Un lecteur attentif

Bonjour,

Cette nuit, j’ai continué la lecture (délaissée à cause de trop d’autres lectures concurrentes) du n° Spécial nouvelles de Septembre 2011.

Je tenais à vous féliciter pour votre nouvelle Le parc, qui est un bijou qui se représente d’abord comme d’un vert émeraude puis devient peu à peu très noir.

Fantastique cauchemar métaphysique sur l’intervention des identités, l’échange des corps (voir mon article sur ce thème dans la Revue Indications, analyse des nouvelles de Michel Rozenberg) mais qui se soutient, dans votre cas, d’une écriture ciselée et d’une poésie subtile qui fleure bon l’Ardenne et la Gaume. Perle rare. De plus, Lamberty est le nom de mon meilleur ami. Son père est gaumais. Je vais davantage me méfier de ce type aussi depuis cette lecture. D’ailleurs, il n’est peut-être aimable avec moi que parce qu’il convoite d’être moi…

Mais presque toutes les autres nouvelles sont bonnes

Le deux que j’ai lues l’année passée :

Vous souvenez de mon réveil de Frédérique Deghelt recoupe ce genre fantastique mais la poésie et la qualité de l’écriture en moins. Très bon pourtant.

Mise en abîme de Michèle Bougon est basée sur une idée originale (quoique pas tant que cela car les histoires de statues qui s’animent et de personnages qui descendent de leurs toiles n’ont rien d’exceptionnelles). Mais l’écriture est très belle, musicale même par endroit !

Celles que j’ai enfin lues cette nuit :

L’ange déçu (et non déchu) de Frédérique Longrée est bien écrite, bien développé jusqu’à la chute (d’une ironie qui touche au tragique). Je me reconnais dans ce personnage qui hait les transports en communs et qui trouvent que les autres qui l’entourent puent.

Cévennes de Jacques Cornerotte est très valable aussi. Je suis sensible au thème de la désertion des villages dans certaines régions de France mais cela se termine sur une note optimiste à laquelle, par nature, je suis moins sensible. Il aurait fallu un chute dans laquelle ce couple de nouveaux venus apparemment de bonne volonté se serait révélé des promoteurs de la pire race prédatrice, construisant des lotissements sur les hectares vendus par le vieux survivant, transformant l’école en luna-park et en casino et puis le vieux cévenol se suicide de désespoir.

Le néon rouge de Jean-Baptiste Pedini est aussi une excellente nouvelle qui suggère fort sobrement la tragédie de l’Alzheimer et les coïncidences étranges de la vie.

Un Belge au pays des bleuets de Loïse Lavallée et Claude Raucy ne manque pas d’humour et de sens de la caricature, c’est le moins qu’on puisse dire, mais elle n’est pas très bien écrite et l’enchaînement des étapes du scénario est parfois improbable (on peut y déplorer une coquille – il y a un « le » ou un « que » qui manque quelque part, je ne sais plus où).

Les autres ne sont pas des nouvelles.

Attention Patrice avec tes sauts de pages (qui t’ont déjà joué un tour avec le poème La table) : dans Moulin premier… de Daniel Abel, où il y a quelquefois de belles images mais dans un ensemble plutôt confus, la phrase farfelue mais bien sonnante « Le rossignol, par la gorge du condor, l’étincelle dispose quand/la foudre compose, refuser tout joug, celui surtout de l’or » est écrite deux fois, à la fin d’une page et au début de la suivante (à moins que c’était dans l’intention de l’auteur, sait-on jamais ?…)

C’est un peu kikine d’aller jusqu’à ce degré de comparaison, mais Monsieur Mathieu je considère que votre nouvelle est la meilleure, grâce à l’originalité de l’histoire, à la qualité de l’écriture et celle de la poésie du lieu.

Cordialement,

Daniel Pisters