Le ciel déposé là, Jean Baptiste Pedini. Édition L’Arrière-Pays, juin 2016. 54 pages, 9 €.

Chronique de Cathy Garcia

Sans titre

Le ciel déposé là, Jean Baptiste Pedini. Édition L’Arrière-Pays, juin 2016. 54 pages, 9 €.


Jean-Baptiste Pedini écrit comme un peintre, à petite touches, de bleu, de noir, d’aube et de lumière, avec des cristaux de sel et des étoiles qui traversent la nuit « à toute allure, suspendues à la tyrolienne du ciel », le ciel déposé là non sans quelques éraflures, angoisses, diffuses toujours, mais d’autant plus tenaces.

« Les mots comme des entailles sur les nuages. On les dit à voix basse. On y tient. Le matin sort les griffes. »

On retrouve ici la mer, dont le ressac donne le rythme, vide, plein, vide, plein. Dans l’écriture de Jean-Baptiste Pedini, il y a comme des trous sous la trame où quelque chose est tapi, quelque chose attend et cette sensation contraste avec la douceur apparente du peintre à petites touches. Le calme semble toujours sur le point d’accoucher.

Il y a la musique des mots, enfilés les uns après les autres, les uns aux autres, des perles sur un collier aux reflets changeants, toutes aussi précieuses les unes que les autres et pas une de trop. C’est beau, comme des bulles qui « vont dans le ciel, reliées en un chapelet d’ombres ». Tellement beau qu’on se laisse bercer et que le sens qui demeure toujours un peu comme caché, voilé, nous importe moins que cette berceuse qui va chercher nos douleurs, nos malaises, tout ce qu’on ne sait pas trop dire alors on ne le dit pas, et la musique nous berce sans pour autant effacer totalement l’inquiétude.

Il y a de la solitude dans l’écriture de Jean-Baptiste Pedini, une distance qui permet au regard de voir, de sentir, un pas de côté qui parle aussi à notre propre solitude, celle inhérente à la condition humaine, seule et reliée,

comme ces perles sur le fil du collier. Le fil, l’âme qui respire sous l’eau du poème.

Dans Le ciel déposé là, Jean-Baptiste prend la lumière au bout de ses pinceaux, « une lumière monocouche qui en recouvre tous les recoins » ou qui « entre goutte à goutte pour surprendre l’enfance » et l’ombre jaillit alors aussi de toute part car « la lumière est friable, l’obscurité la réconforte ».

Un antidote au quotidien, cette lumière ocre que l’on prélève tel un sérum.

Pour échapper à l’ennui peut-être, chaque instant est comme sacralisé, happé dans une transcendance alors que rien pourtant ne demeure figé, car il faut « vider le jour cul-sec. En sentir les dépôts tandis que la mort presse ».

©Cathy Garcia



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Jean-Baptiste Pedini est né en 1984 à Rodez. Vit et travaille en région toulousaine. Publications dans de nombreuses revues dont Décharge, Voix d’encre, Arpa, N4728. Des livrets publiés chez Encres Vives, Clapàs, – 36° édition et La Porte. Bibliographie : Prendre part à la nuit (Polder, 2012), Passant l’été (Cheyne éditeur, Prix de la vocation, 2012), Pistes noires (éditions Henry, 2014), Plein phare, Éditions La Porte, 2015.

Amir OR – Dédale – MaelstrÖm reEvolution – Bruxelles, 2016 (traduit de l’hébreu et de l’anglais par Isabelle Dotan)

Chronique de Marc Wetzel

393.3

Amir OR – Dédale – MaelstrÖm reEvolution – Bruxelles, 2016 (traduit de l’hébreu et de l’anglais par Isabelle Dotan)


« Nous sommes là, assis sur les rives du monde

questionnant l’âme.

Et quand notre regard sombre dans la grande mer,

sans yeux, nous pleurons,

et nous nous souvenons soudain

de qui nous étions » (p. 135)

Je viens de voir et entendre (au Festival estival des Voix vives de Sète) le poète israélien (né en 1956) Amir Or – dont j’ignorais l’oeuvre -, et, très frappé par l’intensité de son propos et l’intégrité de son ardeur, je lis son dernier livre traduit chez nous, pour comprendre comment une poésie peut à ce point intriguer et faire réfléchir.

C’est que l’homme a, je crois, la profondeur d’un philosophe tout en veillant (et parvenant !) à se passer de concepts. Il le dit : la poésie partage avec la philosophie sa visée culturelle de sagesse (elle aussi est une parole qui dégrise, qui révèle ce qui importunait tant sans pourtant importer, et sait trouver appui sur la souffrance même qu’elle exprime) ; mais il y estime la poésie supérieure, car, dit-il, « ce que la pensée philosophique opère sur les mots », le chant poétique l’opère, le fait, par eux ! Voilà, mystérieusement, une barre mise très haute, et que (pour parler franchement) je suis surpris de voir ce merveilleux recueil réussir à franchir.

Trois remarques. D’abord, ce poète enseigne l’écriture de la poésie dans des ateliers (l’école de poésie Hélicon) pérennes et féconds – y compris dans une des classes hébreu-arabe qui s’avère être un « îlot de santé mentale » dans le carnage des malentendus en cours. Et cet enseignement audacieux et neuf (un étudiant arabe vivant dans un camp de réfugiés y traduit par exemple les poèmes du conscrit juif qui tient le check-point, et réciproquement), je laisse Amir Or le commenter lui-même ainsi : « En matière d’enseignement de la poésie » lance-t-il, « je suis toujours d’abord mon propre étudiant ». Et quand on approche l’admirable architecture de ses textes, on ne voit plus du tout là une pirouette …

Ensuite ceci, qui paraît central : c’est un poète qui va directement et toujours, évoquer et interpeller ce que la philosophie ne peut pas définir ; comme la conscience (car toute définition permet et requiert une présence au sens qui présuppose la « présence à » qu’est la conscience) ; comme l’humanité aussi (car toute définition est à la fois jugement rationnel et décision morale – définir, en effet, c’est, pour la pensée, tenir qu’elle doit s’en tenir à tel contenu de pensée pour

comprendre et échanger un mot – et aucune humanité ne peut résulter de tels jugement et décision, dont elle a le monopole de principe !) ; comme aussi la perte intime, la décrépitude, l’usure présente en toute succession vécue, bref la démarche personnelle du temps (toute définition a le bilan réglé d’une équation, ses deux termes – le défini, le définissant – s’équivalant par principe, alors que vieillir, avancer en âge, c’est au contraire s’inéquivaloir, devenir peu à peu étranger à sa propre vitalité, cesser d’être son propre égal!). Le pari d’Amir Or est alors, je crois, que ce que la philosophie ne peut par principe définir (la conscience, l’humanité, le temps …), la poésie les saisira en les recommençant à même la parole.

J’ai choisi ces trois thèmes car ils me paraissent correspondre, entre autres, aux trois parties de ce recueil.

Les « Heures » (titre du formidable premier tiers) sont en effet comme les tableaux propres d’une prise de conscience, les intervalles cruciaux de compréhension qui jalonnent une vie. On ne peut pas changer la vie (la technoscience s’en charge bien, la religion s’en défend assez), mais on peut toujours, voilà la poésie, changer les heures de compréhension d’elle. La « floraison » des représentations et affects est comme un printemps-maison, une saison délibérée où l’esprit (comme un soleil à l’essai) s’embrase par auto-compression : l’esprit qui se diluait fixe soudain sa distance au monde ; l’esprit qui s’assoupissait contrôle soudain sa présence au corps :

« A nouveau, la maison se tenait vers l’orient, vers

l’occident, gauche, droite

et l’homme vint, entra, se tint là : un dieu face au dedans,

un créateur face au sens » (p. 79)

Bien sûr, c’est toujours un peu miracle (un simple reflet commençant à distinguer par lui-même quelque chose !…), mais la présence d’esprit est un miracle usant de soi, une émergence à elle-même providentielle, où naît la lucidité (qui est comme une lumière voyant à travers ses propres obstacles, s’éclairant des ombres mêmes qu’elle forme)

« Je répare ce que je peux. Oui, ça fera mal.

Ne regarde pas, ne touche pas

les points de suture ; avance

entre les lignes. Là se trouve le bon poème » (p. 41)

Voilà bien un travail contrasté de la conscience que cette lucidité à mains de désillusions, qui s’illumine à ce qu’elle évite :

« Plus ça s’assombrit, plus tu comprends.

Tes pas ralentissent sur le pont » (p. 37)

L’humanité, d’autre part, est pour elle-même un « Dédale » (titre spécifique de la troisième partie du recueil), mais elle y est chez elle (aucun autre animal ne sait

loger dans son propre égarement), car c’est justement parce que pour l’humain seul tout est possible que, pour lui aussi, dans le labyrinthe, tout devient infernalement équipossible, et qu’arêtes, sommets et couloirs – par leurs égales dignités ! – lui deviennent indistincts. Les autres animaux ne se désorientent jamais longtemps, car ils n’improvisent justement aucun monde ! Sa condition labyrinthique définit justement l’homme, suggère notre poète : toute liberté intérieure est en effet dédale pour elle-même (puisqu’elle ne peut arpenter la source de ses causes),

« Même celui qui est libéré de tout

n’est pas libre d’être » (p. 61)

comme l’est, on l’a vu, l’exclusive conscience humaine (puisque pour saisir l’effet que ça fait d’être conscient, il faut toujours l’être déjà!).

Et c’est ce que je crois comprendre dans ce dédale d’humanité ainsi suggéré : être humain, en effet, c’est toujours le devoir à certains qui ont déjà su l’être (mais comment ?) et le transmettre à ceux qui auront à le devenir (mais pourquoi ?). Qui a fondé les ancêtres fondateurs ? Pourquoi, d’autre part, ceux à qui est confié le pari d’humanité le relèveraient-ils ? C’est à ces questions extrêmes que se confronte, je crois, notre obscur et très valeureux poète ; il répète par exemple qu’on ne fait vivre son humanité qu’en ressuscitant des morts humains (car l’humanité n’est que le sens d’un problème qui ne s’apprend qu’au contact fidèle, qu’au retour apprivoisé, de ceux qui échouèrent à le résoudre) :

« Lorsque les morts planifient leur prochaine naissance

les cimetières ont une odeur de printemps.

Ils se rapprochent plus que le rêve,

s’égarent de leur monde pour mourir dans ce monde.

Tu les captes soudain, ton corps se contracte –

ils passent devant toi comme si tu n’étais qu’un fantôme » (p. 31)

Ainsi voit-on au fil d’étranges pages que la pureté d’un désir a pour condition la commémoration de si périlleuses courtisanes au long des siècles perdues (p. 89) ; que la compassion vraie a pour condition celle des filles-mères lapidées dont chacun de nous pourrait descendre (p. 93) ; la force d’une piété celle des pèlerins de toutes les obédiences et époques, qui n’ont « jamais arrêté d’avancer vers le seuil du réel » (p. 101). Il faut comme physiquement entrer dans ce que des destins désormais clos conçurent de leur propre parcours pour saisir et relayer le nôtre. Amir Or sait prodigieusement voyager dans les ventres communicants de l’Évolution (voir la géniale « Suite », p. 47-9 )

Enfin, face au travail du temps en nous, à l’usure normale d’exister (ne pouvant être qu’en nous efforçant de subsister, la fatigue est la clé de tout devenir propre), est chantée par notre auteur une conscience du tragique sans autre remède que son propre entretien (dans l’étonnante deuxième partie « Ici »):

« Le temps est une vieille fosse où le chant va et s’assombrit.

Alentour, les années de mort seront encore comptées

comme des bandes laiteuses dans le brouillard » (p. 63)

J’y vois ceci : quand aucune formule ne consolera plus, la formulation même de l’inconsolabilité nous authentifie et nous sauve : si des mots ne peuvent plus soulager ou compenser une souffrance, c’est que ce qui nous chagrine, plus ancien et profond que toute parole, l’a précédée et lui survivra. L’éternité, même d’affliction, est donc réelle, mais son sens n’est pas décidable par nous, et dépend de ce qui (éventuellement) nous dépasse. Dans la grande mer de l’oubli, les mains possibles de Dieu ne nous seront jamais présentées :

« Même si nous avons partagé l’ombre d’un arbre en chemin,

ces vies à nous ont passé comme des ombres ;

et si sous un coucher de soleil, nous avons partagé du

bonheur

notre soleil s’est couché avec lui

dans une mer sombre » (p. 121)

©Marc Wetzel

Bref hommage à Rosanna WARREN

Chronique de Marc Wetzel

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Bref hommage à Rosanna WARREN

(née en 1953)

(pas de recueil traduit en français ; on a grappillé ici sur Internet – remue.net, poezibao … – , ou dans la Revue « Place de la Sorbonne » avril 2013, quelques extraits tous superbement proposés et traduits par Aude Pivin)

« On trouva le feu dans nos âmes bien avant

de le dérober au ciel »

(We found fire in our souls before

we stole it from heaven )

Qui admirons-nous ? Ceux dont les efforts paraissent surnaturels à notre paresse ; ceux aussi dont le sang-froid reste illisible à notre lâcheté. Elle est de ceux-là.

Qui aimons-nous ? Ceux qui n’ont de cesse de recommencer à nous plaire ; ceux que nous réécrivons en nous, sans fatigue pour nous, sans risque pour eux. Elle en est.

La poésie de Rosanna Warren réussit à penser alors qu’elle n’opère pas sur des idées ; elle réussit à penser alors que tout en elle n’est qu’art, n’est que belle manière de faire, n’est que méthode d’apprendre plus loin (ce qu’aucune pensée ordinairement n’a, n’est ni ne peut) ; sa poésie réussit à penser alors que la poésie ne sait toujours ramener que le langage – et pas du tout l’esprit ! – à lui-même ; elle réussit à penser alors qu’en poésie la parole s’attarde somptueusement dans la perception – là où tout au contraire penser fusille tout de suite tous ceux qui témoignent, tremblent et éprouvent ; elle réussit à penser alors que la pensée brûle et tranche et que la poésie est toute entière en fumées inutiles et en pâteuses tergiversations . Sa poésie réussit à penser alors qu’en poésie l’intelligence se contente de respirer.

Sa mère mourante, raconte-t-elle, est restée muette ; elle savait tout mot de la fin inutile, sans objet, comme prendre une ultime inspiration dans un sous-marin échoué : le monde où il y aura à nouveau de l’air n’existe pas.

Comme il arrive, ajoute-t-elle, qu’en saut à ski les plus grands champions restent tétanisés sur leur haut de rampe, doigts devenus de plomb sur la glissière (que seuls des coéquipiers viennent s’aventurer à desserrer), de même il arriva à sa mère mourante que, convulsée le dos droit sur le lit, un fluide mystérieusement ami des chairs vienne détacher ses mains des barreaux.

Elle raconte que l’église de la rue Montorgueil (à Paris) fut bâtie pour y attirer le Sauveur ; on espérait sans rire qu’il « viendrait vers les pavés, les ruisseaux » (He would come to these cobbles, these streaming gutters), qu’il « palperait les dahlias écrasés dans le caniveau » (He would finger dahlia petals mashed in the sewer), que surtout « il vous toucherait, me toucherait, tous pareillement souillés, parce que la boucherie c’est la vie » (He would touch you, touch me, because we are aequally soiled, because butchery is life)

Elle dit encore que les reliques d’Eustache n’y sont là que pour rappeler qu’après la mort nul ne peut jamais plus louer librement Dieu en sifflotant dans son martyre, et surtout que tout ce qui dans l’ardeur d’un sacrifice n’en nourrit pas un autre est suicidaire : « comment au-dessus d’un brasier dans un taureau d’airain, ses cris se convertirent en musique ; comment, transféré, il bénit cette cathédrale des bouchers, ses vitraux, ses clochards, ses récitals d’orgue, ses rues suintant du sang du marché » (how broiled in an iron bull, his cries converted to music ; how, translated, he blesses this butchers’ cathedral, its stained glass, its clochards, its organ recitals, its streets whistling with market blood)

Rosanna Warren n’écrit jamais, sauf quand seul un poème pourrait résoudre son problème de vie ou de conscience ; elle n’écrit jamais, sauf quand sa parfaite connaissance des langues italienne, française ou latine secoue, éveille et bientôt renverse ses soixante ans de natif américain.

Le critique Harold Bloom, lui rapporte-t-on, a renoncé à devenir poète au vu des « démons » qu’il devinait sur ce seuil. Elle répond que Bloom est un ami, mais qu’elle n’a pour sa part jamais observé là (= sur le pas de porte, on the treshhold) de démons dissuasifs, mais seulement des dangers suggestifs. « Si je ne vais pas au-devant d’eux » ajoute-t-elle, « je ne suis pas pleinement vivante ».

Ce qu’on crée pour l’ajouter à son C.V. , dit-elle, nous détruit ; mais toute parole nous arrachant semelles, parapets ou passerelles devant le gouffre et l’abîme nous recrée.

Évoquant Bonnard, elle cible naturellement Marthe, la recluse alanguie, maniaque et grincheuse, la Muse domestique qu’on aurait dit elle-même tapissée, carrelée, cloisonnée. « Cherchant appui, nue , avec des bleus, en périphérie, à moitié effacée. Elle essaie de prier. Elle essaie de se laver. Elle tremble de froid. Elle a compris que jamais, dans cette vie, elle ne sera propre » (leans naked, bruised, peripheral, half-erased. She’s trying to pray. She’s trying to wash. She’s shivering in cold. She has understood that never, in this life, will she be clean )

Dans son Questionnaire pour Bernard Chaet, je retiens quatre lignes : « Une cicatrice peut-elle émettre de la lumière ? », « Une épée de lumière peut-elle fendre un rocher ? », « Avons-nous perdu le ciel, les yeux fixés au sol ? », « Avons-nous jamais été à l’abri ici ? » (Can a scar emit light ? Can a sword of sunlight crack rocks ? Have we lost the sky, looking down ? Were we ever safe here?)

Elle restitue comme personne l’ardeur logique d’une déchéance : « Le corps humain est superflu. Rochester le savait : rentrant chez lui en titubant après une nuit salace, vannes ouvertes, testicules fripés, reins lessivés, les doigts dégoulinants et âcres, il était consumé par le savoir … » (The human body is superfluous. Rochester knew it : lurching home from a night of swiving and sluicing, bollocks crumpled, loins wrung out, fingers dripping and pungent, he was consumed by knowledge …)

J’aime et admire Rosanna Warren, que je découvre ; et la respecte, pour suspendre toujours le sort de sa dignité à la poursuite de son travail.

©Marc Wetzel

Service de presse n°43

 

Traversées a reçu :

N80recto

Les recueils suivants :

* Brèves de chevet… inachevées

Milady M, éditions Chloé des Lys, 2015, 69 pages.

* Ecrit parlé

Philippe Jaffeux; entretien avec Béatrice Machet; Passage d’encres, Trait court, 2016, 37 pages.

* Grand Rock

Charlotte Ganache ; Partycul System, 6, rue Saint-Maurice à F-51100 Reims ; 300 pages ; 2015. (partyculsystem@rocketmail.com)

La poésie de Charlotte Ganache constitue un art à vif, moderne, qui emporte et qui chante, un art de France et du monde au 21ème siècle. Entre magie hallucinée et bricolage fondamental, elle appartient en effet à la catégorie à part des expériences marquées par une forme d’urgence ; de celles qui confondent et qui rassemblent, celles qui transcendent et qui foudroient, celles qui apaisent et qui questionnent.

“Les mélodies de Charlotte Ganache disent le réel, ces bouleversements arrachés au jour et aux nuits. Ce livre, dans des parties délicates et rythmées, installe, peu à peu, un chant tout entier. Un chant qui se révèle plus vaste que le monde, plus lumineux, plus intense devant nos gestes et nos maladresses de l’instant. C’est pourquoi, Charlotte Ganache félibre et jongleur, s’impose à la poésie. Il nous donne à lire un chant profond, fait de sonorités et de vibrations. Une longue chanson du vivant,

qui ne renonce jamais au combat et aux luttes de la vraie vie. Une parole fidèle face aux cruelles bordures.”

Jean-Luc Godard, à propos de Pierrot le fou, parlait d’une “boulimie prométhéenne d’art et de signes” et l’on pourrait facilement reprendre ces qualificatifs pour cette anthologie de poésie de Charlotte Ganache, qui après une quizaine d’années de parution au compte-gouttes dans quelques revues, rassemble toute son activité poétique de 1994 à 2010.

Ce livre constitue un passeport vers des terres de ruptures et d’illogismes, des inventions de mot, des questions, du vrac, du vrai. Et tout ceci avec sur les lèvres un véritable goût du paradoxal sans y toucher ou de l’étrange sans en avoir l’air. Car on navigue tout autant qu’on flotte, et dans ces brumes on a tôt fait de croiser des listes abracadabrantes, des énigmes, des termes érudits qui discutent la culture de masse ou des accumulations disloquées dignes de Armand!

C’est un psychédélisme qui se déploie ici. A travers une succession foisonnante d’animaux, de paysages déserts, d’architectures surpeuplées, on voit des images. On voit la pagaille monstrueuse d’un monde sauvage, celui de l’humanité qui danse la divine chorégraphie mais où l’orchestre produit une dissonance qui installe le malaise.

Un peu de sang, de mystère et d’histoire des arts. Broyer un peu de l’insolence de Dada, la mélanger au goût du minuscule du quotidien, établir de nouveaux repères d’un cadastre linguistique à jamais mouvant, donner à entendre le chant des moustiques, est-ce possiblement cela la poésie expliquée à un lièvre mort?

Poète ovni et oblomoviste, doté de l’appétit et de la haute moralité d’un capitaine pirate, Charlotte Ganache est le metteur en scène d’un carnaval-épopée où des freaks plantent joyeusement des pieux dans notre pauvre coeur de lecteur.

Compositeur, guitariste et chanteur sous l’enseigne de Feu Robertson, Charlotte Ganache est également l’artisan de nombreux albums avec d’autres formations telles que Rroselicoeur, Supersoft [14-18] ou encore Breezy Temple. Activiste des mondes underground, il fut organisateur de performances telles que les soirées Equilibre Instable ou Sonorama à Reims où il réside.

* Instants révélés

Noëlle Lans; poésie; encres de Chine de Mireille Dabée; préface de Michel Joiret; éditions M.E.O., 51 pages, 2016.

A se raconter “telle qu’elle est”, à se “jouer le jeu de la vérité”, à proposer au lecteur d’habiller cette image “nue” qu’elle précise, Noëlle Lans finit par écrire comme on s’ouvre les veines une poésie vive, sans concession, dévastatrice et d’une incroyable vitalité.

Les encres de Chine de Mireille Dabée font mieux qu’illustrer une écriture: elles s’imposent et s’insinuent avec une force et une vérité peu communes.

“L’ouvrage à quatre mains est remarquable et la complicité des outils saisissante.”

Michel Joiret

* La nacelle turquoise

Evelyne Wilwerth, nouvelles, éditions M.E.O., 2016, 149 pages.

Trois nouvelles s’imbriquent. Trois duos nous prennent aux tripes. Yanaël, Angelika: rendez-vous sous haute tension! Mais quel est donc leur lien?

Phil, Fred: elle en cavale, lui marginal. Plongée dans leurs lourds secrets et dans des squats inquiétants.

Eglantine, Bérengère: deux voisines que tout oppose. Qui est la plus ténébreuse?

Ces trois apprivoisements déboucheront sur une lueur, puis une lumière. Celle de “la nacelle turquoise”, sorte de transcendance.

Des histoires intenses qui ricochent sur nos vies, chassent nos peurs, rallument notre désir d’ouverture, de déploiment. De tissage humain, tellement nécessaire.

Un panaché de gravité, humour, dureté, tendresse.

Evelyne Wilwerth est une obsédée de l’écriture. Elle adore la nouvelle, le roman, les proses courts, le théâtre. Ou l’essai.

Elle est aussi très active dans l’animation d’ateliers d’écriture.

* Les pas se répètent en pains

Bernard Le Blavec, Interventions à Haute Voix, 2016, 60 pages.

“On ne situe pas le moulin

sur la carte routière

on le situe

entre la table de cuisine l’évier”

* Romance avec le passé

Laure Hadrien; éditions Chloé des Lys, 129 pages, 2016.

Muriel n’a jamais pu oublier son amour d’adolescence, Hugo, un jeune homme suisse rencontré à Limal en Belgique lors d’un job d’étudiante et parti en Amérique du Sud sans lui laisser d’adresser, avec une autre femme de surcroît. Un jour, vingt ans plus tard, Muriel inscrit le

nom de Hugo sur un moteur de recherches et le retrouve à Genève, sa ville d’origine. Elle le contacte. Il vient juste de divorcer et lui répond avec enthousiasme. Ils décident de se retrouver…

* Le temps des noyaux

Aurélien Dony & Claude Raucy, roman, M.E.O., 2016, 96 pages.

La guerre n’a pas été tendre avec les Loizeau. Emile, le fils aîné tué dès les premiers jours dans l’explosion du fort de Loncin; Désiré, le père, déporté en Allemagne; la mémé a décidé de ne plus rien faire… En ce printemps 1918, Julien, le fils cadet, d’un naturel rêveur, fait de son mieux pour aider sa mère à la ferme, alors qu’on n’imagine pas que le conflit va bientôt prendre fin.

Dans cette atmosphère tendue, Franz, un jeune déserteur allemand, se réfugie dans la grange des Loizeau.

Une attirance puissante et trouble ba naître entre Julien et cet homme traqué…

Deux auteurs de générations très différentes conjuguent leur talent pour nous conter avec pudeur l’histoire d’une rencontre aussi improbable qu’émouvante.

* Terre adolescente

Jeanne Champel Grenier, Poèmes, France Libris, 2015, 48 pages.

* Une année douce

Anne Grauwels, roman, M.E.O., 2016, 146 pages.

Économiste, Anne Grauwels a été chargée de cours à la Hogeschool Gent. Membre des comités de rédaction de plusieurs organes de presse pendant des années, elle

publie régulièrement des billets d’humeur pour Points Critiques, la revue de l’Union des progressistes juifs de Belgique. Un florilège de ces chroniques est paru en 2012 aux éditions Ercée, sous le titre Humeurs judéo-flamandes.

Bruxelles, début 2012. Une femme renoue avec son amant et rencontre un écrivain venu lui proposer de coécrire un livre sur la Belgique, ce paradis qui s’ignore. On annonce la fin du monde pour le 21 décembre. Il faut faire vite. Ecrire un livre, vivre une histoire d’amour. Entre l’Amant et l’Ecrivain, son coeur balance. Deux psys, une chaise pour peser le pour et le contre.

Chronique d’une année douce-amère où l’émotion se cache derrière l’humour corrosif de l’autodérision.

Les revues suivantes :

* Le bibliothécaire

n°2/2016 ; 96 pages

B-1470 Genappe dagneau.michel@skynet.be

(Michel DAGNEAU)

* Bleu d’Encre

n°35, été 2015, 58 pages ; Claude Donnay, rue d’Anseremme, 43 à B-5500 Dinant ; c_donnay@live.be.

* Cabaret

# 18, été 2016 : Looking for Corto

31, rue Lamartine, F-71800 La Clayette revue-cabaret@laposte.net

(Alain Crozier)

* Cahiers de la rue Ventura

n°32, 2ème trimestre 2016, 64 pages A5 amis.rueventura@hotmail.com http://clcailleau.unblog.fr

9, rue Lino Ventura à F-72300 Sable-sur-Sarthe

(Claude CAILLEAU)

Un auteur, une oeuvre: Yves Bonnefoy par … Sophie Guermès et Mireille Privat; “Ah, un sonnet!” avec Patrice Auboin, François Baillon, Philippe Fouché-Saillenfest, Pierre Garrigues, Claude Gobin, Mireille Privat, Claude Serreau, Jean-Marc Thévenin; Monsieur Palmyre par Bernard Gueit; Vers et proses de Jean-Louis Bernard, Patrice Blanc, Sandrine Davin, Michel Diaz, Eroc Desordre, Sydney Simonneau, Françoise Vignet, Evelyne Vijaya; Des jours entre les mots par Michel Passelergue; Lire et relire “Vers la Grèce” par J.-M. Alfroy et J.-C.A. Coiffard ; et la revue des revues …

* Le carnet et les instants

n°191, du 1er juillet au 30 septembre 2016

Lettres belges de langue française, bimestriel

Bd Léopold II, 44 à B-1080 Bruxelles

(Dossier : Le polar contemporain ; hommage : Liliane Wouters ; événement : Prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles …) http://le-carnet-et-les-instants.net carnet.instants@cfwb.be

(Laurent MOOSEN)

* Comme en poésie

n°66, juin 2016, 84 pages A5

Revue trimestrielle de poésie

2149, avenue du Tour du lac à F-40150 HOSSEGOR j.lesieur@orange.fr http://perso.orange.fr/jean-pierre.lesieur

(Jean-Pierre LESIEUR)

* Concerto pour marées et silence

Revue de poésie ; n°9 – 2016

164, rue des Pyrénées à F-75020 Paris colette.klein14@orange.fr

Nombreux auteurs; notes et articles

(Colette KLEIN)

* Debout les mots

n°62, juillet à septembre 2016

Périodique d’information trimestres de la Maison du Livre, rue de Rome, 28 à B-1060 Bruxelles bibliotheque.1060@stgilles.irisnet.be http://www.bibliothequedesaintgilles.wordpress.com

* Eclats de rêves

Revue littéraire trimestrielle ; n°59 ; 1er semestre 2016

Le temps de rêver, 14, rue de la Glacière à F-81600 Gaillac ; 20 pages A4

(Martine OULES)

* L’écritoire de Bousserez, np, A4

n°93, juin 2016

L’écritoire de Bousserez rassemble des personnes aimant écrire, échanger des idées, jouer avec les mots…

La langue de chez nous

91, rue de Bousserez à B-6769 Sommethonne irene.jacques@live.be

(Irène JACQUES)

* Florilège

n°163, juin 2016 ; 56 pages ; revue trimestrielle de création littéraire et artistique ; Maison des Associations « Les poètes de l’Amitié », revue Florilège, boîte H1, 2, rue des Corroyeurs à F-21000 Dijon. redacflorilege@gmail.com

(Stephen BLANCHARD)

* Le Gletton

n°482, 20 pages ; mensuel de la Gaume et d’autres collines

28, rue Saint-Martin à B-Villers-sur-Semois ; micheldemoulin@yahoo.fr

(Michel DEMOULIN)

* L’intranquille,

Revue de littérature; n°10, mai 2016

Jean-Claude Pirotte: Faux haïkus

Servitude volontaire: après La Boétie par 26 auteurs et artistes

Jérôme Bertin: entretien et textes

Pierre Courtaud: éditeur-traducteur-auteur

Tribune d’Ivar Ch’vavar

Critiques de livres et de revues

Atelier de l’agneau éditeur, 1, Moulin de la Couronne à F-33220 Saint-Quention-de-Caplong

* Libelle

n°278, mai 2016, 6 pages A5 – Mensuel de poésie

14, rue du Retrait à F-75020 PARIS pradesmi@wanadoo.fr http://www.myspace.com/michelprades

(Michel PRADES)

* Microbe,

n°96, juillet-août 2016;

autres voix, autres ailleurs, autres moi

Launoy, 4 à B-6230 Pont-à-Celles ericdejaeger@yahoo.fr

(Eric DEJAEGER)

* Plumes et pinceaux,

n°134, juin 2016, Arts et poésie, Nelly Hostelaert, rue du Temple, 39 à B-7331 Baudour franz.nelly@yahoo.fr

(Nelly HOSTELAERT)

* Portique

n°103, juillet à septembre 2016

revue de création poétique, littéraire et artistique de l’Union des Poètes francophones

Mairie à F-84110 Puyméras http://portique.jimdo.com http://poesievivante.canalblog.com

(Chris BERNARD)

* Reflets Wallonie-Bruxelles

n°47, janvier à mars 2016 ; n°48, avril à juin 2016 ; organe officiel de l’Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie ; Joseph Bodson, 109, rue de la Mutualité à B-1180 Bruxelles ; articles et chroniques joseph.bodson@skynet.be http://www.areaw.org

(Joseph Bodson)

Patrice – 2 8 2016

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Virginia Woolf, Rire ou ne pas rire, Littérature étrangère, Éditions de la Différence, 2014 235 pages, 22€

Chronique de Lieven Callant

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Virginia Woolf, Rire ou ne pas rire, Littérature étrangère, Éditions de la Différence, 2014 235 pages, 22€


Choix et traduction de l’anglais par Caroline Marie, Nathalie Pavec et Anne-Laure Rigeade. Préface de Anne-Laure Rigeade.



 

Comme précisé dans la préface, ce livre reprend un choix d’ articles écrits par Virginia Woolf pour la presse. On apprend aussi que « D’emblée, l’écriture pour les journaux, familiaux puis nationaux fut un lieu d’expérimentation et d‘expérience de la vie littéraire et de ses codes. La jeune Virginia Stephen y apprit d’abord la subversion de codes – l’impossibilité d’écrire tout à fait hors des conventions et des traditions, et la possibilité de transgresser ces règles de l’intérieur. »(P10) Virginia Woolf écrira de plus en plus libre-ment se jouant pas seulement des contraintes formelles mais aussi des contraintes sociales. « Ses articles circulent toujours dans cette marge étroite entre respect des conventions et jeu avec celles-ci. »

« Woolf va faire basculer ses écrits journalistiques dans le genre de l’essai », guidant son lecteur en s’abstenant à écrire à la première personne, à prendre position en développant ses propres critères au fil des lectures.

Le genre de l’essai et ses conventions vont aussi être bouleversés par Virginia Woolf car « La vie et la littérature, pour Woolf, c’est tout un, et empêcher un texte de vivre en l’en-fermant dans un nom, en le réduisant à une étiquette, est péché mortel. »

« Aucune frontière nette ne sépare donc l’essai de la fiction. » L’essai est un espace d’inventivité formelle dont la seule règle est de ne pas en avoir: à suivre la logique woolfienne , force est pour les comprendre, de lire ces textes comme des essais, de les inscrire dans la vaste bibliothèque de leur genre, mais à condition de lire en eux ce qui dérange le genre. »

Le titre de ce livre soulève également la question du rire au travers de l’oeuvre de Woolf « partout le rire enraye la machine du pouvoir dès qu’elle se met en marche. » Pour Woolf le rire est « l’élan vital qui vient briser la fixité des automates ». « La prose woolfienne progresse par glissement et effets de retournement, se hérissant de pointes ironiques disséminés dans les textes et par lesquels elle relance le discours et maintient vive et vivante son écriture. »

« Les grands évènements, se trouvent ici convoqués pour raconter l’infime ou le circonstanciel. Le quotidien en sort non seulement poétisé mais transfiguré et entièrement ré-évalué. » Le rire chez Woolf intervient comme une « force de déstabilisation, comme renversement des hiérarchies établies, comme refus de la soumission aveugle à ce qui est(…). C’est cette force vive que l’on sent sous l’écriture, cette attention à ce qui est vivant, à ce qui se transforme en permanence(…)qui nous rend ces articles pour la presse toujours contemporains. »

Voilà pour la préface qui annonce aussi avoir respecter « le classement des textes selon les différents formats dans lesquels Woolf a écrit pour la presse: lettre ouverte, billets, comptes rendus, essais. »

Comme bien souvent et avec une impatiente curiosité, j’ai lu tous les textes de Virginia Woolf avant de lire la préface qui les présente. Choix que je fais régulièrement lorsque je lis un livre.

J’avoue que le style de Virginia Woolf me subjugue. Ici comme dans les romans que j’ai lus et c’est probablement parce qu’il soulève cette question comme si elle était d’importance vitale: rire ou ne pas rire?

Je déplore l’attitude qui est de se sentir capable de critiquer un livre sous prétexte qu’on l’a lu, qu’on en a lu plusieurs et croit par ce fait là posséder une certaine science. Notre goût personnel, nos éventuelles compétences, nos acquis nous donnent-t-ils vraiment le droit de critiquer? Négativement en détruisant l’œuvre, positivement en la gonflant inutilement? Comment lire et éventuellement écrire ou gribouiller soi-même peuvent nous faire croire au pouvoir de la critique? Le rire, l’humour m’offrent une certaine réponse. Le rire qui s’appuie sur une fine analyse, une époustouflante connaissance des règles, des modes, des structures, le rire qui découvre ses multiples ramifications grâce aux bien plus nombreuses racines de l’observation, du ressenti, du vécu. Le rire qui seul déroute, le rire comme seul positionnement intelligent quand plus rien n’a de sens. Le rire comme révolte non violente est une arme redoutable contre les ennemis les plus obsédants, les plus despotiques. S’en servir habilement relève du grand art, c’est sans doute pour cette raison que les tyrans sont totalement dépourvus d’humour.

Virginia Woolf mais bien d’autres auteurs grandioses me servent d’exemple, c’est donc comme une leçon de style mais aussi de vie que j’ai lu les différents textes présents dans ce volume. Tous révèlent le talent que met l’auteur à détourner les contraintes, à se jouer des règles avec élégance. Tous démontrent l’incroyable force des idées quand elles sont déployées avec l’intelligence d’une forme parfaite. Rire est assurément la position qu’on est invité à prendre en tant que lecteur mais un rire qui a la connaissance et l’extrême conscience de ce qui l’interdit ou tente de le manipuler. Un rire se moquant de lui-même, de sa propre absurdité.

J’ai pris énormément de plaisir à lire les billets, les lettres ouvertes, les essais, les comptes rendus car si l’auteure semble ne pas impliquer sa personne en n’utilisant presque jamais le « je », j’ai senti qu’il s’agissait là aussi d’un détournement ravissant, d’une feinte, d’un jeu. Écrire et lire restent pour moi un jeu, un jeu d’enfant où rires, larmes s’invitent au même titre que les raisonnements et déductions « sérieuses ».

©Lieven Callant