Louis Delorme, ALTERNANCE, Collection Sajat, Paris, 2019.

Une chronique de Claude Luezior

Louis Delorme, La charnier.

Louis Delorme, ALTERNANCE, Collection Sajat, Paris, 2019, ISBN : 978-2-35157-758-6

__________________________________________

Expressionnisme ? Impressionisme ? Cubisme ? Et pourquoi donc un « isme » ? Art naïf, parfois. Art tout court. Les gravures, sculptures, huiles, collages, sérigraphies de Louis Delorme nous font penser à Münch, Chagall, ou Garouste. Classement difficile : et pourquoi donc un classement ? L’itinéraire est complexe, certainement tourmenté, toujours aux aguets. Mais pas seulement.

Ce recueil illustre les méandres d’un artiste mais aussi la pensée d’un poète : errances, illusions noyées, désespérance face à l’absurdité.

Nombreux sont les ouvrages où le trait illustre un texte. Chose connue ! Par ailleurs, on trouve à foison des lignes explicatives commises par tel ou tel historien de l’art  déguisé en guide touristique ou en poète du dimanche. Passons ! Enfin, certains écrivains se sont essayés à commettre des lignes inspirées par une peinture, offrant au lecteur, j’allais dire au contempleur, une luminosité originale.

Dans ALTERNANCE, la démarche de Delorme montre  les deux faces de sa propre vie. Singulière dualité. Rares sont les artistes qui se sont essayés tout à la fois aux arts plastiques et à l’écriture avec autant de créativité, de constance, de talent renouvelé, d’acharnement. L’auteur reprend sa matière picturale mais ne la commente pas. Il lui coud des mots, lui donne un sens complémentaire: le sien.

On peut plaider le fait que l’œuvre plastique se suffit à elle-même, que c’est au spectateur d’y trouver sa voie. On peut prétendre qu’un poème n’a pas besoin d’être illustré car le lecteur a son imaginaire propre.

Certes.

Mais la vision d’un artiste prend une signification tierce quand elle est amplifiée, magnifiée par le créateur lui-même. Nous l’avions déjà noté, par exemple chez Armand Niquille qui peignait des poèmes, aphorismes ou envolées mystiques au revers de ses tableaux. Non pas comme une vaine narration mais dans une tentative de dire autrement, de graver sa pensée dans une autre partie de son, de notre cerveau.

Parfois, cet essai désespéré de mettre un sens langagier à sa toile trouve une soupape dans le titre qu’il lui donne.

Ici, Delorme assume une création verbale originale à partir d’œuvres anciennes. Le moule n’est pas cassé, le fond de la pensée, intacte. Nous avions déjà apprécié ses sentes avec Contrepoints, une trilogie en compagnie de Jeanne Champel Grenier. Delorme accorde (on gardera le mot « corde »), c’est à dire enchaîne, scande, burine un verbe fort à sa matière picturale.

Juste un exemple :  Le Charnier. Contempler le tableau est une expérience. Lire le poème est un voyage. Côte à côte, les deux expressions du même auteur prennent une dimension particulière. ALTERNANCE ou présence simultanée ?

     ©Claude Luezior

Morte dans l’anonymat

sans même assez de terre

pour recouvrir ces corps

décharnés,

désunis,

tous ces déjà presque squelettes,

pêle-mêle jetés

dans la fosse commune.

Qui peut oublier ça

et pire le nier ?

Bourreau, ta mort aussi,

elle était programmée.

Dans quels champs

allez-vous

vous retrouver ensemble ?

                        Louis Delorme

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.