Mathieu Simonet

La Maternité, Mathieu SIMONET, Éditions du Seuil (204 pages ; 17€). Le titre trompeur  du roman de Mathieu Simonet doit son nom à l’établissement Jean-Ducrat, maternité reconvertie en centre de soins palliatifs où la mère du narrateur sera admise.

Mathieu Simonet remonte à la genèse de ce livre né de la volonté d’une mère encline aux confidences et d’un fils de témoigner sur « l’après-maladie ».

Le narrateur dévoile le passé familial, depuis ses grands parents jusqu’à ses parents, son enfance, nourrissant quelques craintes à livrer tant de secrets, non-dits et vérités.

Il date les périodes importantes : son exil à Londres, ses études de droit.

1993 : École de Formation du Barreau ; 1996 : prestation de serment.

Il n’hésite pas à soumettre à ses parents des questions d’ordre très intime.

Il focalise l’attention du lecteur sur Pascale, sa mère, nous révélant le choc à la découverte de son cancer, son accompagnement auprès de spécialistes. Il retrace les années à combattre la maladie, son évolution, les traitements que cela imposa, les contraintes, les périodes de rémission, les rechutes. Un parcours fait de hauts et de bas, d’espoir et de désespoir. Rires et pleurs ponctuent le récit.

Le portrait de la mère s’esquisse : addictive à l’alcool et au tabac. Une femme pleine de malice, habitée par un esprit de « vengeance ». Et de se moquer de son fils « chevalier servant », piètre chanteur. Elle est capable d’auto-dérision. Les voix de l’ex-mari, de Manou, des tantes, des bénévoles complètent le tableau.

Mathieu Simonet confronte le lecteur à la réalité avec la déferlante mortifère des soins hospitaliers. Il mêle les bulletins de santé qui dictent l’humeur du jour, les confessions. Il sait capter l’ambiance de ce centre de soins palliatifs, distille un vocabulaire  médical récurrent (perfusion, masque à oxygène, plaquettes, morphine, marqueurs). Il analyse avec lucidité la défaite du corps. Il sait faire partager les émotions, les angoisses des proches. Comment ne pas être noué de douleur ? Il laisse échapper ses moments de découragement devant son impuissance à soulager la malade, et sa révolte parfois quand le personnel tarde à répondre à l’urgence. La maladie et son cortège de douleurs instaurent de nouvelles relations avec les autres et à soi-même, comme  des réactions de rejet des médicaments.

Il pointe la maltraitance des patients, la pénurie du personnel et les difficultés des médecins, parfois, à interpréter des résultats qui s’avèrent contradictoires.

Mathieu Simonet explore la relation mère/fils qui fut parfois assez chaotique, tendue, mais qui retrouve une proximité singulière, comme une ultime réconciliation.

Cette mère devient l’objet de toutes ses attentions, ses pensées. « Le besoin de lui dire je t’aime » devient un moteur. Mais comment supporter les mots blessants, d’être repoussé alors qu’on veut draper de tendresse celle qui vous a porté ?

C’est d’un regard attendri qu’il suit les ultimes moments de grâce de sa mère avec Manuel, son dernier amour, le confident, qui a su recueillir la fierté d’une mère.

Le tragique compte à rebours amorcé génère un resserrement des liens, un besoin de rapprochement physique : caresses, baisers, chuchotements, mais aussi des sourires, des regards, des échanges « silencieux » quand le dialogue n’est plus possible.

Gestes préconisés pour continuer à communiquer. Pas d’échelle de Richter pour jauger la douleur intérieure. La souffrance du narrateur est à son acmé, il est comme « un zombie » et éprouve alors le besoin de se confier à un confrère. Il a pu aussi compter sur la soutien, la présence et le dévouement de ses tantes, pour ne pas sombrer, si son frère fut moins disponible et plus distant.

Mathieu Simonet a choisi de briser le tabou de la mort, et montre comment en l’apprivoisant, il a réussi à atteindre une relative sérénité. Pour comprendre ce mystère, il a entrepris, en parallèle, un vaste programme de consultations, auprès des « professionnels de la mort », les interrogeant, soulevant la question de l’euthanasie. Il entrelace son récit de leurs expériences, leurs réflexions, d’où cette idée de roman labyrinthique, de manuscrit « ressemblant à un jeu de piste ».

Mathieu Simonet semble avoir hérité de son père le goût pour l’écriture.

Ne relève-t-il pas un défi ? Lui prouver qu’il a le souffle pour écrire plus de cent pages !

Dans l’écriture , il a puisé des forces nécessaires pour accompagner de son mieux sa mère et pour faire face à la brutalité de l’absence d’un être cher, l’effondrement de sa voix. L’écriture, comme antidote face à ce sentiment de finitude. En donnant vie à leurs dernières conversations, il ressuscite celle avec qui il avait tissé un lien fusionnel profond, celle qui l’a encouragé à embrasser la carrière d’avocat.

Pour Mathieu Simonet, écrire c’est « un rapport addictif qui dépasse le plaisir ».

C’est aussi une bouffée d’oxygène, un rempart pour composer avec l’inéluctable.

La lecture a également participé à cette catharsis, l’auteur soulignant aussi l’impact de la bibliothérapie chez les malades. Les livres contiendraient des précieux ferments de guérison. La poésie aurait des vertus curatives, selon les travaux d’Isabelle Blondiaux.

Tout comme la croyance aux vertus thérapeutiques de l’eau de Lourdes ou la foi dans les rites bouddhistes. L’auteur ne dépose-t-il pas une fleur à heure régulière comme cela se pratique pour honorer les défunts ?

Les livres, comme les cimetières, ne sont-ils pas des lieux de mémoire et de quiétude ? Comment ne pas être remué par le témoignage de cet amour filial ?

Mathieu Simonet invite d’ailleurs les lecteurs à participer à son blog, toujours mû par une démarche interactive, originale. Partager pour alléger cette épreuve difficile à encaisser. Mais ne rend-t-elle pas plus fort ? A noter la liste impressionnante des personnes citées, en fin du livre, qui ont contribué à cet ouvrage et guidé l’auteur.

Comme Lydia Flem, Mathieu Simonet recourt à la littérature pour métamorphoser l’impudeur des corps, son épreuve personnelle en œuvre littéraire.

Face au deuil, il oppose un texte puissant, certes, éprouvant et poignant, tissé de souvenirs, réminiscences de bonheurs infimes, de rêves et de réalité suscitant l’empathie, le personnel y ayant rejoint l’universel mais qui tend vers la quiétude.

Il rend également hommage au milieu médical, aux bénévoles qui s’efforcent de soutenir les patients en fin de vie et leurs proches.

C’est l’esprit apaisé que l’auteur clôt cette sorte de journal confession, très touchant.

Un livre servi par une écriture sensible, qui émeut aux larmes mais réconforte.

Nadine Doyen

 

Un commentaire sur « Mathieu Simonet »

  1. J’ai beaucoup aimé ce roman. Le personnage (car c’est un véritable personnage !) de la mère donne un vrai ton au livre.
    Soit dit en passant, bel article !

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