RENÉ CHAR – ALBERTO GIACOMETTI  Le Visage Nuptial, suivi de Retour Amont (NRF coll. Poésie/Gallimard. Préface de Marie-Claude Char).

Chronique de Xavier Bordes

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RENÉ CHAR – ALBERTO GIACOMETTI  Le Visage Nuptial, suivi de Retour Amont (NRF coll. Poésie/Gallimard. Préface de Marie-Claude Char).


Singulier petit livre que publie Gallimard pour l’anniversaire des 30 ans (déjà) de la mort de René Char. Je ne vais pas m’étendre sur les figures ultra-célèbres du poète et du peintre-sculpteur. En revanche, le livre a ce côté inattendu des objets à la fois chargés de mythe, et d’originalité : il est composé de matériaux divers : une intéressante préface qui met les choses en perspective, ce qui est bienvenu pour bien mesurer ce dont il s’agit : d’une part la reproduction en fac-simile, (à échelle réduite évidemment) du « Visage Nuptial », manuscrit de la main de René Char, dans un papier tabac-clair, parsemé des dessins que Giacometti avait projetés pour cette plaquette, et qui sont tout à fait séduisants, assez mystérieux, certains presque en filigrane sur la page.

On aimera cette écriture simple et régulière, à la pente optimiste, des poèmes écrits directement par René Char. C’est toujours excitant, comme si l’on approchait l’intimité de son inspiration, d’avoir le témoignage graphologique d’un poète réputé. Ensuite, sur papier blanc, se présente le texte imprimé des poèmes de « Retour Amont », avec quatre gravures au léger trait blanc sur fond noir, seconde face de ce petit livre mémoriel hybride.

Et enfin, quelques documents « historiques » et des lettres (en manuscrits reproduits) entre les deux contributeurs du livre, où ils échangent leurs points de vue sur la réalisation du projet. Ce petit livre illustre, c’est le cas de le dire, le fameux « ut pictura poiesis » de l’Art Poétique du latin Horace.

Et il semble que Gallimard projette d’en faire l’amorce d’une collection particulière où le dialogue entre poésie et peinture pourra être mis en évidence à travers divers ouvrages de poètes où ce dialogue est intervenu par le passé… Une entreprise qui promet de ménager aux lecteurs tels que moi nombre d’heures d’intenses songeries !

©Xavier Bordes

Eric Dejaeger : « Streets »

Une chronique de Georges Cathalo

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Eric Dejaeger, Streets, Gros Textes éd., 2017, 112 pages, 10 euros –

Fontfourane – 05380 Chäteauroux-les-Alpes ou gros.textes@laposte.net

Alors que la moindre petite parcelle de notre planète est livrée aux décrypteurs,  gougueulsmapeurs et consorts, il est rafraîchissant de se laisser entraîner dans une errance urbaine au fil de rues imaginaires. C’est la mission que s’est fixée Dejaeger avec 99 rues ou streets, anglicisme oblige… L’exergue de Philippe Soupault (« J’invente des rues inconnues ») va permettre à l’auteur toutes les fantaisies que sa créativité ne va pas manquer de mettre en œuvre pour aboutir à un bel ensemble.

Ces rues, plus originales les unes que les autres, nous accompagnent au fil d’un itinéraire riche en découvertes de toutes sortes. Le nom de chacune de ces artères ouvre une perspective alimentée par l’imagination débordante et délirante du poète. Tout cela est bien vu, bien ressenti, dans un parcours salutaire.

Certaines portent des noms capables d’aller plus loin dans le rêve et l’utopie : Rue des Etoiles Filantes,  Rue du Temps Perdu,… D’autres témoignent d’une belle singularité : Rue de la Petite Bougeotte, Rue des Idées Perdues,… Pour d’autres, Eric Dejaeger se laisse aller à une saine trivialité : Rue des Crachats, Rue de l’Anus, … Et puis il y en a tant d’autres, surprenantes et inattendues, qu’on laissera le lecteur aller à leur découverte.

Tout cela ne pouvait que déboucher sur une rue introuvable, celle qui va focaliser les recherches des fins limiers, toujours en marche pour « arpenter la ville / à la recherche / de la légendaire / et mythique / Rue Sans Nom ».

©Georges Cathalo

 

VINCENT BIOULÈS A QUATRE-VINGTS ANS

Une chronique de Marc Wetzel

VINCENT BIOULÈS

A QUATRE-VINGTS ANS


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               Vincent Bioulès est né le 5 mars 1938 à Montpellier ; il y vit et travaille encore. Il a bien fait d’accepter de vieillir, pour devenir peut-être un des plus grands peintres du monde.

        « Le fait que tout le monde se moque complètement de ce que je fais me donne une liberté extraordinaire »

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      Il a été peintre abstrait (un des fondateurs de Supports/Surfaces), le temps de se venger, comme les autres, de ce que le monde des formes et des êtres en finira inévitablement avec nous. Mais il est redevenu, depuis plus de quarante ans, peintre figuratif pour, bien plutôt, consoler la réalité de ne pouvoir jamais en finir avec elle-même.

     « Figurer, ce n’est pas représenter le réel, c’est faire accéder au réel »,

       … et le réel reste le meilleur accès à lui-même !

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    Bioulès va presque tous les jours sur le motif, dans sa camionnette-studio, le regard fidèlement résolu : il sait que le trône du Dieu des choses envie le modeste pliant de leur peintre.

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   C’est un paysagiste crucial, car il s’y montre lucide faiseur de miracles. Le miraculeux tient à ce que son tableau parvient à restituer l’impression de parfaite complétude qu’il eut, lui, devant le motif. Mais plus miraculeux que tout miracle est sa lucidité : Bioulès est le moins romantique des thaumaturges. C’est que le travail extraordinairement sévère par lequel le monde se produit lui-même (par accouchements, et par agonies, qui sont les seuls événements ayant titre à lever le doute) est rendu par lui dans tous ses pans, par tous ses pores, avec toutes ses affres. Dans des paysages poliment apaisés, scandaleusement sereins, mais, – arides ou touffus – au grain toujours « implacable » (comme le signalait Pierre Wat) ! C’est ce qu’on saisit dans la ligne de conduite du peintre : 

« Témoigner sans cesse de cette invraisemblable condition d’animal vertical sur la planète, la tête dans l’azur et le cœur serré sans raison »

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    Je ne sais pas d’où Bioulès tient que le mode d’emploi intime de l’univers est une effarante tragédie (il parle lui-même d’épouvante du monde visible) ; mais je crois bien que, pour lui, peindre est exactement l’art qu’a la peur de produire des images habitables d’elle-même.  

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     « Si la peinture me permet de tenir l’épouvante en respect, comme la bête face au bâton ferré du dompteur, c’est qu’elle me permet de sortir de moi. Le paysage, la mer, l’espace, le ciel ventilé me retirent de moi-même. Me voici seulement confronté avec le monde solaire et dur où les ombres marchent fraternellement avec la lumière. Et il est doux d’en revenir épuisé »   

      Avec lui, ainsi, la peinture trouve, pour sa suspension silencieuse et ouvragée du cours du monde, bien plus qu’une excuse : une raison !

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      Ce peintre est un homme compliqué : pour le dire familièrement, c’est un scrupuleux colérique et malicieux (scrupuleux comme le surmoi surveille le ça ; colérique comme le ça réveille le moi ; malicieux comme à son tour le moi taquine et charrie toujours un peu le surmoi), mais il s’en justifie très bien :

     « La vie n’est pas simple ; pourquoi la peinture devrait-elle le devenir » ?

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     La manière de Bioulès est d’une confondante clairvoyance ; il apprendrait à voir à un coffre-fort. Dans ses tableaux, on plonge exactement comme la lumière ferait, si … elle y voyait quelque chose ;  mais la lumière est aveugle : elle ne va qu’en ligne droite dans le labyrinthe indéfini des reliefs. Sur la croûte terrestre, les ombres la toréent partout, et les quelques lueurs diffractées suivent des coups qu’elle prend. Seuls les peintres figuratifs comprennent combien la lumière est malheureuse. Si Bioulès lui-même ne donne que ce qu’il a, sa lumière donne ce qu’elle est.  

   Il est une sorte de nostalgique du travail acharné. Ses « Ah, si j’avais su …. » sont sincères ; mais « Ah, si j’avais vu … », voilà ce qu’il n’aura jamais dit, car il n’a jamais cessé, depuis soixante ans, de transformer le moindre moment en créneau d’une meilleure vision. Et voulant toujours montrer ce qui lui échappait dans ce qu’il voyait, il s’est toujours moins tenu, si l’on peut dire, dans la création de l’inconnu que dans la destruction du méconnu. S’il peint infiniment juste, c’est parce qu’il peint pour voir de plus près sa décision de faire voir ; mais d’abord, s’il sait faire voir, c’est que le métier de son dessin ouvre toujours la route :

      « Être sûr de son dessin délivre le pinceau, fait envoler les couleurs, libère le geste, stimule le plaisir de la touche. Tout le reste est blablabla »

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    L’impartialité veut une distance égale à l’égard des extrêmes. Il l’a. La compréhension – qui est une espèce de compassion méditative – exige, en plus, que cette égale distance soit la plus courte possible (pour pouvoir rejoindre au plus vite les folies opposées où le monde s’égare). Il l’a aussi. Mais s’y ajoute, chez Vincent Bioulès, la disposition troublante d’une méthodique charité. Car il est chrétien : l’examen de conscience a chez lui puissance de don, et majesté de miracle.

    Si, à l’évidence, il jouit contagieusement du motif, ce n’est que par bribes, et pour nous. Par bribes parce que, s’il approuve, en connaisseur, les éclats incessants du monde, et en note d’innombrables croquis (comme on jubilerait devant une armée de fragments objectifs, un immense spectacle d’aphorismes de plein air), notre peintre retourne, heureux d’y être forcé, à l’atelier pour y bâtir ce texte suivi dont l’analphabète nature n’est capable qu’en l’homme. Et il le fait pour nous seulement, car il se sait sensuel (et sait qu’il n’existe pas de pureté sensuelle), et son humilité véritable se punit peut-être d’avoir un style, puisque tout style (dit-il) s’enorgueillit de sa maîtrise de la jouissance.

   Quand on le lit ou l’écoute, c’est un homme instruit, avisé et ironique ; petit récit, dans ses Carnets, d’une rencontre lors d’un vol Osaka-Hong-kong :

           « En allant aux toilettes, j’étreins sur mon passage une japonaise quadragénaire, ivre de liberté. C’est le bordeaux. Les cultures, si diverses, si contradictoires, ne sont séparées , comme le bien et le mal, la vie et la mort, le mensonge et la vérité, que par une feuille de papier cigarette, celle même tendue sur les portes à claire-voie des maisons japonaises. A nous d’aller librement de part et d’autre. Il suffit souvent d’une bouteille de bordeaux et de l’allègement suprême d’un avion épousant la rotondité de la Terre pour franchir la feuille sans que nous nous en rendions compte »,

    mais l’homme est extraordinairement sensible : sa magnifique intelligence ne l’aura probablement que de justesse sauvé d’innombrables tourments. Bien sûr, pourtant, son château de cartes émotionnel reste inébranlable, car à l’intérieur de tout tableau le vent est nul. Judicieux choix de la peinture !


     Vincent Bioulès a le génie rude, virtuose et bon. Si parfois chez lui la joie se cache, ce n’est que comme en a le droit tout enfant. Et les peintres sont peut-être les seuls enfants indemnes du monde, surtout ceux qui, comme lui, savent (comme le montre un dernier extrait des Carnets, lors d’une visite du Caire en 2002) tout faire vivre d’un enfant malade :

         «  Une petite anorexique au visage adorable, au corps prêt à tomber en poussière. Je pense à la détresse de ses parents. Ses omoplates battaient des ailes sous son tee-shirt, le sang retiré de son visage donnait à son regard l’apparence d’un reflet. Un être humain dans un miroir déjà passé de l’autre côté des humains »

     Seul un homme qui plaint le monde aura su, comme peintre, le faire aimer.


    

      ©Marc Wetzel

Jean-Louis Massot : « Nuages de saison »

Une chronique de Georges Cathalo

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Jean-Louis Massot, Nuages de saison, Bleu d’Encre éd., 2017, 68 pages, 12 euros 

Clos des Tanneurs 2/33 – B 5590 Ciney


S’il est un sujet qui revient de façon récurrente chez les auteurs de toutes les époques, c’est assurément celui des nuages. De Baudelaire à Jules Renard, de Claude Roy à René Char et de Jean Malrieu à Christian Bobin, ce thème a suscité toutes sortes de dérives imaginaires, de créations originales et de poèmes dédiés.

 Inutile de nous plonger dans L’Atlas International des Nuages, allons directement vers les brefs poèmes de Jean-Louis Massot pour interroger le nuage et tenter de savoir « De quel message rassurant / Ou inquiétant » il peut être porteur. Rien de tel que les nuages pour nous faire prendre une conscience aiguë de notre finitude et la fugacité de toute chose.

Ces nuages parfois solitaires ou qui s’agrègent les uns aux autres « pour n’en former qu’un //Et se sentir moins seuls », ne sont-ils pas à l’image de nos existences précaires ? Comme nous, savent-ils où ils vont ou ce qu’ils vont devenir ?

« Nuages qui venez de loin / Ce que vous avez vu / Etait-il si innommable / Que vous êtes vêtus de deuil // Et gardez le silence ? ».

Et puis, il y a toujours à redouter ce jour où il n’y aura « pas une once de nuage, / Rien où s’accrocher ».

Les douze illustrations photographiques placées au centre du recueil prolongent l’envie d’évasion engendrée par la tonalité de ces discrets poèmes, une envie folle de se laisser porter par des vents contraires et de laisser filer le temps qui nous dévore.

©Georges Cathalo  

 

L’homme sensible, Éric Paradisi ; Éditions Anne Carrière, Mars 2018,(176 pages 17€)

Chronique de Nadine Doyen

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L’homme sensible, Éric Paradisi ; Éditions Anne Carrière, Mars 2018,(176 pages 17€)


Eric Paradisi nous saisit dès la scène d’ouverture avec ce gros plan sur un très jeune garçon tentant de réveiller sa mère avec beaucoup de délicatesse. On guette comme lui un signe de vie. Si l’enfant n’a pas conscience de la réalité,  le lecteur a compris le sens de l’inertie qu’il constate.

Et c’est là que la phrase de Romain Gary résonne : « Avec l’amour maternel , la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »

Comment va se construire Vincent, dépouillé de sa mère avec qui il semblait entretenir une relation très fusionnelle ? L’affection de son papa peut-elle combler ce manque ? Pour le père aussi, la morsure de l’absence est douloureuse.

L’auteur n’a-t-il pas déclaré dans un roman précédent que « Les gens qu’on aime reposent en nous. Ils s’éveillent n’importe où et ne s’endorment jamais » ?

Le père, Léonard, ayant pris de la distance avec Dieu, est sidéré par son jeune orphelin qui affiche sa détermination à être baptisé, afin de se sentir « plus proche de sa mère ». Ce qui permet au jeune Vincent de converser avec elle, de lui confier des secrets. De même il réclame « un arbre pour maman » qu’il croit au ciel.

L’originalité du roman réside dans la façon de raconter le parcours du héros, sous deux angles. Eric Paradisi  mène en effet deux narrations en alternance, entrelaçant les courts chapitres : Vincent enfant, ado et Vincent adulte, professeur Leenhardt, bientôt 44 ans. Il endosse une double casquette :  paléontologue chercheur et enseignant à l’université de Toulouse. Son credo du moment : « l’élan ». Il veut démontrer que le mouvement était déjà représenté à l’époque d’Homo Sapiens dans les peintures rupestres, après avoir débusqué  dans la grotte Chauvet, 8 pattes au bison !

Mais remontons son passé et son rapport aux corps. Très tôt, il prend conscience que son « physique ingrat », au visage d’ogre, sera un handicap dans ses conquêtes féminines. Contraint à assumer cette tare, il brille par son intelligence, ses résultats.

Un alter ego de Riquet à la Houppe. Résigné, il fait de sa laideur un atout.

Son coeur va battre pour Alice, camarade de jeux au primaire.

Leur partie de cache -cache dans le cimetière rappelle une scène du film « La promesse de l’Aube ». Au lycée, il devient « L’indispensable Vincent », généreux, le bon copain, celui qui est prêt à dispenser des cours particuliers, qui lui financent ses visites aux prostituées, lui, Centvingt, frustré de rentrer seul après une boum.

La femme lui reste un mystère, vu les échecs répétés, il se met à fantasmer sur les poitrines, à l’instar de Baudelaire, allant jusqu’à en dresser un recensement insolite !

Ado, il découvre « le temple de la nudité » sur l’île d’Oléron, puis au musée des Augustins, où il flashe sur l’Olympia de Manet, qu’il croit entendre lui chuchoter une invite ! A l’université, il nourrit un amour platonique exponentiel pour Lætitia, une relation sapée par la guerre en Bosnie où elle décide de retourner auprès des siens.

Toutes ces déceptions antérieures expliquent, nul doute, que Vincent choisisse une compagne, atypique,« non organique », en silicone, concept né au Japon. On découvre un homme métamorphosé, épanoui, amoureux, attentionné qui apprivoise peu à peu celle qui va devenir sa muse, sa confidente, sa Vénus, qu’il considère vraiment comme sa femme et dont il nous dévoile le portrait par bribes. Une femme dévouée, qui « comble ses désirs », qui ressemble à  L’Olympia de Manet et lit Cent ans de solitude de G.G. Marquez. Sa mère l’aurait-elle acceptée ? se demande-t-il.

Le récit s’accélère sur la fin, suite au drame que va subir Olympia. Le narrateur aborde un sujet ô combien d’actualité, en se glissant dans la peau de la victime, il montre son empathie et combien le traumatisme va gangrener le couple. Vincent, taraudé par la culpabilité, s’emploie à mener à bien ses découvertes sur le médaillon.

Il nous fait partager son excitation au fur et à mesure de sa progression vers la résolution de l’énigme, grâce « à l’invention du thaumalitique ». Quelle opiniâtreté !

Son Graal ? Démontrer que « Seul Homo Sapiens était un homme du cinéma ».

Il se consacre à la rédaction d’un ouvrage, très remarqué à sa sortie, « en pleine guérilla littéraire », qui le fait monter à Paris pour des interviews où il  rencontre la plasticienne Bérénice. Le miracle du hasard et de l’amour conduit à un happy end.

En filigrane, l’écrivain aborde divers motifs : la violence faite aux femmes, la peur du jugement d’autrui. On sent aussi sourdre cette inquiétude permanente due aux dramatiques attentats, ce qui explique le retour précipité de Vincent à Paris, à l’annonce d’un acte terroriste. Angoissé, pris de panique, il veut voir Bérénice, en chair et en os, s’assurer qu’elle est indemne.

A notre ère du combat pour la parité, le romancier, aussi acteur, que l’on subodore adhérant du mouvement « He for She », rappelle les noms des pionnières qui ont contribué à l’essor de Hollywood, soulignant comment elles furent écartées des studios par les hommes » quand le cinéma s’est industrialisé.

Eric Paradisi célèbre le culte de la beauté avec une grand B : celle des peintures rupestres, celle d’ Olympia, ce qui n’est pas sans rappeler la pensée de Dostoïevski « La beauté sauvera le monde », tout comme l’art, la lecture, la soif de culture ont sauvé Lætitia ou « Les passeurs de livres de Daraya ».

Il met en opposition « le monde qui bouge » et « le monde qui ne bouge pas ».

On retrouve avec plaisir l’écriture, pétrie de sensualité, de l’auteur de « La peau des autres ». Il y met en scène « un couple d’un genre nouveau ». Il distribue une si infinie salve de baisers, que le lecteur en perçoit  l’effleurement et en frémit.

Eric Paradisi, à la sensibilité exacerbée, signe un roman touchant, original,  baigné de tendresse, sous l’égide d’Indiana Jones, traversé par les requiems de Dvorak ou la musique de l’Apprenti sorcier. Saluons les qualités de ce livre, inspiré par les travaux du paléontologue émérite Marc Azéma sur le mouvement dans l’art pariétal, « destiné à un public varié, amateur d’Art, de cinéma, de beauté ».

©Nadine Doyen