Poèmes de Georges Séféris, lauréat 1963 (Grèce), Éditions Rombaldi, 1965, 195 pages.

Chronique de Lieven Callant

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Poèmes de Georges Séféris, lauréat 1963 (Grèce), Éditions Rombaldi, 1965, 195 pages.


La collection des Prix Nobel de Littérature est éditée sous le patronage de l’Académie Suédoise et de la Fondation Nobel.

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Ce livre contient de très jolies gravures de Postma et sur la couverture une illustration originale de Picasso.



Une chose bien conçue se passe généralement de mode d’emploi, elle fait appel à notre curiosité, notre intuition, notre bon sens afin que nous puissions l’utiliser au mieux, afin qu’elle nous soit utile de la manière la plus directe, la plus adéquate à notre façon de vivre.

Je ne pense pas différemment lorsqu’il s’agit de poésie. Je me passe des préfaces qui tentent de m’expliquer comment lire. Je me plonge directement dans les textes, j’en savoure sans aucune pré-science les images, les allusions, les symboles. Ainsi mes lectures s’enrichissent-elles toujours plus d’une manière très personnelle. Elles me servent directement comme fertilisants pour mes écritures et réécritures de mes vies intérieures.

Chaque poème de Séféris m’est apparu comme une île. Une île d’exilés. Une île où les idées forment un cordon. Une île qui nous lie à un sort que nous partageons avec d’autres humains. Écrire et donc vivre c’est passer d’une île à une autre. C’est faire de soi un marin. Un Ulysse. Un Stratis. (Stratis, le marin parmi les agapanthes),

Au fil des poèmes, je voyage. Je vais de rivages en rivages tout en m’arrêtant. Ce ne sont pas tant les traversées qui me hantent et me heurtent mais surtout l’impossibilité de rester indéfiniment quelque part. Le poème me montre ce que j’ai en partage avec l’autre partie de l’humanité: qu’il s’agisse d’un exode des années, qu’il s’agisse d’une appartenance aux mondes du souvenir où il me faut reconnaître les êtres aimés, les êtres tellement espérés aller sur les mêmes chemins que ceux empruntés par les phrases. Les mots me conduisent-ils au royaume des mythes et des fantômes? Les poèmes sont-ils pour abolir les frontières ou au contraire pour faire de moi l’exilé? Cet être humain à l’embarcation frêle dont les voiles sont tissées de syllabes symboliques.

Après les poèmes, j’ai lu les préfaces. J’ai appris la petite histoire autour de l’attribution du Prix Nobel à Georges Séféris. J’ai retenu ce que Séféris a répondu à la harangue que lui adressa M. Österling lors de la remise du prix. « La poésie n’est que l’expression pure de la voix humaine. Pour elle, il n’existe pas de grandes et petites nations. Son domaine est dans le coeur de tous les hommes de la terre. Quand sur le chemin de Thèbes, Oedipe rencontra le Sphinx qui lui posa son énigme, sa réponse fut: l’homme. Ce simple mot détruisit le monstre. Nous avons beaucoup de monstres à détruire. Pensons à la réponse d’Oedipe. »

Ensuite, après le discours de réception prononcé par Anders Österling, justifiant le choix de l’Académie, on pourra prendre connaissance des grands courants qui ont traversé la vie et l’oeuvre de Georges Séféris grâce aux analyses de C.TH. Dimaras. Recherche de la perfection, lente maturation du poète, irruption de l’Histoire dans la vie de Séféris, l’amour presque charnel qui l’unissait à la Grèce, la langue de Séféris est nette, variée, riche, Séféris a su rejoindre l’angoisse éternelle de l’humanité, la clef de son oeuvre est la nostalgie, il serait le porte parole de la Grèce moderne.

Les traductions sont de J. Lacarrière et de E. Mavraki.

Pour vous transmettre l’envie de lire ou de relire Georges Séféris, voici l’un de ses poèmes.

Mémoire I

Et la mer n’est plus

Et moi, aux mains, rien qu’un roseau:

La nuit était déserte, la lune en son décroît

Et la terre embaumait la dernière pluie.

Je murmurai: la mémoire fait mal, où qu’on la touche;

À peine un peu de ciel, et plus de mer du tout;

Ce qu’on tue pendant le jour, on le vide par charretées derrière la colline.

Mes doigts discrètement jouaient avec cette flûte.

J’avais souhaité bonsoir à un vieux berger: il me l’offrit.

Les autres ont supprimé toute forme de salut;

Ils s’éveillent, se rasent, entament leur journée de tuerie

Comme on taille ou comme on opère, avec méthode et sans passions;

La douleur, aussi morte que Patrocle et personne n’est dupe.

Je pensai jouer un air, mais j’eus honte de l’autre monde,

Celui qui me voit au-delà de la nuit, au coeur de ma lumière,

Tramé de corps vivants, de coeurs ouverts,

Et l’amour, qui appartient aux Furies autant

Qu’à l’homme, à la pierre, à l’eau, et à l’herbe

Et à la bête qui dévisage la mort venant la saisir.

J’avançai ainsi sur le sentier obscur.

Je retournai dans mon jardin, j’enfouis le roseau

Et de nouveau murmurai: un jour, à l’aube

La résurrection viendra;

La rosée de ce matin scintillera, comme les arbres brillent au printemps.

Et à nouveau la mer … Aphrodite une nouvelle fois jaillira de la vague;

Nous sommes cette graine qui périt. Et je regagnai ma maison vide.

©Lieven Callant


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2016 : année « Jacmo »

Chronique de Georges Cathalo

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Jacques Morin –Photo : Isabelle Huberdeau-Houé

2016 : année « Jacmo »


Et si l’on décrétait que l’année 2016 soit l’année de Jacques Morin alias Jacmo ? Après tout, pourquoi pas ? Il y a bien eu toutes sortes d’idées saugrenues que l’on ne rappellera pas : l’année de…, la semaine du… ou la journée des… Bref, décrétons 2016 : année « Jacmo ». Et ce ne sont pas les centaines (milliers ?) de poètes de tous bords qui me démentiront, eux qu’il a contribué à faire connaître de toutes les façons (éditions, revues, critiques,…) depuis plus de 40 ans. La raison de ce choix en est toute simple : Jacques Morin a fait paraître cette année quatre livres, quatre numéros de la revue Décharge, quatre titres de la collection Polder et de nombreux articles ou parutions diverses en revues, papier ou écran. Qui dit mieux ?

Voici donc une brève présentation de chacun des quatre livres parus cette année.

Jacques Morin : « Le bord du paysage »

indexAvec le sous-titre « Poèmes d’Yonne », Morin a pris soin de situer ses textes intimistes et feutrés dans un cadre géographique précis. Sa poésie se déroule au fil des marches et des courses campagnardes, longeant « le jaune du colza en fleurs » ou « le vert du blé en herbe » qui l’encouragent à aller de l’avant malgré parfois le brouillard ou la neige. Il plonge « dans une apnée de l’esprit » grâce à ces moments magiques plombés de silence. Rien de tel que cette hygiène vitale pour « se changer les idées » et « repartir différent nouveau » en ayant fait le plein d’oxygène et d’espoir. C’est soudain une saine sensation de puissance qui envahit l’être. On respire large. On se reconstruit. On avance, « on est invincible », même si, clin d’œil oblige, c’est « au moins jusqu’à midi ». Voici donc une facette peu connue de ce poète qui se qualifie volontiers « d’éphémère à répétition » mais qui est aussi un solide roc bourguignon.

Jacques Morin : « Le bord du paysage » (La Renarde Rouge éd., 2016), 48 pages, 14 euros – 28 rue Germain Bedeau- 89510 Veron ou renarderouge@orange.fr


Jacques Morin : « J’écris »

indexSur la couverture de ce livre figure un crucifié (Jacmo ?) avec, pour seul vêtement, un livre ouvert (un numéro de Décharge ?) pour masquer les parties génitales. Qui aurait pu imaginer un poète-revuiste dans cette périlleuse situation au-dessus d’un titre choc imprimé en corps 120 : J’écris ! C’est Christian Degoutte qui a patiemment organisé cet ensemble de chroniques et d’éditoriaux éparpillés sur plus de 40 ans de revuisme frénétique. Jacmo n’a jamais eu de cesse de s’interroger sur ses pratiques en tant que poète, chroniqueur, critique, revuiste ou éditeur. Ces textes n’ont pris aucune ride et sont, pour certains, d’une terrible actualité. Très grand connaisseur de la poésie vivante, il procède à la manière d’un orfèvre, laissant de côté tous les artifices, ignorant volontairement les effets de mode pour ne conserver que ce qui peut entretenir cette flamme exaltante et vivifiante. Il y a chez Jacmo une ténacité et un enthousiasme qui lui permettent de résister au découragement. Il évoque ici l’importance de l’émotion dans le jaillissement du poème qui est « un cri écrit » quand la poésie est vue comme « une utopie résistante » ou bien comme « un mouvement écologique de la pensée ».

Jacques Morin : « J’écris » (Rhubarbe éd., 2016) 150 pages, 12 euros – 10 rue des Cassoirs – 89000 Auxerre ou info@editions-rhubarbe.com


Jacques Morin : « Douzaines »

Treize à la douzaine : oui, treize poèmes de douze vers libres chacun. Ce qui pourrait passer au départ pour un banal exercice de style avec une contrainte artificielle devient peu à peu une ouverture quand il n’y a qu’à « se laisser guider par la frappe du clavier » car finalement « écrire n’est pas une question de chiffre / et les mots résistent à l’infini ». Si le doute persiste, « prodigalité versus parcimonie », c’est dans et par l’écriture elle-même que la poésie s’installe et que « la forme vient en écrivant ». Un délicieux petit livre que l’on savoure comme un petit bonheur qu’il faut « cueillir comme le jour se lève et point ».

Jacques Morin : « Douzaines » (La Porte éd., 2016), non paginé (16 pages,) 3,80 euros – 215 rue Moïse Bodhuin- 02000 Laon


Jacques Morin : « Carnet d’un revuiste de poche »

indexEn douze « tableaux » d’une analyse brève mais efficace, Jacques Morin dresse un autoportrait du revuiste de haut-vol qu’il est depuis plus de 40 ans. Dans la belle lignée de quelques grands aînés (Pierre Boujut, Pierre Béarn, Henri

Heurtebise, pour ne citer que ces trois-là), il aura, dans un élan généreux et toujours renouvelé, ouvert la voie et donné la parole à des centaines de poètes. Ce qui lui apparaît parfois comme une névrose obsessionnelle n’est en réalité que la conséquence d’une vertigineuse et fructueuse addiction. Si « la revue est un genre ingrat », elle permet malgré tout au revuiste de faire la part des choses « en comptant sur ses fidèles » tout en ayant une juste et pertinente vision sur la poésie vivante.

Jacques Morin : « Carnet d’un revuiste de poche » (Les Carnets du Dessert de Lune éd., 2016), 22 pages, 5 euros – 67 rue de Venise – B1050 Bruxelles ou dessertlune@gmail.com



©Georges Cathalo

Aliens mode d’emploi, manuel de survie en situation de contact extraterrestre, Laurent Genefort, Éditions Le Bélial, 2012

Chronique de Lieven Callant

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Aliens mode d’emploi, manuel de survie en situation de contact extraterrestre, Laurent Genefort, Éditions Le Bélial, 2012

Illustrations de couverture et intérieures de Cédric Bucaille


Si comme moi vous ne manquez aucun des communiqués de L’E.S.A. ou de la N.A.S.A. que vous suivez avec intérêt les émissions de France Culture , que la notion de “trou de ver” (Whormhol) vous est familière, et que vous possédez un brin de fantaisie, beaucoup de curiosité et une belle ouverture d’esprit notamment vis à vis de la littérature de science-fiction alors ce livre vous est vivement conseillé. « Il pourrait bien vous sauver la vie… »

Comme n’importe quel guide, ce livre se veut avant tout utile et pratique. Après un beau rappel historique des principales étapes et des faits les plus marquants survenus depuis les premières migrations d’aliens et de brèves explications sur les bouches (nom commun donné aux trous de vers de Lorentz), vous envisagerez avec l’auteur toutes les situations qui peuvent se produire en cas de contact avec un ou plusieurs aliens. Explications vous seront données concernant la physionomie des aliens, vous serez en outre capable de distinguer les espèces agressives ou nocives, des espèces plus pacifistes et craintives. Vous apprendrez à vous familiariser avec leur psychologie, leurs croyances et philosophies. Vous trouverez des réponses concrètes aux questions que vous vous posez notamment sur leur sexualité et leurs modes de reproduction, leurs coutumes et habitudes alimentaires ainsi que sur leur sociabilité. Vous recevrez de précieux conseils et d’indispensables leçons de bon sens au cas où vous voudriez tenter l’aventure d’une amitié avec un alien, d’une relation plus intime ou si vous envisagez de faire des affaires avec un alien (types de contrats, types de statuts attribués aux migrants). Vous serez en mesure de savoir quels sont les comportements et les pièges à éviter.

Le but principal de ce livre est de vous préparer activement à la présence extraterrestre d’espèces variées tout en garantissant au mieux votre sécurité.

Vous pourrez grâce à de petits apprentissages, vivre en toute sérénité avec la plupart des aliens. Si vous envisagez de voyager en traversant une bouche, vous trouverez réponses aux nombreuses questions que vous vous posez, notamment concernant le matériel indispensable à toujours avoir avec soi si on veut devenir un voyageur de la voie lactée. Un kit spécial est parait-il disponible.

Vous l’aurez compris ce livre a aussi le pouvoir de vous interroger sur vous-même, sur votre seuil de tolérance et d’acceptation de la nouveauté mais aussi de l’autre, cet être totalement différent de vous et dont vous aimeriez tant qu’il vous ressemble. On vous mettra en garde contre toutes les tentatives d’anthropomorphisme. Ce livre prône la tolérance mais non la naïveté et rappelle que l’apprentissage de nouveaux comportements, de nouveaux savoirs est un principe fondamental à la vie. La vie peut prendre bien des formes différentes et suivre des chemins que nous ne connaissons pas forcément.

Vous vous apercevrez que dans les mondes de fictions créés par les livres, les légendes, les savoirs ancestraux, il y a une part de vérité qu’un esprit attentif, curieux, imaginatif peut redécouvrir. Il ne vous sera jamais demandé de faire confiance aveuglément aux croyances, aux rumeurs, aux principes établis mais de faire appel à votre intuition, votre bon sens et votre esprit critique que vous aurez pris soin d’affuter par de nombreuses recherches personnelles. Les aliens sont bien plus que de simples migrants, les raisons qui les ont poussé à quitter leur planète sont aussi variées que l’univers est grand. Les accueillir correctement en tenant compte de nos facteurs de bien-être mais aussi en respectant les leurs est d’une importance capitale.

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Ce livre se lit d’une seule traite tant il est amusant, brillamment illustré, alternant références historiques à notre passé de colonisateur, à notre présent où nous nous sentons envahis par des peuples dont il n’est pas toujours nécessaire de nous méfier. Certains conseils ne seront pas sans nous rappeler les discours xénophobes, protectionnistes de certains de nos hommes politiques actuels et plus anciens. L’humour permet de dénoncer sans lourdeur les dysfonctionnements de nos sociétés, de pointer les irrégularités, les absurdités, les abus mais aussi de nous révéler les singularités qui les rendent propice à des formes de vies étonnamment riches.


Consulter le sommaire du livre

Visiter le site de Cédric Bucaille permet d’admirer les illustrations du manuel

©Lieven Callant

Jacques GUIGOU – Sur la page de gauche – Éditions de L’impliqué (2016)

Chronique de Marc Wetzel

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Jacques Guigou

Jacques GUIGOU – Sur la page de gauche – Éditions de L’impliqué (2016)


« Plus que le son strident de la sirène de la mairie avertissant d’un risque de bombardement de Vauvert par l’aviation britannique, c’est le séjour immobile et prolongé sous l’escalier de la maison Trabuc qui augmentait sa peur » (p. 172)

« Par la porte entr’ouverte du salon où a été installé le lit de malade de sa grand-mère Marthe, il aperçoit sa mère passer à la flamme d’un coton alcoolisé des ventouses en verre et les poser sur le dos de l’alitée dont la peau est soulevée par chacun des verres » (p. 140)

« Le corps à demi penché dans le vide, il aimait se laisser glisser du grand escalier de la maison Trabuc. Ce matin-là, déséquilibré par la courbe, il tomba la tête la première sur le carrelage. Lorsqu’il émergea du coma, son père, assis sur les marches de la terrasse, le tenait dans ses bras. Les lamentations de sa mère le firent tressaillir » (p. 8)

« Saumon, tel est le totem qu’ont prévu de lui attribuer les chefs des Éclaireurs unionistes. Opposant de l’intérieur au scoutisme et pressentant l’imminence de la cérémonie, il se rend introuvable » (p. 31)

« Il rédige une dissertation de philosophie. Son père entre dans sa chambre – fait rare – et lui demande si, après son baccalauréat, il envisage d’entreprendre des études de théologie. Sa réponse est immédiate : non » (p. 73)

« Une fois installé au bureau de l’estrade, prêt à donner son cours, il repoussait parfois le premier mot d’une à deux minutes et prononçait alors sur un ton psalmodique : « Ça suit son cours, ça suit son cours » (p. 65)

***

Jacques Guigou (né en 1941, ex-universitaire gardois et sociologue critique), c’est un poète : on sait qu’il sait ; mais, comme c’est un poète, il ne sait pas ce qu’il sait.

Je vois en lui, dans ce merveilleux recueil rassemblant des centaines de fragments de vie, trois vraies originalités au moins.

* D’abord, il est rare comme un intellectuel intelligent, je veux dire un intellectuel que ça n’empêche pas d’être intelligent.

Être intellectuel, c’est produire des idées (ou en tout cas les reproduire) ; être intelligent, ce n’est pas nécessairement produire du réel (on peut être intelligent et contemplatif ; on peut être subtil et patient).

Non, être intelligent, c’est savoir qu’on est produit par le réel. D’où les nombreux accidents, surtout au départ, dans l’enfance, quand de toute façon le réel nous produit plus vite qu’on ne peut le produire en retour, et plus secrètement qu’on ne pourrait le surveiller.

Et des accidents d’enfance, Jacques Guigou en a eu à foison, et s’en est comme structuré. Des rampes d’escalier qui tournent plus vite que celui qui les chevauche, et c’est le coma. Une intense piqûre de vive qui montre que, certes, le jeu est une pêche, mais que la pêche n’est pas un jeu. Des échardes de bambou se fichant dans les narines. Des fléchettes prenant pour cibles ses paupières. Un épanchement de synovie refaisant de chaque agenouillement un chemin de croix. Mais même plus grand, les aléas sont au rendez-vous : un accident de bagnole en tentant de débusquer le repaire héraultais du mathématicien Grothendieck … mais il réagit bien, il apprend vite : quand on lui jette un œuf, il cesse de s’habiller en blanc. C’est ça, être intelligent : on voit bien que c’est le réel qui est à la manœuvre, mais on repère son volant. On n’aime pas la force, mais on s’en instruit ; on n’aime pas la virtuosité, mais on en profite pour l’admirer ; on n’est pas masochiste, mais on profite de souffrir en apprenant à même la douleur ; on brûle ses échecs, mais, tant qu’à faire, on s’éclaire avec.

Savoir que le réel nous produit, c’est savoir aussi que la nature se produit ; avant la technique humaine, et sa gestion rationnelle, il a bien fallu que la nature se débrouille toute seule pour surgir et durer. Et voir que la nature se produit, c’est saisir qu’elle n’a que la nécessité et le hasard pour se faire ; parce qu’elle a usage du hasard pour se produire, la nature est par principe imprévisible, puisqu’elle se renouvelle avec les seuls moyens du bord, qui eux-mêmes interfèrent et errent ; Être intelligent, c’est savoir que la nouveauté n’est pas comme pour nous une question de mode, de prestige, de look, mais, pour elle, de vie ou de mort. S’adapter à l’imprévisible, voilà le premier versant de l’intelligence. Le second, c’est saisir que la nature doit se produire elle-même pour exister, et donc doit aller chercher en elle-même (car la Providence n’existe plus, et l’homme pas encore), dans ses entrailles, ses arcanes, sa propre universalité intime, de quoi, à chaque moment, à chaque ère, se dépêtrer d’elle-même et se soutirer une suite. C’est ça qui lui donne sa complexité de principe, car il faut qu’elle ait tout (et même le Tout) en magasin, dans ses réserves. Si elle n’accède pas à son infinie arrière-boutique, c’est fini, la chaîne d’auto-production de la Nature s’arrête ; le second versant de l’intelligence est là : savoir que la nature est complexe, et c’est donc s’adapter à la complexité en tentant de la ramener non à du simple (la nature simplifie ses voies, mais suite à des procédures extraordinairement élaborées !) , mais à du tout aussi compliqué, mais déjà su, un peu jadis fréquenté, à de la complexité déjà prise sur le fait.

Jacques Guigou est donc un homme qui sait que le réel le produit et la nature se produit ; ça n’a l’air de rien, mais chez les intellos, c’est rare. C’est prendre comme chefs de cabine, respectivement Spinoza et Empédocle. Ça tangue formidablement, mais au moins, c’est le Devenir réel qui nous porte !

* La deuxième originalité, sentie, de Jacques Guigou, c’est que habituellement, dans la méthodologie des sciences (Dilthey), on distingue la nature (matérielle, déterminée, inerte) qui est à expliquer (par causalité régulière, par déterminisme) et le monde de l’homme (de la société, du langage, de l’histoire etc.) qui est à comprendre (parce qu’il y a des intentions et des jugements, c’est à dire de libres représentations de la situation, à la base de son activité, et qu’on ne peut pas saisir ce que fait un homme si on ne prend pas en compte ce dont il se saisit en lui-même (idées, valeurs, buts …) pour avancer, bref, si on ne s’efforce pas d’aller voir dans son esprit comment se place ce qui se passe, donc si on ne tente pas de comprendre). Eh bien, cette respectable vulgate : on explique la nature, mais on comprend l’homme – Jacques Guigou la renverse, et pas par fantaisie ni provocation, mais par exigence et vocation. Car il est à la fois un professionnel des sciences humaines et un poète.

Donc d’un côté, il explique franchement l’homme (en n’hésitant pas à dire que les sciences humaines, justement, sont des sciences, et qu’il y a donc des lois de fonctionnement de l’humain) – parce que l’homme est moins libre qu’il ne le croit, et que même la série des figures disponibles de sa liberté est déterminée ; de l’autre côté, il pense (c’est à dire il éprouve) qu’il faut comprendre la nature, justement parce que, on l’a dit, elle se produit elle-même, elle ne peut compter que sur ses propres forces et ressources, elle puise dans son quant-à-soi avéré et robuste, et saisir ça, c’est la comprendre, c’est la prendre depuis elle, depuis son réservoir et ses ressorts. Et c’est un poète qui n’hésite donc pas à dire que les sciences naturelles sont … naturelles !

Et puis c’est dire que l’homme, au fond, n’est pas du tout inexplicable, au contraire. On voit sa vulgarité, sa perversité, sa vanité, bref, la rouille et la lèpre de sa machinerie intime, on les voit comme le nez au milieu de la figure … Ce qu’on dit des Français (à savoir qu’ils se distinguent tous par ce qu’ils montrent, et se ressemblent tous par ce qu’ils cachent – même si les Allemands se rassurent un peu vite en disant que pour eux, c’est l’inverse ! …), on peut le dire, pense Jacques, de tous les hommes, en tout cas de tous ceux qui laissent aller leur humanité au lieu de la faire advenir.

Les ressorts intérieurs de l’homme sont en effet peu mystérieux : l’homme se préfère à son voisin, il a plus facilement peur de sa mort qu’il n’a honte de sa vie, il laisse volontiers ses voisins s’exploiter les uns les autres pourvu que la rente lui en revienne etc. Mais, pour relier les deux aspects, on peut dire que l’homme est facile à expliquer, mais que sa nature, justement, comme toute nature, est difficile à comprendre, et en particulier sa puissance même d’explication, le surgissement en lui d’un pouvoir explicatif, d’un pouvoir d’éclairement critique, bref, l’existence en lui d’un désir d’expliquer et de s’expliquer est incompréhensible.

Ce qui est à comprendre, donc, c’est comment un être dispose de lui-même. Pour la nature, on voit très bien comment ses causes disposent de ses effets, comment ça marche, mais beaucoup moins ou pas du tout, comment elle dispose de ses causes mêmes, de ses propres facultés de produire ce qu’elle est, comment elle s’est mise en état de marche ! La nature se produit par la guerre qu’elle se mène, et par les vaincus (et à la fin, tout le monde est vaincu) qu’elle recycle, mais d’où lui vient ce savoir stratégique, cette aptitude à faire vivre son usage même de la mort, c’est mystérieux. Il suffit d’un savant pour voir comment les moteurs de la nature (ou de la société) fonctionnent, mais il faut un poète pour deviner dans quel atelier intérieur à elle elle a bien pu les mettre au point. Voilà le programme de vie de Jacques Guigou : hanter utilement les ateliers de formation de la Nature comme de l’Histoire !

* La troisième surprise, c’est le lieu de fréquentation quasi-exclusif de ce poète : le littoral. Pour lui, l’endroit le plus significatif, le plus prégnant, le plus représentatif de la Planète, c’est le littoral, c’est le mouvant arrangement frontalier entre terre et mer. C’est là que le sublime se passe.

Pour lui, les deux éléments restent distincts : la pêche sous-marine n’est pas son truc ; la pêche de surface, sur barque ou chalutier, oui. L’homme y transporte son travail de terrien à la surface de l’eau, il flotte et fait ce qu’il peut, sur ce sol fluctuant pour remonter des thons rouges de cette obscure masse en apesanteur. Mais dans le strict respect de la logique propre de chaque élément :

La mer ne travaille pas. Elle fait plein de choses, mais elle n’a pas recours au travail (à l’organisation de la progression du monde par gestes discontinus) pour subsister, se réguler, alors que la terre, si. C’est clair : les poissons (et généralement les animaux de mer) ne se servent pas, au contraire des terrestres et de nous, de leur propre corps comme d’un instrument de travail. C’est que la mer, dit le poète, ce n’est pas une terre liquide ; non, c’est autre chose.

C’est un milieu profond, je veux dire, au contraire de la terre et de son grand air, de ses étagements bien découpés dans le vide, la profondeur de la mer est immanente et continue (comme les plongeurs sous-marins obligés, eux, à des sas de décompression, le savent bien par contraste), – s’il y avait par impossible des immeubles sous-marins, ils seraient sans étages ni escaliers, et c’est pourquoi ils sont impossibles ! ! – alors que la profondeur sur terre, même si elle peut être parfois plus intéressante, est toujours, elle, discontinue et vertigineuse, et déclic de transcendances plus ou moins factices et complaisantes. La mer, non ; elle est profonde pour elle-même, et non pour l’idée qu’on se fait d’elle, comme pour nos ravins, gratte-ciels et avens, non, elle est prise, elle, dans sa propre profondeur.

Jacques Guigou assiste au mystère immanent de la mer depuis le littoral. Il l’arpente infatigablement, et, comme un renard qu’il est s’adressant au corbeau qu’il est aussi, il se tient à peu près, je crois, ce langage :

Sur mer, à bord d’un vaisseau, la vie est autre. L’obéissance et la mutinerie vont l’une et l’autre de soi. Il faut obéir sans réserves au pilote, parce qu’il sait mieux que nous ce qu’il fait, et que, comme nous sommes « embarqués », nous ne ferons quoi que ce soit que s’il le fait. Si on plaisante, si on délire, aux fers ! Mais, en même temps, dès que le capitaine cesse de savoir ce qu’il fait, à l’instant même où il cesse de savoir mieux que nous ce qu’il faut faire de nous tous, alors il devient vital de le jeter, lui, à fond de cale, ou par-dessus bord. Eh bien, notre homme du littoral est comme un Janus des vents de terre et de mer.

Quand il se retourne vers la terre, il y comprend l’ordre des travaux croisés, l’exploitation dépassable, facultative, de l’homme par l’homme. Quand il tourne le dos à la mer, Jacques Guigou est logiquement marxiste, car sur la Terre entendue comme usine socio-historique, il faut l’être ; il faut veiller à ce que le moteur de l’Histoire ne saute pas à la gueule de ses wagons et usagers, et veiller aussi à ce que la Lutte des classes se termine si possible mieux que les Évangiles.

Mais quand le poète Jacques Guigou se retourne vers la mer, il comprend la terre, je veux dire, la planète Terre, non comme atelier économique et laboratoire social,

mais comme vaisseau spatial, qui vogue, souverainement, sur une mer de vide. Et là, tout aussi logiquement, il n’est plus du tout marxiste, il devient une sorte d’anarchiste cosmique, à la fois totalement loyal à la Capitainerie multi-séculaire de la Nature et totalement rebelle à sa sourde et muette nullité.

Tel apparaît notre drôle de savant intimiste et notre drôle de poète pragmatique. Il écrit autrement sur les pages gauche et droite, voilà tout. Il veut ici expliquer à quoi joue la liberté, et là il veut comprendre à quoi se joue la nécessité.

Quand par exemple le cercueil de sa mère se bloque dans le virage de l’étage, il pardonne au réel, sachant bien qu’un escalier n’est pas d’abord fait pour les morts. Et nous, nous lui pardonnons son insolente intelligence, son goût vachard des bons mots, l’impitoyable acuité de ses relances, et même les orgueilleuses remontrances de son rire. Car il désire la vérité, et il aime désirer : voilà deux qualités rarissimes.

Et quand si souvent il nous cloue le bec, au moins il ne se prend pas pour le silence. Ce qu’il égratigne et ponce, c’est notre rouille, c’est pour nous laisser nous repeindre.

« Ferme la porte – demande mon père à ma mère -Un courant d’air est plus mortel qu’un coup de revolver, car lui, il ne vous rate jamais » (p. 111)

Héréditairement, donc, il aime moins la réplique qui tue que celle qui ressuscite.

©Marc Wetzel

Frédéric Chef, Le Colporteur magnifique, éd. Weyrich, coll. “Plumes du Coq”, 204 p.,15 €

Chronique d’Alain Dantinne

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Frédéric Chef, Le Colporteur magnifique, éd. Weyrich, coll. “Plumes du Coq”, 204 p.,15 €


Quelle mouche a bien pu piquer Frédéric Chef ? J’opterais plutôt pour un moustique virevoltant au-dessus des eaux saumâtres du Schelde (l’Escaut dans la langue d’Hugo Claus et Tom Lannoye). Le valeureux Rémois nous raconte une folle équipée sur les pas de Robert Louis Stevenson et de son ami Walter Wilson. Au travers des Cévennes avec un âne ? Pas du tout. En 1876, l’écrivain écossais projette de descendre en canoë les canaux d’Anvers à Gretz-sur-Loing, petite bourgade entre Fontainebleau et Nemours où Fanny Osbourne, qui vint troubler son cœur de jeune dandy, s’adonne à la peinture. Il raconte son périple aquatique dans un petit livre En canoë sur les rivières du Nord (réédité par Actes sud, coll. « Babel » en 1994) qui servira de guide à Frédéric Chef qui marchera (et ramera) sur le même parcours près d’un siècle et demi plus tard. C’est dire si nous assisterons à l’enterrement d’une Révolution, industrielle, sans pour autant entrer dans une autre, technologique, car c’est sans portable que notre auteur naviguera de friches en zones d’abandon et de misère.

Il quitte Anvers pour Boom et ses briqueteries, puis Willebroek (que l’auteur, pour éviter que ses compatriotes ne se tordent la langue n’hésite pas à traduire phonétiquement en « ouillebrouque ») avant de suivre le halage jusque Bruxelles et le canal de la Senne. Le choc du décor, usine Renault abandonnée à Vilvorde ou décharge publique de Neder-Over-Heembeek, sera adouci par la bonne liqueur de Jean-Pierre, le bouquiniste de La Borgne Agasse dans Matonge (quartier congolais de la capitale) qui hébergera notre explorateur d’un autre temps pour une nuit roborative. Mais n’eût-il pas dû le prévenir en lui donnant à lire Belgique toute nue où Charles Baudelaire, magnanime, prévient du suicide :

– Je sais un moyen de guérir

De cette passion malsaine

Ceux qui veulent ainsi périr :

Menez-les au bord de la Senne

Voilà de quoi lui donner le courage de retrouver le Canal qui mène à Charleroi. Le paysage ne change guère « Entre Tubize et Ittre, les anciennes usines sidérurgiques arborent leurs tuyères rouillées, leurs cuves, leurs monte-charges inclinés, leurs gueulards inoffensifs. Des pipelines traversent le canal. Toutes ces ruines de l’ancien labeur n’attendent que le chamboule-tout de la démolition. » (p. 59) La traversée de La Louvière, où canettes de bière et gravats jonchent le sol, donne à la ville un petit côté surréaliste : la ville d’Achille Chavée accueillit en 1935 la première exposition mondiale du mouvement initié par Breton. Ce fut la seule aussi.

La marche vers Charleroi passe par Pont-à-Celles, ce qui nous vaut cette petite contribution de notre voyageur au déterminisme social : « Des adolescents boutonneux

traînant toute la misère du monde draguent deux minettes aux allures collectives. » Il est vrai que l’auteur précise que « Charleroi rappelle certaines cités de la défunte URSS » ce qui lui confère en fin de compte « une paradoxale beauté ». L’auteur n’est pas sans nous rappeler le passage de Rimbaud dans le “Pays noir”. Je ne suis pas sûr que ce détail rassure le lecteur et que l’ouvrage sera primé par l’Office du Tourisme de Wallonie, même si les vallées à venir vont se présenter sous une lumière plus soyeuse. Stevenson nous avait averti : « Contrairement à toute attente, la Sambre n’est nulle part aussi belle qu’entre Jeumont et Charleroi. » La Haute-Sambre paraît dès lors presque joyeuse et fleurie, le promeneur rencontre un port de plaisance où « quelques voiliers, attachés à leur anneau, songent à prendre le large. » Il n’en faut pas plus pour qu’il nous gratifie d’un sonnet.

C’est accompagné de Cingria qu’il passe la frontière. À Jeumont, chez Lina, il est le seul client pour goûter la flamiche au Maroilles. À Guise, c’est le familistère de Jean-Baptiste Godin, ce “Versailles du prolétaire”, qui intéresse le marcheur, plus que l’Hôtel de Guise où sa réservation a été perdue. À Compiègne, il veut imiter son initiateur et se procure un canoë, un modèle gonflable, made in China, pour descendre l’Oise. Le canoteur n’est pas le bienvenu aux écluses. Il rame jusqu’à Creil, tantôt en eau propre, tantôt au milieu de déchets, bouteilles de soda gluantes ou barquettes de frites graisseuses. « Les voyages, comme les testaments s’achèvent toujours par un codicille » (p.185), notre champion arrive en forêt de Fontainebleau. Il retrouve le vieux pont de Grez-sur-Loing (Gretz qui, depuis Stevenson, perdu son “t”) et l’auberge Chevillon mentionnée par son illustre prédécesseur. Comme lui, il descend sur Barbizon, pays fréquenté autrefois par Corot, Daubigny, Rousseau, Millet. L’âme de Fanny Osbourne et la mémoire de Robert Louis flottent dans ces murs ; sur la façade de l’hôtellerie à faux pans de bois du Bas-Bréau, on peut lire R Louis Stevenson while at his wrote Forest Notes.

Il faut prendre cette odyssée au second degré, le livre ne manque pas d’humour, et d’humour belge ai-je envie de préciser, car la dérision (et même l’autodérision) est partout présente. Il a aussi la qualité de nous faire découvrir un grand auteur naturaliste, Robert Louis Stevenson, qui nous donne sa vision du voyage : « Une randonnée devrait être entreprise seul, parce que la liberté en est l’essence ; parce qu’on devrait être à même de s’arrêter ou de repartir, suivre le chemin-ci ou celui-là, au gré de sa fantaisie » (p. 124). L’Écossais, que l’on découvre libertaire, nous livre ici un voyage à l’intérieur de l’être.

L’écriture trouve dans les dessins en noir et blanc de Daniel Casanave un parfait complément. Ils participent du même esprit, même la statue de Léopold II, le roi conquérant, paraît minable sinon ridicule sous un vent d’automne que l’on devine froid et triste. À se demander si Casanave, à l’instar de Wilson, n’a pas suivi l’auteur pour croquer, dans son dos, des atmosphères, des sensations.

Je ne sais quel conseil donner à Frédéric Chef pour un prochain périple littéraire. Peut-être devrait-il suivre, entre Herstal et Seraing en banlieue liégeoise, l’itinéraire

des frères Dardenne ? Ou mieux, s’il repasse à Bruxelles, de choisir les frites de “Chez Antoine”, place Jourdan. Les meilleures du Royaume.

©Alain Dantinne

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