Jacques ANCET  – Voir venir et laisser dire – poèmes (Ed. La rumeur libre – 132 pp.)

Une chronique de Xavier Bordes

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Jacques ANCET  – Voir venir et laisser dire – poèmes (Ed. La rumeur libre – 132 pp.)

 

Notre ami Jacques Ancet est loin d’être un poète inconnu en Belgique puisqu’il a été nommé, honoris causa, docteur de l’Université Catholique de Louvain, parmi beaucoup d’autres flatteuses distinctions que sa fécondité lui a méritées.

Tous les livres d’Ancet sont d’une poésie, intime souvent, intéressante, toujours. Celui-ci n’échappe pas à ces deux qualités, particulièrement en ce que sont les mouvements intimes d’une conscience favorisée par une vision poétique simple, belle et originale. Il s’agit, davantage encore que d’habitude chez notre poète d’une réflexion, disons ferme et douce, sur l’être d’un homme un peu à l’écart, dans sa relation avec le “contemporain” qui sollicite son esprit. Quelque chose qui n’est pas mièvre tout en s’essayant à un dire juste et bienveillant, en dépit du négatif qui secoue ce XXI ème siècle commençant :

 

 Le printemps comment en parler avec les cris, les détonations,

                          Le fracas des bombes ?

 

                          Et pourtant, comment ne pas en parler ?

                          L’air est devenu si limpide, mais

 

  Qui se soucie de l’air ? À une tige luit une goutte. Vous regardez

au bout des yeux

 

Un bleu terrible qui tremble. Et, derrière, cette blancheur.

Et quoi encore derrière ?

 

On reconnaît bien là, au passage, la discrète préoccupation métaphysique qui caractérise l’écriture de Jacques Ancet. C‘est un peu comme une très faible cloche dont on ne sait si, venant d’un bleu lointain, l’on a vraiment entendu – ou rêvé ? – le tintement de “petite cuillère”, comme eût dit Tristan Tzara. Pourtant, il n’en faut pas davantage pour que constamment le poème d’Ancet retrouve son interrogation quotidienne et s’en approfondisse dans la pure tradition des penseurs qui n’ont jamais coupé le cordon ombilical nutritif, sans définition théologique ni idéologie, d’une sorte de proximité religieuse avec la nature, mais aussi avec l’ensemble de ce qui, humble ou non, environne la personne, que ce soit la « personne Ancet » ou n’importe quel autre humain que sollicite une minute quotidienne, soudain pensive :

 

La tasse brille. Les ombres tremblent. Laisse dire. Ce qui se dit

sans toi.

 

Dans le buisson des couleurs brûle une flamme discrète.

 

Dire un dieu serait trop dire. Mais quelque chose oui. Ou quelqu’un.

Sans visage,

 

Une présence peut-être. Avec des lèvres et leur très peu de mots.

Laisse.

 

On pourrait dire que tout Jacques Ancet et sa poésie, c’est-à-dire le cheminement mental qu’il sème devant nous par des poèmes du même blanc de lis que les cailloux du Petit Poucet, sont résumés dans ces quelques propositions, intenses et remarquablement consubstantielles à toute la dimension humaine qu’elles réveillent – j’imagine comme chez moi ! – dans la songerie de tous les lecteurs qui, ce poète une fois rencontré, ne se détachent plus de ce qu’il laisse dire, par sa plume aussi essentielle que féconde. Les recueils de Jacques Ancet ne se lisent pas : ils se fréquentent. Et nos pensées à l’égard de l’existence en ressortent un peu plus limpides, voire même jusqu’à un certain point sereines, comme après une méditation heureuse dans le silence d’une forêt.

 

                                                            © Xavier BORDES (Paris – 9/9/2018)


 

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