Nos arbres, Vincent BOUTON, Editions L’Harmattan.

Les éditions l’Harmattan n’ont pas froid aux yeux en hiver, et publient de petits livres de poèmes généralement d’un ton assez neuf. Vincent Bouton, médecin et voyageur de 60 ans, paraît-il, publie sur un thème qui m’est cher un recueil d’une centaine de pages pleines d’espoir, simples et lumineuses. Ce n’est pas son premier livre, mais le plus réussi à mon sens. La poésie s’y veut le reflet, à travers la figure tutélaire de l’arbre, de ce qu’est l’être humain  :

« Ils sont dans la pente et dépassent pourtant le sommet.
Les arbres nous disent.
Au sommet, l’homme a bâti sa demeure et sa bergerie.
Elles sont bientôt gagnées par l’ombre des arbres plantés
en contrebas.
Plus bas, dans la vallée, la sapinière en quinconce pousse
ses meilleurs éléments vers la pente. »

Le ton est donné. Une succession de poèmes aussi simples et brefs, mais d’un sentiment délicatement ému, profond, délivrent une forêt de notations évocatrices, dont on sort avec l’impression que l’univers est gai, plein de beauté et d’espoir. Oh, ce n’est pas que l’auteur soit un optimiste béat, en témoigne ceci, d’une lucidité douce  :

«  Il nous faudra vaincre les ombres.
Celle de nos corps, d’abord.
Puis celle des grands arbres.
Et vaincre enfin l’ombre ultime du ciel, sur nous.  »

Un livre que j’ai lu, et même relu, avec bonheur, et dont la profondeur se dégage comme une sorte de parfum pensif d’arbre en fleur. Vincent Bouton, dans la lignée des Christian Bobin, plus humble et plus réaliste, est très poète. Le lire est se ménager un moment de pure fraîcheur, sans mièvrerie, ni rien d’autre que d’entrer dans le miroir d’une conscience qui nous offre quelques reflets apaisants de son monde. Respect.


Xavier Bordes