La Cigarette et le Néant, Horace Engdahl, Serge Safran

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  • La Cigarette et le Néant, Horace Engdahl, Serge Safran ( 17€-184 pages)

Un titre qui surprend. Un recueil traduit par une armada d ‘étudiants traducteurs.

Horace Engdahl livre une compilation de fragments, de pensées éparses, d’aphorismes, d’apostilles, de diverses longueurs, le tout réparti en quatre volets.

De nombreuses réflexions sont centrées sur l’écriture et l’écrivain. Il donne à voir la « tâche ingrate du métier d’écrivain », qui « passe des heures à accoucher de quelques lignes, consommées par le lecteur en moins de deux ».

Il tente de décrypter pourquoi les romans réalistes exercent autant de fascination.

Il met en exergue l’importance d’entendre la voix de l’auteur dans son livre, et démontre que tout écrivain a une ou plusieurs figures tutélaires qui ne sont pas sans influencer le ton. Lui-même cite ses références: des auteurs scandinaves , Balzac,Chamfort, Cioran, Blanchot. Horace Engdahl décline un exercice d’admiration à l’encontre de ceux qui l’ont nourri de « quelques lignes lumineuses ».

Il affiche des positions très tranchées concernant le langage: « Laissons donc le vocabulaire tranquille. » Il porte un regard sévère sur les bloggeurs qui échangent une foultitude de banalités, soulignant la différence avec Montaigne.

Il consacre une étude très fouillée à la critique littéraire, montrant la difficulté du genre. Il aborde le domaine de l’art et analyse la vision du sacré chez les peintres.

On peut lister, comme Charles Dantzig dans son encyclopédie capricieuse, ce que Horace Engdahl abhorre: un public qui s’esclaffe niaisement, la sensiblerie.

Il déplore le manque de convivialité du téléphone et les sollicitations dont on est assailli. De même il condamne le manque de civilité, de respect qui prévaut.

Quant à ce qu’il aime, on note « le jingle qui précède l’apparition du présentateur, dans le journal belge ». Il connaît quatre cafés de Vienne qui se veulent « berlinois » et nous en dépeint l’atmosphère.

Il distille des conseils de sagesse, enseigne à relativiser ( un échec, une erreur).

Il donne son avis sur de multiples sujets: la vérité, le savoir, le bonheur.

Il se remémore ses rêves, sa première journée d’école, des anecdotes.

On devine une certaine nostalgie à l’idée de voir des choses tomber dans l’oubli.

L’auteur revient sur l’époque où on ne craignait pas d’afficher les vertus de la cigarette après « un rapport fougueux ».

Serait-il visionnaire ou alarmiste quand il évoque « la décadence de la culture

européenne »?

Horace Engdahl termine cet opus par un hymne à la forêt, qui « comme les grandes villes, nous font toucher l’infini ».

Il signe un ouvrage qui se picore au hasard des pages, qui ouvre de multiples pistes de réflexions, dans lequel on trouve de l’érudition, de l’humour et de l’humanité.

©Nadine DOYEN