Ovide, « Remèdes à l’amour », traduit du latin par Xavier Bordes, éditions des Mille et une nuits, 1992

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  • Ovide, « Remèdes à l’amour », traduit du latin par Xavier Bordes, éditions des Mille et une nuits, 1992. prix 2,80€ (en seconde-main 0,30€)

Dehors, il pleut, le ciel est sombre, la lumière apocalyptique et moi, je suis là à l’abri parmi des milliers de livres dont certains sont à eux seuls capables d’éclairer les nuits de pleines journées et de calmer les pires intempéries automnales. Un bouquiniste récolte pour le plaisir de nombreux habitués des perles, écrits oubliés, écrits médiatisés, écrits éternels. Reliures précieuses, reliures décousues d’avoir tellement servi, livres devenus vieux et pourtant encore vierges, aucune lame n’a encore défait les pages des cahiers, on trouve là dans ce nid hétéroclite, l’aiguille dans la botte de paille.

Ovide. Je le retrouve dans une traduction de Xavier Bordes. Lu des années avant alors que j’étudiais non sans peine le latin, j’étais adolescente. Ovide et je retrouve une sensation chatoyante, une langue savoureuse, raffinée. Ovide et la poésie comme je la rêve car on ne la trouve plus. Elle ne se fabrique plus et pourtant elle me laisse un goût étourdissant, jamais nostalgique, grinçant, ou poussiéreux. Je ne lis pas ses vers pour partager le message qu’Ovide adressait à ses contemporains car beaucoup de références m’échappent. Je lis Ovide pour la langue qu’il invente. Là, réside tout l’intérêt de ma lecture. Rien ne me semble terni, surfait.

Remèdes à l’Amour devrait nous apprendre (ou apprendre aux lecteurs contemporains d’Ovide) à désaimer. La recette formulée par le moyen de la poésie m’apprend finalement que l’Amour ne doit pas être « monothéiste », ravageur, intransigeant, fanatique mais au contraire ouvert, assertif, ne mordant ni notre propre liberté, ni celle de l’autre, de l’aimée. On vainc l’amour malade, honteux, jaloux monstrueusement possessif par l’amour consenti avec conscience et confiance, nuancé, suave comme un poème bien agencé.

Un agréable texte écrit par Xavier Bordes éclaire astucieusement la lecture en contextualisant les écrits d’Ovide. Une biographie retrace les éléments importants de la vie de l’auteur. Une bibliographie nous incite à poursuivre nos lectures. Un seul bémol, j’aurais aimé retrouver juxtaposé à la très bonne traduction le texte original.

©Lieven Callant