CHE LIN – Entre tradition poétique chinoise et poésie symboliste française. – L’HARMATTAN Coll. Palinure. (495 pp.)

CHE LIN est docteur ès lettres, professeur de français à l’Université de Langues étrangères de Pékin depuis 1993, et traductrice. La qualité de son français est remarquable. Son livre est un travail considérable, dont certains indices laissent à penser qu’il est peut-être la publication d’une thèse, à cause de certains aspects formels sur lesquels il faut passer, car le contenu du livre est très instructif et souvent passionnant. Il s’agit d’une introduction à certains aspects de la poésie chinoise, que ce soient les thèmes ou les techniques, ou leur évolution, étude extrêmement précise et détaillée. À partir de ce fondement et d’une étude de la poésie symboliste française, CHE LIN étudie les divergences et les parallélismes, d’abord ceux qui sont naturels et involontaires en quelque sorte, entre les deux mentalités poétiques, la chinoise dans ses aspects symbolistes avant l’heure, et la française dans sa coïncidence avec la poésie chinoise.
Comme l’étude est très poussée dans les détails, cet aspect des choses est absolument captivant pour ceux qui s’intéressent à la poésie universelle, et à ce qu’il s’y peut détecter de parentés entre des cervelles humaines dans les civilisations qui les ont formées et qui semblent tellement éloignées les unes des autres. En cela, le livre de Che Lin est une mine de renseignement sur la manière de poétiser lorsqu’on est chinois, mais aussi, par contrecoup, sur la manière dont quelqu’un qui pense «  en poésie chinoise  » peut voir le poème occidental. Bref, c’est un site privilégié de confrontation et d’apprentissage sur la «  poésie de l’autre  » et sur «la nôtre et  nous-mêmes regardés d’un point de vue lointain  ». On y gagne une sorte de vision stéréoscopique, en profondeur ou «  en relief, comme on voudra.
Ensuite, dans une seconde moitié (grosso modo) de l’ouvrage, CHE LIN se penche plus précisément sur les poètes chinois qui se sont revendiqués de l’influence des symbolistes français, de la relation qui existe entre leurs poèmes et leurs conceptions, et celles de Verlaine, Baudelaire, etc… CHE LIN décrit la sorte de révolution qui se voulait modernisation, que les poètes symbolistes chinois ont délibérément introduite dans la poésie chinoise, et quelle conséquences littéraires s’en sont suivies. Le plus fascinant, c’est la mise en parallèle (visuelle) de certains poèmes chinois (original et traduction en français) de l’époque symboliste chinoise, avec les poèmes de mêmes thèmes de poètes symbolistes français célèbre. A travers les proximités et les différences, on mesure, de même qu’à travers le livre entier mais de façon encore plus aiguë, plus précise, comment des esprits, des mentalités, des façons d’imaginer, peuvent se déverser les un(e)s dans les autres, se refléter en se métamorphosant, en prenant de nouvelles couleurs. Un livre qui rend finalement plutôt optimiste sur la possibilité qu’il y a de se comprendre entre peuples aux racines si distantes et par  nature étrangères, en apparence. Un livre solide et riche qui mérite de s’y attarder et de réfléchir à loisir.

Xavier Bordes

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