Un article de Monsieur JJ Guiot pour L’avenir.

Un article de Monsieur JJ Guiot pour L’avenir.

Réponse judicieuse
Ce dont un poète parle importe moins que ce qu’il tait.
Ce qui a brûlé dans l’âtre importe moins que les bûches opaques, denses, noires, qui restent au milieu des flammes.
Ce sont elles dont la sève sifflera, chantonnera, craquera aux premières caresses de la salamandre !
Elles diront les souvenirs circulaires de tellement d’années d’une vie de chêne ! Les nœuds de leurs cœurs résisteront.
Ce qui est poésie dans les troncs printaniers, dans l’humus, dans les pierres, est irréductible même à l’irradiation solaire.
Insaisissable chant en langage d’oiseau, cœur dur comme celui des anges, il y a tout au fond du poème un cristal chiffré qui ne se livre pas.
Que ce soit un rubis brillant d’amour, l’aigue marine des mélancolies, l’améthyste couleur de chagrin, l’émeraude féconde, à la croisée des rayons infinis l’origine est muette.
Ce n’est pas espoir, ni désespoir, que tait le poète…
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https://xavierbordes.wordpress.com/2012/03/21/fanatiques/
Fanatiques
La nuit du dieu unique s’étend sur l’esprit des Égarés, les éblouit puis les laisse aveugles, leurs pensées murées comme des mouches dans ces chambres noires où seule une lueur de sang réveille des clichés.
Chaque geste les consume ainsi que branche sèche au feu d’une haine sans fin. La forge d’une oppression irrespirable au fond d’eux réveille le feulement glacé propre aux fauves aux prunelles fendues.
Ils se jettent dans le bond impitoyable, exterminent en eux-même toute enfance. Les petits corps, empoissés d’une flaque de pourpre sombre, gisent autour de leur mémoire, dans une clarté terrible d’injustice, que viennent reconnaître des parents en larmes.
Mais les tueurs, eux, fascinés par leur illusion, poursuivent leur absurde guerre contre eux-mêmes en croyant combattre pour le bien, les yeux fixés sur leur souhait de fleuves parfumés et de vierges dociles, jusqu’à ce que le néant les stoppe d’un ultime
Cylindre de plomb définitif.
©Xavier Bordes
Chronique de Francis Chenot

Quatre parties dans ce recueil au titre insolite, du moins en apparence, comme autant de chapitres d’un roman qui n’aurait d’autre mesure d’unité que le lieu mais serait d’abord poésie, et de haute volée.
Une île. En Bretagne où vit aujourd’hui Gérard Cléry ? Au large de l’Espagne comme pourraient le suggérer des bouts de phrases en castillan ? Ou cet exergue de Blas de Otero,
« Aqui ne se salva ni dios, lo asesinaron » : « Ici même dieu ne se sauve, on l’a assassiné ».
Mais qu’importe. Une île avec ses gens, ses
« pêcheurs n’aimant rien tant que le silence », les femmes, les enfants…
Une île où
« le paysage s’enroue nul sous l’impérieux balai de la pluie ».
Une île où
« l’angoisse de la mort pose des pierres sur l’horizon / édifie l’autre rivage » : « Ici l’espace déchiré perd l’espace se délite dans la page »
du poème. Dans cette île où
« margelle du refus // insonore village // sous l’aisselle des voiles / le vent se coagule » : « il avait plu dans la journée // sans doute était-ce le signal // mais qui s’en souvenait ».
Et pour en terminer, provisoirement sans doute,
« un jour quelqu’un se souviendra / qu’ils allumaient leur cigarette / aux étoiles ».