Les lectures de juin de Patrick Joquel

Poésie
Titre : Au creux des îles
Auteur : Chantal Couliou
Illustrations : Evelyne Bouvier
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-76-2
Année de parution : 2012
Prix : 12 €

Un livre. Des îles. Courts poèmes posés sur la page et entourés de blanc. Petites touches de mots. Petites touches de pinceaux. Une ambiance bleue. On respire dans ce livre. Les auteurs réussissent à laisser entrer le silence des îles, leurs couleurs, leurs odeurs, leurs calmes autant que leurs tempêtes dans quelques pages.

La magie de Soc et Foc sans doute que de donner de l’espace à ses livres.

Un livre pour goûter au large.

 

Titre : La terre est rouge
Auteur : Philippe Latger
Peintures : Robert Sanyas
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-75-5
Année de parution : 2012
Prix : 12 €

Pays Catalan. Nord et Sud. Perpignan, Collioure, Barcelone… La mer. La montagne. Une révolution toujours prête. Un livre à la Cendrars, à la Césaire… De la poudre de Pâques à New York (où l’auteur a vécu et demeure en lien), des bruits de Talgo et d’amour… Un retour au pays natal après l’exil américain… Un livre à mettre en voix, en scène avec en toile de fond les peintures lumineuses et solaires de Sanyas.

Un livre envoûtant. Nostalgique et empli de tramontane. Un livre à lire en été en plein cagnard matinal ou sous l’ombre des pins maritimes, un horizon bleu pour y reposer ses yeux de lecteurs écarquillés.

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Titre : Neige tremblée
Auteur : Amandine Marembert
Editeur :  La Porte
Année de parution : 2012

Livre hivernal. Mais dans un sens de douleur. De rupture. Comment apprivoiser sa peine dans le blanc ? Le glacé ? Dans ce silence ? Comment croire qu’un printemps reviendra ? Et quel printemps ?

Un murmure. Une solitude. Un hiver…

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Roman

Titre : Vango
Auteur : Timothée de Fombelle
Editeur :  gallimard
Année de parution : 2010

Quelques phrases de ce livre ahurissant, surprenant et qui m’a pris sans que je puisse le laisser… une drôle d’aventure !

Une simple tartine de pain devenait un tapis volant.

A Zanzibar l’air de la mer laisse un goût de sucre sur la langue.

La Sicile était sur le chemin de l’afrique, et s’ils avaient su voler, an aurait pu voir passer des éléphants en escadrilles.

Le mercredi s’appelle ici dimanche. Rappelez-vous que vous n’etes pas en France.

Directement et sans escale.

 © COPYRIGHT 2012 – Tous droits réservés Patrick Joquel

Jours inquiets dans l’île Saint-Louis de Frédéric Vitoux (Fayard)

Un climat d’inquiétude règne dans l’île Saint Louis si paisible d’habitude, à la suite d’un double crime…

Dans un immeuble du quai Bourbon, plusieurs personnages se croisent et vont s’inquiéter eux aussi.

Un ancien avocat devenu veuf ( Charles), qui est harcelé par un homme étrange, inquiétant, un client qu’il avait jadis défendu, l’employé du garage au bout de l’île témoin d’un assassinat, une jeune femme assez délurée, virevoltante, étourdissante, fiancée du neveu de l’avocat, vient se mêler aux autres personnages, troublant les uns et les autres de sa juvénile effervescence, comme l’eau étale est brouillée par le caillou lancé. La menace pèse, la mort peut-être avant la chute romanesque.Comment retrouver la sérénité et son point d’équilibre pour chacun?

Frédéric Vitoux signe un livre profond avec des pointes de malice!

Nicole Chardaire

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Rêver d’écrire le temps de la forme à l’informe, Claude Vigée

Rêver d’écrire le temps

Claude Vigée est un poète discret, néanmoins important, connu et apprécié. Né en 1921, il a  eu une vie fort active : résistant, exilé aux USA, professeur d’Université en Ohio, puis à Jérusalem. Il a écrit une œuvre critique considérable, rassemblée dans des ouvrages dont ce livre-ci est le second chez Orizons. La réflexion de Claude Vigée sur les poètes et la poésie s’y montre passionnante et de haute volée. Le livre regroupe des essais, antérieurement parus, sous trois sections : 1) Critique de l’idéalisme occidental – notamment à travers Pascal, Flaubert et Malraux. 2) L’événement de la reconnaissance – à travers Claudel, Guillén, Camus et Celan, principalement. 3) Une poétique de la voix – qui d’une certaine manière expose les lignes de forces qui ont sous-tendu l’œuvre du poète Vigée. Partie sans doute la plus intime dans ses thèses.
Rendre-compte d’un livre aussi touffu et considérable serait une gageure que je ne suis pas assez intellectuellement équipé pour soutenir. Je l’ai lu cependant avec une attention tout à fait captivée, aussi bien dans les analyses que Claude Vigée mène à propos de Baudelaire, et qui semblent à la fois originales et pertinentes, que dans celles qu’il propose sur l’origine et le sens du vers claudélien, ou à propos de sa dernière rencontre avec Camus. Il y démontre (sans que ce soit le but de son étude) de quelle inanité sont les mépris dont on a affublé Claudel, quel drame fut l’interruption de l’œuvre de Camus par son fameux accident. Toutes ces analyses sont à la fois claires, puissamment fondées, et éclairantes.
Il y examine également au détour de sa réflexion les questions d’évolution historique de la versification française, les contraintes qui se sont exercées sur elle, la faisant constamment osciller entre  la mesure du compte des syllabes, et la mesure des pieds, soit des temps musicaux de la langue. Il montre de quelle façon la poésie est en rapport avec le corps (p. 220 en particulier) et en conséquence «  quelle est la mission essentielle de l’homme et du poète : créer un simulacre du principe coordonnateur du Tout, figurer celui-ci au moyen des choses rendues visibles par la création personnelle. […] Faire, agir…  » Ce qui implique le rythme, vaste question au cours de laquelle Vigée confronte en détails (pour faire court, ici) l’aspect apollinien – chez Mallarmé, Valéry Baudelaire, Guillén, par exemple – et le dionysiaque – chez la plupart de ses contemporains, Queneau, Frénaud, les Surréalistes, etc…
Je suis convaincu que tout passionné de la question poétique ne peut que se trouver formidablement enrichi par la lecture d’un tel regroupement d’essais, et s’il y avait un livre à lire en cette fin 2011 sur la question poétique, ce serait celui-là, aussi bien pour les purs lecteurs que pour les poètes qui, confrontant leurs conceptions à une pensée aussi solide que celle-là, y trouveraient matière à un approfondissement fort enrichissant d’eux-mêmes. C’est en tout cas l’effet qu’a produit ce livre sur le rédacteur de cette note. Les vrais livres d’essais profonds de vrais poètes ne sont pas si nombreux pour qu’on puisse faire l’économie de ce «  rêve d’écrire le temps  » et d’y découvrir des thèses si neuves parfois et si lumineuses.

 Xavier Bordes

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Nos arbres, Vincent BOUTON, Editions L’Harmattan.

Les éditions l’Harmattan n’ont pas froid aux yeux en hiver, et publient de petits livres de poèmes généralement d’un ton assez neuf. Vincent Bouton, médecin et voyageur de 60 ans, paraît-il, publie sur un thème qui m’est cher un recueil d’une centaine de pages pleines d’espoir, simples et lumineuses. Ce n’est pas son premier livre, mais le plus réussi à mon sens. La poésie s’y veut le reflet, à travers la figure tutélaire de l’arbre, de ce qu’est l’être humain  :

« Ils sont dans la pente et dépassent pourtant le sommet.
Les arbres nous disent.
Au sommet, l’homme a bâti sa demeure et sa bergerie.
Elles sont bientôt gagnées par l’ombre des arbres plantés
en contrebas.
Plus bas, dans la vallée, la sapinière en quinconce pousse
ses meilleurs éléments vers la pente. »

Le ton est donné. Une succession de poèmes aussi simples et brefs, mais d’un sentiment délicatement ému, profond, délivrent une forêt de notations évocatrices, dont on sort avec l’impression que l’univers est gai, plein de beauté et d’espoir. Oh, ce n’est pas que l’auteur soit un optimiste béat, en témoigne ceci, d’une lucidité douce  :

«  Il nous faudra vaincre les ombres.
Celle de nos corps, d’abord.
Puis celle des grands arbres.
Et vaincre enfin l’ombre ultime du ciel, sur nous.  »

Un livre que j’ai lu, et même relu, avec bonheur, et dont la profondeur se dégage comme une sorte de parfum pensif d’arbre en fleur. Vincent Bouton, dans la lignée des Christian Bobin, plus humble et plus réaliste, est très poète. Le lire est se ménager un moment de pure fraîcheur, sans mièvrerie, ni rien d’autre que d’entrer dans le miroir d’une conscience qui nous offre quelques reflets apaisants de son monde. Respect.


Xavier Bordes

CHE LIN – Entre tradition poétique chinoise et poésie symboliste française. – L’HARMATTAN Coll. Palinure. (495 pp.)

CHE LIN est docteur ès lettres, professeur de français à l’Université de Langues étrangères de Pékin depuis 1993, et traductrice. La qualité de son français est remarquable. Son livre est un travail considérable, dont certains indices laissent à penser qu’il est peut-être la publication d’une thèse, à cause de certains aspects formels sur lesquels il faut passer, car le contenu du livre est très instructif et souvent passionnant. Il s’agit d’une introduction à certains aspects de la poésie chinoise, que ce soient les thèmes ou les techniques, ou leur évolution, étude extrêmement précise et détaillée. À partir de ce fondement et d’une étude de la poésie symboliste française, CHE LIN étudie les divergences et les parallélismes, d’abord ceux qui sont naturels et involontaires en quelque sorte, entre les deux mentalités poétiques, la chinoise dans ses aspects symbolistes avant l’heure, et la française dans sa coïncidence avec la poésie chinoise.
Comme l’étude est très poussée dans les détails, cet aspect des choses est absolument captivant pour ceux qui s’intéressent à la poésie universelle, et à ce qu’il s’y peut détecter de parentés entre des cervelles humaines dans les civilisations qui les ont formées et qui semblent tellement éloignées les unes des autres. En cela, le livre de Che Lin est une mine de renseignement sur la manière de poétiser lorsqu’on est chinois, mais aussi, par contrecoup, sur la manière dont quelqu’un qui pense «  en poésie chinoise  » peut voir le poème occidental. Bref, c’est un site privilégié de confrontation et d’apprentissage sur la «  poésie de l’autre  » et sur «la nôtre et  nous-mêmes regardés d’un point de vue lointain  ». On y gagne une sorte de vision stéréoscopique, en profondeur ou «  en relief, comme on voudra.
Ensuite, dans une seconde moitié (grosso modo) de l’ouvrage, CHE LIN se penche plus précisément sur les poètes chinois qui se sont revendiqués de l’influence des symbolistes français, de la relation qui existe entre leurs poèmes et leurs conceptions, et celles de Verlaine, Baudelaire, etc… CHE LIN décrit la sorte de révolution qui se voulait modernisation, que les poètes symbolistes chinois ont délibérément introduite dans la poésie chinoise, et quelle conséquences littéraires s’en sont suivies. Le plus fascinant, c’est la mise en parallèle (visuelle) de certains poèmes chinois (original et traduction en français) de l’époque symboliste chinoise, avec les poèmes de mêmes thèmes de poètes symbolistes français célèbre. A travers les proximités et les différences, on mesure, de même qu’à travers le livre entier mais de façon encore plus aiguë, plus précise, comment des esprits, des mentalités, des façons d’imaginer, peuvent se déverser les un(e)s dans les autres, se refléter en se métamorphosant, en prenant de nouvelles couleurs. Un livre qui rend finalement plutôt optimiste sur la possibilité qu’il y a de se comprendre entre peuples aux racines si distantes et par  nature étrangères, en apparence. Un livre solide et riche qui mérite de s’y attarder et de réfléchir à loisir.

Xavier Bordes

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