Jérôme Attal    37, étoiles filantes    roman Robert Laffont

Une chronique de Nadine Doyen

Attal Prix

Jérôme Attal, 37, étoiles filantes, roman Robert Laffont.


 

Rentrée littéraire   16 août 2018 ( 312 pages –  20€)

 

Jérôme Attal  nous offre une déambulation dans le Montparnasse des années 1937 et

met en scène deux personnalités en passe d’être reconnues : Giacometti vs Sartre.

Tous deux se cherchent, aspirent à une renommée internationale, confie l’auteur.

Heureuse coïncidence, ce roman sort quand on vient d’inaugurer, à Paris, l’Institut Giacometti. On connaît ses sculptures de « l’Homme qui marche », mais ironie du sort, c’est hospitalisé, le pied plâtré, qu’Alberto se présente à nous. Il ne penserait pas quitter cette clinique tant il y est chouchouté par le personnel. Pensez-vous donc, sous les blouses de ces nurses, « on trouve la peinture de Cézanne » !

 

Mais l’insulte assassine de Sartre, qu’on lui rapporte le frappe, tel un uppercut, et déclenche son besoin impérieux de vengeance.

On le suit dans sa traque de l’ami/ennemi. Pas facile avec « sa sculpture portative », ses béquilles ! Réussira-t-il… ?

Son frère Diego, en son absence, recrute les modèles.

Mais les voilà au commissariat, inquiétés. Il ne fait pas bon pour un artiste d’avoir sa carte de visite retrouvée dans la poche d’une victime. Situation qui rappelle celle de L’écrivain national dont le livre avait été retrouvé chez des marginaux ! (1)

Vont-ils s’en sortir , les deux frères? Avoir des alibis convaincants ?

Sartre nous conduit chez le lunetier, à dîner chez Mauriac, ou encore chez le galeriste Baptiste Medrano où il s’extasie devant des Balthus inspirés par Emilie Brontë.

A noter que le déclic de ce roman, est dû à ce peintre qui divulgua dans un de ses entretiens la fameuse remarque perfide !

 

On s’attarde dans les cafés déjà célèbres de La Closerie, de Flore, (rendez-vous de l’intelligentsia dont Antonin Artaud et Anaïs Nin), d’Alésia, La Coupole. « On savait où se trouver et où s’éviter » ! Lieux de « bagarres, coups bas et réconciliations ».

L’écrivain, un tantinet séducteur, conseille pour plus de connivence de s’asseoir à côté de la personne  : « Rapprochement d’épaules, de genoux, d’épidermes » !

 

Autour de cette galaxie d’artistes, d’intellectuels, gravitent une constellation de femmes : nurses (« anges de Raphaël ), compagnes officielles ou celles du bordel, belles de nuit, muses, modèles et peut-être une espionne. Et Julia prise sans doute à tort pour une jeune fille juive qui, agressée, est sauvée par Alberto.

Avec Isabel, »la snobinarde », l’auteur glisse la note de « British touch » qu’il affectionne. Sa passion invétérée pour la culture britannique, on la retrouve dans l’évocation des «  comic strips », de Buster Keaton, dans toutes les pointes d’humour,  le souvenir de sorties scolaires à Kew Gardens et dans quelques mots «  end road ».

 

Il explore les relations amoureuses, fragiles car nombreuses sont les tentations !

On croise le trio Simone/Olga/Jean-Paul, ce « bousier de littérature » « amoureux d’un castor ». Ne serait-il pas plus simple de s’aimer à trois ?!

 

L’auteur distille des réflexions sur la vie : «  La vie est un Luna Park, où l’on va d’une attraction à l’autre ». La création et l’écriture d’un roman : il évoque le choix du titre, nécessitant parfois de faire confiance à son éditeur, ainsi que le maelström qui vous saisit avant une publication. Les femmes et l’amour : « Les êtres qui s’aiment se déçoivent tout le temps », ou encore : « Pour s’aimer, il n’est jamais trop tard ». Des thèmes  de prédilection qui l’habitent de romans en romans. Il mise également sur la sérendipité des rencontres pour ses personnages : « Le hasard est un chemin ». Et on pense au poème de Robert Frost : «  The road not taken ». (3)

 

L’écrivain parolier ne peut que s’intéresser à la musique de l’époque, et nous  rappelle que l’on doit le fameux « Au lycée papillon » à Georgius. Et la chanson de nous trotter dans la tête, tout comme celle de Ginger Rogers ! Ça swingue et donne du rythme au récit, tout comme la béquille d’Al qu’il agite tel un chef d’orchestre.

 

Jérôme Attal brosse en creux le portrait de celui qui rêve de devenir «  Le prince de Montparnasse », qui tente de retrouver sa mobilité « tel un jeune albatros qui s’exerce au vol en trois bonds patauds ». Il nous le montre à l’ouvrage (« Le travail est la convalescence. »), les doigts en train de malaxer l’argile, sans relâche, avec pour but de « travailler de mémoire »,«  de saisir une image qui s’échappe », celle de Julia qui l’a mis «  dans un état second » et qu’il va tenter de retrouver pour lui offrir sa figurine. « Seul le travail lui permet de respirer ».

La dextérité des mains du sculpteur fait écho à une confession d’Alberto : «  J’ai toujours le sentiment de la fragilité des êtres vivants. Comme si à chaque instant il fallait une énergie formidable pour qu’ils puissent tenir debout, instant après instant. Toujours dans la menace de s’écrouler. Je le ressens chaque fois que je travaille ».

Cette fragilité renvoie à l’évanescence de ces étoiles filantes.

 

On devine l’amoureux de Paris qui a dû arpenter tout ce quartier maintes fois pour se l’approprier et mieux nous le restituer. Par contre plus de métro première classe !

Ainsi, sur le pont Mirabeau, il zoome sur les sculptures de Jean-Antoine Injalbert.

Pour le provincial, se munir d’un plan aidera à mieux géolocaliser tous les lieux fréquentés et la pléthore de rues ! Il nous fait franchir la frontière intramuros et nous conduit jusqu’au « quartier des voitures » ( carcasses de voitures aménagées en logis) et dans cette zone architecturale nouvelle des HBM ( logement social à bon marché).

 

En filigrane, au gré d’articles de journaux, les remous dans l’Histoire se profilent :

« En Espagne, on exécutait à tour de bras. Ce requin de Mussolini alignait sa trajectoire dans les visées d’Hitler ». En Allemagne, «  ils sont en train de persécuter les juifs ». On parle de « guerre mondiale ». Place à l’insouciance, « dans cette mince languette d’une beauté sursitaire », « avant l’obscurité totale ».

 

Des années folles, où l’on virevolte, mais si « on ne peut pas passer sa vie à danser », Charles Dantzig déclare qu’« on lit un livre pour danser avec son auteur ». Rappelons le rôle des livres et des œuvres d’art pour le galeriste Baptiste  Medrano: « éclairer notre grisaille ». Jérôme Attal y réussit avec brio. Il déploie tout son talent pour dérider nos zygomatiques, rebondissant sur les mots (estropié), sur la polysémie des termes (correction et chenille par exemple), jusqu’à la fin avec ses « RHUM-MER-CIMENTS ». Il multiplie les comparaisons : «  Le mec a l’intelligence d’un ticket de métro » «  les becs de gaz se succèdent comme les naïades de Busby Berkeley ». Il pastiche Hugo : « à l’heure où blanchit la mie du pain de campagne… ».

 

L’esthète manifeste une grande connaissance des arts, distillant de nombreuses références artistiques, goût très certainement hérité d’un grand-père peintre. ( Klimt, Rodin, Otto Dix, Duchamp, Van Gogh, Schiele, Derain, Munch,J.Waterhouse..)

 

Jérôme Attal signe un roman enrichissant, alerte, plein de verve, de fantaisie, qui nous permet une incursion dans l’oeuvre d’Alberto Giacometti, « pâtre à la tête frisée ».

Il revisite brillamment cette époque florissante, foisonnante, pour les arts et la littérature, année de l’exposition universelle, « perfusée à l’émulsion intellectuelle » (2). Et nous donne envie de nous replonger dans Sartre, et de visiter L’institut Giacometti. Au final, il tient en haleine son lecteur qui guette le moment du duel !

©Nadine Doyen


 

(1) In L’écrivain national de Serge Joncour Flammarion et en poche J’ai lu.

(2) Expression de David Foenkinos dans sa chronique sur Gabriële, des sœurs Berest.

(3) Robert Frost : «  The road not taken », la route que l’on pas prise.

 

Hommage à Gonzague Saint Bris par Jérôme Attal

Chronique de Jérôme Attal – 8 août 2017

Hommage à Gonzague Saint Bris

 


Je crois que nous sommes faits, comme le chemin que nous prenons, d’une somme d’apparitions et de disparitions. Nous tenons le cap, plus témoins que responsables -il me semble – de ces apparitions, de ces disparitions. Amis, amours, personnes qui font partie d’un décor qui est le nôtre, d’un entourage, d’une circonstance ou d’un projet, un temps donné. Depuis près de dix ans que j’incarne la dégaine et le cœur de mes livres avec bonheur dans les dédicaces, les rencontres en librairie et les salons du livre qui m’invitent à leur programme, maintes fois il m’est arrivé de croiser Gonzague, de le voir déambuler dans les couloirs des wagons de train, parler d’histoire de France, s’endormir derrière un journal ou danser jusqu’à plus d’heure le soir au milieu des filles qui dansent. Les filles qui dansent, ça me fout le bourdon. Mais un salon du livre sans qu’une fille puisse y danser, ça ne donne pas envie d’y mettre les pieds. Gonzague avait pris la décision que la vie des livres doit être une fête et qu’il faut toujours participer à la danse. S’y jeter comme dans un texte. S’y laisser submerger puis remonter à la surface, au bon moment. À chaque fois qu’on se croisait, il me demandait « alors, c’est quoi ton livre cette année ? » je lui racontais en deux trois phrases l’argument, il plissait des yeux comme un chat espiègle et répondait toujours : « Ah, c’est très intéressant, il faut absolument que tu viennes à la forêt des livres ! » Parfois je recevais l’invitation la semaine suivante, parfois elle n’arrivait jamais. Comme avec ces amis que l’on croise, auxquels on promet de se revoir vite, dans le mois, et ça peut prendre une année ou deux sans que l’on s’en rende compte. J’avais lu de lui son roman d’enfance qui se passe à Brighton. Je trouvais le titre tellement formidable (Brighton dans le titre et j’ai tendance à trouver ça formidable) que je l’avais tourné à ma manière et, une fois, croisant Gonzague à l’occasion d’un salon du livre, je lui avais dit : « Je viens de lire Les fantômes de Brighton, j’ai beaucoup aimé. ». Il m’avait regardé avec une moue dubitative et amusée : « Euh ? Tu veux dire : Les vieillards de Brighton ? ». La honte, je m’étais planté dans le titre. Mais bon, du coup, j’avais un peu oscarwildisé Gonzague et il n’en avait pas pris ombrage. Il conservait d’ailleurs de son enfance une petite touche british dans le regard qu’il posait sur vous, mais principalement, bien sûr, ce qui le caractérisait le mieux c’est ce côté vieille France boosté par une débordante jeunesse. C’est comme avec Malek Chebel, les deux luisaient de générosité sous la panoplie de leur personnage public, et ça va faire tout drôle de ne plus le voir et de profiter d’un petit mot d’esprit comme un salut fraternel entre deux gares, deux destinations, ou de s’échanger un sourire avant que lui ne plonge au milieu des filles qui dansent et que je me tienne en retrait, toujours au bord du plongeoir et espérant que les filles qui s’abandonnent à la danse comme au milieu d’une mer hypnotique et agitée viendront se coller à moi à leur retour comme à un récif, une plage, un Ithaque décisif. 
Il y a quelque chose d’irréel aujourd’hui. Je suis au bord d’une piscine avec David Foenkinos et Salim Bachi, nous attendons de partir dédicacer ce soir à Cassis, et David via son smartphone nous apprend la mort de Gonzague dans un accident de voiture, du côté de Pont Lévêque. Et c’est vraiment irréel de se dire que nous ne le verrons plus apparaître au cours d’un prochain voyage pour le livre. Disparaître à la fin du week-end, et le voir réapparaître un prochain week-end.
Que son voyage à lui maintenant soit magnifique, et qu’il choisisse la destination, le siècle, l’instant, ou la piste de danse, qui lui plaira le mieux.

Jérôme Attal, L’appel de Portobello road, roman, Robert Laffont ; (159 pages – 17€)

Chronique de Nadine Doyen

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Jérôme Attal, L’appel de Portobello road, roman, Robert Laffont ; (159 pages – 17€)


La couverture, style Roy Lichtenstein, focalise notre attention sur le téléphone à cadran vintage, par lequel arrivera cet appel mystérieux. Modèle des années 1970 « déniché dans une boutique de Portobello Road », à Londres.

Jérôme Attal nous plonge, en ouverture, dans un conte japonais. Surprenant. Mais ce mystère s’éclaircira dans l’épilogue ! L’auteur sait où il mène son récit et offre une construction originale, digne de l’atmosphère des films de Tim Burton.

Entrent en scène deux Parisiens : Ethan, la quarantaine, musicien compositeur qui peine à percer, en mal de reconnaissance et son ami confident Sébastien à qui il confie la teneur de cet appel nocturne si improbable. Cauchemar ou pas ?

Interloqué, sidéré, déboussolé par la demande de ses parents défunts, Ethan débute son enquête auprès de sa chère tante octogénaire, Sylviane. Mais peut-on croire les assertions d’une personne atteinte d’Alzheimer qui a donc tendance à délirer ? Toutefois,grâce à l’indice suivant recueilli :« Inspected by June », Ethan va poursuivre son fil d’Ariane et nous immerger dans la Belgitude ! Gardons le secret !

Il lui faut absolument rallier Ath, « la cité des géants », interroger June, qui travaille pour l’enseigne de porcelaine anglaise « Somewhere over the teapot ». En route, il anticipe cette rencontre et prévoit la rafale de questions à poser à June.

Réussira-t-il à délivrer le message de ses parents à la bonne personne ? Suspense.

Cette échappée en territoire belge est ponctuée de rencontres. Gratifiante pour celle avec les routiers qui connaissent le jingle qu’il a composé. Déroutantes ces pom-pom girls tchèques. Insolite celle avec Bison Bogaerts, mais providentielle car la Triumph prêtée vient de rendre l’âme avant la destination finale.Voici Ethan, mêlé à une foule hétéroclite, joyeuse et festive, bousculé par des convives déguisés, se demandant où il a mis les pieds. Ne doit-il pas se soumettre à un rituel pour être accepté dans cette étrange fête. Jérôme Attal, aux racines belges, dépeint l’esprit « irrésistible et réjouissant » de ce pays, et cette tendance à blaguer.

Il excelle dans l’art de la description, portant attention aux moindres détails que ce soient les paysages urbains, les sordides banlieues, la « route vallonnée de Jurbise », la salle d’une bibliothèque, ce qui fait naître une profusion d’images chez le lecteur.

Dans ce roman, l’écrivain aborde la douloureuse question du manque, de l’absence des parents avec qui on ne peut plus partager les petites épiphanies.

Tout aussi poignante l’évocation de la vieillesse de nos proches, de la déliquescence des seniors, quand le dialogue devient une série de quiproquos.C’est avec tendresse qu’Ethan se soucie du bien être de sa tante Sylviane. Il soulève indirectement la question de la sécurité de ces personnes âgées qui vivent seules.

Jérôme Attal distille de nombreuses réflexions quant à l’état de notre société (« un monde où il faut se battre en permanence »), portant un regard sans concession devant la violence (« pour plat du jour »,« le réflexe à la mode »), les incivilités auxquelles tout citoyen est de plus en plus confronté. Sa fuite s’avère être due à de multiples facteurs (déceptions), mais peut-on « éparpiller son chagrin et son désarroi comme des valises mal sanglées » ?A travers ses personnages féminins (Zelie, June,la princesse) le narrateur explore le désir ressenti par les hommes.

« On est tous à la recherche d’une émotion, d’une personne qui nous complètent et nous relancent. » Ethan trouvera-t-il « la pièce manquante de son puzzle » ?

Le musicien parolier pointe aussi le faible pourcentage qui revient au compositeur (paroles, jingle) dans le marché de la musique, ce qui est de même pour un auteur concernant un livre de poche. Il donne une large place à la musique (piano, charleston endiablé). On est soudain entraîné dans cette nouba loufoque,inoubliable !

Ceux qui ont lu Les Jonquilles de Green Park (1) connaissent le goût de Jérôme Attal pour Londres et la civilisation anglaise. Cela commence avec le téléphone vintage, puis les mugs, les collections Emma Bridgewater, le paillasson « Keep calm and come in », les références musicales (Dylan cité en exergue, les Beatles, l’affiche de Simon et Garfunkel, Amy Winehouse.)

Emily Dickinson est là aussi qu’il conseille de lire « avec le sourire » et « en lui disant merci ». Un autre conseil de lecture est formulé : « Ne vous apitoyez pas sur le sort des auteurs et de leurs personnages, ou bien ça vous retombera dessus tel un boomerang émotionnel » !

On devine le plaisir du romancier à créer des comparaisons imagées, toujours aussi inattendues. La mémoire d’Ethan telle un « shaker géant », la bâche : « comme une meringue flottante sur une tarte au citron ». Il joue avec les mots : « célérité/célébrité », china qui signifie porcelaine/made in china.

On regrette qu’ Ethan, habité par la mélancolie et la nostalgie, ne fonctionne pas comme Tommy des Jonquilles de Green Park, à savoir compter ses heures heureuses, remplir sa colonne des plus dans un cahier.

L’auteur, un brin gourmet, régale notre palais, avec le sandwich « au fromage de Herve », la tarte au riz, « sa madeleine », la gaufre liégeoise, les sablés Traou Mad.

Croquer dans une tartelette Poilâne lui donne de l’énergie pour rallier Ath.

Si David Foenkinos fait ses provisions de barres chocolatées dans une boutique de station service, Ethan, lui, fait le plein de Skittles !

Ce roman fait penser au genre fantaisie pas assez reconnu en France, pourtant « on ne parle jamais aussi bien du réel qu’en partant de l’imaginaire » déclare P Bordage.

Lui-même se réclamant de Tolkien. L’écrivain, ayant toujours un pied qui « traîne en enfance » et une imagination fertile, nous offre pour suite féerique du conte, un épilogue musical « dans un de ces lieux enchanteurs où les tourments s’estompent ».

Jérôme Attal signe un roman votif dans lequel son héros rend la vie à ses parents par la seule force de la mémoire. Sa déclaration d’amour d’un fils à ses parents défunts, à sa tante, seul lien familial restant, fait écho à une pensée de Kawata : « La mort donne l’obligation d’aimer ». Dans une interview l’auteur déclare s’interroger sur ce que représente la famille. Est-ce celle du sang, d’où cette quête éperdue à la recherche de sa soeur ? Ou est-elle pour Ethan,fils unique, constituée des gens croisés, aimés ?

A nous lecteurs de répondre au double appel de Jérôme Attal :

aimer ce récit sensible, poétique, romantique, onirique, empreint de nostalgie, traversé de chansons électrisantes, mâtiné de drôlerie, pétri de suspense,

et

goûter « l’anniversaire de l’instant » qu’est une bonne lecture.

« Lire, c’est s’abandonner à l’autre », confie Jérôme Attal.

Amis Belges, cette « aventure épique » vous est tout particulièrement destinée !

©Nadine Doyen


(1) Les Jonquilles de Green Park, roman dont vous pouvez retrouver la chronique dans Traversées. A reçu le Prix de L’île aux livres / La petite cour en Août 2016 et le Prix spécial Saint-Maur en poche, 2016

 

 

Quelques questions posées à Jérôme Attal par Nadine Doyen à l’occasion de la sortie de L’appel de Portobello Road Robert Laffont

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à Jérôme Attal
par Nadine Doyen
à l’occasion de la sortie de

L’appel de Portobello Road, Robert Laffont

Possédez-vous un téléphone vintage semblable à celui du roman ?

Oui tout à fait. J’aime beaucoup utiliser des objets de mon quotidien pour mes romans. Ou de collecter des objets dans la préparation d’un livre, au même titre que l’on collecte des sensations, des sentiments. Et puis ça donne au lecteur un espace chaleureux. Le lecteur qui ouvre un de mes romans, je l’invite chez moi, dans mon univers.

Qu’utilisez-vous de préférence : le téléphone fixe ou un smartphone ?

Je crois qu’à ce niveau d’usage et de familiarité, c’est le Smartphone qui m’utilise !

Quel est le dernier appel reçu, si ce n’est pas indiscret ?

Une journaliste qui me téléphone pour me dire qu’elle me rappellera pour que l’on cale une interview par téléphone. C’est beau comme du Beckett.

Passez-vous beaucoup de temps au téléphone ?

Oui mais la solitude me rappelle à l’ordre. On n’écrit pas pendu au fracas du monde. Ou alors cela devient du journalisme. Dans L’appel de Portobello Road c’est sa solitude que mon personnage tient au bout du fil, finalement. La solitude appelle, car elle a faim. Elle veut sortir. Elle a faim de rencontres. D’une jeune femme, en l’occurrence. À l’autre bout de la route et du chemin qu’il faut faire en soi pour s’ouvrir au monde.

Certains sont allergiques aux conversations téléphoniques qui polluent la tranquillité dans un café, un transport ? Et vous ?

Oui c’est le sans-gêne et la grossièreté qui m’irritent. Parce que je suis davantage séduit par les gens qui font leur apparition dans une pièce ou dans une conversation, sur la pointe des pieds.

Où posez-vous votre téléphone la nuit ?

La nuit, je le transforme en réveil matin pour le faire redescendre un peu de son piédestal.

Votre roman est constellé de musique, chansons ?

Aviez vous un air en tête pour les chansons glissées dans votre roman ?

Dans l’idéal je dirai que le roman, l’écriture d’un roman, doit contenir sa propre musique. C’est aussi la petite mélodie d’un auteur qu’on aime et aime à retrouver de livre en livre. J’espère à chaque fois atteindre ma petite mélodie, et que mes lecteurs s’y retrouvent. Et je suis pour faire des livres enchanteurs. Il faut enchanter le lecteur car la vie est assez pénible comme ça.

Vous animez des ateliers d’écriture, pouvez-vous en dire quelques mots ? Quelle est la finalité pour les participants ?

Ce sont des ateliers où j’essaie de désacraliser l’acte et la pression d’écrire. J’essaie que chacun trouve son registre et atteigne une sorte de grâce dans son registre. Et je transmets aussi l’opiniâtreté. Quand on commence, il faut aller au bout. On a le droit à l’erreur, aux erreurs, mais pas le droit de ne pas aller jusqu’au bout.

Pourriez-vous résumer votre roman en 140 signes ?

Non et cela me réjouit !

Merci infiniment cher Jérôme Attal pour avoir consacré un instant pour ces réponses qui font écho à la musique de votre roman.

Un véritable enchantement.

Entretien avec Jérôme Attal, à l’occasion de la parution de son roman : Les jonquilles de Green Park, Robert Laffont

Jérôme Attal

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Entretien avec Jérôme Attal, à l’occasion de la parution de son roman : Les jonquilles de Green Park, Robert Laffont

Propos recueillis par Nadine Doyen

ND : Dans ce roman transparaît votre attachement à Londres et votre connaissance des traditions britanniques. D’où vient ce lien amoureux avec Londres ?
La musique en serait-elle le déclic ?
JA : Je suis un amoureux de Londres, j’aime son architecture, ses parcs et ses écureuils, la singularité des gens et l’air vivifiant des rues. Green Park en particulier est l’un de ces rares lieux magiques où je me sens bien, à ma place. Vous savez, ça a dû vous arriver aussi, à un moment de votre vie vous arrivez dans un lieu et quelque chose de magique se produit, vous avez la sensation de connaître cet endroit depuis toujours, vous vous y sentez bien naturellement, c’est ce qui s’est produit pour moi avec Green Park. Après, il est vrai que je suis British dans mes goûts : j’ai été élevé avec les Beatles, je ne bois quasiment que du thé, j’adore les sandwichs au concombre, Churchill et Oscar Wilde sont mes héros, je voudrais être enfermé une journée entière chez Fortnum & Mason ou chez Liberty, et je trouve que Jane Birkin, Keira Knightley, Kate Moss, Charlotte Rampling sont parmi les plus jolies filles de la Terre, ce genre de trucs quoi !
Vous nous faîtes déambuler dans la capitale, depuis Waterloo jusqu’à Regent’s Park, Hyde Park, Green Park.
Combien de séjours avez-vous fait durant l’écriture du roman ? De quelle durée ?
Avez-vous écrit des chapitres sur place à Londres ou une fois de retour en France ?
J’ai écrit le roman à Deauville, donc de l’autre côté de la mer. Mais je connais suffisamment Londres pour y faire de fréquents séjours. Avec l’Eurostar, c’est assez facile. Et puis je suis allé plusieurs fois à South Kensington dédicacer mes romans dans une librairie adorable : The French BookShop qui malheureusement n’existe plus depuis décembre dernier.
Vous faîtes allusion à un théâtre de l’époque élisabéthaine, s’agit-il du Globe ?
Non, mais c’est un théâtre dans ce style. Du côté de Soho, dans mon roman. Je me suis documenté sur le Blitz et ai lu que pas mal de théâtres avaient été éventrés par des bombes. Ce qui me plaisait dans ce passage c’est que mon jeune héros, Tommy Bratford, n’aime pas spécialement le théâtre, il est même associé pour lui à des souvenirs pénibles d’un ennui profond. Seulement, quand il voit qu’un théâtre où il est allé, même pour s’y ennuyer, a totalement été détruit par les nazis, ça le met en pétard ! Il serait capable d’apprendre par cœur tout le théâtre élisabéthain si cela pouvait éradiquer de la planète les nazis jusqu’au dernier.
Vous évoquez un tableau vu à la National Gallery, pouvez-vous préciser duquel il s’agit ?
Je ne me souviens plus de cette évocation, mais à la National Gallery tous les tableaux valent la peine d’être vus !
Préférez-vous comme votre narrateur le cinéma au théâtre ?
Oui sans aucun doute ! Au théâtre je vois toujours davantage le temps passer. Et puis, comme je suis artiste dans l’âme, s’il y a une scène devant moi, j’ai envie de monter dessus !
On se souvient de votre opus : L’ histoire de France racontée aux extra-terrestres, comment est né votre intérêt pour l’histoire ? Avez-vous une préférence pour une période en particulier ?
J’ai fait des études d’histoire de l’art. Dans l’histoire de France racontée aux extra-terrestres, l’idée était de prendre l’histoire de France comme un immense terrain de jeu. Cruel et poétique. Drôle aussi, dans l’esprit des Monty Python. Et littéraire j’espère, notamment quand je décris une soirée parisienne comme si c’était une guerre de tranchées.
J’ai noté des passages très poétiques, dont le poème Home écrit par votre grand-mère maternelle : Maria Collas-Piraprez, comme vous l’indiquez dans vos remerciements. Quels poètes lisez-vous ?
J’ai une prédilection pour la poésie américaine en prose : Carver, Bukowski, Brautigan. Mais j’aime aussi beaucoup la poésie anglaise : Yeats, Brontë, Wordsworth et son magnifique poème sur les jonquilles. Chez les Français, difficile d’échapper à la beauté de Baudelaire, de Rimbaud, et d’Apollinaire.
Vous développez une réflexion philosophique autour du bonheur ?
Partagez-vous celle de votre narrateur ?
Oh oui, écrire pour moi c’est quand même le plus possible se tenir à sa vision ou à sa version du monde. Alors, je partage à mille pour cent les réflexions de mon narrateur. Voir un de ses livres paraître reste quand même exceptionnel, alors je n’aimerais pas qu’on ne m’y retrouve pas. Il y aurait erreur, et sur la marchandise, et sur la personne.
Votre narrateur s’efforce de positiver, en consignant dans son cahier la colonne de + et de – . Tenez-vous votre journal de cette façon ?
Je tiens mon Journal sur internet depuis 1998, mais j’ai quand même la sensation que ce travail est un peu plus élaboré qu’une colonne des + et des -. En fait, j’ai toujours été un grand lecteur du Journal en tant que genre littéraire, je trouve que ça a un côté très boostant à lire. Mon préféré est celui de Jean-René Huguenin.
Qu’aimeriez-vous qu’on retienne de votre roman ?
Qu’on l’a aimé. Qu’on a pu s’y faire une place, un refuge, un temps à soi le temps de la lecture. Qu’on y a trouvé des correspondances entre ce qu’on est et les réflexions de Tommy. C’est ce que dit Jean Cocteau, on écrit pour retrouver des frères dispersés, comme les branches d’une étoile qui seraient dispersées. Je trouve ça très beau.
Magnifique, en effet.

Jérôme Attal, Aide-moi si tu peux, Robert Laffont (18€ – 265 pages)

RENTRÉE LITTÉRAIRE SEPTEMBRE 2015



Chronique de Nadine Doyen 

Jérôme Attal, Aide-moi si tu peux, Robert Laffont (18€ – 265 pages)

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Après Presque la mer, Jérôme Attal change de registre abordant le cas d’une disparition. Tout le monde s’interroge : Où s’est donc évanouie Tamara ? Sa mère la pense, en Espagne, avec le père dont elle est séparée. Une fois l’alerte enlèvement déclenchée (ce qui n’est pas sans évoquer des faits récents), la police se trouve d’abord confrontée au meurtre de Maxime Fourque, conseiller financier  découvert par la femme de ménage.

Le narrateur, Stéphane Caglia, l’inspecteur chargé de l’enquête coordonnée par le colonel Brousmiche, relate toutes les investigations  effectuées dans le voisinage, secondé par Prudence Sparks, jeune stagiaire anglaise. Une autre découverte macabre, au domicile de la victime, vient  se greffer sur l’enquête en cours d’élucidation. Y aurait-il un lien avec la disparition de la jeune lycéenne ? Ne partageaient-ils pas la même idolâtrie pour les Fab Four, postant leurs reprises sur YouTube ? Le roman  prend des allures « gore » de thriller.

D’autre part le lecteur suit une deuxième piste, celle de Benjamin Dray, le voisin amoureux de Tamara, qui échafaude des hypothèses non dramatiques. Il enquête auprès de ses amies de lycée, enfourche son vélo et ratisse cette forêt à la lisière du complexe sportif. Le voilà victime de jeunes drogués, mais il débusque un cahier et reconnaît l’écriture de Tamara dans ce message : « Aide-moi si tu peux ». A qui s’adresse-t-il ? Est-elle en danger ? L’auteur sait distiller le suspense. Il souligne les dérives du net car les secrets peuvent se retrouver « à la vue de tous », le mot de passe étant « aussi violable qu’un cadenas de pacotille ». ll pointe les dégâts collatéraux que peuvent causer le « bashing » gratuit chez une personne fragile.

L’intrigue gravitant autour de Tamara reste nimbée de mystère pour Benjamin, ainsi que pour Brandon, cet élève violent, qui agressa Tarama et la prend maintenant en filature. Quant au « capitaine Caglia », il craint d’être la cible d’un dealer à « la rancune inépuisable » en lien avec le Souterrain stellaire, d’où ses ruses.

Avant de questionner Valérie Georgin, la mère de la disparue, Sparks et Caglia s’offrent une parenthèse en tête à tête, propice aux confidences et qui dévoile la personnalité de Caglia. On perçoit son altruisme, sa bienveillance et son indignation, sa révolte devant « l’injustice et la cruauté » et « le délabrement de la société » et l’insécurité. Quant à Prudence Sparks, son British touch ravive les souvenirs scolaires de Caglia et la compétence de cette séduisante « coéquipière hors pair », même avec l’« expérience du brouillard », suscite son admiration.

Auront-ils collecté des informations précieuses après avoir inspecté la chambre de Tamara, décrypté son ordinateur retrouvé ? Ce tandem soudé va avoir à en découdre.

Le récit s’accélère après la collision avec une Porsche. Comment vont-ils s’en sortir ? Car le chauffard n’est autre que l’Elégant, bien connu de Caglia, ex John Franju.Le suspense happe d’autant plus le lecteur, que l’assaillant est bien armé (couteau, revolver). Situation qui échappe à Sparks, ignorant le passé de Caglia, mais subodorant anguille sous roche.Les interrogatoires effectués auprès des amies de lycée de Tamara, « l’insaisissable adolescente », le téléphone confisqué, l’audition de Benjamin Dray, fourniront-ils des indices permettant de percer le mystère de son évanescence ?

Coup de théâtre, nouveau vent de panique après le kidnapping d’une jeune libraire. L’étau se resserre, toutes les victimes partagent la même passion pour les Beatles. Le récit nous réserve encore des surprises avec Natacha, « la ravissante hôtesse ».

Les énigmes se détricotent peu à peu, grâce à l’irréprochable et zélée Sparks, tout l’opposé de Caglia dont elle n’apprécie pas les méthodes  parfois trop expéditives. Les aficionados de Jérôme Attal retrouveront sa prédilection pour les comparaisons insolites : « Mes sens restaient en alerte H24 », « les lampadaires disposés tels des flamants roses… », ses tournures inattendues : « L’un des meilleurs flics de la planète, c’est le temps qui passe ». On soulignera la précision d’orfèvre de toutes les descriptions de lieux, des portraits des personnes interrogées. Les références musicales omniprésentes, (Goldman, Les Beatles), ce qui n’étonne pas quand on connaît l’implication de l’auteur dans ce domaine, raviront tous ceux qui ont vécu cette Beatlemania.  La chanson Help me if you can  serait-elle un  mot de passe ?

En filigrane, par flashback, évoquant sa vie familiale (les repas dans « les maisons rondes  avec leurs grillades… », ou le repas avec l’incontournable 20 heures), son enfance, le narrateur brosse une fresque des années 80. Cette nostalgie des eighties, qu’il se plaît à cultiver, convoque pour lui un chapelet de souvenirs heureux. Époque où l’on ne parlait pas de «  toutes ces allergies ». Il oppose deux statuts : celui de l’insouciance de l’enfant et le dur métier d’adulte, car « On se rajoute du souci ».

La teneur si prégnante de « l’arôme des souvenirs » concorde avec cette assertion de Mario Rigoni Stern : «  L’endroit où l’on a passé une période sereine demeure dans la mémoire et dans le cœur toute la vie. » Jérôme Attal multiplie les références musicales et cinématographiques (« clip de Thriller », Tron) des années 80, comme un leitmotiv. Il dresse un inventaire des mythologies de la France des eighties, décennie gangrenée par le consumérisme (voitures majorette, film de Delon, Pif gadget, la coupe du monde de foot de 1986, les publicités géantes). Cette plongée agit comme un exutoire pour Caglia. Elle lui permet de conjurer la réalité de son quotidien, fréquemment confronté à la violence urbaine et fracassé par le récent « cataclysme » personnel. L’hommage du narrateur à ses parents disparus fait écho à la touchante et discrète dédicace de Jérôme Attal qui clôt le roman.

Le roman distille la vision et les interrogations du narrateur sur les rapports amoureux, la vie qui « peut vous fausser compagnie du jour au lendemain ». Il s’achève sur l’injonction de « chérir », pouvant servir de viatique aux naufragés de l’amour, message identique véhiculé dans la chanson de Chedid : « On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime » ou dans All you need is love des Beatles. 

Jérôme Attal signe un polar captivant par sa succession de rebondissements improbables, de coïncidences troublantes, nourri par une imagination débordante, empreint de gravité, mâtiné d’humour, émaillé d’anglais, rédigé dans un style imagé. Aide-moi si tu peux qui se révèle être le reflet de notre société, en déliquescence, interpelle. Il soulève une réflexion sur les dangers potentiels du web où s’immiscent des prédateurs, où se déversent des bordées d’insultes, de critiques assassines, et sur le droit à l’oubli. L’auteur sait toucher la corde sensible du lecteur, le faire saliver avec ses desserts, le faire rire mais aussi trembler et frissonner d’effroi. Alors, prenez votre «  ticket to read » sur fond sonore de « Ticket to ride ».

©Nadine DOYEN

Jérôme Attal – Presque la mer – Hugo & Cie —par Nadine Doyen

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  • Jérôme Attal – Presque la mer – Hugo & Cie ( 199 pages, 16€)

La mer est au coeur du roman de Jérôme Attal, enfin la mer invisible, la mer fantasmée par les habitants  de Patelin,village perdu au milieu de nulle part, accessible après « une trentaine de ronds-points », et « un tas de péripéties déloyales » ( gravillons, nids de poule, trous insondables).

Roman ancré dans la réalité puisque l’auteur aborde le thème de la désertification médicale. Tout le monde connaît la galère pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste.

On suit donc, en chapitres alternés, d’une part le parcours de Frédéric, terminant ses études de médecine, avant de répondre à l’annonce du maire, Serge Ornano.

D’autre part Louise, qui monte à Paris, pour une émission de radio crochet, rêvant de célébrité et d’ailleurs.

Jérôme Attal  oppose la vie  trépidante à Paris ( « réservoir inépuisable de gens à guérir, à croiser, à oublier. ») à celle dans la France profonde. Il déploie tout son talent de portraitiste , avec le sens des détails,et brosse une riche  galerie de personnages très variés  y compris les secondaires. ( Broussard, le boucher – Marie-Eve, l’épicière – Mirabelle, une gamine qui prend le docteur pour un conteur).

Ce qui ramifie le récit en moult digressions dont l’implantation de bulles d’habitation, « ouvertes sur la nature », concept  à la mode pour des vacances insolites.

 

On croise  le maire qui mobilise tout un village pour insuffler à  Patelin l’attrait qui pourrait attirer les touristes. On est médusé par son subterfuge de  la voiture peinte.

 

Quant à Paco, le facteur,  « l’homme providentiel »,  il fédère, avec son idée farfelue, tous ceux qui croient à son projet : faire venir la mer jusqu’à Patelin.

Comment réussir ce challenge ? Un peu de peinture bleue, les mains des élèves de l’école du village, et le tour est joué, les champs oscillent comme les vagues. De l’étage de la « Villa des bons soins » , on peut  apercevoir  « une large bande bleue verte » qui figurera «  à merveille la mer souveraine et scintillante ». Les habitants deviennent des estivants, lunettes de soleil, attirail de plage sous les bras, qui se  rendent à la mer. Le pot aux roses ne  risque-t-il d’être découvert ou quelqu’un ne va-t-il pas vendre la mèche ?  Suspense.

 

Fréderic,  le médecin non autochtone, lui,  il croise  chez Paco une silhouette qui le convoque. « Au lieu d’une étoile filante, il découvrit une frêle jeune femme », et l’ émotion physique qu’il ressentit  « tenait à la fois de l’attraction et de la terreur ».

On peut s’étonner que le jeune médecin n’éprouve pas l’appel de la mer, comme l’écrivain national de Serge Joncour, qui, lui, ressent l’appel de la forêt.

Mais , investi de sa mission, il consulte, rédige des ordonnances. Serait-il, en plus, psychologue pour prescrire  une thérapie plus qu’originale afin de débarrasser Louise de sa mélancolie ? Louise, « corsetée dans un costume de pensées sombres », Louise qui sait le gratifier d’un sourire « léger comme un volant de badminton » .

Et Fréderic subjugué, qui « mourrait d’envie » de « la contempler des heures durant ».

 

Stan, l’ amoureux éconduit,le voyou du village,  fait irruption  où on ne l’attend pas , créant du désordre. Il fomente alors sa vengeance  qui , mise à exécution, sème la panique  et  menace de ruiner l’avenir d’un village. A nouveau la solidarité aura le dessus.

 

Comme le déclare Eric Vuillard : «  Une des fonctions de l’écriture, c’est peut-être de rendre leur intensité aux images ». Jérôme Attal réussit  à merveille ce tableau représentant « la mer opalescente », les cabines « striées de couleurs primaires ».

L’oeil du lecteur moissonne une pléthore d’images. Une touche exotique se glisse avec les repas japonais de l’unique auberge du village.

 

A travers Louise, il stigmatise la cruauté  de ces concours de chants, et dénonce ce miroir aux alouettes qui génère tant  de déçus parmi ces « chanteurs jetables ». On devine , en filigrane, l’auteur compositeur, connaissant ce monde implacable.

 

Jérôme Attal  radiographie avec brio la vie d’un village et ses ouailles.

De multiples passages pourraient être mis en scène. On imagine facilement  les saynètes du médecin en partance pour Patelin avec tous ses bagages, y compris la cage de Spéculum, pour qui les voyages  étaient « synonymes de transpiration … et de spéléologie » ou  le  départ pour  la plage  avec ce défilé incessant sous les fenêtres du docteur, tout comme le repas en tête à tête, prélude à d’autres ordonnances.

Scène plus tendue et violente pour l’agresseur agressé par les piranhas.

Le récit est ponctué de truculents dialogues, comme celui entre le maire et Frédéric au sujet des déjections des mouettes «  intelligentes et respectueuses » !

 

L’auteur brode des comparaisons inattendues : « la paupière droite aussi mobile qu’un store vénitien ».  La comédie tourne  à plein régime, saupoudrée d’humour, de jeux de mots («  Beach Party / biches party ») et nous invite à préférer la fragilité du rêve à la réalité peu roborative. Les gens  ont besoin d’illusion pour avancer dans la vie, affirme Woody Allen.  On note aussi des références cinématographiques et musicales.

 

Si certains s’intéressent à la première phrase d’un roman, c’est la dernière qui retient notre attention. L’image qu’elle suscite a quelque chose de romantique, convivial, après  le travelling sur cette procession empreinte de bonheur.

La mer aurait-elle scellé les destins contrariés de Louise et Frédéric ?

Jérôme Attal, à l’esprit inventif,  signe un roman irrigué par les bons sentiments, baigné dans une atmosphère onirique, qui  peut être classé dans la catégorie des « feel good book ». Presque la mer, un récit qui peut être lu même loin de la mer.

©Nadine DOYEN