Avatar de ElizabethSédiments

« En ce temps-là, j’étais en mon adolescence/ J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance. » (Cendrars, Prose du Transsibérien) En ces temps reculés, Bob Dylan nous est apparu, à nous lycéen(ne)s provinciaux/ales comme une étoile lointaine à notre horizon limité. Mai 68 n’était pas encore passé par là et la capacité de subversion des protest songs de Dylan et de Joan Baez nous donnait des ailes… Tout ça pour dire que l’exposition de la Cité de la Musique à la Villette « Bob Dylan – L’explosion rock 61-66 », ça me parle. Comme d’ailleurs à pas mal de dinosaures de mon espèce que j’y ai croisés, certains solitaires, d’autres flanqués de leurs (grands) enfants à qui ils expliquaient les arcanes de la période.

 

L’exposition est modeste en termes d’étendue : une longue galerie présentant soixante photos en noir et blanc, toutes réalisées en 1964-65 par…

Voir l’article original 209 mots de plus

Avatar de ElizabethSédiments

L’exposition de la Maison Rouge Louis Soutter, le tremblement de la modernité propose une vision d’ensemble à la fois originale et fidèle de l’œuvre du peintre suisse Louis Soutter (1871-1942), artiste injustement méconnu du grand public et négligé pendant des décennies par les historiens de l’art. Plus de 250 œuvres ont été réunies – notamment en provenance du fonds du Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, mais aussi de collections privées – et présentent toutes les phases de son travail.

L’isolement dans lequel Soutter a vécu pendant les vingt dernières années de sa vie, placé contre son gré dans un hospice de vieillards, a souvent poussé les commentateurs à le classer du côté de l’Art Brut. En cela, Dubuffet avait montré la voie, mais bien qu’il ait par la suite nuancé son appréciation, l’étiquette « Art brut » reste collée à l’œuvre de Soutter. Pourtant, une telle catégorie passe à côté de…

Voir l’article original 1 274 mots de plus

Un lecteur attentif

Bonjour,

Cette nuit, j’ai continué la lecture (délaissée à cause de trop d’autres lectures concurrentes) du n° Spécial nouvelles de Septembre 2011.

Je tenais à vous féliciter pour votre nouvelle Le parc, qui est un bijou qui se représente d’abord comme d’un vert émeraude puis devient peu à peu très noir.

Fantastique cauchemar métaphysique sur l’intervention des identités, l’échange des corps (voir mon article sur ce thème dans la Revue Indications, analyse des nouvelles de Michel Rozenberg) mais qui se soutient, dans votre cas, d’une écriture ciselée et d’une poésie subtile qui fleure bon l’Ardenne et la Gaume. Perle rare. De plus, Lamberty est le nom de mon meilleur ami. Son père est gaumais. Je vais davantage me méfier de ce type aussi depuis cette lecture. D’ailleurs, il n’est peut-être aimable avec moi que parce qu’il convoite d’être moi…

Mais presque toutes les autres nouvelles sont bonnes

Le deux que j’ai lues l’année passée :

Vous souvenez de mon réveil de Frédérique Deghelt recoupe ce genre fantastique mais la poésie et la qualité de l’écriture en moins. Très bon pourtant.

Mise en abîme de Michèle Bougon est basée sur une idée originale (quoique pas tant que cela car les histoires de statues qui s’animent et de personnages qui descendent de leurs toiles n’ont rien d’exceptionnelles). Mais l’écriture est très belle, musicale même par endroit !

Celles que j’ai enfin lues cette nuit :

L’ange déçu (et non déchu) de Frédérique Longrée est bien écrite, bien développé jusqu’à la chute (d’une ironie qui touche au tragique). Je me reconnais dans ce personnage qui hait les transports en communs et qui trouvent que les autres qui l’entourent puent.

Cévennes de Jacques Cornerotte est très valable aussi. Je suis sensible au thème de la désertion des villages dans certaines régions de France mais cela se termine sur une note optimiste à laquelle, par nature, je suis moins sensible. Il aurait fallu un chute dans laquelle ce couple de nouveaux venus apparemment de bonne volonté se serait révélé des promoteurs de la pire race prédatrice, construisant des lotissements sur les hectares vendus par le vieux survivant, transformant l’école en luna-park et en casino et puis le vieux cévenol se suicide de désespoir.

Le néon rouge de Jean-Baptiste Pedini est aussi une excellente nouvelle qui suggère fort sobrement la tragédie de l’Alzheimer et les coïncidences étranges de la vie.

Un Belge au pays des bleuets de Loïse Lavallée et Claude Raucy ne manque pas d’humour et de sens de la caricature, c’est le moins qu’on puisse dire, mais elle n’est pas très bien écrite et l’enchaînement des étapes du scénario est parfois improbable (on peut y déplorer une coquille – il y a un « le » ou un « que » qui manque quelque part, je ne sais plus où).

Les autres ne sont pas des nouvelles.

Attention Patrice avec tes sauts de pages (qui t’ont déjà joué un tour avec le poème La table) : dans Moulin premier… de Daniel Abel, où il y a quelquefois de belles images mais dans un ensemble plutôt confus, la phrase farfelue mais bien sonnante « Le rossignol, par la gorge du condor, l’étincelle dispose quand/la foudre compose, refuser tout joug, celui surtout de l’or » est écrite deux fois, à la fin d’une page et au début de la suivante (à moins que c’était dans l’intention de l’auteur, sait-on jamais ?…)

C’est un peu kikine d’aller jusqu’à ce degré de comparaison, mais Monsieur Mathieu je considère que votre nouvelle est la meilleure, grâce à l’originalité de l’histoire, à la qualité de l’écriture et celle de la poésie du lieu.

Cordialement,

Daniel Pisters

Ombres et forêt chez Catrine Godin

Je n’approche pas la lumière, pas plus que je n’approche quoi que ce soit. Je l’épie pendant qu’elle glisse et coule en ruisseaux sonores, tandis qu’elle peint les cheveux fous d’un lichen pâle, un îlot dense de mousse piquetée de tiges rouges où s’insinue, ondoiement vert à peine plus sombre, une ramure de pervenche, ses yeux clairs. La lumière révèle le diaphane d’un élytre d’insecte gracile, un miroitement d’écaille. Bleu-noir, il semble une lettre d’un alphabet antique, échappée sauvage de je ne sais quel encrier. L’insecte danse, fait des signes enroulés de pétale qu’il enfuit prestement derrière le long fuseau vertical et rêche d’un corps, immobile.

Son blog […]

Cette stupeur, d’Ile Eniger

Écrire, ce soir, est une douleur. Une aiguille fine plantée dans mon poignet, que le regard ne saisit pas. Le nœud des noirceurs serre les mots. Dehors, la gorge des neiges resplendit mais sa beauté ne touche pas mes doigts. Je ferme ma journée où le froid plante ses banderilles. Cette douleur. Une inquiétude de racine blessée corrode la sève. Dépossédé de sa volée d’oiseaux, un minuscule basculement des feuilles fait trembler l’arbre. La vie en alerte écoute une peur environnante. L’amour toujours en danger. Cette stupeur qui n’absorbe ni révèle mais bat comme une horloge, comme un cœur qui s’éparpille. Ce soir une épine fine écrit dans mon poignet, d’une tristesse impénétrable. Infime trouble sur l’équation du bonheur. Cette aiguille plantée au dedans. Sentiment impossible à dire. Les mots me servent de remise, d’appentis ou refendre la douleur. Fermant les volets sur la nuit, un air glacial prend mon visage. J’écris que l’hiver est revenu, il n’avait pas fini son travail.

Son Blog […]