Ode à James Noël (à l’occasion de son livre Belle merveille, Zulma, août 2017, 159 p.)

Chronique de Marc Wetzel

Ode à James Noël (à l’occasion de son livre Belle merveille, Zulma, août 2017, 159 p.)


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L’argument de votre premier roman, James Noël, est simple : Bernard, un jeune poète haïtien, traumatisé, sur place, par les 300.000 victimes du séisme majeur du 12 janvier 2010, se laisse convaincre par Amore, une humanitaire italienne, de la suivre un moment à Rome. Ils se désirent et se veulent. Elle le sort de son trou de rescapé hagard et d’écrivain raté ; il la sort de sa bonne conscience d’humaniste de l’urgence, de son indignation face à « la santé d’enfer des maladies », de ses doutes sur la vertu finale de la résilience. Et le couple revient sept ans plus tard sur l’effondrement de vie qui fut, paradoxalement, son lumineux sol et tremplin. Le monde que présente cette œuvre est trop contradictoire pour être moral, trop malicieux pour être politique, trop libre pour être salutaire, mais son énergie enchantée, drôlatique et profonde, instruit et transporte, et voici pourquoi :

Bernard, bien sûr, c’est vous, un écrivain, c’est à dire, dites-vous superbement :

« un forçat de nuit occupé à des travaux manuels étranges pour faire tache d’huile sur l’oreiller des secrets »  (p. 14)

Je suis content que ce premier roman, James Noël, en soit un. Vous êtes si évidemment poète (un homme à assonances, à métaphores, à mélodies) qu’on pouvait douter de votre capacité d’écrire, comme il se doit, un simple roman, c’est à dire un récit cohérent, progressif, lisible et plaisant. On avait tort, car l’essai est magnifiquement réussi : vos personnages se débattent dans le courant d’événements qui les portent (et non dans celui des images qu’ils brassent) ; le sexe, la mort, l’oppression, la débrouille et la folie y mènent les idées (et non l’inverse) ; une même situation fondamentale oriente et hante les acteurs, témoins et commentateurs qu’on rencontre dans votre livre, tous également séismocentrés, cholériquocentrés, ouraganocentrés, c’est à dire tous pareillement convoqués par le réel, inventé ou non (alors qu’en poésie c’est le langage qui est juge du monde et forme le centre de son cours). Comme on dit « roman d’aventures », « roman d’apprentissage » ou « roman de mœurs », on pourrait dire « roman de transfiguration sismique » pour votre Belle merveille.

Je crois que votre écriture ré-enfante ce monstrueux tremblement de terre pour mieux le considérer et comprendre ; comme son advenue avait révélé à elle-même votre belle et routinière humanitaire, qu’il a fait « tomber de ses talons-aiguille », la rebaptisant Amore, devenue intense, cavalière et intraitable secouriste des autres et inconditionnelle demandeuse de vous. Un même impérieux mouvement d’amour vous déloge, vous, de votre trou d’assisté, et elle, de son terre-plein de bienfaitrice. Votre étreinte pure, extrême, dense (bref : romanesque !) fait fondre d’un coup le double mur d’une possible complaisance. Et, pour le dire franchement, s’aimer, s’unir de corps, c’est se faire danser divinement en partenaires d’étreinte, puisque de qui d’autre que de déesses et dieux pourrait donc s’espérer la grâce ?

Vous n’êtes, semble-t-il, ni chrétien, ni philosophe, ni marxiste (on n’entend dans votre prose absolument aucun de leurs respectifs appels : ni « épaule le Christ contre le mal », ni « seconde Socrate dans l’humiliation de la sottise », ni « aide l’Histoire à te sortir de son ornière »), mais vous êtes pourtant infiniment plus probe, lucide et résolu que ne l’est notre ordinaire de gens de lettres.

Car cru, vous n’êtes jamais vulgaire (la souveraineté bidon de la foule, la facilité fédératrice de ses relâchements, ne sont pas votre fort) ; caustique, vous n’êtes jamais narquois (rentabiliser ses ricanements, faire bien rire de ceux qui pleurent mal, ironiser sur le sort commun comme si l’on n’en était pas soi-même ressortissant et complice, rien de ça ne vous ressemble) ; compatissant, vous n’êtes pas condescendant (consoler de haut, se draper ou murer dans la tristesse clinique, fredonner l’invivabilité générale des destins, est contre vos habitudes).

Je crois surtout que, prenant acte de la complexité, vous refusez pourtant d’être à ses ordres : d’extraordinaires personnages du livre comme « le chauve à roulettes » Franck (qui surveille à la longue-vue les besoins réels de ses contemporains), la « ratissant large » Déborah (dont le « cul est un carnet d’adresses, une mémoire en fond de culotte »), Fritzner, le peintre agoraphobe, dont les tableaux brillent, paradoxalement, comme « des cages ouvertes » … eux tous, comme vous, s’ils pensent l’embrouillé, le pagailleux et l’enchevêtré, n’agissent que pour le démêler.

Mais je nous rassure : l’émergent romancier est tout à fait resté poète. Car vos formules sont des liqueurs de monde, et votre esprit un nuancier naturel où Dieu lui-même viendrait avec profit ré-échantillonner sa propre Création. On ignore comment, – mais on sait parfaitement pourquoi ! – seul un poète peut, par exemple, caractériser le sordide dictateur Duvalier comme celui « qui ne voulait rencontrer que son ombre sur le chemin » ; ou qualifier le chiffre de trois cent mille victimes de « subite explosion démographique dans le monde des trépassés » ; ou commenter en ces termes un tsunami : « La mer monte aux lèvres des petits poissons roses qui regardent rouler des familles humaines comme dans un aquarium inversé ». Ou portraiturer les gens de lettres ainsi : « ces gens qui lisent le cœur penché afin de parler en italiques ». Ou déclarer la rescapée d’extrême justesse, qui désormais saute de peur à chaque pas, « atteinte d’une forme inouïe de paranoïa d’être sur Terre ». Ou enfin rendre le proche bain de mer du Soleil par ces mots : « Un soleil, coupure de mangue baptiste, donne jus à la lumière de cette fin d’après-midi. Il fait un temps à avaler tout ce qu’il nous reste de salive devant la beauté du monde ».

Haïti, pays, suggérez-vous, si montagneux que restreint sur la carte, il est immense sur le terrain. Et séisme si puissant, ce jour-là, que quelques mètres d’aparté latéral d’une faille auront déclenché une des confidences les plus meurtrières de l’histoire humaine. Et royauté, pour toujours à assumer, de la poussière (le béton peu ou pas armé se volatilise très fin quand il explose !) : « abrupte vérité que la sécheresse de la poussière », «grande avalanche de neige créole », mais elle aussi « qui offre une odeur insoutenable charriant toute la beauté de la terre quand il se met à pleuvoir ». Poussière aussi, suggérez-vous, qu’il suffit de humer pour se débarrasser de « l’excédent de bagages » qu’est le savoir inutile, altier, hors-sol de ceux qui justement ne l’ont jamais senti se dérober sous leurs pieds. « C’est à faire perdre la tête, ce nuage qui émane d’une ville qui se retourne à l’envers. Une poussière de soucoupe volante. Une poussière de malade mental ». Mais votre amour de la vie est si contagieux… qu’on se réincarnerait volontiers poussière !

Je suis content de connaître votre œuvre, James Noël, car il s’y déploie un sens non-occidental de l’universel, un vœu non-chrétien de noblesse, sollicitude et probité, un souci non-médiatique de diffusion et d’entre-compréhension. Vous êtes à part du vrai, du bien et du beau de par chez nous, et vous y avez part pourtant pleinement, et d’autant. J’aime votre enchantement sans surnature, votre impossible sans trucage, la vitalité de votre intelligence toujours « à un jet de pierre tombale ».

Et enfin je suis content de votre génie ; je le suis pour vous, bien sûr, mais aussi pour nous, car il est loyal, divers et utile. Deux seuls exemples : le discours (p. 54) d’un évangéliste cuistre et facétieux, lors d’un tour de table post-traumatique, puis le récit (p. 136) du passage de Bernard à la douane française :

« … Pour moi, une telle horreur ne mérite pas de porter un nom. Goudougoudou, appelle-ça comme vous voulez, ce n’est pas la première fois que la fin du monde a pris notre pays comme terre d’escale. Nous sommes le véritable peuple élu sur l’échelle de Richter. Quand la terre se refuse à nous avec autant de violence, quand elle secoue son corps comme un taureau fraîchement sorti de la rivière, c’est pour faire le tri.

Vous allez voir, ça va trembler bientôt sur toute la planète. Le ciel a donné le coup d’envoi en Haïti. La balle est lancée. Ça va trembler en Inde, au Japon, en Californie, ça va trembler dans les îles turques. Toute l’Italie a tremblé et tremblera encore. Après, il ne restera que le bon grain de l’ivraie. Quand la terre aura fini de trembler, vous allez voir, ce sera jardin d’Éden pour tout le monde. Ce sera Adam et Ève pour tout le monde. Hommes et femmes se retrouveront nus dans le jardin du monde »

 

« Était-ce Orly-Sud ? Orly-Ouest ? Je l’ignore. Les contrôleurs vérifiaient à la loupe mon passeport quasi-vierge. Profession ? Survivant, ai-je répondu sans baisser pavillon. Après avoir survécu à un drame, on peut faire de la vie une profession, putain ! Pour dire les choses sérieusement, la vie, c’est le plus vieux métier du monde.

Lequel, des deux Orly, déjà ? Je ne sais pas pourquoi, j’oublie, bref, tout ça n’a aucune importance. Reste à dire qu’on m’a laissé passer. Je continue ma route, avec Amore, dans un large sourire sans frontière »



©Marc Wetzel

consulter la page des éditions Zulma à propos de Belle merveille de James Noël pour lire des extraits, en savoir plus sur l’auteur et commander le livre: ici

 

Éditions Jacques Brémond

ÉDITIONS JACQUES BRÉMOND

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Date de création : 1975 – Poésie, récit et théâtre

Nombre de livres publiés, à raison de 5 à 8 par an : 300

N° Siren 393927 – Code APE 923A – N° Siret 393 130 927 0014

Siège social : Entrepôts Marquis
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Service de presse n°49

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Traversées a reçu :

Les recueils suivants :
• Belle Immanence, poèmes
Miloud Keddar
Petit Rameur, 2016, 26 pages
• Bird et le mage Chô, roman
Annie Préaux
M.E.O., 2017, 216 pages
Que faire lorsqu’on subit un licenciement aussi brutal qu’arbitraire et que le mot « chômage » devient imprononçable? La question, douloureuse, enfonce dans la sidération Sandrine, ex-cadre commercial d’une firme pharmaceutique. Avec, en filigrane dans la solitude et l’opacité des jours vides, la soif d’un père absent depuis l’enfance, qui vient de mourir et dont elle occupe la baraque déglinguée.
Jean-Marc, lui, se demande si le stress post-traumatique lui permettra de reprendre son travail de professeur apèrs avoir été agressé par un élève. Sa brève rencontre avec Sandrine, ivre morte le soir de son licenciement, ravive son vieux désir d’écrire. La jeune femme lui serait-elle tombée de nulle part, comme la Bird du Baiser cannibale, son roman fétiche, pour devenir LE personnage qu’il attendait?
Encore faudrait-il la retrouver…
Prix RTL-TVI pour son premier roman, Coréenne, Anni Préaux, romaniste et enseignante, s’intéresse aux arts plastiques, à la philosophie et au théâtre-forum, qu’lle a pratiqué avec la Compagnie du P’tit Thomas. Elle anime aussi des ateliers de lecture-écriture et publie des articles de pédagogie et de réflexion humaniste.
Deux de ses romans ont paru aux éditions M.E.O.
• Cendre lissée de vent, poèmes
Irène Duboeuf
Unicité, 3, sente des Vignes à F-95130 Saint-Chéron, 2017
• Chat, poèmes
Michelle Caussat
Thierry Sajat, 5, rue des Têtes à F-75019 Paris, 2017
thierrysajat.editeur@orange.fr
• Clartés intimes, petits textes en prose
Félix Labetoule
A. Gaillard, Le moulin de l’Etaule à F-16410 Dignac, 2013
L’auteur de ce recueil, selon sa propre expérience, nous invite à partager quelques moments intenses. Ces clartés intimes sont aussi pour le lecteur, l’occation d’aller chercher les lumières de sa vie sur son propre chemin.
Prix Charles Baudelaire 2014 décerné par la Société des Poètes français
• Fait maison, poèmés
Pierre Covarel
Clapas, collection Franche Lippée, 2017
• Haute voltige d’une présence sans nom, poèmes
Pierre Schroven
L’Arbre à Paroles, BP12 à B-4540 Amay, 2017
editions@maisondelapoesie.com
• Itinéraire d’un voyou, roman
Ghislain Cotton
Murmure des soirs, 2017, 265 pages
Qui est-il donc, ce « voyou »? Cet Adrien Debucy qui passe une jeunesse aventureuse à Liège avant qu’une circonstance tragique ne l’oblige à fuir la Cité ardente. Et à poursuivre son parcours pervers et mouvementé dans la région parisienne et jusqu’en Bretagne. S’agit-il d’un imposteur, d’une victime, d’un escroc, d’un criminel sans scrupules, d’un monstre de narcissisme, d’un mythomane, d’un plaisantin? Serait-il tous ces personnages en même temp? Ou peut-être aucun d’eux?
Romancier et journaliste, chroniqueur judiciaire, chroniqueur littéraire dans plusieurs hebdomadaires dont Pourquoi pas? Et Le Vif/L’Express, fondateur du Journal des livres et prix ex-Libris 1997, lauréat du prix triennal George Garnir pour le Passage des Cinq Visages (Weyrich), Ghislain Cotton, né à Bruxelles, vit aujourd’hui en Famenne luxembourgeoise où il se partage entre plaisir d’écrire et vertu de paresse….
• Les heures du dragon – Cinq saisons, poèmes
Gabriel Eugène Kopp
Prix de poésie Jean Aubert 2016
Flammes vives, 2017, 96 pages
• Jusqu’au coeur, poèmes
Alain Brissiaud
Librairie Galerie Racine, 23, rue Racine à F-75006 Paris, 2017
collection Les hommes sans épaules
• Les larmes et les rires
Léon Laffut
Bookelis, nd, 205 pages
Entre récit et poème.
Un amour impossible entre Julien, 17 ans, d’origine juive, douloureusement marqué par l’holocauste et la mort d’une partie de sa famille dans les camps nazis, il a de la vie et du monde une vue profondément pessimiste, et Anne, 16 ans, issue d’une famille de gauche où l’on trouve des communards, des anarchistes et des communistes. Venue à Huy retrouver les endroits dont ses parents lui ont si souvent parlé, Anne y rencontre Julien. Leur amour va se briser sur les ressacs d’une Histoire trop fraîche et trop lourde pour eux.
J’ai voulu parler de cette époque où les derniers relents d’une Histoire abominable côtoyaient les espoirs les plus fous; de ces enfants hagards qui ne pouvaient regarder devant eux sans étrangler ce passé proche; de cette immense difficuluté d’être dont ils ne guériront jamais.
• Libre choix d’épitaphes, aphorismes
Guido
Clapas, collection Franche Lippée, 2017
• Mécomptes de Noël
Gabriel Eugène Kopp
L’ours blanc, collection Etrange et Fantastique, 2016, 128 pages
assocloursblanc@yahoo.fr
http://assocloursblanc.over-blog.com
00331 45 80 66 57
Né dans la noirceur convivviale des mines de Lorraine, peu après la blancheur détachante de la Seconde Guerre mondiale, Gabriel Eugène Kopp joue très tôt avec le noir et le blanc comme s’ils étaient des couleurs: jusqu’à ce qu’il découvre l’encre et le papier. Depuis, il partage son temps entre les livres et l’écriture, l’Alsace, où il réside et travaille, et la Bretagne, où vivent ses enfants.
Psychanalyste, philosophe, romancier, nouvelliste et poète, il crée aussi des transpositions de ses poèmes aidé de plasticiens, de compositeurs et d’auteurs étrangers.
Evoquer le Père Noël ouvre toujours à des mondes légendaires. Pourant ce sacré personnage parait plus humain que beaucoup d’humains! Pour mieux le cerner ou donner d’autres couleurs à son mythe une douzaine d’histoires, drôles, surprenantes, cruelles, tendres aussi, nous content ses déprimes, ses erreurs et déchéances, ses rencontres, ses cadeaux, et même ses victoires. Dans ce recueil thématique et dosé, subtil et osé, rosse et carrosse, la science-fiction côtoie le quotidien, le fantastique le jour d’aujourd’hui, labsurde le chaotique d’hier et la tristesse les faiblesses de demaine.
Préface de Claire Decortiat
Introduction de Pierre Meige
• Murmures de l’absence, poèmes
Gérard Mottet
Tensing, 2017, 103 pages
La poésie, ce lent déchiffrement de l’absence…
Gérard Mottet, en ce recueil, nous suggère que la voix seule du poème accorde chair et souffle / de présence à l’inexistant… aux brumes de l’imaginaire… aux possibles dévoilements. Chair et souffle: mots révélateurs de ce qui sous-tend les Murmures de l’absence.
Ce souffle est porteur d’une voix qui s’abandonne volontiers au flux des images, à une parole spontanée évoquant aussi bien des goufres infinis que les presque riens de tous les jours. Revenant avec insistance sur le thème de l’amour (vécu comme une absence / au creux de moi), la voix se trouve plus ou moins doublée par une voix en écho – un répons lointain perçu tel un halo harmonique. Combien mieux je te vois rayonnante / dans la lumière de l’absence… Une lumière née de l’ombre, et que le poète sait rendre visible
Michel Passelergue
• Nos cris de poupées sans bouche, poèmes
Sylvain Guillaumet
Clapas, Franche-Lippée n°430, 2017, 8 pages
• Opuscule des chuchotements, poèmes
Laurent Bayart
Prix d’édition poétique de la ville de Dijon, 2017
Les poètes de l’amitié, 19, allée du Maconnais à F-21000 Dijon
• La poussière des souvenirs – Fragments, poèmes
Félix Monget
L’Harmattan, collection Poésie(s), 2017, 116 pages
Elève face au maître, l’esprit s’éveille. Il ânonne et récite ce que demain il comprendra. Se perdant souvent il apprend le chemin, ce qui donnera raison à son discours que rien ne se soit produit qui n’eut de sens caché, un bénéfice à escompter.
Avant d’être expertes, ses mains malhabiles seront mille fois blessées. Pourtant ce sont celles-là, ce sont ces mains qui échafauderont ce qui sera son palais. A cette oeuvre, jusqu’à en perdre conscience, passera tout entier le temps de la vie.
A ce moment, en cet endroit de la réflexion, qui de nous ne se sera arrêté pour tenter de déchiffrer le mystère du karma, rappeler quelques souvenirs comme fil d’Ariane en guise d’explication avec soi-même.
Félix Monget est peintre et poète. Préfacier de l’auteur, le poète gitan Jean-Marie Kerwich écrivait: « Félix porte sur son âme la caresse de la poésie, une poésie nomade. Par son oeuvre, Félix détruit les interdits. Il est le disciple de la vérité. Sa souffrance fut sa nourriture. La simplicité est une noblesse rare. Moi, le vrai gitan, le faiseur de mots, je déclare que Félix Monget est un poète rare, et ce qui est rare reste éternel ».
• Refrain, poèmes
Bernard Grasset
Jacques André, collection Poésie XXI, 2017, 53 pages
Avec Refrain, le voyage en compagnie des peintres et des musiciens se prolonge comme sans fin. Refrain: revenir là où on est allée, creuser ce qui a déjà été contemplé et écouté, exlorer, tel un possible, de nouvelles contrées. Retour et commencement.
Dans l’alliance de la poésie avec la peinture et la musique se découvre un chemin de liberté et de lumière. En lisant Refrain, le lecteur est invité à voyager, au fil de l’art, à travers les cultures, les siècles qui passent. Voyage, – aventure dans le langage.
Le dialogue des mots avec l’univers pictural et musical cherche ici son unité du côté des pays intérieurs, des secrets de l’homme, de l’accueil de l’insaisissable. Refrain: écouter, sillons d’un autre langage, ce lointain qui mumure le sacre de l’aurore.
Berrnard Grasset est ordinaire d’une Vendée des frontières. Terres d’ouverture, ancêtres paysans-vignerons ou aurisans, enfance des Trois Provinces dans la proximité de la nature, du sacré et l’éveil à la culture.
Il étudie la philosophie dans le Quartier latin à Paris. C’est le temps de la découverte de l’art (peinture, musique), de l’immersion en poésie.
Bernard Grasset est l’auteur d’une vingtaine de recueils inspirés librement de l’Ecriture, de peintres et des musiciens, ou de ses voyages. Trois passions. Traducteur des langues des origines, expérimentateur d’une écriture poétique bilingue, il ocnsidère la poésie comme une inlassable recherche, un chant des profondeurs.
• Le souffle d’Allah, roman
Guy Denis
L’Harmattan, 2017, 211 pages
Un hôpital qui s’écroule, un rapport d’expert qui se perd, une disparition inquiétante, des amours qui se nouent et se dénouent…
Une plongée dans le quotidien d’une ville de province pareille à toutes les autres, classes sociales, clans, familles, scandales mineurs et majeurs qui font jaser et, tout à coup, l’Événement qui fout tout par terrre…
Les nouvelles, comme les fils des intrigues, s’emmêlent, angoissantes, meurtrières…
Les destins se côtoient et s’imbriquent selon les hasards de la vie.
Un roman au style concis, rapide, qui plonge dans les ressorts de l’âmes humaine, des personnages proches du lecteur.
• Les supplications du monde (celui qui entend), poèmes
Pierre Andreani
Clapas, Franche-Lippée n°431, 2017, 8 pages
• Valses tristes / Valsuri triste, nouvelles / nuvele
Denis Emorine
Edition bilingue française-roumaine
Ars longa, 2016, 117 pages
• Veladores
Corinne Lagenèbre
Editions du Petit Pavé, 2017, 75 pages
« Veiller hors les murs » semble êtr ele propos à source de Veladores.
Corinne Lagenèbre a le don de l’ubiquité, de la projection, de l’empathie, de l’attention aux signes ténus des vies infimes, de l’abolition des frontières. Le réel absent envahit la vision intérireure en des intrusions presque fantastiques, les contours délicatement vulnérables au contact de l’extérieur se laissent compénétrer pour mieux se couler par l’imagination au champ du légendaire. Hier est aujourd’hui, ici est ailleurs, l’autre est soi-même, le pauvre est riche, et réciproquement. Un bel équilibre entre réek et imaginaire, sombre réalité et idéal lumineux se tisse par l’écriture d’une poésie simple dont les mots résonnent longuement. L’enfance aux « tresses de coquelicots blessés » pousse sur « l’arbre voyageur » son « cri de délivrance » « pour défendre les timides / les brimés les humiliés ».


Les revues suivantes :
• Art et poésie de Touraine, n°228 et 229, printemps et été 2017, 40 pages A4
revue trimestrielle
Nicole Lartigue
10, rue du Clos Prenier à F-37540 Saint-Cyr-sur-Loire
prix de la presse poétique 2007 de l’UPF
prix de la presse poétique 2008 de la SPF
Association fondée en 1955
nicole.lartigue@bbox.fr
• Le bibliothécaire n°1/2017, 100 pages A5
Michel Dagneau
périodique trimestriel – janvier à mars 2017
B-1470 Genappe
dagneau.michel@skynet.be
• Bleu d’encre n°37, juin 2017
Claude Donnay
Clos des Tanneurs, 2/33 à B-5590 Ciney
• Cahiers de la rue Ventura n°35, 1er trimestre 2017, 64 pages A5
Claude Cailleau
Dossier: Marguerite Audoux
amis.rueventura@hotmail.com
http://clcailleau.unblog.fr
9, rue Lino Ventura à F-72300 Sable-sur-Sarthe
• Le carnet et les instants, n°194, mars 2017, 50 pages
Lettres belges de langue française, bimestriel
Laurent Moosen
Bd Léopold II, 44 à B-1080 Bruxelles
http://le-carnet-et-les-instants.net
carnet.instants@cfwb.be
• Debout les mots n°64 à 66, janvier à septembre 2017, 6 pages A3
Périodique d’information trimestres de la Maison du Livre, rue de Rome, 28 à B-1060 Bruxelles
bibliotheque.1060@stgilles.irisnet.be
http://www.bibliothequedesaintgilles.wordpress.com
• Eclats de rêves n°61, 1er semestre 2017
Martine Oulès
Association Le temps de rêver
14, rue de la Glacière à F-81600 Gaillac
• Florilège n°166 et 167, mars 2017 et juin 2017, 56 pages A4
revue trimestrielle de création littéraire et artistique
Stephen Blanchard
Maison des Associations « Les poètes de l’Amitié »
boîte H1, 2, rue des Corroyeurs à F-21000 Dijon.
redacflorilege@gmail.com
• Le Gletton n°495, juin 2017; 496-497 (Chemins de traverse: Chassepierre), juillet-août 2017
Michel Demoulin
28, rue Sart Martin à B-6740 Villers-sur-Semois
• Inédit nouveau n°283, juillet 2017
Paul van Melle
Gril, avenue du chant d’oiseaux, 11 à B-1310 La Hulpe
• La lettre de Maredsous n°1, avril 2017
Luc Moës
Abbaye de Maredsous à B-5537 Denée
• La lettre des Académies n°39, 3ème trimestre 2016, et n°40, 4ème trimestre 2016, 8 pages A4
Nouvelles du collège Belgique et du collège des Alumni
Jacques De Decker
Palais des Académies, 1, rue Ducale
B-1000 Bruxelles
lettre.academies@cfwb.be
• Libelle n°286 à 290, février à juin 2017, 6 ou 8 pages A5
6 pages A5 – Mensuel de poésie
Michel Prades
14, rue du Retrait à F-75020 PARIS
pradesmi@wanadoo.fr
http://www.libelle-mp.fr
• Microbe n°100, np, mars 2017, format A6
Eric Dejaeger
Launoy, 4 à B-6230 Pont-à-Celles
ericdejaeger@yahoo.fr
• Plumes et pinceaux n°138, juin 2017
Nelly Hostelaert
rue du Temple,39 à B-7331 Baudour
• Poésie sur Seine n°94, avril 2017
Pascal Dupuy
Association Poésie sur Seine
13, Place Charles de Gaulle à F-92210 Saint-Cloud
• Portique n°106 et 107, avril à septembre 2017, 60 pages A5
revue de création poétique, littéraire et artistique de l’Union des Poètes francophones
Chris Bernard
Mairie à F-84110 Puyméras
http://portique.jimdo.com
http://poesievivante.canalblog.com
• Traction-Brabant n°74, juin 2017 et 75, août 2017
Patrice Maltaverne
Association Le citron gare, appt245, 1, rue des couvents
à F-57950 Montigny



 

TROUVILLE EN HIVER

 

TROUVILLE EN HIVER

Par Mustapha Saha

 

Le sociologue et poète Mustapha Saha passe l’été à Trouville-sur-mer, son habituelle retraite d’écriture, station balnéaire atypique à laquelle il va consacrer un livre, qui reconstitue son histoire artistique et littéraire. Cette ville a été une source d’inspiration pour les écrivains Marcel Proust, Alexandre Dumas, Gustave Flaubert, André Gide, Louis Aragon, Marguerite Duras… et pour les artistes Gustave Courbet, Eugène Boudin, Claude Monet, Fernand Léger, André Hambourg…, et d’autres encore. Le poème en alexandrins « Trouville en hiver » de Mustapha Saha ouvre l’ouvrage en préparation.


 

TROUVILLE EN HIVER
Par Mustapha Saha

Les Voiles sous crachin surchauffent leurs Vapeurs
Le dandy sans loisirs rumine ses déboires
La mondaine en disgrâce exorcise ses peurs
Le serveur sous cape brocarde les pourboires

Traîne sa nostalgie la belle ridicule
Son écharpe l’étrangle son manteau l’étouffe
Les amours lointaines perdent leurs molécules
Son fantasque caniche ébroue sa grosse touffe

Trottine sur les quais vaillante centenaire
Brillent dans son regard des cristaux de jouvence
Secoue fourrure au loup l’indolent partenaire
Arrosent saphistes leur fraîche connivence

Mélusine à l’écart s’amuse du spectacle
Le scribe et sa muse décryptent leur grimoire
Le dernier estivant quitte son réceptacle
Trouville en hiver retrouve sa mémoire

 

Le marinier sans fret défrise ses bacantes
Rouillent les chalutiers sommeille l’estuaire
Rodent les korrigans dans la cité vacante
Lutins et farfadets quittent leur sanctuaire

Savignac sur planches souffle ses particules
La coquette écrase son fou-rire sous robe
Mâtine mouette s’embrume au crépuscule
La magie s’estompe le dessin se dérobe

Marguerite Duras hante la promenade
Dissout grise écume ses pages soupirantes
Loin des Roches noires s’émiettent ses monades
Roulent ses mots-galets sous la vague mourante

La côte sauvage sous lanterne impalpable
Déroule sa légende ancestrale et précaire
Yggdrasil foudroyé sous roc inextirpable
Mimir décapité dans linceul de calcaire

La mer de main d’artiste affine ses sculptures
Creuse dans la pierre son fascinant discours
Tirailleurs sans stèle marins sans sépulture
Grondent dans l’abysse leur appel au secours
Les spectres paradent dans la brume marine
Les blockhaus explosés libèrent leurs fantômes
Trépassent cormorans gavés de muscarine
Démon désincarné disperse ses atomes

Le rivage au couchant dévoile ses dédales
Lézardes gauloises sur stigmates romaines
Cicatrices vikings sur brèches féodales
Empreintes fossiles d’énergies surhumaines

Le chêne souverain gardien des destinées
Préserve fleurs de gui de froidure létale
Le saule mignote colombe couronnée
La baie récupère sa virginité natale

Limpide cascade couve son territoire
Chante sa louange dans l’oreille du barde
Entre clams et clovisses ruisselle son histoire
Défilent ses génies sous tambour et guimbarde

Cascatelle tarie sous rayon de lumière
Profile sur paroi figure du messie
Désinvolte pécheresse exhibe sa trémière
Gratifie l’Apollon de sa fleur de cassie
Pleure Sainte Vierge dans chapelle d’ophite
Nerthus Terra Mater morte sur son autel
Perpétue l’ordalie griffure sur graphite
Disparaît bergère s’égare son cheptel

Regarde chouette rescapée d’un couvent
Le grand large engloutir son obscure aventure
Dresse sa crinière dans le sable et le vent
Le lion des fables dévoreur d’écritures

Frigg d’aiguille d’argent tricote ses stratus
La tempête ébranle l’antique citadelle
S’écroule dans la foudre le grand eucalyptus
Villa Montebello protège ses chandelles

Téméraire flâneur à mi-chemin se désiste
La galerne exalte son parfum baptismal
Le fauve immobile sous fracassants résiste
Lila crinière au vent cravache l’animal

Les Nornes sur puits d’Urd remaillent les destins
La falaise s’éboule blanche effraie l’abandonne
L’infernal Ratatosk saccage les festins
Nidhögg crache son feu sur maudite madone
Odin sur promontoire observe l’hécatombe
Les berzerks en furie les drakkars en naufrage
Nerthus la féconde choisit la mer pour tombe
Le trésor disparaît surnage son coffrage

Couve son mystère la crypte millénaire
Sur paroi s’imprime l’image d’Aphrodite
Le savant s’intrigue du message lunaire
Erato s’invite dans l’enceinte interdite

Entrelacs en chaîne déclinent leurs symboles
Triangles spirales nœuds tresses circulaires
Figures mouvantes sublimes paraboles
L’ivresse s’amplifie sous rayons spéculaires

Les lacis sur silex content les temps divins
La danse des nymphes les agapes florales
Le banquet des druides la ronde des devins
Les récoltes joyeuses les ardeurs pastorales

Taranis en fanfare surgit du fond des âges
Libelle à coups d’éclairs l’énigmatique augure
La bourrasque exauce son merveilleux présage
En jardin d’agates l’écueil se transfigure
S’élèvent crescendo carnyx et castagnettes
Taballos et Syrinx cornemuse et cymbales
Morgane s’enflamme sous nuée de guignettes
Libane à contre-sens chevauche sa bubale

Rosmerta déverse sa corne d’abondance
Morrigan propage la nitescence astrale
Sirona ranime son fanal en concordance
Epona préside ripaille et bacchanale

Dionysos agite en dansant sa bannière
Dana sous le charme desserre sa tenaille
Le roi fou gouverne l’ours brûle sa tanière
Les gueux s’étoffent d’or la reine s’encanaille

Le rhapsode en transe qu’allégresse ensorcelle
S’arrache en cadence mantelure et plumage
Quel mystère anime sa secrète étincelle
L’étoile polaire le réincarne en mage

S’abat grosse averse sur cirque des idoles
Revêche corneille délaisse sa couveuse
Sirène d’Andersen enfourche sa gondole
Marée basse envoûte l’imprudente rêveuse
Ici mère nature invente l’insondable
Ici naît le mythe dans la source profonde
Perpétue l’ondine son œuvre inoxydable
Nul génie créateur qu’Océanos ne fonde

© Mustapha Saha,

Christian Bobin, Un bruit de balançoire ; l’Iconoclaste, (97 pages – 19€ ) 30 Août 2017

Chronique de Nadine Doyen

9791095438373
Christian Bobin, Un bruit de balançoire ; l’Iconoclaste, (97 pages – 19€ ) 30 Août 2017


Le nouveau Bobin, comme l’annonce le bandeau, les fidèles lecteurs de l’auteur l’attendent comme les hirondelles le printemps, pour y découvrir « le nid bâti sous la poutre du langage » !
Christian Bobin nous happe dès la couverture avec son texte manuscrit, fragment de l’introït sur pages bleues qui ouvre ce recueil. L’auteur nous y expose sa philosophie de vie, du minuscule (pétales d’églantine, fleurs de cerisier, des mandarines), les motifs traités. Il s’insurge contre « les tambours modernes » qui ne véhiculent que « désenchantement, raillerie, nihilismes » et prône « la simplicité inouïe d’une parole ».
Il nous signale l’influence et « la présence discrète » du poète japonais Ryokan avec qui il a tissé des affinités électives depuis peu. Ce n’est pas un fil rouge mais un fil d’or, un fil lumineux qui se déroule dans ce recueil épistolaire.
L’écrivain souligne combien les livres ont été déterminants, pétri de gratitude pour « leur prévenance ». Comment ne pas partager les propos de l’amoureux des livres, qui les met à l’honneur dans chacun de ses recueils : « Les livres sont des âmes, les librairies des points d’eau dans le désert du monde » ?
En avant-propos, l’auteur montre combien se séparer de son manuscrit équivaut à en faire son deuil. Dans Noireclaire, l’écrivain veut « tuer l’homme ».
Ici, il revisite son enfance, sa rue natale, à la recherche de « son coeur-enfant », de « L’enfant-moi ». On le croise à différentes périodes de sa vie : nouveau né, à quatre ans émerveillé par « l’explosion lente et silencieuse d’un pissenlit », à huit ans sur « cette vilaine place du Creusot », avec le pull jaune de ses 30 ans.
Parmi les récipiendaires des lettres on trouve des femmes, des hommes, mais aussi des objets du quotidien (le bol), des oiseaux, et même un lieu : le vieil escalier.
En adressant la première lettre à une « chère inconnue », il permet à chaque lectrice de s’identifier à elle.
Parfois parisien, Christian Bobin s’arrête près des bouquinistes et sauve de l’oubli « quelques poètes au fond d’un bac », en repêchant « trois carpes géantes », tout en écoutant « La Seine qui éclate de rire ».
On sait combien le poète aime les arbres, vit entouré d’arbres. Dans sa lettre au forestier, on devine son désarroi de voir « des branches abattues, empilées ». Toutefois, respectant le travail du forestier, il en vient à positiver et le remercie « pour la soûlante odeur du bois coupé », pour « le parfum multiplié ».
Comme Vassilis Alexakis, qui poursuit avec sa mère ses conversations d’autrefois dans Je t’oublierai tous les jours, l’écrivain relate à sa mère un instantané de vie. Ainsi, au lieu de se consacrer à sa correspondance, il relit Nerval et s’égare dans la forêt de Compiègne, lui confie-t-il.
Christian Bobin entremêle souvenirs familiaux, odeurs, paysages,musique, sourires.
Ainsi il égrène des notes de Bach, d’un concerto de Mozart. Il nous fait entendre le piano de « ce cher Messager », le compositeur estonien Arvo Pârt, « qui sonnait comme une horloge comtoise – quelque chose de lancinant ».
Il se remémore les jeux d’Hélène avec ses amis, leurs rires et s’y être immiscé.
Il évoque l’histoire en nous conduisant en Pologne, à Lotz, et recourt à une formule choc : l’oxymore : « Le bonheur est un meurtre. », pour décrire son état d’âme : « gai, insouciant » dans ce lieu martyre dont il ignorait le passé.
Dans sa lettre à Nadjeda, il rend hommage à celle qui a mémorisé l’oeuvre de son époux Ossip Mandelstam, le poète qui ne savait « qu’extraire des diamants de la gangue du langage ». Ne l’invite-t-il pas à se livrer, assise à ses côtés ?
Dieu lui apparaît au contact de son bol, dans les livres, dans un brin d’herbe, dans une fleur d’églantine, « même s’il ne sait définitivement pas ce qu’est Dieu » et « s’en moque ». Pas facile de donner à une interlocutrice une définition des anges !
Christian Bobin, le contemplatif, ne cache pas sa passion pour les fleurs. Ne sont-elles pas comme Michael Lonsdale les qualifie « des anges qui nous transmettent un message de beauté et de transcendance » ou « des messagères de Dieu » ? Le lecteur n’a plus qu’à s’émerveiller devant « l’avalanche d’une glycine ».
Le poète adhère à la cause animale, « les bêtes sont des anges » pour lui. Il peut voyager « dans les yeux d’un chat », il se délecte du chant des oiseaux. Si dans La grande vie, Christian Bobin s’adresse à un merle, ici il se confie à Monsieur le coucou et nous fait partager son chant. « C’est sentir mon coeur tapissé d’or », concède-t-il.
L’auteur laisse deviner son côté spirituel et mystique quand il écrit aux invisibles : à son cher fantôme, à sa chère âme. Il n’a pas son pareil pour filmer en mots le ballet de gouttes de pluie sur la vitre « insensible d’un train ». Il sait s’émerveiller devant leur « bombement argenté et bordure laiteuse ». Éphémères leur vie, ramenant à la fragilité et la finitude de l’humain. Et Christian Bobin de conclure : « Vivre n’est rien d’autre que donner sa lumière, traverser la voie lactée des épreuves », « aucune lumière donnée ne se perd ».
On termine la lecture par la lettre à Lydie où il est question de Bach, de mousse et d’où nous parviennent les grelots de ses rires. On peut deviner en boomerang le rire franc de Christian Bobin que l’on garde en mémoire lors d’interviews.
Lydie, un prénom qui renvoie aux entretiens que Lydie Dattas a consignés dans La lumière du monde, dans lesquels la quête de la LUMIÈRE intérieure reste essentielle.
Christian Bobin décline un hymne à la poésie, omniprésente, convoque des figures tutélaires comme Ryokan et son maître Dogen, qu’il confesse avoir découvert récemment. Il rend hommage à à ceux qui, imprégnés de poésie, ont traversé sa vie : comme la poétesse russe Marina Tsvetaeva ou le regretté et ami Jean Grosjean. Il encourage au partage, et à l’ « émietter » comme du pain. Il livre une définition éblouissante et imagée de la poésie : « La poésie est un instrument d’optique autrement plus fin que les télescopes qui grattent le nombril du ciel. »
L’écrivain s’interroge sur l’usage de l’écriture manuscrite, constatant la domination du numérique. Les mails remplaçant l’intimité, la proximité des lettres, ne redoute-t-il pas la disparition d’une main «  qui danse », calligraphie ? Cette résistance au tout numérique était déjà présent dans La grande vie.
Christian Bobin valorise le geste de l’écriture, geste d’ouverture à l’autre, comme le faisait Mallarmé.Il voit dans l’écriture « la souplesse » de s’adapter à la vie, d’être en phase avec la nature.
Tout le long du recueil, l’auteur glisse des métaphores somptueuses relatives à l’écriture (« L’écriture s’enfonce dans le coeur du lecteur comme une aiguille de couturière. C’est pour y faire entrer un jour miraculeux. »), la vie (cette « fugueuse aux yeux verts de prairie » et à la mort, ces « fins dernières de la vie dont il ne sait rien ». N’a-t-il pas imaginé inventer « une tapette à anges » pour conjurer le sort ?
Christian Bobin signe un ouvrage à la présentation soignée, dans lequel il distille, comme des becquées de lumière, son rapport à l’écriture, à la nature, à la croyance, aux livres. La lecture n’est-elle pas sa « prison bienheureuse » ?
Quel florilège rassérénant ces vingt lettres servies par une plume poétique, tour à tour émouvantes, bucoliques, champêtres, nostalgiques, en phase avec la nature !
A nouveau le visage du lecteur « s’éclaire comme si le livre sur lequel il se penche » était une bougie ». « Aimer quelqu’un, c’est le lire » pour Christian Bobin.
Remercions le pour sa sollicitude et le rôle salvateur de son écriture, lui qui a « toujours écrit pour sauver quelque chose ou quelqu’un » ou « faire sourire ».
Un mission altruiste admirable.

Nadine Doyen