Cathy Bonidan, Le Parfum de l’Hellébore, Éditions de la Martinière, ISBN: 2732472514

Chronique de Alain Fleitour

Cathy Bonidan, Le Parfum de l’Hellébore, Éditions de la Martinière, ISBN: 2732472514
paru 05/01/2017, réédité en livre de poche.

Il est étrange de commencer cette fiction en 1956, « Le Parfum de l’Hellébore », dans le milieu  hospitalier. L’auteur Cathy Bonidan est vannetaise. Or, au mois de janvier 1955, une épidémie de variole se déclara à Vannes faisant une vingtaine de morts, dont le Dr Grosse. Parmi les victimes plusieurs jeunes filles. L’épidémie s’éteindra grâce à une vaccination de masse organisée sur toute la Bretagne.

Ces faits encore présents dans la mémoire collective soulignent que la médecine en 1956 est très éloignée de celle que nous connaissons.
En janvier 1955 des femmes meurent encore en couche, des enfants meurent en bas âge.
Que dire de la médecine psychiatrique balbutiante pratiquée en 1956 ? Et que dire du lieu où étaient reçus les malades, désigné parfois par le sobriquet de, « la maison des fous », nom entendu encore en 2018 pour l’hôpital de St Avé (56).

les électrochocs étaient encore pratiqués dans les années 1970.

Soigner l’autisme ou l’anorexie en 1956, et le guérir paraissait alors aussi hasardeux que de gravir l’Annapurna sans oxygène. « Dans tout l’asile, on entendait des cris et des plaintes. Le personnel semblait traverser les couloirs, sans but, le regard vide et sans plus d’expressions, de nombreux malades se traînaient au sol et bavaient sans que quiconque se soucie de les remettre debout, ni de leur essuyer la bouche, s’indigne la conteuse page 223 ».

Ainsi la construction du roman en deux époques, apparaît d’une grande finesse, et nous aide à bien comprendre que les premières observations empiriques, ont mis du temps à s’imposer, comme la connaissance de la maladie qui fait le cœur de l’ouvrage, ressemblait en 1957 à une mosaïque à la Prévert, d’attitudes déconcertantes aux origines inconnues.


Pour Gilles, autiste, cette lente conquête de l’autonomie a pu se faire grâce à Serge, le jardinier, qui lentement et en dehors de toute contrainte a patiemment élagué pour lui une éducation à sa stature. Une éducation assise sur les saisons, une éducation ancestrale, charnelle et terrienne. Rien ne presse, « silence ça pousse lui dira Serge, ne fait aucun effort » ; dessines dans la terre, avec un râteau comme avec un pinceau.



Il se dégage du livre de Cathy Bonidan, une grâce, une minuscule légèreté de connivence, dans laquelle Gilles a trouvé une paix intérieure, une aisance, une gestuelle douce et simple qu’il a pu assimiler sans avoir à produire un labeur.

Pourtant comme en regard un autre drame se joue. Une enfant de treize ans, Béatrice, anorexique, était en train de sombrer, les traits se creusant, sa malice désertait son regard, pourquoi ? Son entourage ne comprend pas et aujourd’hui encore le malaise semble être prêt à frapper, ici ou là une jeune fille, face à la même stupeur des soignants.

Béatrice largement adaptée au milieu scolaire réussit ses études, lectrice elle découvre avec bonheur la littérature, mais devant son corps, devant la nourriture son esprit dévisse. Comme Gilles on retrouve Béatrice dans la deuxième partie, on apprendra son destin qui ne laissera qu’un immense point d’interrogation, pourquoi Béatrice s’est laissé glisser vers une détresse insondable.

L’itinéraire de Gilles est vertical, c’est l’espoir de vivre, la conquête de la liberté délivré par la présence paternelle et apaisante de Serge.

Justifier et embellir le métier d’enseignante, c’est donner du sens à la présence de l’adulte, c’est effacer le trouble comme l’inconfort chez l’enfant, gommer le sentiment toxique de solitude, éviter que germe cette gangrène inhérente à ceux qui sont tombés dans la spirale de l’anorexie.

Béatrice confrontée à son malaise, est éprouvée durement et durablement par le manque de vie partagée, par l’absence paternelle douce et confiante, mutilée par son incapacité à s’abandonner à des gestes charnels, comme à son doudou. La priver de livres était lui ôter ses derniers fragments de vie. L’encourager à lire, et mieux encore dans les bras d’un autre ou d’une autre pouvait la renouer à ses forces vitales.



« Je viens de fêter mes 14 ans. Quel bel âge, direz-vous ! Et que l’on est entouré d’une famille aimante et attentive avoue  sans y croire Béatrice page 101 ».


Ce livre nous saisit, Gilles et Béatrice nous bouleversent, la souffrance est toute présente à fleur de mots. L’écriture simple et limpide de Cathy Bonidan, donne toute sa place à l’émotion, et se libère pour saluer le renouveau de Gilles, accompagner ses conquêtes. Une très belle réussite littéraire.      

©Alain Fleitour

Les actualités de Alain Fleitour : ICI

Soirée Littéraire- Alain Fleitour

Alain Fleitour a reçu le prix de la ville de vannes.

L’université Catholique de L’ouest ‘(communication) 
l’invite à présenter son livre « Les Fissures de l’Aube »
le mardi 26 mars prochain  à 18h
à UCO Arradon 

L’UCO a notamment retenu

Une Première dans l’édition car c’est à la fois un livre broché, un livre numérique, un livre audio et une vidéo
sans oublier une estampe chinoise « une vague » réalisée par l’auteur

Des chroniques sur le livre sont déjà dans la presse

Coup de cœur des écrivains bretons
http://www.ecrivainsbretons.org/images/pdf/Les_fissures_de_l_aube_Alain_Fleitour_Jean-Paul_Delessard.pdf

Un article dans la revue Traversées
https://revue-traversees.com/category/chroniques/chroniques-de-lieven-callant/

Un article dans le Télégramme de Brest

une vidéo
https://www.youtube.com/user/alainfleitour48

Des chroniques sur babelio
https://www.babelio.com/livres/Fleitour-Les-Fissures-de-lAube/1113769

TRES BONNE NOUVELLE
Alain Fleitour sera au salon des livr’ de Vannes les 9 et 10 juin 2019. 


Alain Fleitour, Les fissures de l’aube, L’Harmattan, témoignages poétiques, 95 pages, 17,50€, janvier 2019

Une chronique de Lieven Callant

Alain Fleitour, Les fissures de l’aube, L’Harmattan, témoignages poétiques, 95 pages, 17,50€, janvier 2019

Douze parties pour ce recueil de poésies, autant que les mois d’une année. C’est que le temps, le tempo des saisons, la manière dont il recueille le présent, le mélange aux souvenirs et nous permet ainsi de l’habiter sont les clefs de voûte de ce livre. 

Chaque étape s’attache par le biais des poèmes à nous inscrire dans une démarche sincère qui stimule autant le questionnement, la recherche d’un sens personnel à l’existence que la contemplation silencieuse et respectueuse des émotions. Elles surgissent immanquablement lorsqu’on côtoie de près l’autre en nous que l’on condamne à habiter les souvenirs.

Le livre s’ouvre sur un poème évoquant une photographie sépia de gens qui sourient, les personnes d’une même famille, les parents de l’auteur. Le temps passe, l’image ne conserve malgré son jaunissement que cet instant où tous étaient jeunes, heureux, insouciants. Le poème a la dure tâche de nous révéler que les parents de l’image sont morts, se succédant les uns les autres, à cause d’une fatalité à laquelle personne n’échappe. La mort au bout du poème? Pas seulement, le poème est avant tout la promesse de vivre pleinement le souvenir, de se rapprocher de la matière qui nous constitue sans perdre une certaine lucidité sans laquelle les sentiments ne s’exprimeraient plus au travers de nos émotions. S’inscrire dans la vie est ce que permet le poème tout en se délestant d’un fardeau impossible à porter sans rien perdre de la conscience.

Pour nous guider d’étape en étape, les poèmes nous parlent avant tout de la vie. De ses combats, de ses victoires et de ses défaites provisoires. Le poète se sert d’images, de métaphores, de symboles comme le peintre se sert des couleurs, de leurs nuances pour démarquer les ombres de la matière lumineuse, pour inscrire les corps et les objets sur la toile, sur notre rétine, dans nos souvenirs. L’imagination n’a plus qu’à les habiller de sensations et de sentiments. 

Tout au long du recueil, nous est subtilement rappelé que le poème est une oeuvre malgré tout concrète, un geste, une volonté vivace d’inscrire, de rappeler, d’alerter. Chaque poème est en soi une petite révolte qui ne se limite jamais à émettre un avis fermé. Tous les poèmes de ce livre sont des portes ouvertes, tous les poèmes sont libres. 

Pour marquer son attachement à cet esprit d’ouverture, Alain Fleitour a tenu à ce que ses poèmes soient lus, que la voix du comédien Emmanuel Delivet et le violoncelle de Bruno Cocset nous guident au-delà de nos propres lectures silencieuses. Ces exhortations musicales invitent une fois de plus la poésie à se tenir debout parmi nous. 

Le titre Les fissures de l’aube trouve sans doute explications dans le poème du même titre à la page 79. Je pense que la poésie est une aube, un commencement. Un jour de plus à gravir. Le poète se glisse dans les failles et se sert des fissures comme le grimpeur s’en sert pour franchir un sommet.  

Voici quelques vers soulevés par mes lectures, qu’ils vous suggèrent de lire et/ou d’écouter le livre!

Tu viens des herbes sauvages
Saturées de brûlures P18

Tes yeux me noient de ciels
Je suis un soupir dans la gamme des souvenirs
Au matin tu me ravives dans le ruisseau du soleil
Au murmure de ton chant. p26

Toutes leurs mains lancent des pétales de rires
Petits cerfs volants brillants
Éclats de soleil dans ce ciel d’azur. P32

La course nous portait
Aux premiers pas de l’aube
Inlassablement
Depuis le pied de la Fournaise.  P37

On se lavait avec l’aurore
Aux bruits de l’humidité. P37

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Chroniques d’Alain Fleitour sur Traversées: ici

© Lieven Callant

Jean Giono, Colline tome 1 de la Trilogie de Pan, le Livre de Poche, 08/2016, ISBN : 2253002895

Chronique de Alain Fleitour

Jean Giono, Colline tome 1 de la Trilogie de Pan, le Livre de Poche, 08/2016, ISBN : 2253002895

Les bastides blanches, à l’ombre des collines, à l’ombre froide des monts de Lure. « La terre du vent ». « un débris de hameaux », distille Jean Giono, page 25, la terre aussi de la sauvagine : « la couleuvre émerge de la touffe d’aspic, l’esquirol à l’abri de sa queue en panache, court, un gland dans la main… Le renard lit dans l’herbe l’itinéraire des perdrix ».
Par ces évocations commence la Trilogie de Pan. Colline le premier roman de cette trilogie est aussi le premier roman publié par Giono. La simplicité des décors et la simplicité de l’intrigue autour de 12 personnages, impriment une densité formelle pour chaque événement, le plus insignifiant fut-il.

Ce lieu si éloigné de tout, qui vit en autarcie, est attentif aux moindres vibrations de la nature. Sommes-nous dans les derniers jours de la vie de cette communauté, ou dans les dernières heures de la vie de Janet, ce vieillard, qui parle par grandes ruades de mots que tous écoutent sans le comprendre, ou par demis mots.

Janet croit voir sortir des serpents de ses doigts. Dans son délire Janet nous renvoie aux croyances les plus archaïques, à la race des géants (Jean comme géant devient Janet le petit géant). A travers cette symbolique Janet expie ses crimes contre la terre. le dieu Pan s’invite ainsi, le dieu des bergers d’Arcadie, est symboliquement à l’œuvre, comme il est présent dans les œuvres d’Eschile.
La nature, est au cœur des interrogations des gens de la bastide. Cette terre nourricière ou destructrice, les hommes l’humanise dans leurs représentations pour en écarter la peur.
A plusieurs moments, la tension palpable est proche du paroxysme, car tout est vu et analysé d’une façon démesurée. Par vagues, les assauts du vent créent la panique, tout autant que le silence devient assourdissant et intenable.
Les prédictions de Janet tombent alors…

 » Ça saute encore et ça se roule, puis ça s’étend dans le soleil neuf, j’ai vu que c’était un chat. Un chat tout noir. »
« Quand la foudre tua ton père, Maurras, dans la cahute des charbonniers, j’avais vu le chat deux jours avant.
Attention chaque fois qu’il paraît, c’est deux jours avant une colère de la terre.
Ces collines il ne faut pas s’y fier. Il y a du soufre sous les pierres.

La preuve cette source qui coule dans le vallon de la Mort d’Imbert et qui purge à chaque Goulée. C’est fait d’une chair et d’un sang que nous ne connaissons pas, mais ça vit. P 54″


L’air brûle comme une haleine de malade, et pas de vent, et toujours le silence.


Janet a toujours le regard fixé sur le calendaire des postes, depuis qu’il a fait son AVC. Ses énigmes flottent page 61, « Tu sais toi le malin ce qu’il y a derrière l’air ».
La fontaine ne coule plus. C’est la peur qui monte et Janet, est seul à scruter une date, ça les rend fous aux bastides blanches.

L’autre personne incontournable et inquiétante c’est Cagou, l’innocent. Il bave, son visage est huilé de salive, ses bras son corps suivent une gestuelle qui les ébranlent, parfois quand il tape sur un bidon, ils lui lancent des pierres.

C’est le 13 ème homme.

La tragédie est lancée, mais le miracle des mots continue de nous alarmer et de nous transpercer par la puissance des images.
Peu de romans sont porteurs d’une telle grâce, d’une telle puissance d’évocation, pour nous enivrer d’émotions.

Il faut écouter, le bruissement de cette langue venue des terres et du ciel de Provence pour s’approcher de la magie de ces espaces lavandiers, écoutons page117  ; « Avec ses mots il soulevait des pays, des collines, des fleuves, des arbres et des bêtes ; ses mots, en marche soulevaient toute la poussière du monde… »

« De la force dans les branches vertes, de la force dans les plis roux de la terre,

de la haine qui montait dans les ruisseaux verts de la sève, de la haine qui palpitait dans la blessure des sillons ».


A bientôt pour un de Baumugnes.

©Alain Fleitour

Jean Giono, Regain tome 3 de la Trilogie de Pan, le Livre de Poche

Chronique de Alain Fleitour le 16/12/2018

Jean Giono, Regain tome 3 de la Trilogie de Pan, le Livre de Poche, 08/2016, ISBN :  2253004022

Je suis une nouvelle fois tombé amoureux fou de cette écriture qui vous enlace et vous agace les sens, c’est


« ce vent, page 48, qui entre dans son corsage comme chez lui. Il lui coule entre les seins, il lui descend sur le ventre comme une main ; il lui coule entre les cuisses ; il lui baigne toutes les cuisses, il la rafraîchit comme un bain. Elle a les reins, les hanches mouillées de vent. »



Clôturant la trilogie de Pan, Jean Giono nous livre avec Regain, à travers des fresques magnifiques, et ce délice de langage, une sensualité vibrante, un récit qui vous prend aux tripes, un monde qui nous invite à redécouvrir la terre, comme à flâner dans l’herbe sous le murmure du vent.


« C’est, d’abord, un coup de vent aigu et un pleur de ce vent au fond du bois ; le gémissement du ciel, puis une chouette qui s’abat en criant dans l’herbe. Voilà l’aube. Page 81. »


L’ayant lu à mon adolescence, je l’ai repris à l’occasion d’une virée autour de Manosque, j’ai retrouvé l’ambiance chaude et parfumée des collines de Haute-Provence, de ce pays balayé par les vents, doux ou ardents qui vous distillent une musique à vous donner des frissons.

Regain comme renouveau, comme une renaissance, comme une métamorphose, comme les herbes qui repoussent après la première coupe, plus puissantes alors, celles qui vont s’épanouir tout le printemps.
Le regain n’est pas seulement une image il est l’essence même de la trilogie de Pan.
Dans ce roman, nous percevons dans la première partie tout un passé qui s’éteint, un passé très lourd, où les hommes ont fini par baisser les bras devant une nature rebelle âpre, sauvage, balayée par des sautes de vents, comme des sautes d’humeur, qui dessèchent les âmes et assèchent les ruisseaux.

Mais la magie de ce roman, est de nous prendre à témoin, nous conter comment revivifier cette terre, la rendre de nouveau nourricière, imaginant une autre façon d’être et de vivre en harmonie avec elle, en la respectant, en la nourrissant jusqu’à l’épanouir.


On a parlé ironiquement d’un retour à la terre, ce n’est pas un retour, c’est la suite. Le point d’orgue des deux premiers romans de la trilogie de Pan, est de réinventer la vie. Le destin de Panturle et d’ Arsule sera de créer un art de vivre en communauté, restaurer un ordre immuable, revivifier la façon d’être avec les éléments naturels qui les entourent, le rythme de la terre vivante et perceptible par tous nos sens.


Dans « Colline » les 12 personnages et le simplet sombrent dans la peur et l’affrontement, par leur perception d’une nature hostile qui va tout emporter, comme l’affirme Janet le personnage central des Bastides Blanches. Inlassablement il prédit la fureur de la nature, le déchaînement des éléments. le vieux Janet devenu invalide, les yeux fixés sur le calendrier, annonce les futures catastrophes, leurs échéances.


Dans le deuxième roman, « Un de Baumugnes », c’est l’écoute qui devient le fil conducteur de l’intrigue, l’écoute d’Albin, son chant intérieur qui le ronge, l’écoute du vent comme une plainte que seuls les amours savent dévorer. L’écoute des bruits de la Douloire, comme celui de la flûte de Pan, va alors produire l’effet le plus extraordinaire. Pancrace, le vieux bougre de paysan, étourdi par les rumeurs de la monica et de ce chant va s’effondrer pour laisser place à ce quelque chose que l’on pourrait appeler la compréhension ou l’acceptation.

Après la fronde et la peur, après l’acceptation de l’inconnu après l’acceptation de la nature parfois rebelle, parfois prophète, que faire ? Sinon planter la vie, tailler la terre et semer les graines.

Demain un enfant, le blé, et le bon pain seront portés par la présence du Pan , appelé parfois vent de printemps, pour investir complètement la nature, et la joie entrouverte fera jaillir le regain tel l’émerveillement d’un couple d’amoureux.
Panturle l’exprime par ces mots,

« je l’ai revue je l’ai comprise, cette quête mystérieuse de l’enfant ; ce besoin qui me faisait regarder en face le coin du ciel d’où naissait le vent ».


Ou encore,

 « je l’ai comprise cette terreur, et pourquoi dans la colline, j’arrêtais mon pas, je regardais peureusement derrière mon épaule pour saisir l’étrange présence, et seul, le large dos de Lure montait du fond de l’horizon. »



L’éblouissement des gens de la terre semble peut-être puéril pour ceux qui s’imaginent encore, que la nature est belle et docile. C’est un tombereau de clichés pourraient dire certains, qui ne s’en privent pas, certains qui n’ont jamais travaillé la terre, courbés comme des paysans. Est-ce un cliché, d’exprimer

page137, « celui de s’attendrir devant le premier tranchant de l’araire, quand la terre s’est mise à fumer. C’était comme un feu qu’on découvrait là-dessous. »



Giono appellera cela, la civilisation paysanne. Face à la barbarie des temps modernes la civilisation paysanne a encore des valeurs à partager, mais pour cela, il est impératif de ne plus parler de cliché, et de cesser de dénigrer cette âpre beauté de la terre qui parfois sait onduler comme la houle de haute mer.

© Alain Fleitour