Barbara AUZOU, Mais la danse du paysage, Ed. 5 Sens, Genève, 2021ISBN : 978-2-88949-307-4

Une chronique de Claude Luezior

Barbara AUZOU, Mais la danse du paysage, Ed. 5 Sens, Genève, 2021ISBN : 978-2-88949-307-4



Il est des livres où le regard ralentit son balayement de la page, tant la densité des mots porte vers un plus haut. Prendre et reprendre les lignes qui ondulent et fuient tels des frissons. 

Partir, certes, s’évader sans commune mesure. Car le pays réel est le pays rêvé. Sachant que l’ombre rassurante d’un arbre, ou du moins son souvenir, parviendra à canaliser les songes d’un ailleurs…  Une clé de ce recueil se niche en effet dans des textes intercalaires, Au pied d’un seul arbre, suivis par un chiffre romain de I à XIII, comme autant de bornes rassurantes sur la via appia de l’aventure.

Nous ne savions pas alors qu’avec force à nos bouches éclaterait l’aromate de toutes les légendes…Et que dansent les paysages ! Dans ce train du possible et de l’impossible, un tout premier compagnon : Blaise Cendrars, dont nous avons, en son temps, appris partiellement mais avec ivresse quelques passages de sa Prose du Transsibérien.

Le poète évoquera aussi  l’humble René-Guy Cadou ; et, en Algérie,  comment s’étonner qu’entre ces murs Camus se réclama dans un sourire du droit d’aimer sans mesure?

 N’étant pas chirurgien des lettres comme Barbara Auzou, je ne me risquerai pas à trop disséquer les images présentes, tout à la fois denses et aériennes. À mon sens, elles sont issues de la magie et du miracle.

 Certains bagages sont restés à quai : ponctuations inutiles, majuscules empesées, sauf pour les titres et sous-titres qui gardent ainsi un brin d’aristocratie. Grâce à la richesse de la langue, infuse la ligne non écrite encore du prochain oracle. Senteurs du Moyen-Orient et de civilisations anciennes : en mer de Thessalie j’ai semé mes ex-voto de galets / peints et de miel sur les mythologies de nos peaux. En fait, la terre entière sera sur la carte, du fjord norvégien au lac Titicaca, de l’Ecosse aux steppes de Mongolie, du Kenya au Grand Canyon, de Cassis aux âmes ultramarines. Billet sans limite. Mais rassurez-vous : demeure dans le cœur l’ombre tutélaire de l’arbre. 

Toi de feu moi de terre qui tremble (…) et ta main comme un rituel cherche ma main. Préside le « je » qui donne tendresse et proximité. La parole est adressée à l’immédiateté d’un « tu » (te conter dans les yeux ce constat sublime de l’état de la vie), quand elle ne devient pas un « nous » à la véracité lumineuse : viens avec moi / nous allons nous taire à tue-tête / et recommencer les eaux.

L’auteure se risquerait-elle à retrouver des eaux bibliques, des eaux lustrales ? Au-delà des horizons diamantés, toujours cet appel des choses fondamentales.

L’on se surprend à chuchoter ces textes, à les psalmodier entre silence et murmures sacrés. Pour en goûter encore davantage la musique, les effluves, les respirations internes: histoires muettes que l’on entend auprès des pierres. 

Itinéraire de longue haleine, dans une langue tierce : celle de la poésie. Au final, je m’éloigne des maçons du passé de tout ce qui brûle les passereaux. Les frissons du voyage font place à un retour bienfaisant, au pied d’un seul arbre (…) où j’empoigne le chant de mille oiseaux. 

                                                     © Claude LUEZIOR

Les éditions Traversées ont publié le premier livre de Barbara Auzou en 2020.
Il est toujours et encore possible de le commander en envoyant un mail à

Patrice Breno – Revue Traversées: traversees@hotmail.com.

Barbara Auzou, Niala, L’Époque 2018, Les Mots Peints, Éditions Traversées, 2020, 133 pages, 20€


Isabelle Bielecki, La maison du belge, préface de Myriam Watthee-Delmotte, Bruxelles : M.E.O., 2021

Une chronique de Pierre Schroven

Isabelle Bielecki, La maison du belge, préface de Myriam Watthee-Delmotte, Bruxelles : M.E.O., 2021


Les russes se jettent dans tout avec toute leur âme alors que les belges commencent à réfléchir.

Ce roman est le dernier volet d’une trilogie (les mots de Russie, les tulipes du Japon) évoquant la quête existentielle d’Elisabeth, la fille d’un couple russo-polonais installé en Belgique, qui aura fort à faire pour se libérer tant de la servitude de ses passions destructrices que du poids du passé (une famille divisée, liée à la guerre et à la déportation) ; en effet,  instrumentalisée par un père au passé militaire trouble, brimée par sa mère  et manipulée par un amant aussi égoïste que cynique, Elisabeth devra composer longtemps avec les manques vécus dans son enfance, les vieux schémas familiaux et les contraintes que lui imposent les « hommes de sa vie » avant de pouvoir revenir à  elle, gagner son autonomie, assumer pleinement sa vocation littéraire et en définitive, se mettre au monde…

D’une manière générale, ce roman met au jour la destinée d’une femme qui, en dépit de ses multiples déceptions sentimentales et familiales, puisera au plus profond d’elle-même, la force nécessaire pour suivre son propre désir, pardonner à ses « bourreaux », exprimer sa nature d’artiste et enfin, restructurer sa personnalité dissociée par le temps, l’espace et les autres ; mieux, ce roman narre magistralement les péripéties amoureuses et existentielles d’une femme qui, refusant  d’être admirée voire aimée pour ce qu’elle n’est pas,  exprimera ses doutes quant à tout ce qui l’empêche d’être elle-même voire la force à vivre dans le devoir être,  la peur et le ressentiment…

Parmi les thèmes majeurs évoqués, citons, entre autres, le pouvoir des mots, le soviétisme, la mondialisation, la révolte, le capital, la liberté (une conquête plutôt qu’un don du ciel ), le couple, la passion amoureuse et le …taoïsme (tu crées ta propre souffrance car tu attends ce que tu imagines au lieu de prendre ce qui vient).

Eclairé par la judicieuse préface de Myriam Watthee-Delmotte, ce livre est une ode à l’amour sous toutes ses formes, une invocation à la sensualité libérée, un plébiscite pour l’écriture littéraire et enfin, une invitation à entrer en nous, à nous rapprocher du mouvement de la vie pour percevoir ce qui est et par là-même, ce que nous sommes vraiment. Avec « La maison du belge », Isabelle Bielecki signe un roman qui parle le langage du cœur, du corps et d’une forme de liberté basée sur l’accomplissement de soi. Une réussite à tout point de vue !

A nouveau tu m’as mise en garde : Fais attention ! La pitié est une chose affreuse. N’y succombe jamais car il va l’exploiter.

Malgré cet avertissement, malgré mes résolutions, je recommençais à attendre un coup de fil. C’était plus fort que moi. Quelque chose en moi refusait de mourir. La nuit, je faisais des cauchemars. En rêve, je faisais un bond dans mon passé, j’étais à nouveau avec lui, incapable de le quitter.

C’était le même scénario qu’avec mon père. Une enfance à l’aimer à la folie, et une vie entière pour m’en arracher. Car l’appel de Ludo que j’appréhendais était le même que celui de mon père, sombré dans la parano la plus noire après le suicide de ma mère. Combien de nuits ne m’avait-il pas harcelée ! Chaque fois, j’avais espérer entendre l’homme que j’avais idolâtré, celui qui allait me protéger contre le pire et chaque fois c’était lui. Et lui seul.

Dans les deux cas, « maia dorogaia », j’ai espéré le retour d’un homme qui n’existait plus. Qui me dirait, enfin, les mots que j’avais attendus pendant des années.

                                                                                                                  ©Pierre Schroven

Béatrice Libert, Arbracadabrants, avant dire-d’Eric Brogniet, Châtelineau : Le Taillis Pré, 2021

Une chronique de Pierre Schroven


Béatrice Libert, Arbracadabrants, avant-dire d’Eric Brogniet, Châtelineau : Le Taillis Pré, 2021


Dans ce livre, Béatrice Libert affirme  avec brio son amour inconsidéré  pour les mots qui, sous sa plume, deviennent ici les fiers et joyeux ambassadeurs d’un merveilleux,  d’une joie et d’une  pensée décrochant avec le bon sens et le sens commun ; mieux,  elle met ici au jour une  seconde réalité, parodie certaines affirmations et valeurs culturelles établies tout en posant avec une apparente désinvolture, la question du statut du réel et de sa perception. En effet, traversé de suggestions érotiques, d’humour léger et de « forces qui résistent », chaque texte du recueil possède cette faculté d’éveil propre à nous faire retrouver la vie « perdue » derrière les gestes et les pensées codées.

A travers cet ouvrage, l’auteure tend d’une certaine manière, à ressusciter l’enfant en nous et, à l’instar de  certains peintres, nous propose une série de « tableaux » permettant à l’œil de basculer du côté d’un ailleurs où il ne « reconnait » plus rien ; ici, le cœur des choses bat autrement, la beauté rayonne, le mot est ouverture, l’écriture dérange le sens et par certains aspects, rend le réel recomposé. En Bref, « Arbracadabrants » est un livre jouissif qui voit l’auteure faire délirer la langue, chercher une autre réalité voire créer des images susceptibles de transfigurer le connu, de susciter l’émotion, de générer le rire et enfin, d’éveiller en nous le culte de l’émerveillement quotidien.  

Madrier : arbre à poutres

Il s’entend comme larron en foire avec le bélier, géant végétal qui fleurit depuis le haut Moyen-Âge.

Lourdaud, costaud, bougon, le madrier, qui ne badine jamais, semble prompt à trouver la paille dans le bourgeon de ses congénères plutôt que la poutre dans le sien.

Si on le lui pardonne, c’est à cause de son grand âge, mais aussi à cause de son sérieux dans l’art de la déconstruction.

                                                    ©  Pierre Schroven 

Éric Brogniet, Lumière du livre, suivi de Rose noire, Frontispice de Bernard Gilbert, Le Taillis Pré, juillet 2021, 168 p, 18€.

une chronique de Marc Wetzel

Éric BROGNIET – Lumière du livre, suivi de Rose noire* – Frontispice de Bernard Gilbert, Le Taillis Pré, juillet 2021, 168 pages, 18€


    Lumière du livre ? Le titre de ce recueil tient ce qu’il promet : une source de clarté, une « fenêtre » de sens, l’illumination de choses essentielles à la vie. Un livre ici – un volume de feuillets imprimés assemblés – offre sa triple lumière : celle d’un carnet, celle des marques, celle du lien. Et l’on peut même songer à la « lumière naturelle » d’un Descartes, où l’esprit ne compte que sur son propre travail (sans auxiliaire sacré, sans Révélation d’appoint !) pour éclairer la nature, et garde bon sens et lucidité dans son lyrisme même. Eric Brogniet a la mesure énergique, et la sagesse concise : l’homme qui ici chante pense net et droit.

« Vaincre ne suffit pas

Il faut pouvoir surmonter sa victoire

Afin de s’en libérer : c’est ce que dit

Le vent à la forêt enracinée » (p.50)

« Le plus haut des édifices

Ne vaut que par une pierre d’angle

Ce qui mûrit

Ne spécule pas sur l’avenir » (p.56)

« L’honneur réside dans l’inaction

Quand le monde est occupé

L’ermite se contente de peu

Un feu salutaire suffit à la nuit » (p.94)

 Mais c’est la pensée d’un poète, pour lequel l’intimité du devenir n’a pas de secrets, même s’il ne reste peut-être rien, in fine, de la découverte qu’il nous fait faire de celui-ci :

« Ce chuintement dans les herbes

Cette coulée dans les prêles

Trace d’une conscience : à la fin, la vie

Ne serait-elle que le souvenir d’un rêve ? » (p. 67)

 C’est aussi la pensée d’un poète qui sait réunir, en une strophe parfaite, plusieurs temps de la présence – le temps de l’instant, celui du jour, celui de l’année – qu’il synthétise au coeur d’une haie de houx :

« Haie emperlée, aube d’automne

Fumée et brouillard depuis le fleuve

Rien ne bouge, tout se tait

Dans les houx » (p.48)

C’est encore la pensée d’un poète, qui « ramasse » (avec ses framboises) les divers temps de leur cueillette, leur maturation, leur élégiaque conservation :

« Les grelots doux des tendres framboises

Dorment dans les caves où la lueur d’un falot

Éveille leur sang profond

Dans les sombres bocaux » (p.49)

Elle toujours, qui sait mêler extraordinairement les trois cours du travail (du sol, depuis le sol, dans le sol). On dirait à la fois le mantra d’un archiviste, et un ravaudeur de drapeau blanc  – les temps du rien, de l’attention et de la paix coïncident ici :

« Qu’entends-tu dans le lilas ?

La merle et la grive par les beaux soirs de mai

Quand le vieux jardinier qui dort sous la terre

Depuis longtemps est oublié » (p.68)

Une même vie peut alors mêler en elle les divers temps qui la fondent : ceux de l’étreinte, du sommeil et de la désillusion. En vingt mots, tout est dit d’amoureux se sachant mortels, de rêveurs se voulant ensemble, de désirants se devant la vérité : 

« Mêlez aux jours silencieux

Vos doux ébats, vous qui allez mourir

Le temps d’un songe

Qu’un rien pourrait trahir » (p.32)

Lire Éric Brogniet, c’est saisir l’occasion de prier par soi-même – et, si l’on peut se permettre d’appeler prière un chant si farouchement lucide (élégiaque, oui, mais versant Lumières : pas un gramme de superstition, de dogmatisme, et partout comme une farouche farandole de nuances !), alors voici une voix qu’on ne pourra soupçonner de prier pour ne rien dire ! Ses dénonciations (p. 90, 91, 92 …) des pactiseries et combines du monde numérico-financier (qui ne veille, lui, qu’à une chose : que ce qui lui échappe ne le dérange pas !) tranchent, et témoignent de nos traîtresses facilités, virtualisant tous nos combats, et différant tous nos efforts :

« La nuit du monde est assez vaste

Pour ces ombres jamais fatiguées

Des petits arrangements

Rentables avec l’ennemi » (p.93)

L’auteur, quoi qu’il en soit, n’en perd pas son goût d’être. La mélancolie (qui ne serait qu’une nostalgie fatiguée) n’est pas son fort. C’est que, dit-il sobrement, on naît de son enfance (p. 102)  – les plus fragiles de nos promesses sont infatigables; les plus prometteuses de nos fragilités sont souveraines ! -, et il n’y a nul besoin, hors de nous comme en nous, d’affranchir l’enfance, mais il s’agit de libérer ce qui se tenait devant son cheminement. Le coeur de l’être est son suffisant viatique :

« Un grand silence effleure une à une

Les pages du livre de la forêt

Alors seulement il se met à parler

Et raconte une histoire enchantée« 

                                                         ———-

  (*Certains extraits de Rose noire ont été publiés par la revue Traversées)

© Marc Wetzel

Sorj Chalandon, Enfant de salaud, Grasset, ( 20,90€ -333 pages) , Août 2021

Une chronique de Nadine Doyen

Sorj Chalandon, Enfant de salaud, Grasset, ( 20,90€ -333 pages) , Août 2021


Toute vérité n’est pas bonne à dire, c’est ce  qu’a pensé le grand-père du narrateur, Sorj Chalandon, lui, fils de salaud , alors que celle qu’il appelait sa « marraine » tenait  au contraire à ce que la vérité éclate.

Ce sont des bribes de phrases, entendues à dix ans, qui ont taraudé l’écrivain, au point de mener sa propre enquête afin de percer ce secret, qui est également un fardeau.

Il a juste su que son père «  était du mauvais côté », ce qui le pousse à explorer son passé trouble  durant la guerre. Un incroyable parcours qu’il restitue dans ce livre. 

Le récit commence sur les traces de cette Maison des enfants, où avait eu lieu la rafle d’Izieu le 6 avril 1944. Madame Thibaudet, la propriétaire le reçoit, (5 avril 1987), le conduit à ce qu’il reste de la salle de classe. Il entremêle le passé tragique du lieu à ses émotions et apostrophe ce père qu’il aurait aimé pouvoir questionner, qui lui a tant fait honte.

Il se remémore leur discussion après avoir vu le film «  Week-end à Zuydcoote », et ses répliques frustrantes : «  un jour je t’expliquerai » !

Il repasse en revue tous les récits de ses exploits, de « ses batailles », mais sans connaître la suite promise.  Il a eu « plusieurs vies ». Il fait le lien entre le timbre rouge et la Légion tricolore. Il dresse un portrait sans concession de celui qu’il qualifie de « charlatan, de faussaire, de tricheur ».

 A l’occasion d’une rencontre dans un café, au crépuscule de la vie du père, le narrateur tente d’obtenir des explications, d’éclairer cette expression que le grand-père avait utilisée :  «  fils d’un salaud ».  C’est à ce moment-là qu’il découvre que son père « a défendu le bunker d’Hitler, qu’il a traversé à la nage le lac de Tressower (en Poméranie) et qu’il partage avec la Saône un secret, son refuge lyonnais.  Il lui reproche d’employer toujours « on ». Pas facile d’encaisser que son père a été SS. La phrase «Mon père a été SS » tourne en boucle. Un  autre terme lui a été mystérieux : « les Rouges » mais sa mère n’avait pas consenti à le lui expliquer.

Lui reviennent à l’esprit les sévices que son paternel lui a fait endurer. Insatisfait des réponses de son père, ce renégat, il fait des recherches en bibliothèque, il le recontacte, essayant de lui arracher des réponses. C’est dans la boîte aux souvenirs, détenue par sa marraine, que sa mère lui remet  qu’il trouve une pièce à conviction : le casier judiciaire et les preuves de son incarcération. Ce qui le décide à écrire au tribunal de Lille afin de  s’informer. Mais « le fardeau » est lourd.

En 1987, il est missionné pour suivre le procès Barbie, qui débute le 11 mai 1987 à Lyon et pour faire le reportage à Izieu. L’accusé, « naturalisé bolivien » se présente sous le nom de Klaus Altmann. Ce chef de la Gestapo de Lyon a pour avocat le célèbre Jacques Vergès.

Le narrateur refusera à son géniteur, l’imposteur qui veut suivre le procès, tout passe-droit ou coupe fil, période où il a levé une  première et dernière fois la main sur son père.

Entre deux audiences, Sorj Chalandon a espéré des aveux de ce vieil homme, peu enclin à lui dire la vérité :«  J’ai besoin de savoir qui tu es pour savoir d’où je viens. » Une quête vaine jusqu’alors. Mais, en mai 2020, son ami historien Alain a pu se procurer le dossier grâce à son oncle travaillant aux Archives à Lille, 124 pages  photocopiées relatant la guerre du père. L’auteur laisse échapper une litanie d’interrogations au fur et à mesure qu’il découvre la réalité. Il évoque le départ en retraite de sa mère, femme de l’ombre, et son appel affolé le prévenant des propos incohérents de son mari et de sa fugue, après avoir cassé des objets auxquels elle tenait et déchiré le livret de famille.

Ce qui est bouleversant dans ce monologue, ce sont les passages où le fils du traître apostrophe son père affabulateur:« Tu vois papa…, je me suis demandé comment tu avais encaissé ces témoignages», « Tu as enfilé des uniformes comme des costumes de théâtre. »

Sorg Chalandon continue à fouiller son histoire familiale, après Profession du père , il exhume un pan de l’Histoire avec ce procès Barbie. Il montre combien tous les non-dits, les mensonges du père ont ruiné la relation père/fils, lui qui avait espéré une repentance de ce fieffé « serial menteur », des réponses. Le salaud n’est-ce pas le père mythomane qui l’a trahi, « l’homme qui a jeté son fils dans la vie comme dans la boue. Sans traces, sans lumière, sans la moindre vérité » ?

 Un portrait saisissant. Un témoignage prenant , à la veine autobiographique, dans lequel on croise, le fils, le journaliste et l’écrivain dont l’enfance a été nourrie de mensonges. Souhaitons que ce livre puisse mettre un terme à ce passé qui l’a tellement, traumatisé, faute de le connaître.

© Nadine Doyen