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Serge Joncour, Chien loup, Flammarion ( 480 pages- 21€)

Une chronique de Nadine Doyen

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Serge Joncour, Chien loup, Flammarion,   ( 480 pages- 21€)

Roman de la rentrée littéraire 2018          


Serge Joncour, dans la lignée des écrivains américains « nature writers », voue un culte aux grands espaces sauvages, à ces hectares de verdure, peuplé de bestioles.

Il campe son décor dans son fief de prédilection, le Lot, et revisite l’Histoire du village d’Orcières, « au fin fond des collines escarpées du causse », « au coeur du triangle noir du Quercy », village ancré dans la légende et les superstitions.

On navigue par alternance entre deux époques ( 1914/2017)

 

Le chapitre d’ouverture traversé par un hourvari nocturne tonitruant, cet été 1914, interpelle : hommes mobilisés, animaux réquisitionnés, les femmes au labeur, la peur.

Le Mont d’Orcières , « maudit », devient le repaire d’un dompteur et de ses fauves, le théâtre d’une histoire d’amour fusionnelle et d’une tragédie que l’auteur ressuscite.

Un récit excessivement documenté sur cette guerre carnassière qui lève le voile sur ce couple ostracisé par les villageois et la disparition des brebis.

 

En 2017, un couple de Parisiens vient y passer son été. Gîte paumé, sans Wi-Fi, sans télé, confort spartiate, accès difficile. Mais « un pur émerveillement » saisit les vacanciers à l’arrivée. « Un parfait éblouissement ». Cette vue panoramique depuis la clairière les ravit. Idéal pour se déconnecter et rebooster sa créativité dans ce calme. Mais la nuit, la peur tenaille Franck, car «  des créatures sauvages » sortent du bois.

 

Si Lise s’adapte, son mari Franck, producteur, à la merci d’associés prédateurs, est déboussolé, pris de panique à l’idée de ne pas pouvoir rester en contact avec eux. D’où ses échappées à la ville, ses haltes au café. Au marché, il croise un boucher fascinant dont l’étal regorge de bidoche et lui donne l’envie de renouer avec la viande. Mais « il se vit sadiquement tailladé, tranché par ses associés. !

 

L’irruption d’un Chien-Loup errant, sans collier, change la vie du couple. L’auteur met l’accent sur la dualité de ce molosse ( féroce buté/ docile, affectueux) et des animaux en général : « Dans l’animal le plus tendre dort toute une forêt d’instincts ».

Serge Joncour, en connaisseur de la gent canine, décrypte avec acuité toutes les réactions de ce Chien-Loup vagabond, selon les lieux. Il questionne la cohabitation hommes/animaux dans la nature et les rapports dominant/dominé, maître/nourriture.

«  Être maître d’un animal, c’est devenir Dieu pour lui. Mais avant tout c’est lui assurer sa substance, sans quoi il redeviendrait sauvage ».

On est témoin de la façon dont Franck l’amadoue progressivement, lui parle, fraternise, gagne sa confiance et tisse une complicité, une amitié hors normes, très touchantes. Scènes cocasses entre Franck et Alpha quand il le nourrit, joue avec lui.

 

Lors d’une randonnée dans ce maquis insondable, jusqu’à une igue, ils font une découverte majeure, insolite, point de convergence de l’intrigue. Que signifie cette cage à fauves ? Vestige et relent d’un passé maléfique sur lequel les villageois sont peu diserts, entretenant ainsi le mystère par leurs sous-entendus et leurs méfiances.

 

L’auteur nous dévoile les coulisses du métier, non pas d’écrivain, mais de producteur,

devant résister à ses associés, « des jeunes loups » prêts à pactiser avec Netflix et Amazon. Serge Joncour, dont certains romans sont adaptés à l’écran, pointe en connaissance de cause les dangers de ces monstres, « à l’appétit sans limite », clame sa défiance contre ces «  géants du numérique » et déplore « qu’ils ne payent pas d’impôts ».

Une phrase retient l’attention et préfigure le plan machiavélique en germe de Franck contre ses « charognards », ses voraces prédateurs : «  Il se sentait prêt à réveiller en lui cette part de violence qu’il faut pour se défendre, mais surtout pour attaquer, et ce chien mieux que personne lui disait de le faire ». La tension va crescendo.

 

Le récit s’accélère. Pourquoi ce deal avec les braconniers ? Franck va-t-il accepter les conditions de ses «  enfoirés » d’associés ? Pourquoi les fait-il venir ? Et ces cordes ?

Le suspense grandit. Les éléments se déchaînent, furie du ciel (orage, grêlons).

La monstruosité et la violence tapies chez l’homme et les animaux sont soulignées.

 

Le romancier révèle, une fois de plus, ses multiples talents tous aussi remarquables : portraitiste (riche galerie de portraits), peintre paysagiste, scénariste, contempteur de son époque, entomologistes des coeurs et des corps ( déclinés dans tous leurs états).

Non seulement, le narrateur rend hommage aux femmes acculées à faire les moissons, tourner les usines, à labourer, contraintes de « pérenniser toute vie sur terre » mais il se glisse aussi dans leurs corps pour traduire leur manque affectif :

«  des corps comblés par rien d’autre que l’épuisement ».

 

Il sait créer des atmosphères, capter l’âme des lieux et nous offre  « un roman en relief »,« en trois dimensions »( expressions de l’auteur), à ciel ouvert, sensoriel et tactile. Il excelle à nous faire :saliver avec « un magma odorant », celui d’« un sauté d’agneau », ou l’odeur croustillante d’un poulet grillé, sentir le parfum des gardénias, l’odeur de jasmin émanant de Joséphine, entendre une litanie de bruits, des plus ténus aux plus stridents, terrifiants et même ressentir tantôt la chaleur, tantôt la fraîcheur.

 

On assiste à une étonnante métamorphose de Franck, qui après avoir apprivoisé les lieux, se sent en totale osmose avec cette nature sauvage et prodigue. Elle opère sur lui comme un baume. « Il y a des décors qui vous façonnent, vous changent ».

Les voilà, comme Bobin, contemplatifs devant les nuages, en pleine béatitude,  scellant cette harmonie par le contact physique, dans une bulle de tendresse.

 

Serge Joncour  nous offre une totale immersion «  into the wild » et signe un hymne à la nature sauvage et aux animaux. Lévi-Strauss pas loin. Il met en exergue  l’intelligence d’Alpha, « cerbère à la dévotion totale », devenu un «  allié », et même un geôlier. CHIEN-LOUP, alias Bambi, aux « pupilles phosphorescentes », irradie !

 

A votre tour de dévorer cet ouvrage que je qualifierai de «  L’Alpha et Oméga » Joncourien, canin, félin, lupin, léonin… DIVIN ! Un merveilleux cocktail d’Histoire, de sauvagerie, de drôlerie, avec une once de folie, de poésie, et un zeste d’humour.

Ne craignez pas les ronces, les griffes, les crocs, les feulements, les hululements.

Un roman touffu, sonore, foudroyant, vertigineux, détonant, démoniaque, hypnotique, qui se hume, s’écoute, se déguste avec délectation, qui décalamine le cerveau et embrase le coeur  et donne des frissons! Une écriture cinématographique virtuose.

♥♥♥Le must de la rentrée. Du GRAND JONCOUR.♥♥♥

©Nadine Doyen

 

Rentrée littéraire—CHIEN-LOUP  de SERGE JONCOUR Roman Flammarion

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CHIEN-LOUP  de SERGE JONCOUR      Roman Flammarion

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  décliné de façon alphabétique par mots clés par Nadine Doyen

                Rentrée littéraire        22 Août 2018 ( 480 pages – 21€)


Ascension

« Ça dura cinq minutes, cinq minutes d’ascension comme une épreuve, cinq minutes à piloter cette voiture trop large tout en entendant crisser sa carrosserie. »

 

Barbarie

« Nourrir des fauves convoque la barbarie ».

 

Cage

« il retrouva Lise en bas, elle était au coeur d’une immense pergola aux barreaux dorés, une haute cage dont la structure partait en arceaux à plus de quatre mètres de haut… » «  Chose étrange, le seul élément de civilisation dans les environs, c’était ça, une cage, une cage de cirque au fond d’une igue aux allures de jungle. »

 

Déflagration

« Ils se retrouvaient là, tous les deux, infiniment exhaussés, c’était tellement inattendu que Joséphine en éprouva un spasme, une déflagration, elle avait du mal à respirer. »

 

Électronique

« Les capteurs et le Park Pilot bipaient de toutes parts, l’électronique de veille s’affolait… »

 

Falaise

« Ce rocher en surplomb, avec sa falaise brutale dressée au-dessus du village, il élevait comme une frontière entre la terre et le ciel. »

 

Guerre

« les femmes voulaient croire que les choses allaient se tasser, que cette guerre c’était comme un grand feu bientôt à court de combustible, à un moment ou à un autre toute cette haine dressée entre les peuples s’effondrerait sur elle-même. »

 

« Ce samedi 1er août 1914, les hommes croyaient ne déclarer la guerre qu’aux hommes, pourtant ce n’est pas seulement une marée d’êtres humains qu’on envoya à la mort, mais aussi des millions d’animaux. »

 

Harmonie

« C’est peut-être le stade ultime de l’harmonie, le seuil de la béatitude entre deux êtres, l’amour devenu à ce point naturel qu’il ne s’énonce même plus. »

 

Hourvari

« Les anciens eux-mêmes ne déchiffrèrent pas tout de suite ce hourvari, à croire que les bois d’en haut étaient le siège d’un furieux sabbat, une rixe barbare dont tous les acteurs seraient venus vers eux. »

 

Igue

«  Le dompteur avait aménagé une zone d’agrainage au fond d’une igue planquée au fond des bois ». «  Au travers des feuillages, ils aperçurent les lueurs métalliques des cages, tout au fond. Le soleil tapait pile dans l’axe de l’igue, avec un angle pareil il donnait un éclat inédit au métal. »

 

Jungle

«  La distribution d’un film, c’est un domaine où la compassion n’a pas sa place, la seule qui vaille, c’est celle de la jungle. »

«  vous attendez pas à voir de la belle pelouse, c’est la jungle là-haut, même quand on fauche, ça repousse tout de suite. »

 

Kayak

« Par endroits les roues ripaient sur les cailloux et en soulevaient de violentes giclées, à l’intérieur il était secoué en tous sens comme il l’aurait été dans un module spatial traversant l’atmosphère, dans un kayak dévalant des rapides… »

 

Lot

« Pour venir jusque dans le Lot, ils avaient mis autant de temps que pour aller à New York, ils n’arrêtaient pas de le répéter, comme s’ils avaient fait là un exploit. »

 

Maison

« Cette maison le plongeait non seulement dans un isolement radical, en haut des collines et loin de tout, mais elle le plaçait aussi en surplomb de sa propre vie. »

 

Molosse

« il repensa au molosse de cette nuit, ce chien allait-il revenir, s’il n’était pas déjà revenu , et pourquoi les guettait-il hier, de toute évidence c’était bien lui, cette présence en bas dans les bois, ces yeux jaunes qui les observaient pendant qu’ils mangeaient… »

 

Niche

« Franck s’approcha de la niche pour voir quel colosse s’y cachait, persuadé que le chien de la nuit dernière y serait couché, récupérant de sa virée mouvementée. »

 

Orcières

« Orcières était loin de tout, au fin fond des collines escarpées du causse et à trente kilomètres de la première gendarmerie. » « Il (Orcières -le-bas) s’agissait plutôt d’un hameau éparpillé, plusieurs fermes se présentaient à eux, chacune distribuée par un chemin, sans jamais de pancarte. »

« dès le départ il avait  bien senti que cet endroit avait quelque chose de maléfique, rien que le nom, le mont d’Orcières, ça faisait ferreux, aiguisé, et surtout dès qu’il en parlait ici, ça déclenchait des sous-entendus et des méfiances. »

 

Producteur

« Le métier de producteur a cela d’épuisant qu’il suppose d’être en permanence au contact de plein d’interlocuteurs, et surtout d’en être le moteur, l’impulsion rassurante. Le producteur c’est le sommet de la pyramide, le maître d’oeuvre qui petit-à petit s’efface au profit des artistes, qui se fait discret et n’apparaît nulle part, sinon en tout petit sur les affiches, avec son nom écrit dans ces génériques que personne ne lit. »

 

Parisienne

« Lise, avec un enthousiasme absolument pas de circonstance, demanda si elle n’avait pas des œufs par hasard, la paysanne dévisagea cette Parisienne comme on toise l’ennemi, l’air de dire « Mais qui c’est celle- là?».

 

Quadrille

« l’artiste prit le dessus sur le dompteur, parce que ce quadrille parfaitement synchronisé exécutait une danse fascinante. »

 

Quercy

« Ici sur le causse du Quercy, c’était le pays du vin. »

 

Raffut

« En bas du village, on finit même par craindre que ce raffut n’alerte les gendarmes, ou qu’un jour les lions ne s’évadent, qu’ils ne se répandent vers le village et que tout ça se termine mal. »

 

Sauvage

« Au milieu de ces bois il  se sentit participer de l’environnement, faire corps avec la nature sauvage. »

Superstition

« Le vieux Jean était un vrai faiseur de superstitions, il vous mettait des anathèmes en tête pire qu’un colporteur. »

 

Terrifié

« En cédant à la peur il affolait toute la nature environnante. En revanche dès qu’il s’arrêta, ça se traduisit par un silence bien plus total, il ressortit de la voiture terrifié

par l’impuissance à laquelle ces bois le renvoyaient. »

 

Ultime

« Ils avaient presque fini l’ultime ascension les amenant sur les hauteurs de l’igue. »

« Liem et Travis le regardèrent, médusés, aussitôt envahis d’une ultime panique. »

 

Végétarienne  # viandards

« Lise qui était farouchement végétarienne n’aurait pas été à l’aise devant cette profusion de charcuterie préparée par des producteurs artisanaux, des jambons divers et variés, des saucissons suspendus et des conserves, des piles de bocaux, des pâtés, des terrines confectionnées à partir de toutes sortes de chairs d’animaux écrasées, cuisinées, compactées… »

«  manger de la viande rend vorace, avide, c’est de cette avidité -là que vient le goût de combattre, de conquérir le monde, de bouffer l’autre. »

 

Wolfgang

« Ce nom, c’était ce qui terrifiait le plus sur cette fabuleuse affiche, Wolfgang Hollzenmaier, ces grosses lettres d’or en éventail, c’était pire qu’une menace ou une déclaration de guerre, d’autant qu’il était  impossible à prononcer ce nom, et quiconque essaierait de le dire prendrait le risque de déclencher l’orage… »

 

X ==> XIX

« Le mont d’ Orcières avant, c’était des terres à vignes opulents et gaies, mais dévastées par le phylloxéra à la fin du XIXe siècle, elles devinrent des terres brûlées par le sulfure de carbone et l’huile de houille qu’on déversa dessus… »

 

Yogi

« Franck ferma les yeux. Il touchait un peu à cette béatitude que Lise devait atteindre quand elle s’adonnait à la méditation, assise en position de yogi. »

 

Zone

« A chaque virage il s’enfonçait un peu plus dans une zone libre, dégagée de toute contrainte, totalement sauvage. »

 


©Nadine Doyen

Chien-Loup de Serge Joncour, Éditions Flammarion le 22 Août 2018

Une chronique de  Alain Fleitour, Vannes le 16 Août 2018

RENTRÉE LITTÉRAIRE SEPTEMBRE 2018

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Chien-Loup de Serge Joncour, Éditions Flammarion le 22 Août 2018

 


Fantastique Chien-Loup, « Chien-Loup » renoue avec les grands romans d’aventure, ceux de Jack London ou ceux de Jules vernes, Serge Joncour nous offre avec ce récit une impressionnante fresque historique, où le présent paisible de Lise et de Franck, se heurte à une nature redevenue sauvage.

A l’heure du tout numérique, cette confrontation à une nature la plus déglinguée est un pied de nez à l’obscurantisme, une provocation toute Desprogienne à l’adresse de Google, ou autres Amazon, un tweet rageur sur la vie, la vraie, les deux pieds dans la glaise.

Dès les premières pages on frémit, « jamais on avait entendu beugler comme ça », ! On sent l’animal Serge Joncour s’exprimer, il n’y a que lui pour vociférer sa haine de la mauvaise foi, clamer le respect la nature, celle que l’on ne doit ni oublier, ni déguiser, ni dédaigner.
On ne pourra plus écrire sur la nature sans se référer à ce récit, comme à celui de Jean Hegland « dans la Forêt », l’homme reste ce qu’il a toujours été vulnérable.

En arrière plan, Serge Joncour déroule l’histoire de la grande guerre à Orcières, petit village de son Quercy près de Limogne, à un siècle de distance, ce sont les mêmes peurs, les mêmes défiances vis à vis de l’étranger.
Au mont d’Orcières séjourne à la déclaration de la guerre un dompteur de fauves, il est allemand. Des moutons disparaissent, tout le village est gagné par la peur. Seule Joséphine affronte cette peur, une peur qui enfle jusqu’aux dernières secousses, jusqu’au derniers dénouements les plus dramatiques.

Renouer avec la vie sauvage n’est pas sans rappeler l’appel de la forêt. On lit page 9 : « Les anciens eux-mêmes ne déchiffrèrent pas tout de suite ce hourvari, à croire que les bois d’en haut étaient le siège d’un furieux Sabbat, une rixe barbare dont tous les acteurs seraient venus vers eux. Ou alors c’était le requiem des loups parce que les loups modulent entre les graves et les aigus, en meute ils vocalisent sur tous les tons pour faire croire qu’ils sont dix fois plus nombreux. »

 

Il y a le Franck des premières pages qui s’accroche à son smart-phone comme une bernique à son rocher, même pas une barre, rugit-il page 75, « ça capte nulle part c’est de la folie ».
le grand producteur toujours reconnu par la profession, est prêt à défier Netflix, et tous les autres, « les géants du numérique, des monstres », car autour de lui les charognards s’agitaient, à commencer par ses associés Travis et Liem, ce dernier qui page 313, lui lança, « le cerveau c’est comme l’iphone, il faut faire les mises à jour. »


Et il y a l’autre Franck le double de Serge Joncour , qui au contact du Chien-Loup  se métamorphose, entreprend une mue, écoute les silences peuplés de bruits, se fait chasseur, peu à peu oublie sa peur dans cet espace à l’écart, livre bataille, engage la lutte contre Neflix à sa façon, sa lucidité s’est mise en marche.


Arrivé cloué par la peur dans ce Quercy déserté depuis la grande guerre, Franck privé de tous contacts, concède une pause de trois semaines à Lise qui elle a déjà renoncé aux fastes de l’éphémère et du virtuel. Franck devenu l’unique présence humaine à cent lieux de tout, va réapprendre à vivre, dominer ses peurs au contact du Chien-Loup, animal farouche, fidèle et un peu buté, mais plein de tendresse et de reconnaissance pour l’homme qui voudra bien l’adopter.
La phrase assassine de Travis, « t’aurais des gosses, tu pigerais », ronge chacun de ses instants, sa prise de conscience de la vraie nature du numérique, sa perception nouvelle de la violence du monde du cinéma, et de ses dangers mûrit sa vengeance.

Pour Serge Joncour le virtuel est devenu fou, son livre vient nous le dire, aucune violence même animale est capable d’engendrer de tels monstres!
Tendresse et humour viennent jouer avec notre plaisir de déguster ses bons mots et livrer son roman le plus abouti, mais aussi, le plus sauvage de ses romans, l’écriture la plus charnelle, l’expression de ses tripes la plus personnelle.


Une évocation aussi surprenante que réelle de la grande guerre, en fait le livre événement de cette rentrée littéraire. Tout Serge Joncour est là, sa voix noie ses pages de ses intonations qui nous font sourire tant elles sont si justes.

-Putain, mais où est ce que tu nous amènes, dans un trou ou quoi?
-Ben non, tu vois bien qu’on monte… C’est tout le contraire d’un trou. Page 408.
« Chien -Loup », en route pour les Grands Prix.

 

Citation page 475

Vivre à un tout autre rythme,
vivre pleinement à l’abri des autres ne se peut pas
parce qu’il y a plus la moindre zone sacrée.
Il existe au moins des zones d’accalmie,
coincées entre deux combats,
des zones à l’écart.

 

 

©Alain Fleitour

A l’occasion de la sortie en poche de : REPOSE -TOI SUR MOI de l’incontournable Serge Joncour , J’ai lu (8,40€ – 504 pages) ; Mai 2017

Chronique de Nadine Doyen

A l’occasion de la sortie en poche de :

REPOSE -TOI SUR MOI de l’incontournable Serge Joncour (1)

J’ai lu (8,40€ – 504 pages) ; Mai 2017

Prix Interallié 2016, le coup de coeur des librairies de Châteauroux,

élu meilleur roman français de l’année 2016 par le magazine Lire.


Retour sur ce page turner hypnotique qui a séduit le cinéaste Patrick Mille.

La phrase qui donne le ton : « Ils sont rares ceux qui donnent vraiment, ceux qui écoutent vraiment ».

Mais d’autres extraits méritent d’être cités :

« Où qu’on aille on est d’ailleurs, et c’est sans fin qu’on n’est pas d’ici. »

« Une famille c’est comme un jardin, si on n’y fout pas les pieds, ça se met à pousser à tire-larigot, ça meurt d’abandon. »

« Quitter c’est redonner vie à soi, mais c’est aussi redonner vie à l’autre, quitter c’est redonner vie à plein de gens, c’est pour ça que les hommes en sont incapables, donner la vie est une chose qu’ils ne savent pas faire. »

Serge Joncour signe un très beau roman complexe, ambitieux, ample, captivant, social, en prise avec l’actualité qui embrasse le monde rural et la banlieue, la mondialisation, le business, l’argent.

Gros plan sur une cour arborée où nichent des corbeaux et une rencontre.

Celle de deux voisins, de deux solitudes : une femme dynamique, styliste et un paysan reconverti en recouvreur de dettes. Aimantation à retardement, puis passion folle, « tellurique », d’autant plus inattendue que tout les oppose. Vertige des sens. Dépendance amoureuse. Fascination réciproque.

L’auteur, en subtil entomologiste des coeurs, traque les méandres du désir.

Il montre qu’aimer est un moyen de résister à la dureté du monde.

Il radiographie notre époque avec un regard acéré. Il insiste sur cette pression permanente, et instille du suspense, ses deux antihéros aux destins happés par une succession d’embûches, rencontrant des êtres fourbes, menaçants.

Le sel de cette love story ? On ne sait pas ce qui va arriver jusqu’à l’épilogue.

Serge Joncour, pétri d’empathie, essaye toujours de se raccrocher à l’humain. Il nourrit une généreuse bienveillance pour ses protagonistes, (des faibles, des fragiles, victimes de la crise) devant leurs turbulences intérieures.

L’auteur revendique un roman optimiste, basé sur la confiance qui s’installe entre deux êtres qui se sont apprivoisés.

Laissez-vous séduire à votre tour par Ludovic, l’altruiste, « le super plumber ».

On retrouve avec délectation le style Joncourien : puissant, écorché vif, fluide, cinématographique suscitant tout de suite des images fortes (corbeaux « jaillissant comme des assiettes au ball-trap », geyser, chute dans l’étang).

En quittant ce roman prégnant, sidérant, le lecteur va, lui aussi, rêver d’entendre cette invite: « Repose-toi sur moi ».

Qui ne rêve pas d’une épaule forte pour s’y poser ?

Un livre tour à tour, touchant, drôle, inquiétant, violent, poétique, poignant, tendre, nostalgique, qui ne vous laisse pas au repos !

Il enflamme, se lit d’une traite, émeut comme rarement.

UN GRAND ROMAN – UN GRAND CRU

Serge Joncour trace son sillon, sans tapage, mais avec un talent fou et s’impose parmi les cadors de sa génération.

(1) REPOSE-TOI SUR MOI, chroniqué le 1 août 2016 sur le site de Traversées.

(2) Les bonnes raisons de lire REPOSE-TOI SUR MOI, chronique du 8 octobre 2016.


©Nadine Doyen

Repose-toi sur moi, Serge Joncour, Flammarion ( 21€ – 427 pages)

Chronique de Catherine Mathieu

repose-toi-sur-moi-quand-joncour-se-fait-tout-petit-devant-une-poupee

Repose-toi sur moi, Serge Joncour, Flammarion ( 21€ – 427 pages)


Roman français élu meilleur roman de l’année par le Magazine LIRE, après avoir été adoubé par les journalistes du Prix Interallié.

Félicitations de toute l’équipe de Traversées à Serge Joncour pour ce coup double.

Après le décès de son épouse, Ludovic a quitté la ferme de ses parents et s’est installé à Paris, où il travaille dans une société de recouvrement de dettes. Homme de la campagne, empêtré dans un corps trop imposant, habitué aux grands espaces, il ne se sent pas à sa place dans cette ville.

Aurore est une jeune femme d’affaires qui a créé son entreprise de stylisme. Elle aborde une période difficile où elle sent qu’elle perd pied dans son travail et à la maison, entre son mari de plus en plus absent au propre comme au figuré, le fils de celui-ci et ses deux jumeaux.

Rien ne prédestinait ces deux personnes à se rencontrer, si ce n’est qu’ils vivent dans le même immeuble, elle dans un grand appartement luxueux, lui dans un petit logement sombre et sans confort dans la partie non rénovée, et que deux corbeaux ont élu domicile dans leur cour.

Ludovic se rend compte que ces oiseaux terrorisent la jeune femme, et pour la rassurer, il passe à l’action et les tue.

S’ensuit alors entre eux une histoire improbable mais évidente, fragile et forte, glauque et belle, parce que forcément, rien n’est simple.

Une fois de plus, Serge Joncour donne la parole à ceux qui d’ordinaire se taisent par l’intermédiaire de Ludovic, anti héros mal dans sa peau. Il décrit aussi à merveille le milieu du travail des deux personnages, leur cadre de vie, leur quotidien, le contraste entre la campagne et la ville…

Une fois de plus, on est conquis par son roman.

©Catherine Mathieu
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