Michel Host

Mémoires du serpent de Michel Host – Hermann 2010 – 170 pages – ISNB 978 2 7056 7047 4 – 22 € – Dans ces Mémoires du Serpent, on y entre et on y plonge même, avec un plaisir quasi enfantin, et il s’agit bien de cela, d’une fable fantaisiste et ludique, mais néanmoins pleine de fond et de sens. Ces Mémoires du Serpent ne sont rien de moins que la véritable histoire de la Genèse, narrée par celui qui en fut le maître d’œuvre, connu sous le nom de Satan et bien d’autres noms encore plus ou moins désobligeants, et à côté de laquelle la version de la Bible fait figure de mauvaise et lugubre plaisanterie.

« Pourquoi ne m’ont-ils pas reconnu, moi leur créateur, si visible, à leurs pieds parmi les herbes, dans les trous de la terre, ou sous leurs yeux dans les branches des arbres ? Mon nom est Heywa. Je suis l’envers et l’endroit, je suis la vie riante et belle, la vie sombre et laide, je suis le commencement et la fin, le serpent coloré qui aime à dérouler ses anneaux dans les ténèbres et dans la lumière. »

Edmund Orpington, professeur anglais fraîchement retraité, décide d’acquérir pour ses vieux jours un vieux château des Highlands, hanté comme il se doit (mais ceci est une autre histoire), le château de Deathstrike. Outre la population locale des plus accueillantes,

« Porter des santés à l’Écosse, à ses collines venteuses, à ses averses rafraichissantes, à ses brouillards impénétrables, à ses habitants valeureux… fit monter la chaleur ambiante de plusieurs degrés Celsius. »

il y fait la connaissance de la jeune et charmante Miss Ophélia Mac Callahan, qui deviendra sa nouvelle gouvernante. C’est elle qui conduira le professeur, lors d’une de leurs excursions, dans un souterrain oublié, où ils découvriront après quelques fouilles guidées par un mystérieux reptile, ces mémoires transcrites à cet endroit même par le moine Paphnuce, au XIè siècle. Miss Mac Callahan deviendra alors aussi une assistante à la traduction de ces textes rédigés en latin, non pas en anglais, mais en français, langue bien plus à-propos selon le professeur.

Michel Host avec ce livre s’est fait plaisir et nous prenons tout autant le nôtre, bons vins, bonne chère, soutiennent nos deux traducteurs, et de là à passer aux plaisirs de chair, nous patienteront encore quelques chapitres… Un minimum pour aller au fond du sujet, si gentiment et joyeusement subversif (certains voudront peut-être dresser le bûcher ?).

Nous noterons qu’en cela, nos deux protagonistes et avec eux au moins une bonne partie de la population locale, voire de l’Écosse toute entière, sont les dignes créatures de leur créateur, qui après avoir inventé l’espace et mit le temps en marche, créa sa première œuvre incontournable : le premier bar du monde.

« je vis clairement que « cela était bon », et cela l’était bel et bien : il fallait que nous nous désaltérions mes aides et moi, la tâche de créateur n’étant pas si simple et la chaleur paradisiaque s’avérant accablante.»

Un roman plein d’humour et de bonnes manières y compris envers les animaux.

On connaît Michel Host pour son amour de la langue et de la culture hispanique, aussi est-il surprenant de voir ce livre prendre place en Angleterre, mais il a eu donc vite fait de déménager en Écosse, et l’Écosse on le sait, n’est pas l’Angleterre. Il faut souligner que l’auteur règle subtilement ses comptes avec certaines manières anglo-saxonnes, avec la présentation de deux démons infréquentables pour leurs pairs, Time is money et My taylor is rich, qui bannis pour tentative de corruption du couple originel pas même encore réveillé, s’en iront construire la City avant de se répandre plus tard Outre-Atlantique.

«  Et dès qu’il leur prit la fantaisie de faire des enfants, j’envoyai ceux-ci plus loin encore, au-delà du grand océan, en un autre lieu qu’ils allaient nommer Wall Street, au bord du fleuve Hudson… Je l’avoue, mon ami, tout cela, qui fut plutôt mal inspiré, mis en œuvre de manière approximative, finira un jour selon le pire des scénarios. Inflation ! Récession ! Chômage ! Rhumatismes chez les banquiers ! Crise mondiale… ! Que sais-je encore ! »

Et nous nous régalons donc d’apprendre enfin la vérité sur l’histoire de nos commencements, mais petite critique, cependant, était-ce l’abondance de plus en plus rabelaisienne de mets et boissons ? Il semblerait que sur la fin, la traduction des Mémoires du Serpent soit un peu vite expédiée, afin sans doute de passer à la fête et au baptême, doux sacrilège, de deux chatons, personnages non négligeables de ce roman, devenus grands. De véritables bacchanales donc, qui devaient clore en beauté ce roman des plus pertinemment facétieux et si délicieusement épicurien.

Michel Host né en 1942, en Belgique, de parents français, vit actuellement entre Paris et un village de Bourgogne. A enseigné avec un immense plaisir la langue et la littérature espagnoles, successivement à des lycéens, des étudiants et des agrégatifs. A toujours écrit et aussi traduit de l’espagnol et du portugais. A publié des poèmes : Déterrages / Villes (Dumerchez, 1997) ; Graines de pages (Eboris, Genève, 1999) ; Alentours (L’Escampette, 2001), Poème d’Hiroshima (Rhubarbe, 2006). Figuration de l’Amante (Poèmes, Ed. de l’Atlantique, 2010).Des romans chez Grasset : L’Ombre, le fleuve, l’été (1983, prix Robert Walser), Valet de nuit (1986, prix Goncourt)… chez Fayard : Converso ou la fuite au Mexique (2002), Zone blanche (2004)… Des nouvelles : Les Cercles d’or  (Grasset, 1989), Heureux mortels (Grand prix S.G.D.L. de la nouvelle, Fayard, 2003)… etc. L’Amazone boréale (nouvelles, Ed. Luc Pire, Bruxelles, 2008). A traduit de Luis de Góngora : Les Sonnets (Dumerchez, 2002), la Fable de Polyphème et Galatée (L’Escampette, 2006), d’Aristophane, Lysistrata, (Ed. Mille & Une Nuits, 2009),3O Poèmes d’amour de la tradition Mozarabe d’al-Andalus (Ed.de l’Escampette, 2010), de Jorge Manrique, Coplas por la muerte de su padre (Ed. de l’Atlantique -Collection Hermès 2011).« La poésie m’est langue fondamentale, surgissement et violence, parfois traduisibles dans la langue maternelle. Son haut voltage n’est tolérable que par intermittence. Selon ma pratique, elle peut informer le roman, voire la nouvelle. » Direction d’ateliers d’écriture durant plusieurs années en milieux scolaires difficiles, professionnels et étudiants, au Blanc-Mesnil, à Bobigny, Nanterre, Cherbourg, Paris, et aujourd’hui à Muret. « Je suis né à la littérature et à la langue française dans l’exploration des poètes et penseurs de la Renaissance (Marot, du Bellay, Ronsard, Montaigne, Rabelais…). De là m’est venu naturellement un profond intérêt pour les classiques grecs, latins, allemands, espagnols et portugais notamment. Mes philosophes de prédilection : Socrate, Jésus, Jeremy Bentham, tous témoins d’une « morale naturelle » de fond : « Ne fais à autrui ce que tu ne voudrais qu’il te fasse, aime-le, ne porte pas atteinte à sa vie. » Mes devises : « Faisons provision de rire pour l’éternité. » (Marquise de Sévigné) – « Le combat est mon repos. » (Don Quichotte). Ces quelques lignes proposent un portrait subjectivement positif : je laisse de côté des défauts bien ordinaires, entre autres un art certain de déplaire, source de plaisirs et de déplaisirs selon les circonstances. Je ne puis me passer  de silence et de musique, de l’amour et de la conversation des femmes et des enfants ; de la confiance des animaux familiers ou non ; de l’amitié dans les travaux partagés ; d’un jardin où respirer, voir les arbres, les nuages, la beauté du monde, oublier les faux maîtres à penser, penser avec ma tête après avoir lu de vrais maîtres.»


Cathy Garcia

Makoto Kemmoku & Dominique Chipot

Bashō – Seigneur Ermite – L’intégrale des haïkus. Edition bilingue par Makoto Kemmoku & Dominique Chipot. Edition de La Table Ronde -Mars 2012. ISBN 978-2-7103-6915-8 – 480 pages – 25 € – Quel bel objet déjà ! Un écrin à la hauteur du contenu, la couverture est  d’un vert qui fait aussitôt penser au jade, ce même vert se retrouve à l’intérieur pour le texte en version japonaise. Ce livre, dédié aux victimes  et sinistrés du grand tremblement de terre du Tōhoku, région que Bashō a visité lors de ses voyages, s’ouvre sur une note concernant la traduction. Elle commence ainsi, ce qui résume bien le propos, « Traduire c’est trahir » et expose les difficultés auxquelles ont été confrontés les traducteurs et donc leurs partis-pris. Ensuite, une introduction aborde en un tour rapide, mais instructif, l’histoire de la poésie japonaise, suivie d’une biographie détaillée de Bashō, illustrée par quelques haïkus. Indispensable pour la compréhension de son œuvre. Nous entrons alors dans la chair même de l’ouvrage : l’intégrale des haïkus du maître en la matière, souvent précédé par des avant-propos de Bashō lui-même, classés par ordre chronologique.

Le premier est daté de 1663 :

 La lune pour guide –
restez donc un peu avec nous
dans cette auberge !

 Bashō ne s’appelle pas encore ainsi, il a vingt ans (en tenant compte, comme l’ont fait les traducteurs, de l’ancien principe japonais en vigueur jusqu’aux environs de 1945, qui voulait qu’un enfant ait un an le jour de sa naissance), il se prénomme Munefusa depuis peu (car ce fils de petit samouraï, et travailleur de la terre en tant de paix, est d’abord né sous le nom de Kinsaku). Son père étant décédé, il est depuis un an au service d’un fils de châtelain de deux ans son ainé, qui par amitié l’a invité à l’accompagner dans ses études, dont celle des premiers rudiments du haïkaï. Munefusa a alors pris le pseudonyme de Sōbō. En 1664, un premier hokku de Sōbō est publié dans un recueil de l’école Teimon, inestimable honneur pour un si jeune poète :

 Très vieux cerisier en fleur –
cette femme bien conservée
aimerait aussi refleurir

 La mort prématuré de son ami en 1666, l’oblige à quitter le clan. On sait peu de choses de cette période sauf le fait qu’il a probablement épousé une bonzesse, Jutei, qu’il continue à écrire de la poésie et qu’il est présent dans plusieurs anthologies, et ainsi sa réputation commence à se faire.

 Les gens pauvres
peuvent voir aussi les esprits
dans les fleurs de chardon-ogre

 Le goût pour la contemplation est là, ainsi que l’appel au voyage.

 Distrait
par la fleur de calebasse
longtemps
 
La lune des moissons
si claires ce soir…
vivre n’importe où

 Fleur, lune, des éléments récurrents dans la poésie traditionnelle japonaise, comme les saisons et d’autres éléments de la nature. Déjà on sent aussi chez lui une aspiration à la solitude, il fuit les mondanités.

 Trop de fêtards
pour admirer les fleurs
à Hatsuse

 En 1672, il s’installe à Edo (aujourd’hui Tôkyô), où il devient fonctionnaire tout en continuant la poésie.

 Enchanté par la valériane
comme par une belle femme,
perdant patience, je l’ai cassée

 De 1672 à 1675, il côtoie différentes écoles, celle de ses débuts, l’école de Teimon, qui influençait la poésie à Kyoto, mais aussi celle de Danrin (la Forêt des bavardages), plus libre, venue d’Osaka, et qui a supplanté le Teimon à Edo. C’est d’ailleurs Bashō qui mettra un terme au conflit entre les deux écoles, en élevant le haïkaï (moins raffiné que le renga – art poétique très ancien autorisé seulement pour l’élite à la Cour) au rang de véritable poème.

 La maison bourgeoise,
pour quêter le médecin
elle envoie un cheval !
 

 Bashō se retrouve écartelé entre une carrière de fonctionnaire et le désir de se livrer tout entier à la poésie. Certains de ses nombreux admirateurs sont fortunés et peuvent lui permettre donc de lâcher sa carrière sans trop se soucier de problèmes d’argent, problèmes dont il ne se soucie guère de toute façon. Il est naturellement plus attiré par le spirituel que le matériel, ce qui a d’ailleurs donné à croire à ceux qui, plus tard, ont étudié sa vie, qu’il avait été moine, alors que son sacerdoce était uniquement littéraire.

C’est en 1675 qu’il change de pseudonyme en prenant celui de Tosei.

 Contemplant la lune près des montagnes,
elle est rarement si claire
vue d’Edo, polluée

 En 1680, il a 37 ans, il abandonne son métier de fonctionnaire pour ne vivre que de son art et il créé sa propre école, le Shōmon (l’École de l’authenticité) dont l’enseignement se base sur la profondeur spirituelle et la subtilité esthétique. La même année, un de ses disciples, riche marchand, lui offre un ermitage dans les faubourgs de Fukagawa, une ville de la banlieue d’Edo. Un lieu parfait pour le poète, peu à l’aise avec sa notoriété grandissante et son aisance financière, et qui commençait à se tourner vers le zen.

 Nuit sous les fleurs –
ascète raffiné à l’excès
je me surnomme « Seigneur ermite »

 Un an plus tard, un autre disciple lui offre un bananier et l’ermitage est baptisé bashō-an, l’ermitage au bananier. C’est ainsi que vient le nom de plume par lequel il sera immortalisé : Bashō, le Maître « bananier ».

 Violent typhon dans les feuilles de bananier –
toute la nuit le rythme de la pluie
dans la cuvette

 En1682, l’incendie qui détruit Edo n’épargne pas le monastère, le temps que ses disciples le reconstruisent, Bashō entame le premier d’une longue série de voyages spirituels et poétiques, mais ce n’est que deux ans plus tard qu’il commencera à noter ses impressions dans des journaux.

 N’oublie pas mon haïku
Dans la fraîcheur du col
de Sayo no Nakayama

 Voyager lui permet de se recueillir sur des lieux célébrés par ses prédécesseurs poètes, retrouver sa famille, des amis et ses disciples, mais avant tout à se frotter à l’impermanence, en risquant ses os sur les routes, pour peaufiner son art, comme l’indique le titre de son carnet de voyage à Ueno : Journal d’un voyageur résigné à y laisser ses os. Bashō a une santé fragile, il souffre de maladies chroniques et de plus les routes à cette époque sont peu sûres, il y a là un véritable défi d’aventurier, mais il faut voir dans ce choix, une dimension tout à fait initiatique au sens spirituel.

 Le vent me transperce
résigné à y laisser mes os
je pars en voyage

 Son regard sur le monde, contemplatif bien-sûr, est aussi empreint de compassion :

 Poètes émus par les cris des singes
Entendez-vous l’enfant abandonné
Dans le vent d’automne ?

 Et non dénué d’humour :

 Les nuages défilent –
Un chien qui pisse partout
cette averse d ‘hiver.

 Après le voyage à Ueno, il reste deux ans sédentaire à l’ermitage reconstruit, ce sera sa période la plus longue sans voyager. Il se consacre à l’enseignement de son art et à une perpétuelle recherche pour l’améliorer. Il lui arrive cependant souvent de souffrir de la solitude.

 Lune et neige
mes seuls compagnons de l’année –
Fin de l’année

C’est durant cette période, en 1686, qu’il publie son poème sans doute le plus célèbre :

 Vieil étang –
Une reinette y plongeant,
chuchotis de l’eau

En 1687, il reprend la route. Son amour de la nature est de plus en plus présent dans son art mais aussi un intérêt pour l’esthétisme du Furyu, un idéal artistique du moyen-âge. Cette année là, il écrit aussi des haïkus où il se décrit lui-même :

 Cheveux longs
et visage pâle –
La pluie de juin
 
  Soleil d’hiver
je suis une ombre gelée
sur son cheval

 Il serait trop long de détailler encore sa biographie, mais à la lecture de ces haïkus, on apprend beaucoup sur la vie, les traditions, les mœurs de l’époque, y compris la nourriture et les tenues vestimentaires. 973 notes indispensables en fin d’ouvrage permettent d’approfondir la compréhension de ces haïkus, de percevoir leur subtilité et de tout ce qu’ils évoquent du quotidien de cette époque.

Bashō ne cessera plus de voyager, malgré les maladies, de ville en ville, de temples bouddhistes en sanctuaire shintoïstes. Souvent il rédigera un haïku à la mémoire d’un(e) défunt(e).

Ces carnets de voyages sont un hymne permanent à la« beauté émouvante et mélancolique des choses » (awaresa ou encore mono no aware).

 La bise semble
aiguiser les rocs
entre les cèdres

 Le voyageur toujours en mouvement tend vers l’équilibre entre vide et profusion, au rythme de l’alternance des saisons.

 Saumon séché
et maigreur du bonze vagabond
dans les grands froids

 La lune, la pluie, le froid, les fleurs, le vent, habitent une majorité de poèmes et les maladies qui l’affectent, Bashō les efface d’un seul haïku :

 De toute façon
il ne m’est rien arrivé –
Herbes de pampas fanées sous la neige
 

 Il a alors 48 ans. Il mourra sur la route, à Osaka, en 1694 à l’âge de 51 ans, laissant pour ultime consigne à ses disciples :

 « La fleur du haïkaï est dans la nouveauté »

 Il est reconnu comme étant le père du haïku et le plus grand poète du genre, mais suite à un délitement de son école après sa mort, c’est le peintre et poète Buson (1716-1788), qui cinquante ans plus tard, redonnera son blason au Maître.

Cathy Garcia

 Les traducteurs :

Dominique Chipot. Haïjin français, auteur du guide d’écriture Haïkudo, la voie du haïku (Ed. David et Tire-Veilles 2011), il est cofondateur de Gong, la première revue francophone de haïku, et fondateur de l’Association pour la promotion du haïku francophone. Fondateur de l’association pour la promotion du haïku (www.100pour100haiku.fr)), il anime des conférences, des ateliers, des expositions et dirige Ploc! la lettre du haïku.

Makoto Kemmoku est membre de la revue de haïku Ashibi (Azalée) et traducteur en japonais de plusieurs livres, entre autre, Le Roman de la rose. Il a publié avec Dominique Chipot deux autres ouvrages, en plus de celui–ci : Du rouge aux lèvres. Haïjins japonaises (La Table Ronde, 2008 et Points 2010) et La lune et moi. Haïkus contemporains (Points 2011).

 

Salvatore Gucciardo

LYRISME COSMIQUE / Salvatore Gucciardo – Éditions ASTRO. Préface de Michel Bénard. Illustrations de l’auteur.

On le sait moins, le peintre Salvatore Gucciardo est aussi poète. Dans LYRISME COSMIQUE, son narrateur entonne un chant d’amour maternel au cosmos (avec référence au « vagin de l’espace », à la « matrice de l’univers »), relevant les signes d’union, souvent rompus, entre l’homme et la matière, n’ayant de cesse tout au long du voyage dans l’espace-temps auquel il nous entraîne de renouer le lien défait, la primitive alliance.

C’est par le rêve qu’il s’éveille aux sens afin, vite,  de baigner dans « l’harmonie substantielle ». Où il puise énergie et lumière pour affronter les épreuves et atteindre à la connaissance de la connaissance, l’essence du savoir. Tout est comm-ensemencement, fertilité infinie dans ces plaines primales aux « poussées maritimes ». Dans ce qui apparaît parfois comme une mare de sens,  à force d’amour, en route vers « l’orgasme suprême », le rêveur fait provision de fluides ; il s’ouvre au grand tout, découvrant au terme de  cette débauche l’apaisement propre à poursuivre son métier d’homme…

Tu enfourches les chevaux d’écume pour te substituer à l’essence de l’eau.

Pareillement à ces entités biologiques qui changent de forme pour évoluer, le narrateur se retrouve à la fois dans le « je » et le « tu » du poème, comme s’il faisait dialoguer jusqu’à l’indistinction objet et reflet, corps et espace, eau et feu. « L’univers est mon esprit, mon esprit est univers. » de Lu Kiu-Yuan est une des phrases mises en exergue au recueil.

Sa course forcée vers le futur est freinée par le passé, elle  se veut aussi une marche d’oubli, dans sa tentative de fuir trop de violences accumulées, de conformations manquées.

Je m’enivre de la Voie lactée pour oublier la braise.

Parfois c’est le « nous » qui se substitue aux deux premières personnes pour donner plus d’universalité au propos. Et en relevant notre pauvreté d’âme, le texte nous renvoie aux efforts que nous avons à fournir pour donner à nos espérances comme à nos remords la dimension de l’univers, et ainsi pouvoir faire retour sur l’innocence. Ce que l’homme ne peut plus tenter au plan individuel, il doit le confronter à l’échelle cosmique. Tout cela ne s’apparente pas à une  théorie fumeuse qui ferait fi des obstacles de l’existence ordinaire pour nous faire miroiter des paradis artificiels, non de ce monde. Car le texte pointe l’insignifiance et l’impuissance de l’être, le mystère propre aux formes du vivant, la force des silences, en faisant reposer les appuis du futur sur des bases sensorielles, en montrant que le sort du monde se joue autour de  vides, d’absences, d’interrogations sans fin…

Une fois de plus le poète entre en communion avec les éléments, il collecte des visions, balise ses trouvailles, « fixe des vertiges », rend hommage. C’est peu avant le retour symbolique à l’âge d’or où temps et émois, vie et mémoire, verbe et être ne font plus qu’un : l’acte d’amour est geste de retour vers l’origine, ancrage au réel. Foin du rêve, vient le temps aérien où « emportés par nos racines, nous peuplons la terre d’oiseaux migrateurs », où à nouveau « le soleil éclabousse l’épi de blé ». Revient l’ère de l’espoir, du partage – des expériences et des sensations, de « la renaissance de l’homme ». Des lueurs scintillent au loin, pour des spectacles horribles encore, mais qu’on devine derrière nous ou, du moins, évitables. Si « L’âme est un labyrinthe », comme il est rappelé, et les chemins innombrables, assurément « le puzzle planétaire masque un souci d’harmonie ».

À la fin du voyage, du texte, on comprend que le périple suivi peut aussi bien s’être produit dans un corps pour accéder à la lumière que dans un espace peuplé de spectres pour dévoiler une conscience. Cela ne s’est pas créé ex nihilo mais en relation avec l’histoire de l’univers depuis la première explosion de particules: « L’image du Big bang » est « un film de turbulence dans les gènes de l’homme ».

On le voit, toutes ces notions existentielles, portées par divers locuteurs, peuvent s’appréhender de diverses manières, ainsi qu’on chemine dans un labyrinthe en étant seulement sûr que, lorsqu’on aura  atteint la sortie, on se persuadera qu’on a emprunté le bon parcours, qu’on a tiré le bon fil. Et que ce qu’on a vu, pensé, dit, ce dont on s’est remémoré participe tout autant du prodige de la délivrance.

Le poète, ici, comme dans sa peinture, fait par ses images fortes voir ce que chacun tient caché à l’ombre du langage, dans les brumes de l’être en attente de clairière.

Enfin, ces mots qu’on peut lire à la fin du Journal de Paul Klee, Salvatore Gucciardo pourrait les faire siens : « Le terrestre le cède chez moi à la pensée cosmique. Mon amour est lointain et religieux.(…) J’occupe un point reculé, originel de la Création, à partir duquel je présuppose des formules propres à l’homme, à l’animal, au végétal, au minéral et aux éléments, à l’ensemble des forces cycliques. Des milliers de questions cessent comme si elles étaient résolues. Là ni doctrine ni hérésie. Les possibilités sont infinies, et la foi en elles vit, en moi, créatrice. »

Eric Allard

Le site de Salvatore Gucciardo:

http://www.salvatoregucciardo.com/

Le Prix de l’Ambassadeur de l’Art 2012 ainsi que celui de la Reconnaissance Artistique viennent d’être attribués par l’Italie à Salvatore Gucciardo

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Zyrànna Zatèli

 Le vent d’Anatolie – Zyrànna Zatèli – Quidam éditeur (collection Poche) 2012 – Traduit du grec par Michel Volkovitch – 56 pages – 5 €

Sympathiques petits livres pour un prix plus qu’abordable, la collection Poche de Quidam séduit d’emblée. Un beau chat bleu en couverture de celui-ci. Le Vent d’Anatolie est une nouvelle de Zyrànna Zatèli, tirée du recueil Gracieuse dans ce désert.

C’est un texte qui se lit d’un trait, d’une grande beauté, troublant, qui raconte dans une langue simple, très fortement empreinte de poésie, une étrange histoire d’amitié. Celle d’une jeune fille et d’une vieille tuberculeuse un peu folle. Mais est-elle réellement folle ou plutôt désespérément seule ? Isolée par la communauté qui craint sa maladie, mais la nourrit quand même par acquis, sans doute, de bonne conscience, elle meurt à petit feu dans sa maison, comme une pestiférée, brassant souvenirs et délires.

Un jour, la jeune fille qui est la narratrice de l’histoire, est chargée d’apporter à manger à Anatolie, c’est le nom de la vieille malade. La nouvelle débute ainsi par le trajet qui mène à sa maison, un bref portrait de quelques personnages de ce coin perdu au nord de la Grèce : Naoum le bijoutier qui met des pompons aux oreilles des chats et qui vend aussi bien des bijoux que des fusils de chasse, le souvenir d’une jeune fille morte à 17 ans dans un sanatorium, un boucher cynique, pétomane, coureur de jeunes jupons et ainsi, on arrive chez Anatolie.

« Je suis là » dit-elle sèchement, levant haut le menton. Puis elle tourna la tête et ajouta l’air songeur : « Gracieuse dans le désert… ».

L’auteur a une façon de traduire le regard de la jeune fille sur Anatolie qui donne le ton de tout ce qui suivra, on est un peu chez la sorcière du conte de fée. La maladie, la différence, la solitude donnent à Anatolie une sorte d’aura magique, à la fois inquiétante et fascinante.

« ses mollets luisaient comme la gélatine »

« Sa démarche et son corps lui-même avaient quelque chose d’oblique, une ondulation incessante et fascinante en forme de huit… huit… huit… ».

« Deux très grandes chaussures, presque autant que celles des clowns, vertes comme des poivrons et munies d’attaches rouges en corne ».

Peu à peu, se tisse un lien entre Anatolie et cet enfant qui vient la nourrir, qui brave les interdits en demeurant auprès d’elle et qui, dès la première fois, alla jusqu’à partager la nourriture à la même cuillère.

« C’est Anatolie, on s’en doute, qui eut cette idée imprévue de manger ensemble, issue d’un désir pas vraiment clair et généreux mais plutôt cruel : celui de partager avec quelqu’un, avec moi, le poids de sa solitude, de cette maladie qui la torturait ».

Parfois Anatolie souffre trop, délire ou se laisse aller à une certaine méchanceté, malice plutôt.

« Tu veux donc voir une photo rouge ? demanda-t-elle quand la terrible toux se calma. Tiens ! Et elle déplia le mouchoir, plein de sang… Voilà mes rubis ! Tu en as, toi, des comme ça ? »

D’autres fois elle raconte, son passé, son père, sa mère, sa sœur et son frère cadets. Bien qu’elle ne le montre pas, elle s’attache à sa visiteuse, celle qui ose rester avec elle et les deux finalement ont une certaine bizarrerie en commun.

Un jour Anatolie parle du vent, ce vent qui devient parfois un homme et qui vient la chercher, la harcèle, mais elle lui résiste, alors il repart.

Elle l’appelait le vent (…) il avait toujours le dos tourné ; elle voyait seulement son omoplate gauche, nue, son cou, une partie de sa tête, puis rien que le torse – il devait être assis au bord du lit, à sa droite –, tandis que l’autre côté se perdait dans les ténèbres.

(…)

Comme il doit se sentir seul de n’être désiré par personne… C’est pour ça qu’il vient vers moi comme un sauvage. Comme un mendiant.

C’est que malgré tout elle est solide Anatolie, elle en a vu dans sa vie, cependant, vient le jour où elle arrête de manger. La jeune fille continue de lui rendre visite, de rester avec elle.

Je précise que je n’ai jamais cru un seul instant que j’étais l’amie d’Anatolie par héroïsme. C’était ce charme surnaturel qui m’enveloppait quand je traversais sa cour, en arrivant ou en repartant (…). C’était cette image de la brume dorée, le premier matin, qui ne m’avait pas quittée depuis (…). C’était ses paroles, qui lorsqu’elles ne débordaient pas de méchanceté, étaient attirantes comme la nuit.

Elle sera là jusqu’à la fin, jusqu’à ce que :

« J’ai sommeil, dit-elle ».

(…)

Je me levai enfin pour partir. Le vent avait laissé la porte ouverte.

Et on referme le livre, non sans une certaine émotion, ébloui par cette histoire si simple, mais que l’auteur, grâce à un véritable talent de conteuse, réussit à rendre absolument envoûtante.

Zyrànna Zatèli est née en 1951 à Sohos, près de Thessalonique et vit à Athènes. Elle a reçu le Grand prix national du roman en 1994 et 2002. Du même auteur : Le Crépuscule des loups, le Seuil 2001 ; La Fiancée de l’an passé, Le Passeur 2003 – Publie-net 2009 ; La Mort en habits de fête, Le Seuil 2007.

Cathy Garcia

Joël Bastard

Dans le cadre du Festival

EXPOÉSIE

Le troisième livre

de Joël Bastard

Bibliothèque Municipale de Périgueux
Vernissage et lecture le vendredi 27 avril 2012 à 18h30
( Exposition jusqu’au 12 mai )

Exposition de mes livres d’artiste réalisés avec

Patrick Devreux
Joël Leick
Tony Soulié
Ricardo Mosner
Evelyn Gerbaud
Jacques Capdeville
Alexandre Hollan
Jane Le Besque
Koschmider
Eric Coisel
Georges Badin
Jean Anguera
Michel Julliard
Bernard Quesniaux
Jean-Michel Marchetti
Jean-Luc Parant
Jephan de Villiers
Patricia Erbelding

Bien amicalement à tous,
et au grand plaisir de vous rencontrer.

Joël B.

http://www.joelbastard.blogspot.com/

Rita El Khayat

Les poètes andalous, Poèmes et proses universels de Rita El Khayat. Ed. L’Arbre à paroles, Belgique. Collection Poésie Ouverte sur le monde, 2011 ; 163 pages.

– Poèmes et proses universels -, que Rita El Khayat, (REK) accompagne de nombreux dessins, croquis et photographies de son cru ; première et quatrième de couverture incluses. Dans ce recueil kaléidoscope plurilingue (français, anglais, italien) sont convoqués tour à tour : un poète japonais (traduit de la langue française par l’auteure), des auteurs arabes, des mystiques. Il s’agit de cueillettes savantes, savoureuses qui se côtoient, se télescopent ; d’humeurs plurielles, personnelles, singulières, oscillant du chagrin à la joie ; de l’indignation à la gratitude ; de la description de tableaux quotidiens, « à côté de lieux mythiques aujourd’hui disparus » p.95 ; de poésie du lieu, celle de l’Andalousie perdue et rêvée : « Voyez ! / J’ai perdu mon Royaume / Poètes andalous, / Levez-vous » p.9. « Poètes andalous, / Ma peine est immense / Elle va jusqu’à la lointaine / Étoile jurer de mon chagrin, / Demain, / Je quitte l’Andalousie, / Berceau de mes pairs, » p.10.

Ainsi, d’après Rita El Khayat, ses pairs n’ont pas su retenir en leurs vers, la splendeur : « les trésors arrivés de partout », aussi « Rien de tout cela n’est demeuré dans vos poèmes, / Poètes andalous ! » p. 13 ; « Je suis le poète femme / Étranglé de misère / Aveuglé par la laideur / Meurtri par la déchéance, / Quand vous fûtes destitués, » p.16 ; « Ayez honte au fond de vos tombeaux, / Poètes perdus, / Poètes vains et vaniteux », car « L’Andalousie a été perdue ! » ; « On m’a ravi la terre de mes Aïeux » p.17.

Poésie du lieu encore, hymne à son pays, le Maroc, pérégrination d’une mélancolie amoureuse à travers les villes de prédilection de l’auteure : l’une native, les autres écrins de vie, du travail, du passage, du patrimoine, de la transformation. Rabat, Casablanca et Marrakech. Cette dernière : « unique, ‘la Ville Rose’ est un cadre enchanteur pour les passions dévorantes enfermées dans les romans. Marrakech est si caractéristique du pays tout entier qu’elle donne son nom au Maroc (…). Elle est la fête permanente de la lumière et de la couleur, l’endroit même de la musique et des percussions venues du fond des déserts, situés aux pieds de la ville qui en absorbe les résonances et les tonalités, les moments de chaleur intense et de tiédeur par les souffles des vents apportée ». p.65.

Sur Rabat, REK rapporte ceci : « mon enfance, à Rabat, tant de fraîcheur habitant les couleurs de ces aquarelles, ma passion quand j’étais fille, Perle de l’Atlantique, bijou incrusté sur la côté occidentale du Maroc » p.86 ; « Ensevelie paresseusement dans les rouges feu des hibiscus et les dégradés de violets des bougainvilliers, elle se repose au couchant de la flamme du soleil qui a caressé vigoureusement sa tête étalée sur les sables de la plage, son ventre clos sur les ruelles de la Médina et ses pieds allongés dans les ruines du Chellah, langoureuse citadelle aux secrets millénaires » p.87.

A propos de Casablanca, REK écrit : « La nostalgie de ma vie de jeune fille, du temps passé de la ville, de son apparence qui a tant changé s’empare de moi devant les édifices loqueteux ! Je suis si triste que l’on détruise ce qui est le musée mondial de l’Art Déco sans même relever les plans et mesures, archiver, photographier, reconstruire, épargner de l’oubli, préserver comme unique et fantastique… C’est Casablanca, l’une des plus belles villes du monde pour qui sait la regarder » p.97.

L’attachement portés à ces trois villes s’étend néanmoins à d’autres villes : « De Tanger à Tiznit, en aimant profondément toutes les merveilles du Maroc, un pays à nul autre pareil » p.113.     Une autre merveille est ici accentuée par l’auteure et concerne les portes : « Les portes de la vie terrestre se referment sur le repos de la nuit, sur la fin des fêtes et des cérémonies, sur le groupe de visiteurs venus refaire l’alliance », aussi « L’ineffable de la nature du Maroc réapparaît dans un objet aussi familier qu’une porte : au fond d’une impasse, encadrée de feuillage vert et luxuriant, parmi des fleurs flamboyantes, teintée, en bois massif, chaque porte raconte une maison, un quartier, une époque et tant de vies derrière elle écoulées » p.114.

Amoureuse de l’Océan « si près de la ville », REK assure : « Je suis née au bord de l’Atlantique : je ne le quitterai jamais. ».

Poésie des lieux ancestraux, et poésie de femme témoignant de destins d’autres femmes ; « les femmes sont des perles » p.63. En effet, au fil de l’écriture où transparaît le respect, l’empathie pour les destinées de femmes plurielles, s’égrainent des définitions telles que : femme-Fleur-Parfum-Souffle-Enfant-Mystère-Fatale-Flamme-Bijou-Lumière-Secret-Eau-Terre.

Les femmes modernes vivant en occident côtoient leurs sœurs d’Orient et d’Afrique qui « Voilées et pudiques, / Fortes et sincères, / (…) portaient sur leur tête / Les caravelles des coiffes, / Un enchantement, une bigarrure, / Vaisseau prêt à prendre le large, / Dans la chaleur et la violence / Du désert / Et / De la pauvreté », où  « des coins et îlots restent une terre rétive au modernisme et à la modernité brutale » p.64, et où encore « Trop de sang séché a rendu tout obscur, / Le sang des porteurs dans la forêt équatoriale / Celui des esclaves, / Celui des gésines et celui des morts, / Devant la case et sous le Baobab.. / Le sang des révoltés de l’Indépendance, / Une histoire grotesque après les Blancs… » p.74.

Et du Maroc actuel, secoué par les attentats, elle conte ceci « (…) le mardi 17 avril au soir, il y a eu un très gros orage sur Casablanca. Le bruit du tonnerre était assourdissant, empêchant quiconque de dormir. À une petite fille éveillée bien tard, on demande : ‘Qu’est-ce que c’est que ce bruit ?’ Elle répondit, tranquille, ‘le terroriste’ ». Mais même s’il est prouvé que l’on peut vivre dans  des conditions épouvantables, extrêmes et de haute dangerosité, Rita El Khayat ne se résigne pas à : « considérer normal ce qui ne l’est pas ». Et elle voudrait voir : « des champs de roses à l’horizon, dressées contre la laideur », à la place de la fureur meurtrière.

REK avec une certaine humilité et une bonne dose de philosophie fait ici aussi montre de son propre combat pour exister, en tant que femme, poète dans un monde qui lui a laissé des stigmates, ainsi : « brûlée à mon tour par les aberrations de la vie et les injustices innombrables que j’ai vécues » p.158.

Elle porte – sur le monde du vivant et des choses, sur l’histoire des petites gens, des puissants, et sur les paysages métissés, des regards à la fois lucides et nostalgiques, traduits à l’aide de sentences modérées, de critiques, de cris d’alarme, cris d’amour, cri de femme-Fleur-Parfum-Souffle-Enfant-Mystère-Fatale-Flamme-Bijou-Lumière-Secret-Eau-Terre ; femme qui avance dans une rectitude souvent approximative, – malgré tout ce qui fâche et révolte -, car « le ciel de ce jour n’est jamais, jamais celui de demain. La lumière est mille, une, multiple, rose ou orangée, elle se meurt à elle-même dans le temps qu’elle se réinvente, à l’infini » p.143.

Ainsi, Rita El Khayat, poète du lieu de la lumière, de la beauté fuyante, des émotions arlequines dépeint-elle – ici et maintenant – : « toutes les fibres inouïes de la tendresse, de la cruauté, de la limite et du gigantisme de chacun… » p.144, avec cet élan féminin, filial, maternel, maternant et décliné de manière humaine, trop humaine.

Minibiographie

Rita (Ghita) El Khayat est médecin psychiatre et psychanalyste, diplômée des Universités de Paris. Anthropologue spécialiste du monde arabe, professeur des université italiennes. Elle a publié trente-sept ouvrages, dont des essais, des romans, des nouvelles et de la poésie. Elle a écrit de nombreux articles sur la condition féminine dans le monde arabo-islamique. Elle est aussi journaliste et chroniqueuse littéraire à la radio.

Rome Deguergue