Marie Laugery, « Il reste un peu de ciel entre les branches pures » ; éditions Le Solitaire, 2013, 89 pages.

  • Marie Laugery, « Il reste un peu de ciel entre les branches pures » ; éditions Le Solitaire, 2013, 89 pages.

COUV LAUGERY

 

Marie Laugery, demeurant en région bordelaise, représentant la Société des Poètes Français en Aquitaine poursuit avec ce recueil poétique sa marche de voyageuse-voyante débutée avec sa trilogie « A l’aube du vent ; Lumières ; Bleu planète », parus depuis 2008 aux mêmes éditions Le Solitaire de Tarbes, accompagnée par autant de souffles sensuels et sensitifs, de regards croisés, attentifs consentis au monde du vivant & des choses qu’en amoureuse de la Terre, cette poète rare et délicate cultive et déploie dans un espace du dehors reconnu, intériorisé et rendu au partage humain, trop humain.

Marie résiste. Marie relativise. Marie concède :

Qu’à chaque blessure de l’âme / sortent de terre / un arbre / une fleur / un brin d’herbe / pour faire contrepoids / éviter que le monde chavire. P. 33

Et elle, nous avec, sans nul doute.

Ce recueil est conçu en quatre chapitres : Miroirs / Sève / Reflets / Cosmos / À suivre…

 

Typographiquement, les poèmes se suivent sans se ressembler : de facture poétique libérée, sans ponctuations autres que les points d’interrogation et d’exclamation, ils sont tour à tour courts et saisissants, comme des haïkus, puis dilatés, amples, telle une parole sans discontinuité, une parole traductive, mélodieuse, discursive emplie des ressentis, des fulgurances intuitives que la poète a cueillies à ciel ouvert, dans un espace qu’elle sait : permanent, immanent et qu’elle scrute avec un regard à la fois interrogateur et sage. Quoique « morphologiquement », ils ne se ressemblent pas, libres de ne pas se laisser enchâsser dans une forme fixe, comme : quatrains, sonnets, etc. ces poèmes évoluent selon la petite musique de leur auteur ; au gré des pérégrinations réflexives de Marie, et de fait, ces poèmes assemblent…

On y relève ainsi une symbiose naturante, naturelle, entre l’élève et le maître – ce dernier qui seulement paraît quand l’élève est prêt – d’après un proverbe chinois. L’élève apprend donc du maître, ici de la maîtresse : nature. Ainsi se décline cet apprentissage :

J’ai tout appris d’un rayon de lumière / entre les branches d’un marronnier / J’ai tout appris de la terre chaude d’été / J’ai tout appris du vent / bruissant le feuillage du ciel / J’ai tout appris d’un rayon de lumière / Voilà je ne sais rien / seulement / l’arbre / la terre chaude / la lumière et le vent. P. 13

Subtile poésie à fleur de femme humble, à l’écoute de l’infinitésimal et du grand Tout qui se fait méditation philosophique, lorsque Marie écrit :

Ce n’est pas la nuit / c’est la Terre bleue / qui ferme les yeux.

Ce n’est pas la mort / c’est l’or du regard qui change le lieu. P. 27

Oui, c’est bien de regards qu’il s’agit ici ; de ceux de Marie qui « apprend à voir », tel que le poète Rainer Maria Rilke l’entendait. Apprendre à voir et à :

Lire dans le sillage / d’un alphabet de plumes. /

Sur la plage nue / sable satin / deux lignes en pointillés se croisent / empreintes /

d’un homme et d’un oiseau / présences / écrites dans la poussière / bibliothèque du vent. P. 17

©Rome Deguergue