Bernard Pivot, de l’académie Goncourt, Les tweets sont des chats, Albin Michel (160 pages- 12€)

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  • Bernard Pivot, de l’académie Goncourt, Les tweets sont des chats, Albin Michel (160 pages- 12€)

Ceux qui se souviennent du précieux conseil de Bernard Pivot dans son ouvrage Lesmots de ma vie: « Lutter contre le vieillissement, c’est renoncer à rien. Ni au travail, ni aux livres » ne seront pas étonnés de le voir sur Twitter. Des recherches de neurologues viennent d’ailleurs confirmer que « L’écriture sous forme d’échanges épistolaires est un excellent tonifiant cérébral », le clavier stimulant le cortex moteur.

Mais si Bernard Pivot se retrouve avec un nombre époustouflant et croissant d’émules, c’est qu’il continue à défendre la langue française et l’orthographe.

Dans la préface, l’académicien explique comment, contrairement à certains auteurs de sa génération, il s’est laissé séduire par ce mode d’échanges, engouement qu’il partage avec ses ‘suiveurs’. Il y voit une gymnastique de l’esprit. Communiquer en 140 caractères impose la rigueur et la concision, qualités indispensables pour le journaliste qu’il fut. Ne dédie-t-il pas cet opus à Maurice Noël « son rédacteur en chef au figaro littéraire » ? Le merveilleux titre en est l’exemple. Pour l’auteur, l’intrusion de « ces télégrammes décachetés » est aussi silencieuse que les pattes veloutées des chats. N’y aurait-il pas un lien supplémentaire avec le verbe anglais (to chat) ?

Si pour les plus frileux : « To chat or not to chat that’s the question », ils peuvent découvrir un copieux florilège des mots d’esprit de Bernard Pivot, qui croit encore à l’objet livre. « Le papier garde son prestige séculaire », confia-t-il dans une interview.

Chaque lecteur peut butiner à son gré en papillonnant d’une thématique à une autre, les tweets étant classés par mots clés. Sont passés au crible les sentiments, le sport, la météo, etc… sans oublier l’écriture et la lecture. En gourmet lyonnais, la nourriture n’est pas exclue. Et très vite, le besoin de réagir à ces réflexions vous plongera dans l’addiction de rejoindre le cercle des twittos ou au moins aiguisera votre curiosité à consulter régulièrement « les brèves de comptoir ». Si l’amoureux des mots en crée de nouveaux, comme les verbes évoquant des politiques, des inconditionnels ont forgé « pivoter » et la définition on ne peut plus flatteuse : « Distraire ses contemporains par de charmants » «  gazouillis ». Alors pourquoi ne pas désormais se laisser « pivoter » ?

Bernard Pivot voit dans ce chapelet de phrases comme la trame d’« un journal personnel intermittent ». En pédagogue, il s’efforce d’éclairer et d’initier les néophytes quant à la pratique de ce réseau social qui permet de fédérer des solistes.

Son secret ? Avoir trouvé en Twitter de quoi rajeunir de dix ans, sa « Jouvence de l’abbé Soury » ainsi qu’une source d’inspiration et de divertissement.

Ne passez pas à côté de cette succulente et roborative anthologie concoctée par « l’incorrigible curieux » qu’a toujours été Bernard Pivot.

Ce savoureux recueil de best of, pétri d’humour, enrichissant est à garder avec soi.

Un précieux sésame, un baume, antidote aux blues météorologiques, à la sinistrose.

©Nadine Doyen