Toute la sensualité du monde

 

  • Gaël Petquin, « Rouge pulpé », lithographie de Renée Spirlet, Atelier de l’Agneau, Saint Quentin de Caplong, 14 €.

 

Le texte fulgurant de Gaël Pietquin permet la découverte d’un véritable poète. Le pathétique cède à l’enchantement et dénonce tout pathos. Un tel livre saborde toute compacité, il flotte avec force mais aussi langueur. Il fissure toute suffisance pour laisser libre cours à la sensualité astucieusement aporique. Tel un nouveau Pasolini (celui de la solarité) le poète se fait démiurge  du vide en feu mais sans laisser filer  l’émotion au contraire. Tout est chauffé à noir, à blanc dans un texte d’accourcissements, pavé d’aire en erre. L’écriture crée des présences autant sporadiques qu’en répétitions :

« Cent fois l’espadon ! sur le tapis d’amour est mesuré

Cent fois »

La densité sensorielle devient lumineuse et respirable comme l’éther de l’anesthésie de jadis. L’insecte possède le vol lourd de l’entre-deux temps en une apesanteur diaphane. Tout s’élide mais fait poids. Joute à joute surgissent les corps. Faux aphorismes, apories vraies abondent dans ce qui se prend d’abord pour un non-sens mais qui de fait  l’offusque. Tout s’élide de l’innomé. C’est là un exercice de haute voltige en support d’aurore là où le sardonique est au besoin épelé. L’antithèse tait la thèse, met la dialectique à mal par des tours de manège ou de moulin à poivre épiçant. Ils font surgir une suite de mystères. Soudain un

« pied

 

nu coupe

la

barque

 

D’un bout à l’autre sans se prononcer »

Mais c’est là toute la magie du verbe .

 

©Jean-Paul Gavard-Perret