur de littérature à la Haute École Paul-Henri SPAAK, il venait de publier l’an dernier un roman, « Les tablettes d’Oxford » et un nouveau recueil de poèmes : « Sur les aiguilles du Temps ».

Aujourd’hui comme demain, nous n’entendrons plus sa voix enjouée, mais celle, infiniment moderne, de la musique de ses vers, elle, continuera encore pendant longtemps, c’est certain, de nous interpeler.

L.S.