FRANZ BARTELT, LA BONNE A TOUT FAIT, (LE POULPE n°282) ; Éditions Baleine (172 pages – 9,90€)

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  • FRANZ BARTELT, LA BONNE A TOUT FAIT, (LE POULPE n°282) ; Éditions Baleine (172 pages – 9,90€)

Franz Bartelt renoue avec la veine du polar et nous happe avec ce titre explicite : LA BONNE A TOUT FAIT.

On est avide de découvrir ce que cette protagoniste peut avoir commis comme forfait, à la solde de qui. C’est ce pourquoi le Poulpe est mandaté par Versus Bellum dont les faits signalés avaient fini par l’intriguer. Il faut réussir à élucider le mystère qui nimbe les disparitions de trois femmes ainsi que l’assassinat de l’épouse de Bermont. Qui sont ces trois femmes ? Ont-elles un lien ?

L’auteur étrille au passage la police qui n’a pas diligenté son enquête avec succès.

Aurait-on affaire à un Barbe bleue ? Mais le mystère est d’autant plus déroutant que la liste des « évaporés » (animaux et vêtements) est invraisemblable.

Nous voici embarqués avec Gabriel Lecouvreur, qui a revêtu le costume de Pozzi, à bord d’un autocar singulier. Le paysage forestier traversé assez hostile, « dense comme un mur » où il ne fait pas bon s’égarer fait naître effroi et appréhension. Un pays « où seul le cochon sauvage survit aux rigueurs du climat ».

Les abords du domicile du lutin, Versus, quelque peu rédhibitoires par leur aspect ubuesque, ajoute un degré de plus à ce malaise envahissant.

L’entretien du Poulpe avec Versus nous révèle le plan fomenté pour confondre Bermont, et donne lieu à des scènes théâtrales très réussies, dont celle de la répétition.

Mais se rendre chez Bermont à bord d’une voiture américaine, « bagnole de ponte » relève presque de l’anachronisme dans ce petit village où les habitants ont pour habitude de beuquer.

Les atermoiements de Pozzi, avant d’accepter l’hospitalité de Bermont tiraillé entre son fond sentimental et son intégrité professionnelle, est aussi une scène cocasse.

On se délecte en catimini du tête à tête entre Zabe et Pozzi, le séducteur, étourdi par son baiser fougueux. Va-t-il pour autant obtenir des confidences ? N’a-t-il pas à faire à une manipulatrice ? Qui va s’en sortir de ce rapport de force et de domination ?

Chacun ne vise-t-il pas à confondre l’autre ? Mais Zabe, armée, tient le Poulpe en joug. Les coups de feu laissent craindre le pire. La tension est à son paroxysme. Puis, le corps à corps entre Bermont, le double canon dans la bouche, et la bonne va faire basculer le récit, d’autant que Pozzi tente de s’interposer. L’indice distillé : « Tu as déjà fait couler trop de sang » pulvérise nos certitudes et relance le suspense et l’effroi, car le fusil est chargé. Le destin de Zabe ? Au lecteur de le découvrir.

Tous les mystères finiront par être élucidés.

L’auteur évoque l’abnégation des « fidèles domestiques », leurs liaisons ancillaires, et montre que traiter Zabe comme une reine aura des conséquences dramatiques.

Franz Bartelt sait régaler son lecteur avec cette course folle de Gabriel, tisonnier en main ou par ses tournures insolites : « vidanger son bol », « avec la lenteur de kebab à la broche ». En limitrophe de la frontière franco belge, les chiffres deviennent nonante, septante. L’auteur nous amuse à décliner son concept de la « ligne droite » (qui émerveille Gabriel et lui permet le luxe de fermer les yeux) et des virages, « bizarrement chantournés », mais qui sont à égalité par temps de verglas.

Si, dans Barbe bleue d’Amélie Nothomb, les champagnes millésimés coulent à flots, chez Franz Bartelt, on rembouge aux bières (celle d’Orval, surtout), avec tout autant de variétés. L’un vante ce nectar divin, l’autre l’« effet stupéfiant garanti ».

L’ivresse qui habite les protagonistes n’est pas loin de gagner le lecteur avec toutes ces folles échappées ! Le côté burlesque réside dans la triple identité du Poulpe.

Comme dans toute « detective story », les mobiles du crime, « un des beaux ressorts de l’ascension sociale » sont liés à l’amour, l’argent et l’ambition. On retrouve la plume corrosive de l’auteur dans sa diatribe contre ces motards qui envahissent nos régions pour contourner la loi et troublent la quiétude des villages.

Franz Bartelt revient à sa vocation première, celle de dramaturge. Avec son art du dialogue, ses joutes verbales, son sens de la répartie qui fait mouche (« c’est du café allemand, c’est du café nicht goutte ». Il se révèle plus facétieux que jamais. Cela tourne au vaudeville avec cette silhouette empaillée, « un leurre » pour Zabe. Si l’auteur s’y connaît en somnifères pour ses protagonistes, La BONNE A TOUT FAIT n’a rien de soporifique, au contraire. Les coups de feu ponctuent l’épilogue, à la façon western. Qui va en réchapper ? Qui s’écroule ? Suspense.

Ce polar aux multiples rebondissements fait écho au roman Le fémur de Rimbaud et vice versa. C’est archi-dingue et jubilatoire de bout en bout.

©Chronique de Nadine Doyen