En partance, Guy Jean 

 

  • En partance, Guy Jean ; Trois Rivières : Editions d’art Le Sabord, 2010.

«… En partance, c’est la recherche au cours de voyages du souffle humain tissé entre l’heure et le lieu. C’est l’exploration de l’âme humaine dans ses amours, sa violence, ses espoirs et ses velléités… ». Ce passage extrait de la quatrième de couverture résume parfaitement les thèmes abordés dans le recueil ; à savoir, la fuite du temps, les guerres, l’amour, l’exclusion sociale, la mort, la problématique de l’écriture, le dogme religieux et bien d’autres encore… Mais s’il ne fait aucun doute que la poésie de Guy Jean est une poésie « de chair et de sang », il n’en demeure pas moins qu’elle tente aussi d’approcher le monde dans sa dimension merveilleuse et secrète.

Toutefois, si elle demeure profondément ancrée dans le quotidien, cette poésie n’a rien d’anecdotique. Car si le poète s’emploie à dénoncer les dérives d’un monde dont les valeurs(la vitesse et l’utilitaire) sont loin d’être en concordance avec nos aspirations profondes, il cherche aussi à nous communiquer sa fièvre d’exister. Ici, la poésie est conçue comme un acte libérateur, un acte de résistance voire un chant d’espoir ; ici, la poésie est une langue de liberté, d’égalité et de fraternité ; ici, la poésie éveille le réel, exorcise un présent aliénant et constitue un moyen de fondre l’espoir dans le désespoir ambiant.

A travers ce recueil, le poète questionne la vie et le temps tout en posant un regard sans concessions sur les enjeux d’un monde où tout reçoit une échelle de valeur en fonction de son utilité ; à travers ce recueil, le poète nous met en présence d’une poésie lucide qui intègre le vivant pour maintenir la vie en vie…

Je me résigne et adresse la parole au chien sauvage

les yeux brûlés de hurlements qui secoue de ses griffes

les griffes métalliques installées sur mon histoire

ses instincts portent ma rage, mes envies

je le garde enchaîné

pour qu’il déchire de ses crocs la nuit

pour que mes rêves s’égarent et se dessinent aux murs d’une caverne

les voix emprisonnées dans son nom

◊Pierre SCHROVEN