Marie-Josée Christien, Juste un peu d’eau, photographies de Yann Pérennou, 2026, éditions Tertium, 79 p, 14€.

Marie-Josée Christien, Juste un peu d’eau, photographies de Yann Pérennou, 2026, éditions Tertium, 79 p, 14€.


Marie-Josée Christien, autrice d’une œuvre conséquente, a publié de nombreux recueils de poésie aux éditions Blanc Silex, Jacques André, Encres vives, Al Manar, Editions Sauvages… Elle a dirigé nombre d’ouvrages collectifs et d’anthologies et réalisé de nombreux livres d’artistes. Elle anime la revue Spered Gouez / L’esprit sauvage qu’elle a fondée à Carhaix en 1991. Elle a reçu en 2016 le Grand Prix de Poésie Francophone pour l’ensemble de son œuvre.

Encadré par une citation liminaire de Bernard Noël et une citation finale d’Octavio Paz, le recueil Juste un peu d’eau se compose de 40 poèmes brefs, pareils à des haïkus. Et d’une quinzaine de photographies noir et blanc de Yann Pérennou, tout en mouvances, tressaillements, jets d’écume et formes oniriques très réussies. Il faut ici saluer la qualité et la belle facture qui président au travail de cette maison Tertium éditions.

L’eau, approchée ici par Marie-Josée Christien comme élément primordial, sous tous ses états, vaporeux, moléculaire, silencieux ou bruissant, fascinant ou dévastateur, n’est-elle pas la métaphore vive du principe de vie pour le monde ?

Dans une seule 

goutte d’eau

se tient

l’équilibre du monde

La sobriété de l’écriture est la dominante de ce recueil et les images savent être les plus simples pour dire l’élémentaire : évoquant la remarquable vague du peintre Hokusaï, la poète a ce vers : la vague lève l’ancre. Elle cultive le jeu fluctuant saisissant l’immense dans le plus petit : chaque goutte d’eau / contient / l’infini.

Deux vers, c’est un peu d’eau / venue des pluies et des profondeurs, font retour dans le recueil en une sorte de refrain et nous indiquent que l’eau participe du grand Tout. Le souci de la Terre passe par l’eau, ce bien commun qui est enjeu vital. D’où la forme du poème qui tient à s’adresser à toutes les générations. Et qui trouve la fluidité d’une langue adaptée à la célébration qu’il porte.

La poète relie sa rêverie poétique à ce pouvoir imaginaire propre à l’eau, ouvert « aux grands estuaires / aux allures d’orient ». Comme le philosophe Bachelard, elle sait se faire attentive « à l’eau et aux rêves » qui font naître ces effets visuels analogiques :

Au fond de l’arrosoir 

l’eau a des reflets

d’océan

Sans le moindrement donner des leçons, la poète nous met sous les yeux son extase paysagère. Façon de nous mettre face à nous-mêmes qui avons tellement l’habitude de malmener la Terre. Les choses sont données là dans la simplicité de l’évidence et l’on est frappé devant cette rêverie contemplation par la ferveur du chant.

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