La divine comédie d’Amélie Nothomb, Livre audio Audible, février 2021

Chronique de Nadine Doyen

La divine comédie d’Amélie Nothomb, Livre audio Audible, février 2021

Si pour Amélie Nothomb le champagne est un divin nectar, écouter le document sonore réalisé par Laureline Amanieux : La divine comédie autour de l’écrivaine est un enchantement. Le titre aurait pu s’intituler : En balade avec Amélie Nothomb, puisque nous invitant d’abord chez elle,l’écrivaine nous fait ensuite déambuler dans Paris, prenant parfois la casquette de guide pour explorer des œuvres de poètes, d’artistes, de musiciens servant de passerelles vers les mythes gréco-romains.

De multiples rencontres et conversations viennent pimenter l’écoute. On enfourche parfois le vélib pour la suivre ! Notre conteuse aime le vélo qui lui donne l’impression de pouvoir s’envoler.

Pourquoi ce titre ? C’est la destination finale de ce voyage mythologique !

Comme Nicolas Carreau qui aime visiter les bibliothèques de personnalités, Amélie Nothomb nous ouvre les portes de la sienne et décline ses préférences, ses livres cultes, sa passion pour les mythes. Un motif la fascine : la catabase. terme qu’elle explique, en lien avec le voyage souterrain, disons carrément, la descente aux enfers qu’elle nous réserve. 

La dame au chapeau nous fait partager le havre de paix du jardin du Musée Rodin, avant de s’enthousiasmer sur la magnifique Danaïde et sur la Porte de l’enfer. Pour l’accueillir, Isabelle Bissière, cheffe culturelle qui décrypte quelques œuvres pour nous.

Elle revient dans ce musée pour se concentrer sur quelques sculptures dont celles situées à l’étage. C’est la sensation étrange d’habiter dans le musée, réservé uniquement à soi, comme les auteurs qui racontent leur nuit blanche dans un Musée ! (« A la Pointe de la Douane »), à Venise pour Leila Slimani, qui voit « un musée comme une forteresse dédiée à l’art, à la beauté où elle se sent toute petite »). Extase devant « La cathédrale », ce ballet d’amour entre deux mains, exprimant force et tendresse.

Passage par les coulisses de la salle Gaveau, interview du chanteur d’opéra qui interprète Orphée, version d’Ovide (idée de métamorphose,une façon d’apprivoiser la mort). 

A l’espace Camac, on imagine aisément la joie d’Amélie en train de s’initier à la harpe, toute émerveillée de produire des sons. « Quelle aventure géniale ! », s’exclame-t-elle.

« Jouer de la harpe, c’est être passé maître dans l’art délicieux de la caresse et du pincement » pour Ramon Gomez de la Serna.

 Un morceau de Debussy nous parvient, sur lequel nous est brossé le portrait du Dieu Pan, puis le fil d’Ariane est déroulé.

L’écrivaine se livre à des confidences et nous émeut aux larmes. Elle évoque ses souffrances passées et dévoile comment elle les a surmontées. Un livre l’a doublement sauvée, aidée à traverser l’épreuve du confinement et de la mort de son père. Elle le considère comme un chef d’oeuvre pour avoir réussi à la faire entrer dans le charme en dépit de son état de souffrance, de chagrin incommensurable. Il s’agit de « Naissance de l’Odyssée » de Giono, qu’elle nous raconte, tel un aède. Il a eu d’ailleurs une vertu thérapeutique pour l’auteur du « Hussard sur le toit ». Elle a appris à apprivoiser la mort, et confie parler davantage à son père depuis sa disparition.

Une légende africaine dit que les morts continuent de vivre parmi nous tant que nous parlons d’eux. D’ailleurs la baronne belge lui rend hommage à plusieurs reprises. On le sent présent.

Amélie Nothomb aborde le processus de la création. « Pour tout artiste, il faut sentir en soi les deux pôles », donc pour elle, écrire « sous le double patronage d’Apollon et de Dionysos » !

Elle avance une autre idée en admirant les sculptures de Rodin et le pouvoir de la main : « l’illusion d’être Dieu quand on crée ». Elle livre, en aparté, son plaisir de faire disparaître ses personnages dans le souci de rendre l’oeuvre plus cohérente ! La romancière revient sur la genèse de « Soif, le 93ème roman dont elle accouchait, le Livre de sa vie », écrit dans sa cuisine, selon le même modus operandi avec le même matériel humble (pour le cahier et le bic cristal). Pour obtenir le jaillissement de l’écriture, elle dit opérer une vraie descente dans ses entrailles afin d’entendre un son, sa petite musique pour le traduire ensuite par le langage ! « Écrire, c’est vouloir devenir le chef d’orchestre de ses personnages, les choisir, les solliciter ».

Dans l’épisode 6, on passe d’un monde à l’autre.

Se considérant néophyte en mythologie scandinave, l’académicienne belge rend visite, par deux fois, à Pierre-Brice Stahl, maître de conférence, spécialiste de civilisation nordique. Celui-ci évoque les différentes  sources, parmi les contemporaines, il rappelle les églises en bois, « stavkirke ». Elle le bombarde de questions sur les divinités. On apprend qu’Odin est associé à la magie, la poésie, la mort, la guerre, la connaissance. Mais il n’y a pas un dieu pour chaque aspect. Elle l’interroge sur les runes, la poésie scaldique et le vieux norrois.

En écoutant « Viking metal », Amélie révèle son goût pour le « Heavy metal », une musique cathartique pour elle, salvatrice quand il s’agit de se défouler ! Magie de la musique qui adoucit les peines. La lecture d’un passage de l’Edda poétique de Snori Sturluson clôt la séquence.

L’ épisode 10 est consacré aux voix, et plus particulièrement à celle de Jésus, cet héros mythique dont son père regretté lui avait parlé dès ses trois ans. Ceux qui ont lu Soif reconnaîtront le passage que l’académicienne belge lit et se souviendront de sa vision de la crucifixion.

Revenons au titre : La divine comédie de Dante qui se met en scène et nous embarque dans son navire. Notre guide interroge Manuele Gragnolati, professeur de littérature italienne sur cette trilogie, un voyage vers le bonheur, avec happy ending qui conduit au paradis. Et on perçoit le ravissement de l’intervieweuse quand elle conclut que Béatrice, la femme que Dante a aimée, célébrée, mène à la connaissance qui permet d’arriver au centre des mystères. Elle compare cet itinéraire à un voyage psychédélique lors d’ un trip !

Beaucoup à découvrir avec la musicienne compositrice Eléonore Billy, spécialiste en musique traditionnelle suédoise. On ne peut pas rester sur la description de la vielle à archet sans aller voir une photo de cet étrange instrument appelé « nyckelharpa » ! Enthousiasme de l’amoureuse de la musique, qui trouve fantastique l’existence de ces 12 cordes qui servent d’amplificateur. On connaît l’encre sympathique avec Patrick Modiano, mais ici il est question de cordes sympathiques.

Nouvelle confidence de l’auteure concernant la musculation ! 

C’est en apothéose que se termine le documentaire avec « L’hymne à la joie » de Beethoven.

Saluons le travail de Laureline Amanieux qui a réalisé ce tissage audio en opérant un savant équilibre entre textes, lectures par Amélie Nothomb et Alexis Michalik et musiques.

 Chaque séquence se terminant par un morceau entier permet d’engranger ce qui vient d’être dit. (1)

Cette promenade mythologique en compagnie d’ Amélie Nothomb revêt un triple intérêt : littéraire, musical, artistique. Elle offre une manne enrichissante et divertissante à vivement conseiller aux enseignants pour étayer leurs cours sur les mythologies. Cette époustouflante divine comédie est digne d’une Master classe. Un partage généreux qui comble l’auditeur.

Difficile de ne pas succomber aux chants de la sirène Amélie, après ces heures d’audition que l’on peut fractionner ! « La voix, c’est ce qui exprime le plus notre âme » concède-t-elle.

Un document sonore original, envoûtant, didactique, réalisé par la talentueuse productrice Laureline Amanieux, écrit avec Amélie Nothomb, qui se finit trop vite et qui mérite d’être vulgarisé ! 

©Nadine Doyen

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(1)

Produit par Rétroviseur Productions et AUDIBLE Original

Montage son et Musique originale: Virgile Van Ginneken

Création sonore : Simon Cacheux

Interprétation de la musique originale :
Coproduction Les Eclisses – Les Cordes en ballade
Interprètes :
Emmanuel Bernard et Cédric Conchon (Quatuor Debussy)
Camille Garin et Hans-Ljuben Richard (Nouveaux Talents, issus de l’Académie des Cordes en ballade 2020)
Direction artistique : Christophe Collette (Quatuor Debussy)

Date de diffusion de ce documentaire audio sur le site ou l’appli audible.fr dès le 18 février 2021.

NB : Pour ceux à qui il aurait manqué des images, de brèves vidéos montrent la romancière au Musée Rodin, à l’espace Camac.

Heurs de neige de Muriel Verstichel, éditions Chopena ( 12 € – 140 pages)

Chronique de Nadine Doyen

Muriel Verstichel, Heurs de neige, éditions Chopena (  12 € – 140 pages)

Muriel Verstichel a l’art de happer le lecteur dès la première page avec ces mots : « Il y a eu l’accident, l’arrivée de Sylvain. La neige… La musique… »

Il ne reste plus qu’à comprendre qui parle, le lien entre la narratrice et Sylvain. 

Une réflexion positive sur la vie, la renaissance pour lueur d’espoir.

Le récit s’ouvre sur un décor neigeux dans lequel évolue un enfant. Rêve-t-il ou serait-il somnambule ? A-t-il entendu une voix pour se rendre dans ce jardin, enseveli sous la neige ? Il brave le froid, se prend pour Kay, le héros du conte que ses parents lui lisaient au coucher, espérant rencontrer la Reine des neiges. Mais c’est à un étrange et insolite rendez-vous auquel Sylvain a été convié en ce jour de Noël. 

Le récit prend une allure féerique qui interroge le lecteur.

Une fois connues les circonstances du drame, on suit la façon dont Florence et Charles, les tuteurs de Sylvain le drapent de tendresse, l’éduquent, guettent ses sourires après son mutisme post traumatique. On perçoit leur désarroi devant les pleurs de l’enfant qui ne peut pas comprendre l’absence des parents. Un mot devient tabou : col de la Faucille.Ils n’empruntent plus cette route quand ils reviennent de se recueillir sur la tombe d’Amélie et d’Alain, à Bogève. 

Flo est devenue accro aux bulletins météo de Bernard Chastaing et focalise son attention sur ses paroles, ce qui insupporte son mari. Serait-il jaloux ?

Le couple immerge le jeune enfant dans la musique. Il est aussi biberonné à la poésie, Florence et Charles, organisant des soirées, une fois par mois, tenant salon, à la manière de Louise de Vilmorin. Une vraie ruche d’intellectuels, d’artistes, Charles tenant une galerie où il expose un peintre polonais, Henryk.

Des échanges animés autour d’un programme riche et éclectique, avec lectures de poèmes. Sylvain retiendra deux mots : « crépuscule et aube ». 

Florence, dévastée par la perte de sa sœur et de son beau-frère, prépare  psychologiquement et progressivement Sylvain à voir ses parents ailleurs, en particulier dans un jardin. Elle lui apprend à reconnaître des signes, une présence amie, lui permettant de communiquer avec eux. Comme le confie Sarah Biasini : « c’est plus doux de se dire que nos disparus nous regardent ». 

La romancière développe une réflexion autour de la mort : « la disparition des êtres chers brise tout sur son passage », qui contraste avec la citation de Christian Bobin, en exergue : « Je suis vivant parce qu’on m’a parlé et aimé… ». 

Le jardin représente pour Florence un espace « propice à la méditation », protecteur. Dans ce lieu sacré, elle se sent «  entre deux mondes, à mi-chemin entre terre et ciel ».Elle aime « vagabonder parmi les plantes », les effleurer.

Elle épouse les saisons, préférant le renouveau du printemps.

Elle baptise ce nouveau sanctuaire végétal « le petit jardin d’Amélie » et l’entretenir devient son viatique.L’auteur dépeint avec beaucoup de poésie le jardin, les bords de rivière. « Les fougères à larges feuilles se prélassaient dans les perles d’eau… ».

Elle personnifie les arbres, évoquant la chevelure du saule-pleureur.

La narratrice rend hommage à Valenciennes, « une ville du Nord chargée d’histoire, très active et bénéfique pour les artistes », soulignant sa richesse patrimoniale.

On quitte « l’Athènes du Nord » pour une escapade à Nohant, voyage dont Sylvain, « le petit mélomane, l’ami de Chopin» a étudié l’itinéraire. Nohant qu’il connaît déjà virtuellement.

Le graal pour lui, qui veut « s’imprégner de musique, respirer les parfums du jardin, sourire au petit ange gardien… ».

Mais auparavant, Muriel Verstichel nous offre une halte sur le trajet pour arpenter les bouquinistes du village du livre, Montmorillon, « cité de l’écrit ». 

On partage l’excitation de Sylvain qui espère exhumer une partition de Chopin. Au cours de leur visite, ils croisent un homme providentiel, David, peintre sosie de leur ami polonais.Charles l’invite à venir exposer dans sa galerie, à dîner ensemble. Ainsi ils profitent des rives de la Gartempe, se laissant « bercés par les clapotis de la rivière ». L’orage menaçant, ils finissent la soirée devant un feu de bois, chez Sylvie, l’ amie de Florie, céramiste, qui les héberge (dans un gîte aux volets bleus). Avant de se quitter, David leur joue un Nocturne de Chopin, « instant magique » pour Sylvain. Un lien d’amitié s’est tissé à tel point que Sylvain désigne David comme son parrain. 

Puis, on se joint aux « quatre pèlerins » dans leur promenade le long de l’Indre, un bain de verdure dont ils savent jouir au moment du pique-nique, émerveillés par la beauté du lieu. Cette communion avec la nature leur offre un baume salvateur, ressourçant, Florie, étant persuadée qu’elle peut « guérir des dures réalités, des absences insupportables ». Un regain de désir habite le couple, soulagé de voir leur neveu s’épanouir, s’affirmer, bien décidé à entrer au Conservatoire.

A Nohant, « une portée d’espérance cadence les pas « de Sylvain, désirant jouer Chopin multicolore : « modulation rose d’un crépuscule, si bémol dans l’ocre d’une aube ». Il guette les traces du Maître de musique, trop rares à son goût et préfère voir le paysage de la roseraie, « entendre les oiseaux, le bruit du vent », toutes les sonorités que son talentueux idole avait aussi entendues.

Coup de théâtre, au retour, lors du septième anniversaire de Sylvain avec sa déclaration bouleversante à ceux qui l’ont adopté et l’élèvent. 

On referme le livre heureux de constater que l’apprentissage musical du jeune orphelin a déclenché chez lui une vocation. La voie de la résilience pour Sylvain. 

Muriel Verstichel signe un roman bouleversant sous le signe de Chopin, de Rimbaud, de la fraternité, dans lequel elle montre avec beaucoup de délicatesse, la reconstruction d’un enfant orphelin grâce au triptyque : musique, nature et art.

© Nadine Doyen

Nathalie Kuperman, On était des poissons,Flammarion ( 269 pages- 19€), Janvier 2021

Chronique de Nadine Doyen

Nathalie Kuperman, On était des poissons, Flammarion (  269 pages- 19€), Janvier 2021

Partons en villégiature dans le Var, à Saint-Clair avec Agathe et sa mère. Départ précipité, sans explication, avant la fin de l’école. Nathalie Kuperman revisite l’enfance de la narratrice, et en particulier l’été de ses 11 ans, où « rien ne serait comme avant ». Un voyage long, beau pour la mère qui, peu discrète, hurle dans le train pour Toulon : « La mer, la plage, les bateaux, les poissons » ! Un rêve réalisé ?

Le roman s’ouvre sur leur baignade enjouée. Elles frétillent tels des poissons, jouant aux dauphins.

Agathe se plaît à être de connivence avec sa mère dont le regard l’attire comme un aimant.

Une mère qui affuble sa fille d’une pléthore de petits noms doux : « mon petit loup, mon petit macaroni, mon p’tit poil, mon pissenlit, ma petite salamandre, ma petite fleur, mais aussi ma petite patate… » ! Une mère qui ne manque pas de déverser moult injonctions : « Tiens-toi droite, redresse-toi, Ne grogne pas.. ». Elle lui assène aussi des mises en garde, lui explique la différence entre émigrés et immigrés, lui brosse les portraits de ceux qui tiennent l’hôtel où elles logent.

Agathe devient « son petit cobaye », quand elle teste les recettes destinées au livre de cuisine que sa mère publie. Elle enquille les sobriquets et ne manque pas d’imagination, de quoi faire une belle brochette : « ma sardine, ma biscotte, mon boudin blanc… », mais aussi « mon ange » !

On devine que le père n’est pas au courant de leurs vacances anticipées quand la mère ignore son appel téléphonique. Un père qu’Agathe aime et qui lui manque. Un père qui a refait sa vie, dont la compagne attend un bébé et s’est installé à New York.Il n’y aura plus les week-ends alternés mais il lui a promis le mois d’août en Normandie chez les grands parents.

La narratrice évoque les moments de complicité de fous rires, avec sa mère, sa façon de lui faire plaisir, de lui prouver son amour. Des étreintes fusionnelles. Comme si elles appliquaient la chanson de Louis Chedid : « Il faut dire aux gens qu’on aime qu’on les aime ». 

Mais que cachent de telles effusions si démonstratives ? Le lecteur le constatera vite !

Scandale provoqué par la mère lors d’un dîner au restaurant ainsi gâché par son attitude hystérique.

Agathe, pauvre petite fille abandonnée toute une journée sur la plage, une autre fois sur un ponton.

Marche sans pause sous un soleil de plomb, sans boire. C’est alors que tout bascule dans leurs liens.

« Elle que j’aimais tant voulait que je la haïsse », confie la narratrice devant l’attitude sadique de sa mère, se désaltérant devant elle, qui mourait de soif. Voulait-elle faire vivre à sa progéniture ce que décrit Amélie Nothomb dans Soif ?

Tant de situations ignobles qui conduisent Agathe à lancer un appel de détresse au père, à l’insu de sa mère. Comment réagira-t-il ?

Le visage triste, de sa mère, baigné de larmes, la gamine le connaissait depuis le départ du père, mais la voir rentrer ivre la révulse. Peu à peu, le passé d’Alice, la mère, se dessine, le manque de parents, de référents, à l’exception de la grand-mère maternelle peut-il expliquer son déséquilibre ? 

On constate son côté borderline quant à son alimentation, loin de la recommandation : 5 fruits et légumes par jour qu’elle avait consenti à modifier une fois enceinte. Mais que penser des repas durant leur séjour à Saint-Clair, exception faite des petits déjeuners servis à l’hôtel ?

D’autant que pour Alice, une glace évitera le repas du soir ! On est loin du maternellement correct…

La solitude s’empare d’Agathe, considérée comme « une grande fille », qui rêve d’être avec sa meilleure amie Tatiana. L’hôtelière, pleine d’empathie, se voit jouer le rôle de baby sitter pendant que la mère mène sa vie de femme ! Le dîner de la pitchoune avec Mme Platini et son fils finit par une altercation avec Herbert, le xénophobe, des insultes, une gifle, des pleurs, un évanouissement !

Une gifle que la mère décide de rendre/de retourner à l’envoyeur, ce qui provoque une situation digne d’un vaudeville et l’urgence pour Alice et sa fille de quitter cet hôtel, escortées par les policiers. Une nouvelle vie commence alors, pleine de rebondissements dont un dramatique.

Agathe convoque de multiples souvenirs, comme l’incident, « expérience traumatisante » du noyau de pruneau. Le lecteur a le coeur serré quand elle émet ses souhaits : « J’aurais voulu… » et fantasme sa vie, quand elle implore le ciel, déclame ses monologues laissant deviner son mal être.

La métaphore des poissons se glisse tout le long du récit, souvent associée à l’injonction : « Maillot de bain ! », mais une fin tragique va bouleverser le destin des protagonistes. Agathe se prend parfois pour une sirène pour nouer le contact avec d’autres ou pour une pieuvre, « qui inspirait fascination  et dégoût ». En plus, on lui en a fait manger du poisson ! Même les porte-clés de l’hôtel sont des poissons.

Le manque évident de dialogue va accentuer le fossé. Quand la gosse tente de briser le silence, elle est confrontée à une fin de non-recevoir : « Tais-toi, je ne veux plus t’entendre ». Par chance, Agathe a pu croiser des personnes bienveillantes comme Séraphine, la muette, employée à l’hôtel de Saint-Clair, qui joue un rôle important dans l’épilogue. Détentrice d’une lettre qu’elle tenait à remettre à l’orpheline devenue adulte.

La lecture s’avère l’antidote, l’échappatoire pour résister aux délires de la matrone. Agathe nous fait partager sa lecture du moment. Le récit est donc entrecoupé par des extraits de son précieux livre « Le bateau incassable », histoire qu’elle voudrait vivre. Le livre apparaît comme un doudou, un refuge pour l’enfant terrible, devenue « une résistante », qui aura le cran de fuguer.

Comme l’affirme l’Académicienne Chantal Thomas : « Le petit toit que forme le livre lorsqu’on l’entrouvre, tranche tournée vers le ciel, est le plus sûr des abris ». 

Avec le recul, la narratrice brosse un sévère portrait de  son embarrassante et imprévisible mère : « une folle, une sauvage », « une mère moitié dragon, moitié serpillière » et confie avoir du mal, désormais, à supporter le mot « maman ». Les mères seraient-elles un venin ?

La génitrice d’Agathe, qui sort des clous par son comportement bipolaire, fait penser à la mère  fantasque de Delphine de Vigan dans Rien ne s’oppose à la nuit. Elle a aussi quelque chose de la mère de Mercedes Deambrosis dont le portrait est brossé dans Rendez-vous au paradis, une mère tyran, ogresse, qui a pourri la vie de ses filles. 

On retrouve dans ce roman l’humour et l’autodérision déjà présents dans le roman précédent « Je suis le genre de fille », ainsi que ce besoin d’être aimée. La narratrice, la victime, marquée à vie, restitue de façon bouleversante cet été de ses onze ans où tout a dérapé. Récit poignant.

Nathalie Kuperman explore, avec talent, à hauteur d’enfant, une relation atypique, toxique entre  une mère et sa fille où amour et haine s’entremêlent, comme dans une chanson de Gainsbourg.

NB : 

Dans la revue Décapage no 58, un dossier est consacré à l’autoportrait littéraire de Nathalie Kuperman. Il est troublant de lire qu’elle évoque souvent sa mère dans les livres, qu’elle fut contrainte à la vie d’interne par sa mère. Encore plus troublant, elle confie : « Ma mère ne me supportait plus. On était toutes les deux à ne plus pouvoir se supporter ». Alors, y aurait-il des accents autobiographiques dans ce roman ?

© Nadine Doyen

Je ne tromperai jamais leur confiance, Professeur Philippe Juvin, Gallimard

Chronique de Nadine Doyen

Je ne tromperai jamais leur confiance,  Professeur Philippe Juvin, Gallimard

(17€- 297 pages)
304 pages, 01-12-2020
ISBN : 9782072932205


Le titre «  Je ne tromperai  jamais leur confiance » est un extrait du serment d’Hippocrate mis en exergue de ce journal. Phrase qui engage tous ceux qui embrassent une profession médicale.

Dans le prologue, daté d’octobre 2020, Le Professeur Philippe  Juvin présente /décline ses multiples casquettes, sa promotion. Le chef des Urgences de l’hôpital Pompidou est connu pour ses interventions médiatiques, mais aussi en tant que Maire de La Garenne-Colombes. 

Comme certains consignent leurs rêves, le professeur- auteur a senti la nécessité de remplir « ses petits cahiers d’écolier » pour y consigner « son Journal du tsunami Covid, conscient que « quelque chose d’inhabituel nous arrivait ». Vu le  côté exceptionnel, voire historique, il était urgent de garder trace de ce qui se tramait en France, aux urgences de son hôpital, à savoir cette vague « d’une violence effroyable » devenant une  situation apocalyptique dans le Grand-Est.

Ce cahier d’écolier, où il note d’ordinaire ce dont il veut se souvenir, recueillera pendant cinq mois toutes ses constatations sur le coronavirus, afin de fixer ces instants inhabituels. De Janvier à mai, il noircira les pages de « son écriture illisible de médecin », témoignant de son combat sur tous les fronts. Si certains journalistes  en Chine ont été inquiétés pour avoir voulu rendre compte de la pandémie,on peut souligner que, lui, a eu toute liberté d’action.

Il remonte  à l’apparition  du virus en France.

Il évoque le cas d’un patient revenant de Chine sur lequel il s’entretient avec le médecin interne de garde avant de prendre la mesure de prudence, le placer en isolement, faute de pouvoir le tester, n’hésitant pas à « désobéir aux consignes ». Puis la course pour retrouver les cas contacts quand il est testé positif. Il donne en même temps un aperçu de leur quotidien, ce ballet de coups de fil pour trouver le bon lit dans le bon service. 

Le Professeur rend  compte de  notre incrédulité, il s’étonne que les autorités sanitaires françaises ne réagissent pas plus devant « ce virus émergent », alors que les réseaux sociaux s’emballent, que les télés et radios sollicitent son intervention. 

Il retrace donc jour après jour l’évolution de la crise sanitaire. Il souligne très vite la pénurie de matériel. Il ne cesse de réclamer  à corps et à cris le moyen de faire les tests, l’installation d’une tente et de répéter qu’il faut confiner. Cela sera effectif seulement le 17 mars. Il voit la solidarité s’organiser, Patrick Pelloux propose un coup de main. LVMH fabrique du gel. Des hôtels hébergent des soignants volontaires d’autres régions. Les étudiants en médecine sont sollicités en renfort.

Fin janvier, il constate le fossé entre l’OMS qui alerte sur la portée internationale de cette pandémie et le silence des chefs d’état, préoccupés par d’autres affaires. La maladie est nommée Covid-19.

A la télé, il est obligé de corriger les fake news. Il est attentif  à la découverte (début février) d’un cluster dans les Alpes, dont on a beaucoup entendu parler. Il  rappelle le cas du bateau de croisière.

Ayant occupé le poste de député européen, il suit les réunions de Bruxelles, quatre états craignent les ruptures de stock de masques. Du coup on déconseille aux équipes de porter systématiquement un masque. L’annonce, le 16 février  2020, de la démission d’Agnès Buzin interroge le diariste, qui se fend d’ un « No comment ». Le discours de son successeur Olivier Véran le surprend dans son audace. On le sent remonté contre ceux qui assimilent le Covid-19 à une grippe, à une grippounette. On déprogramme toute activité opératoire. Il faudra organiser le pont ferroviaire et aérien.

Fin février, le salon de l’agriculture ferme, des manifestations sont annulées, les rassemblements sont  interdits. En mars, les écoles, les crèches ferment. Cours de fac en ligne. Il faut organiser une garde pour les enfants des professionnels. Restaurants fermés à 22h à la mi-mars.

En mars, le scandale des masques réquisitionnés révolte le Professeur Juvin qui frappe aux portes des haut placés ! Il se montre en faveur du confinement et des fermetures des frontières. Après l’incertitude, c’est finalement le maintien des élections municipales. On le suit en campagne électorale, avec pour credo le conseil de Chirac. Il pourra savourer sa réélection le 15 mars.

Il met en garde contre les annonces de produits miracles qu’il voit fleurir.Il se montre très prudent envers le Pr Raoult et déconseille de prendre de l’hydroxychloroquine.

En avril, le directeur du Groupe hospitalier prépare l’équipe au pire, « l’entrée dans un long couloir sombre ». Une situation dramatique et l’impossibilité à la famille de voir l’hospitalisé. Beaucoup d’émotion pour le narrateur quand il évoque sa mission de messager entre un malade et un proche.

C’est avec une grande lucidité que Philippe Juvin avance : « Ce qui arrive ailleurs, nous arrivera probablement ». Il jongle de l’hôpital à sa mairie et parfois au Val-de-Grâce où il donne des cours.

Il laisse exploser sa satisfaction quand, enfin, on accorde aux urgentistes le plateau-repas du soir pendant la garde. Autres bonnes nouvelles accueillies : « la collaboration public-privé », les chouquettes du boulanger d’en face, comme « un pansement au moral », on livre des pizzas.

Par contre la directrice refuse la venue de Renaud Capuçon devant les urgences. 

Ce journal  de bord se décline de façon binaire, les sujets gravitent en alternance autour de l’hôpital et de la mairie . Il fustige les hommes politiques, qui, depuis leur bureau, imposent des lois irréalisables. On sent la tension quand les choses s’aggravent, tension amplifiée avec le vol de masques. Pénurie aussi de gel hydroalcoolique, de respirateurs, puis d’écouvillons. Surblouses mal dimensionnées, la France serait-elle un pays sous-développé ? 

Le Professeur Philippe Juvin y ajoute, une fois les faits bruts exposés, des « Notes pour plus tard », sorte de bilan avec la conviction de la nécessité « d’une autre politique de santé ».

Il glisse aussi des lignes plus personnelles, sur lui (ses origines corses) et sa famille. Il confesse regretter qu’aucune de ses filles ne se soit tournée vers la médecine. Sa vaste culture littéraire se révèle au détour d’un livre, d’une expo, d’une troupe de théâtre ou d’une citation.

Dans ce journal, s’il ne manque pas de rendre hommage à tous les soignants qui se dévouent sans compter, saluant leur investissement, il félicite aussi le réseau de bénévoles qui ont oeuvré à la  création de « Visitatio », association destinée à maintenir le malade à domicile, il pointe l’inadéquation des salaires, malgré le Ségur. «  Serons-nous prêts un jour ? » est l’antienne qui le taraude.

Cette immersion dans les coulisses d’un hôpital permet de prendre conscience de toutes les difficultés rencontrées par le personnel qui a été tant applaudi. Ils méritent d’être qualifiés de héros. 

On se familiarise avec tous les sigles (UHCD, AP-HP., SDRA, MARS, DGS, SF2H…).

Le chef des urgences ne cesse de dénoncer la bureaucratie, tous ces ordres et contre-ordres qui les ralentissent dans leurs actions, or « Il faut de l’agilité dans la prise de décision ». 

Le professeur Philippe Juvin, tel un lanceur d’alerte, tire la sonnette d’alarme, espère faire bouger les lignes et  voir une refonte d’ampleur du système de santé. Espérons que les sommités le liront !

Il signe un livre engagé, à charge, essentiel, indispensable. Son souhait ? Que l’on sache tirer des leçons de la gestion de cette crise sanitaire, ce qui convoque une réflexion d’un des protagonistes de Nature Humaine, dernier roman du visionnaire Serge Joncour : «  L’histoire c’est comme la nature, il s’agit moins de tout comprendre que de savoir tirer des leçons. »

©Nadine Doyen

Les yeux de Milos, Patrick Grainville, roman, Seuil.

Chronique de Nadine Doyen

Les yeux de Milos, Patrick Grainville, roman, Seuil.


Date de parution 07/01/2021
21.00 € TTC
352 pages
EAN 9782021468663 

Ceux qui ont lu Falaise des fous de Patrick Grainville  ont déjà été séduits par son écriture flamboyante et connaissent son goût pour la peinture, la mer et les mots, « ses seules armoiries ».

Dans ce roman on change de cadre, on quitte la Normandie pour la côte d’Azur, Antibes, cette ville dominée par le château Grimaldi, qui abrite le Musée Picasso, et où on peut admirer des sculptures de Germaine Richier. Sa terrasse ouverte offre une vue panoramique sur « La corne d’abondance de la Méditerranée qui dégorge sa jarre de lumière ». Éblouis, nous sommes, aveuglés même par ce « bleu de démiurge, bleu de Cyclades… ». Quoi de plus naturel de s’intéresser aux sommités de sa ville natale pour les protagonistes du roman.

L’Académicien met en scène Milos qui doit son prénom à une île des Cyclades où sa mère Myriam a vécu sa première aventure amoureuse initiatique. Le titre met en exergue les yeux du protagoniste, car à 10 ans, il était considéré comme « un phénomène » à cause de ses yeux bleus d’une beauté absolue, de son regard foudroyant «  d’un bleu royal, d’azur irréel « qui «  happait l’attention ». 

On suit sa scolarité, il est placé en établissement privé à la suite d’une agression. Excellent élève.

Le bac en poche, il s’oriente vers des études d’archéologie et de paléontologie. Marine choisit des études d’anglais.

Beaucoup de mystère quant à l’impact de son regard, à son port de lunettes fumées. Il prend conscience de son rayonnement lors d’une chute/glissade  et croise le sourire d’une douceur angélique de Marine dont il tombe amoureux. Marine qui devra s’accommoder d’être «flanquée de ce mystère d’homme masqué » ou parfois se résoudre à porter elle-même un masque.

Milos est présenté par sa mère comme doté d’ un caractère intempestif, susceptible. Les séances de psy sont un échec.

Le coeur de Milos, aux lunettes d’aveugle, est écartelé entre deux femmes, l’amie d’enfance Marine et Samantha, amie de sa mère. Samantha, qui a rédigé une thèse d’histoire de l’art sur Picasso, nous dévoile une facette peu sympathique du Minotaure, amateur de femmes, au nombre  pantagruélique de maîtresses. Elle cherche à débusquer une histoire secrète sur cet « Andalou ithyphallique ». Elle relate ses frasques, « les cages dorées de ces héros de la libido ».C’est une galerie d’inconnues qu’elle a rassemblée dans un album qu’elle commente à Milos. Elle présente Picasso comme « un monstre, un démiurge, un vampire tentaculaire, mais aussi comme un génie ». Génie dans la cruauté, note le narrateur. On croise ses épouses et ses amantes et Muses les plus célèbres :  Dora Maar qui partage «  le grand Pan » avec la sensuelle Marie-Thérèse. La couverture du roman représente le portrait de Marie-Thérèse Walter que l’on peut voir au Musée Picasso de Paris. 

Le mouvement #metoo aurait eu de quoi réagir quant aux différences d’âge (70 ans pour lui , 20 , 19 ans pour elles). Femmes que le prédateur irrévérencieux a souvent broyées, poussées au suicide. 

Milos, qui se soumet aux désirs sexuels de Samantha a peur de  perdre Marine ! Celle-ci, fatiguée par les incartades de son amant, le somme de choisir et décide d’aller enseigner Outre -Manche. 

Son job au musée de l’Homme, lui permet de découvrir où Picasso et Nicolas de Staël ont vécu et peint et où ils sont exposés. « La tour Eiffel lui fait  du bien », tout comme la Vénus de Lespugne.

L’éloignement de Marine avait d’abord provoqué chez Milos un grand tsunami,mélancolie, dépression.  Mais très vite il se laissera envoûter par Vivie , « Minoenne de charme », qui le blessera gravement par jalousie une fois Marine revenue vers son cher Milos. Intermède qu’il avoue à Marine.

Certains peuvent être mal à l’aise devant la pléthore de scènes d’alcôve. Patrick Grainville n’a-t-il pas été catalogué comme « l’Académicien le plus  priapique » par les critiques du Masque et la Plume ?!

Le romancier excelle dans la peinture /la poétique des paysages. Il y a des lieux où on aimerait se poser, comme sur la terrasse ouverte du château Grimaldi ou près de la rivière Siagne. Pour Serge Joncour, « il y a des paysages qui sont comme des visages, à peine on les découvre qu’on s’y reconnaît. » 

Suivre Milos sur les traces des peintres, « Pic et Nic », c’est s’éloigner d’Antibes pour faire halte à la plage de Garoupe, à Mougins, à Vallauris, Nice, passer par Paris, Deauville.  Milos et Marine enquêtent pour connaître le lieu exact où Nicolas de Staël  a peint Concert,  l’ultime tableau avant son suicide. Ils nous embarquent à Londres, dans les musées de la capitale comme la Tate Britain et le colossal British Museum, se prélassent dans St James’s park, longent la Tamise et partagent leur bonheur. Nouvel éblouissement devant les toiles de Turner, « le roi des peintres modernes » aux « paysages hallucinatoires ». 

En tant que futur archéologue, Milos explore le Périgord, les grottes, s’envole jusqu’en Namibie sur les traces de l’abbé Breuil pour voir « l’archive brute de la fresque de la Dame Blanche » dont il relate le mythe,il participe également à des fouilles à Monaco. En Espagne, il visite Altamira.

Dans cet ouvrage qui sent bon le midi s’exhalent des odeurs citronnées, de menthe, d’eucalyptus.

Pour profiter pleinement de ce roman foisonnant, truffé de descriptions de tableaux de deux maîtres, des lieux qu’ils ont fréquentés,  il est vivement conseillé de se procurer des livres sur les œuvres des deux peintres, afin de les voir de visu et de faire une escapade en images à Antibes et dans les autres lieux évoqués. Si vous nourrissez, comme Milos et Marine, « une fringale d’échappées, d’espace, d’extases inédites », vous serez comblés. Ils nous entraînent même à Java ! 

L’auteur multiplie les références artistiques, mythologiques et littéraires, il glisse du Baudelaire (« Ordre et beauté luxe calme et volupté ») et du F.Scott Fitzgerald ( « Tendre est la nuit »).

Le récit se termine par le rêve «  arfelu » et délirant de Milos, qu’il a consigné « pour le fixer ».

Patrick Grainville  signe un roman érudit où sont déclinés les portraits et destins de Picasso et de Nicolas de Staël de façon chorale, où se mêlent érotisme et lyrisme, servi par une langue recherchée et une écriture riche. Beaucoup de phrases nominales.Profusion de couleurs. Prodigieux.Lumineux !

On connaît le bleu Klein, il y a maintenant le bleu « séraphique » de Milos et le bleu de Staël ! 

Une invitation à déambuler dans les Musées. Un appel urgent à les voir nous ouvrir leurs portes ! 

©Nadine Doyen