Fouad Laroui – L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine, Nouvelles

Ce diaporama nécessite JavaScript.


  • Fouad Laroui – L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine, Nouvelles, Julliard (167 pages – 17,50€)

Fouad Laroui renoue avec l’esprit de son roman de 2010 : Une année chez les Français. Dans ce recueil de nouvelles, il ouvre les frontières et fait circuler ses protagonistes dans des territoires qui lui sont familiers: du Maroc à l’Europe du nord.

L’auteur crée un univers cosmopolite, un melting-pot où les étrangers, les exilés tentent de se comprendre, de s’accepter, de communiquer et même de s’aimer.

Il nous met en immersion dans un bain de langues, de cultures, de religions et autopsie l’étranger en phase d’intégration et souvent confronté à la barrière linguistique. Il souligne le parcours des déracinés, des baroudeurs qui ne savent plus à quel pays ils appartiennent et se retrouvent en quête d’identité.

On y croise un diplomate , des enseignants dont un maître et son élève, un ingénieur, des couples mixtes, qui se délitent, quand les deux cultures se télescopent. Les protagonistes sont en prise avec des situations délicates ou burlesques, grâce à l’imagination débridée de l’auteur. On devine aussi l’importance que Fouad Laroui accorde à l’oralité par ce narrateur qui a moissonné des nombreuses anecdotes, bribes de conversations ou récits entendus dans des cafés et se délecte à nous les relater.

La nouvelle éponyme qui ouvre le recueil nous transporte à Bruxelles, en pleine canicule. Imaginez la stupéfaction de Dassoukine au réveil, constatant que son seul pantalon a été volé ! Comment pourra-t-il remplir sa mission diplomatique avec ce contretemps ? Mais la Belgique n’est-elle pas la patrie du surréalisme ?

Les retrouvailles du maître et de l’élève donnent lieu à une vraie mise en scène et leurs échanges nous gratifient d’une parenthèse philosophique (carpe diem).

Les rapports sont inversés, un revolver est brandi. Suspense. La chute est irrésistible.

Le monde entier ne joue-t-il pas la comédie ? comme l’affirme Pétrone.

L’auteur pose un regard caustique sur la société (employés SNCF), ses contemporains et les gouvernements, dénonçant l’aberration de certaines lois, les erreurs administratives. Il épingle les sommités qui promulguent des circulaires ministérielles inapplicables, mais contournables grâce à l’ingéniosité d’un directeur qui propose : la natation sèche. Il s’interroge sur la pérennité de liaisons « longue distance ».

Dans chacun des récits , Fouad Laroui, doté d’un talent de conteur, a su maintenir son lecteur en haleine avant de servir la chute, parfois inoubliable.

La richesse de ce livre tient à la variété des niveaux de langue, du style, aux nombreuses digressions, références littéraires et cinématographiques (Lost in translation), aux formules savoureuses (« Je suis un professionnel jusqu’au bout de l’étamine ») qui émaillent les récits. Le tout servi par une plume mâtinée d’humour.

On peut y voir aussi un plaidoyer pour les langues, car de toute évidence l’auteur est polyglotte : « marocain par le corps, par la naissance, mais français par la tête…».

Fouad Laroui signe un recueil roboratif et nous régale de sa truculence verbale.

Merci à l’auteur de pourvoir à notre bonheur.

©Nadine DOYEN