Une comédie humaine en mots et en images

Une comédie humaine en mots et en images



    Quel merveilleux tremplin pour faire découvrir la poésie contemporaine que de la faire cohabiter avec d’autres arts plus exposés tels que la photographie par exemple. Bien sûr, les risques sont grands de voir l’une ou l’autre de ces deux formes d’expression prendre le pas sur la voisine. Il y a aussi le risque de redondance aboutissant à la banalisation du projet. Ici, rien de tout cela avec L’aventure carto menée par le photographe breton Yvon Kervinio. Parmi les milliers de photos en noir et blanc qu’il a prises, Kervinio en a choisi 500. Il a proposé ensuite à 5 poètes d’en retenir 30 afin de les accompagner d’un texte poétique, le tout devant déboucher sur des livres de 64 pages au format carré (22×22). Le photographe rappelle dans son avertissement que « le lieu, la date et les circonstances » sont les bases de ses photos, « pour en garder la mémoire » (mais les auteurs ne les connaissaient pas au moment de l’écriture). C’est au cœur de la Bretagne profonde des années 70 à 90 que ces clichés ont été pris. Nous allons parler ici de deux de ces cinq livres proposés.

45870_1.jpg    Tout d’abord, dans celui de Jean-Claude Touzeil intitulé Vox populi, la parole est donnée au peuple le plus modeste dans ses activités ordinaires ou festives. Les poèmes en vis-à-vis témoignent d’une grande empathie avec juste ce qu’il faut de tendresse et de fantaisie. Toutes ces personnes soudain mises en pleine lumière rayonnent dans la complicité que le poète a su témoigner en laissant libre cours à son imagination.

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    Le deuxième livre s’intitule Visages de villages et c’est le poète Michel Baglin qui en est l’auteur. Ici, ce sont des proses poétiques qui prolongent les photos en débordant du cadre pour fertiliser l’imaginaire. En allant au-delà de la réalité la plus brute, Michel Baglin relativise les menus évènements locaux ou régionaux en rappelant à chacun la domination du temps qui passe. Instants volés, instantanés, instants instables : il y a un peu de tout cela dans ces visages.

Il est impossible d’extraire des passages de ces écrits qui forment un tout en regard de chaque cliché. Le point commun à ces deux livres ne se borne pas aux cinq photos communes choisies par ces deux poètes, sans qu’ils se soient concertés, mais dans cette belle comédie humaine à ciel ouvert qu’il nous est permis de découvrir. On assiste sans qu’il y ait voyeurisme à des scènes qui pourraient être un riche matériau d’étude pour des sociologues ou pour des ethnologues.


 

©Georges Cathalo – octobre 2018

 

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